Psychothérapies
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
50 pages

p. 48 à 50
doi: en cours

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Volume 27 2007/1

2007 Psychothérapies

Analyses de livres

L’Année Psychanalytique Internationale, (rédactrice-en-chef : Florence Guignard), Ed. Médecine et Hygiène, Genève, 2006. L’Anata Psicoanalitica Internazionale, (a cura di Antonino Ferro), Ed. Borla, Roma, 2006. Ausgewählte Beiträge aus The Int. Journal of Psychoanalysis, Verkehrte Liebe, (herausgegeben von Gabriele Junkers), ed. diskord, Tübingen, 2006

LInternational Journal of Psycho-Analysis, l’organe international le plus riche, le mieux documenté et professionnellement des plus satisfaisants, est accessible depuis des années dans des traductions diverses devant permettre à un public plus large de le consulter dans sa langue maternelle.
Des éditions en portugais et en espagnol existent depuis vingt ans, publiées à Sao Paulo en Amérique latine. La version française paraît depuis 2003 en un volume annuel édité par Médecine & Hygiène à Genève. Elle a été reprise récemment par PUF, Paris. Une édition italienne est publiée également, depuis 2004, en un volume par an. La sortie d’une édition allemande dont le premier numéro s’intitule Verkehrte Liebe vient de se réaliser. Dans une présentation plaisante, il reprend des articles d’une part sur les troubles sexuels, d’autre part sur l’après-coup (entre autres de Faimberg) et une série de différentes approches de l’œuvre de Bion, auteur réputé difficile mais dont l’influence ne fait qu’augmenter, dans la présentation d’auteurs aussi divers que O’Shaughnessy, Tabak de Biamchedi, Ferro, Grotstein. Cette publication en langue allemande nous permet d’une part de rendre attentifs nos lecteurs d’origine germanophone à la possibilité de lire dans leur propre langue ces articles remarquables. D’autre part nous attirons l’attention de nos collègues francophones sur la possibilité, entre autres, de se confronter en français à d’autres cultures psychanalytiques à travers des volumes imprégnés du meilleur esprit pluralistique, international et de haut niveau intellectuel.
A.H.

Constructing the Truth. From « Confusion of tongues » to « Construction in analysis », Jacques PRESS, Int. Journal of Psychoanalysis, 2006, 87 : 519-536. Freuds Moses-Studie als Tagtraum, Ilse Grubrich-Simitis, Frankfurt am Main, Fischer Taschenbuch Verlag, 1991, 111 pp., ISBN 3596122309. Le meurtre de Moïse. Freud et le monothéïsme, Mario CIFALI, Genève, Slatkine, 2005, 188 pp., ISBN 2-05-101966-5. Wege aus der vaterlosen Psychoanalyse. Vier Abhandlungen über Freuds « Mann Moses », Wolfgang HEGENER, Tübingen, edition diskord, 2001, 157 pp., ISBN 3-89295-711-8. Psychoanalysis or Mind and Meaning, Charles BRENNER, New York, The Psychoanalytic Quarterly, 2006, 140 pp., ISBN 0-9788040-0-7. My Life in Theory, Leo RANGELL, New York, Other Press, 2004, 280 pp., ISBN 1590511131, Le Moïse de Freud. Judaïsme terminable et interminable, Yosef Hayim YERUSHALMI, Paris, Gallimard, 1991, 266 pp., ISBN 2-07-073021-2. Et Moïse créa les Juifs… : Le testament de Freud, Henri REY-FLAUD,Paris, Aubier, 2006, 324 pp., ISBN 2700724429. Michelangelos Moses und Freuds « Wagstück ». Eine Collage, Ilse GRUBRICH-SIMITIS, Frankfurt am Main, S. Fischer Verlag, 2004, 132 pp., ISBN 3-10-074400-4

