Psychothérapies
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
182 pages

p. 177 à 178
doi: en cours

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Volume 26 2006/3

Sigmund Freud/Minna Bernays. Briefwechsel 1882-1938 [Sigmund Freud/Minna Bernays. Correspondance 1882-1938], Albrecht HIRSCHMÜLLER, Ed. Tubingen, edition diskord, 2005, 399 pp., ISBN 3-89295-757-6

Ces dernières années, on a beaucoup conjecturé autour de la question de savoir si Sigmund Freud avait eu une aventure avec sa belle-sœur, Minna Bernays, ayant soi-disant conduit à une grossesse qui se termina par un avortement. Ce fait à lui seul explique pourquoi leurs lettres ont été longtemps un sujet d’intérêt et de spéculations, d’autant plus qu’un petit nombre d’entre elles seulement ont été publiées, alors que la plupart restaient dans la section interdite d’accès des Archives Freud à la Library of Congress. Quand elles furent partiellement devenues accessibles, en 1989, le biographe de Freud Peter Gay rapporta que les lettres avaient été numérotées et affirma que sur la base de ce système de numérotation, il y avait un trou de 66 lettres manquantes entre 1893 et 1910 – précisément la période de la prétendue relation intime. Naturellement, cette affirmation alimenta des suppositions ultérieures. Dans son Introduction, Hirschmüller contredit Gay : selon lui, seules les lettres après le tournant du siècle ont été numérotées, et le dernier chiffre des lettres de 1893 (« 93 ») n’a été ajouté que pour accentuer la date à peine lisible sur l’original (p. 24, cf. facsimilé p. 236). Celles numérotées après 1900 incluent beaucoup d’autres lettres familiales et, une fois assemblées, sont complètes, sans la moindre lacune. Il n’y a pas de raison de douter de cette explication, même si l’on aimerait encore savoir sur quoi Gay a basé son opinion, alors qu’il n’y avait aucune numérotation suivie sur les lettres avant 1900.
Toutes les lettres n’ont pas été préservées. « Il n’y a pas de doute qu’un nombre multiple de celui des lettres encore existantes aujourd’hui ont été écrites [es ist sicher, dass ein Mehrfaches der heute noch existierenden Briefe geschrieben wurde] (p. 23). Toutes les lettres préservées ne sont pas imprimées dans la présente édition. (Dans l’Appendice, cependant, Hirschmüller donne une liste complète de toutes les lettres connues de et à Minna). Par exemple, beaucoup de lettres écrites par Martha et Sigmund Freud à Minna et Emmeline Bernays depuis les années 1886 et 1887 ont été exclues, mais seront publiées plus tard, après l’édition complète des lettres de fiançailles, qui est actuellement en préparation par les soins d’Ilse Grubrich-Simitis, Gerhard Fichtner et Albrecht Hirschmüller.
En tout cas, même s’il peut encore y avoir place pour la spéculation et les rumeurs, quiconque espérant trouver des « cadavres dans le placard » dans cette édition sera déçu. Ce sont des lettres familiales (incluant un passablement grand nombre de lettres, ou de parties de lettres, à et de Martha Freud et Emmeline Bernays). Beaucoup parmi elles sont ce que nous communiquerions aujourd’hui sur nos téléphones portables ou par e-mail : le temps qu’il fait, l’état des santés, des nouvelles et des questions au sujet des membres de la famille, des amis, des connaissances, et des projets d’excursions ou de voyages, ou aussi la demande de Martha, via Minna, de lui envoyer un peu de coca contre ses migraines (p. 108). « Il n’y a rien là-dedans qui jetterait une nouvelle lumière sur l’histoire de la psychanalyse, ou qui rendrait possible une nouvelle compréhension de la façon dont les concepts de Freud ont pris naissance et ont été diffusés » (p. 10). Ces lettres « sont en même temps sans importance et précieuses. Leur plus grand charme repose dans le fait non qu’elles satisfont la curiosité du lecteur, mais qu’elles offrent des aperçus sélectifs, mais souvent profonds et authentiques sur la personnalité, les façons de penser et d’agir des protagonistes » (pp. 11-12).
