Psychothérapies
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
122 pages

p. 61 à 61
doi: en cours

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Volume 26 2006/2

2006 Psychothérapies

Éditorial

Georges Abraham
Un discours sur la psychothérapie ne peut pas esquiver la problématique des rapports entre le corps et l’esprit ou, si l’on préfère, entre la psyché et le soma. Etant donné qu’une thérapie d’ordre fondamentalement psychologique et véhiculée par la parole semble viser la psyché d’une personne plutôt que son corps, cela impliquerait par ricochet qu’on ne s’adresse qu’à la subjectivité foncière du patient, en faisant abstraction de critères objectifs qui seuls peuvent garantir la validité scientifique d’une thérapie. C’est là le point de vue de la médecine, qui se méfie de la subjectivité et n’apprécie que des données objectives susceptibles d’être vérifiées par des instruments techniques.
Toujours est-il que la chance pour une cure de réussir, dans maintes situations cliniques au moins, dépendra beaucoup de l’histoire personnelle du patient et de la façon dont il vit son affection, aussi bien que de ses rapports avec son médecin. L’autoperception par le patient de ce qu’il vit dans son corps aura obligatoirement des répercussions importantes sur le déroulement d’une maladie autant que sur celui de la thérapie qui s’ensuivra. C’est donc la prise de position à l’égard de cette dialectique, pour ne pas dire de cette inévitable complicité entre la psyché et le soma, entre la subjectivité et l’objectivité, qui détermine en définitive l’attitude d’un psychothérapeute, quelle que soit l’école psychothérapeutique spécifique à laquelle il appartient.
De plus, tout en évitant l’empirisme foncier ou un éclectisme bon marché, il devra faire preuve de souplesse et d’adaptation aux différents tableaux cliniques auxquels il sera confronté, capable ainsi de tenir compte à la fois d’une structure pathologique donnée ayant conduit à un diagnostic aussi bien que de l’histoire individuelle propre à chaque malade. Capable également de modifier, s’il le faut, autant la durée d’une cure que la fréquence des séances, avec une attitude tantôt plus, tantôt moins directive, et une distance émotionnelle plus rapprochée ou plus éloignée selon les cas.
D’un point de vue plus conceptuel, tout psychothérapeute s’apercevra évidemment que son patient passera par des moments plus proches d’un équilibre psycho-émotionnel, moments qui, tout en étant certes bénéfiques et nécessaires, risquent d’induire une certaine stagnation. Comme il pourra traverser au contraire des moments de déséquilibre psycho-émotionnel, susceptibles néanmoins de relancer un dynamisme évolutif indispensable pour obtenir une amélioration ou une guérison qui ne soient pas seulement un soulagement symptomatique, mais un tremplin vers une maturation ultérieure de sa personnalité. Autant d’ailleurs que pour la personne du thérapeute lui-même.
Tout ceci conduit, par la force des choses, à devoir se pencher sur ce que la psychanalyse a nommé le contre-transfert, c’est-à-dire le vécu propre du thérapeute, fait de phénomènes aussi complexes que ceux qui habitent le monde intérieur du malade. Cela peut aller de l’enthousiasme au découragement, de visions claires sur la situation thérapeutique à des visions « brouillées » et inquiétantes, de moments d’agacement et de rejet à des moments de profonde solidarité avec son patient. De la part du thérapeute, prendre conscience de ce qu’il éprouve au fur et à mesure que la cure se déroule, c’est déjà un avantage considérable. Savoir le gérer au mieux est un pas de plus dans la relation thérapeutique.
Il en résulte dans l’ensemble que la formation du psychothérapeute apparaît comme une entreprise qui ne peut pas être de tout repos. On peut même se demander quand, pour chaque psychothérapeute, on pourrait la considérer comme vraiment achevée. De telle manière que quand on parle de recherche en psychothérapie, on doit se confronter à un dilemme : la base de cette recherche devrait-elle davantage se focaliser sur la technique ou davantage être une continuelle remise en question de la personnalité du psychothérapeute ?
Ce sont toutes ces considérations – et d’autres – qui ont amené, il y a vingt-cinq ans, un groupe de praticiens de la psychothérapie à se réunir pour fonder une revue qui traiterait de tous ces thèmes, tâche dont elle s’est acquittée au fil des années avec la complicité de nombreux thérapeutes de tous bords Ce sont aussi les thèmes qui ont été repris dans les différents ateliers lors de la Journée qui a célébré notre anniversaire et dont les reflets font l’objet du présent numéro.
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