La correspondance peut être grossièrement divisée en six périodes :
  1. L’époque des fiançailles de Sigmund et Martha (1882-1886). Une large place est donnée à la relation de Minna avec son fiancé, Ignaz Schoenberg, à la maladie de ce dernier jusqu’au délabrement final et à la mort, mais aussi à la relation tendue avec le frère de Minna, Eli.
  2. Après le mariage des Freud, Minna resta avec sa mère à Hambourg, et il ne lui fut pas toujours facile de répondre aux exigences de cette dernière (1886-1888).
  3. De plus en plus, cependant (1888-1895), elle devint une partenaire de dialogue intellectuel pour son beau-frère, partenaire à qui il écrivait à propos de ses activités scientifiques à Paris, de sa relation avec sa patiente la plus importante à cette époque, Anna von Lieben, ou lui donnait ses manuscrits pour corriger les épreuves.
  4. Après un séjour de quelques mois dans le ménage des Freud, Minna emménagea de façon permanente avec eux dans le courant de l’été 1896. Depuis là, les correspondances se limitent aux périodes de vacances et de séparation. Souvent les lettres étaient adressées simultanément à plusieurs membres de la famille, témoignant ainsi d’un réseau familial complexe.
  5. Entre 1910 et 1938, après la mort de sa mère, Minna acquit « une nouvelle forme d’indépendance, et, par exemple, passa une partie de ses vacances toute seule » (p. 9).
  6. Une dernière période part du début de l’été 1938, alors que Minna était déjà en Angleterre, et que le couple Freud et leur fille Anna étaient encore en train d’attendre leur visa à Vienne.
L’éditeur, Albrecht Hirschmüller, s’est vu confier ce travail par feu Kurt R. Eissler (p. 29), qui lui donna aussi accès à des enregistrements son et des transcriptions d’interviews qui, aujourd’hui encore, sont inaccessibles aux autres chercheurs jusqu’en 2010 (p. 18). Bien que cette dernière procédure puisse sembler discutable, il n’y a pas de doute qu’une somme extraordinaire de recherches étendues fut entreprise pour ce volume. L’Introduction et l’Appendice (en particulier les chapitres sur la famille Bernays et sur son arbre généalogique), aussi bien que les notes éditoriales en bas de page, en témoignent. Les nombreuses notes sont exactes et détaillées, quelquefois peut-être même jusqu’au point de « surannotations ». Au vu de récentes discussions pour décider si oui ou non on peut publier les noms des patients, la position d’Hirschmüller est d’utiliser des pseudonymes, avec seulement un petit nombre d’exceptions quand le nom en question a déjà été divulgué ailleurs.
C’est là le troisième volume de la série Quellen und Abhandlungen zur Geschichte der Psychoanalyse [Sources et traités sur l’histoire de la psychanalyse] éditée par Michael Schröter et publiée par les Editions diskord (Tübingen). Le premier volume était l’édition en deux tomes de la correspondance Freud/Eitingon, superbement présentée par Schröter. Elle a été suivie d’un catalogue complet et détaillé de la bibliothèque de Freud sur CD, réuni et édité par J. Keith Davies et Gerhardt Fichtner, accompagné d’un essai de Fichtner et d’un manuel d’utilisateur pour le CD. Un quatrième volume vient juste de paraître, des souvenirs longtemps perdus d’Isidor Sadger sur Freud, édité par Andrea Huppke et Michael Schröter, A en juger par ces quatre livres, cette série peut être très chaleureusement recommandée. Elle garantit un standard très élevé dans le savoir sur Freud, dans des temps où de nombreux livres contestables ou carrément mauvais sont pondus par différents auteurs. L’édition de Hirschmüller est un apport hautement bienvenu et précieux aux connaissances sur Freud.
Ernst Falzeder
(Spital am Pyhrn, Autriche)
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