Si Moïse est devenu très populaire dans les milieux psychanalytiques, il doit y avoir une confluence de raisons. Après quelques années de silence, Freud présente dans la dernière version de cet ouvrage (1938) une richesse de nouvelles vues sur l’importance du traumatisme, du clivage, ainsi que de tant d’approches jusqu’ici inédites. En même temps c’est un dernier message d’un vieillard fatigué, dans une émigration imposée par des circonstances historiques dans lesquelles plusieurs membres de sa famille devaient périr. Certains, comme l’auteur de ces lignes, pensent qu’en plus c’est une reprise du dialogue avec Ferenczi, une résurgence de leurs échanges. Jacques Press, dans un article publié dans l’International Journal, suite à ses travaux antérieurs, se centre sur la problématique de la reconstruction historique vs subjective et fantasmatique. Grubrich-Simitis, à son tour, voit ce dernier ouvrage de Freud en tant que rêve éveillé (Tagtraum). Un auteur géographiquement plus proche de nous, Mario Cifali, présente aussi une contribution, un commentaire autour du thème du patricide menant au monothéïsme. Il est intéressant de remarquer que Hegener, en revanche, élabore surtout des aspects maternels dans la transition de ces années, comme suite au décès de la mère de Freud en 1931.
Suite à ces divers commentaires, en relisant l’original, un – encore – autre Freud apparaît devant nos yeux, un Freud qu’on devrait appeler « post-freudien » car il ouvre toute une évolution présente dans les travaux psychanalytiques des décennies qui suivront. On ne peut être qu’étonné que ceux qui par la suite se présenteraient comme étant des plus proches des idées du Maître, se révèlent en réalité se situer exclusivement dans la lignée des années 1923-1933. En faveur de celle-ci ils négligeaient tout ce qui fut publié avant et après…
C’est aussi dans cette dernière perspective que se situent les ouvrages de deux coryphées de la psychanalyse nord-américaine : l’un, le livre historiquement intéressant de Leo Rangell, ancien président de l’IPA, et l’autre de Charles Brenner, dont il suffit de lire les dix premières pages pour s’apercevoir à quel point il passe à côté, avec une ignorance (feinte ?) de toute une évolution philosophique, psychologique et psychanalytique de ces dernières décennies. Pour Brenner, il va de soi que la psychanalyse serait une « science naturelle », et que pluralisme et subjectivité n’existent simplement pas ou n’ont pas le droit d’exister. Une position difficile à défendre, même en 133 pages… En revanche, Rangell donne un récit de l’évolution historique des idées dans le contexte institutionnel de la psychanalyse nord-américaine et anglophone, dont il fut témoin et acteur intelligent et sensible.
Pour revenir aux ouvrages sur le Moïse de Freud, mentionnons l’œuvre devenue classique de Yerushalmi centrée sur la problématique de l’identité juive du fondateur de la psychanalyse, ainsi que le livre récemment paru de Rey-Flaud. En plus, il est justifié d’attirer l’attention sur le « collage » de Grubrich-Simitis au sujet de la première rencontre avec ce grand personnage fondateur et identificatoire dans l’ouvrage précoce sur le Moïse de Michelangelo. Un grand sujet qui permet une intrication et une confluence des points de vue divers et par ce fait une littérature passionnante.
A.H.

A chacun son cerveau : Plasticité neuronale et inconscient., François ANSERMET et Pierre MAGISTRETTI, Paris, Odile Jacob, 2004, 263 pp., ISBN 2-7381-1532-2. L’erreur de Descartes. Antonio DAMASIO (1999), Paris, Odile Jacob, 2000 ) orig. 1999), 312 pp., ISBN 2-7381-0920-9. In Search of Memory : The Emergence of a New Science of Mind, Eric R. KANDEL, New York, Norton, 2006, 352 pp., ISBN 0393058638. Psychiatrie et psychothérapie sont (enfin) parvenues au cerveau, Konrad MICHEL, Forum Méd. Suisse, 2006, 6 : 569-575. Sigmund Freud heute. Eine neurowissenschaftliche Perspektive auf die Psychoanalyse, Mark SOLMS, Psyche – Z. Psychoanal, 2006, 60 : 829-859. The Brain and the Inner World : An Introduction to the Neuroscience of Subjective Experience, Mark SOLMS et Oliver TURNBULL, New York, Other Press, 2003, 342 pp., ISBN 1590510178. Clinical Studies in Neuro-Psychoanalysis : Introduction to a Depth Neuropsychology, Mark SOLMS et Karen KAPLAN-SOLMS, London, Karnac Books, 2001, 336 pp., ISBN 1590510267. The Neuropsychology of Dreams : A Clinico-Anatomical Study (Institute for Research in Behavioral Neuroscience), Mark SOLMS, Manwah, New Jersey, Lea, 1997, 292 pp., ISBN 0805815856

Au cours de ces dernières décennies, la recherche neurobiologique, surtout grâce à l’évolution des méthodes de scanning, a trouvé une voie d’exploration des processus cérébraux fonctionnels sous-jacents à la vie psychique, un domaine d’investigation qui était jusque-là le terrain propre de la psychanalyse (et de la psychologie, littérature, etc.). Immédiatement, des mouvements intellectuels se sont déclenchés en s’interrogeant sur les liens entre les données et les propositions avancées par l’une et l’autre des approches. Une immense excitation s’est emparée de certains milieux académiques, coexistant avec une indifférence quasi complète des praticiens de la psychanalyse et d’autres neuroscientifiques également. Dans ce contexte, les mémoires d’Eric Kandel récemment parus sont passionnants en ce que ce prix Nobel relate ses motivations pour ses recherches neurobiologiques stimulées par son entourage psychanalytique à Boston (les familles Kris, Rie, etc.). Devenu le père des travaux fondamentaux sur l’emmagasinage des traces mnésiques et d’une refonte de la théorie sur la mémoire, il pense encore aujourd’hui que les neurosciences doivent trouver un dialogue avec la psychanalyse. Ceci aussi dans l’esprit d’autres chercheurs de premier ordre, comme Damasio. A l’origine, celui-ci n’avait aucun intérêt pour la psychanalyse, mais ensuite il a déclaré en 1999 la compatibilité de la psychanalyse avec les résultats des neurosciences. Il a notamment démontré que notre fonctionnement cérébral produit des pensées sur lesquelles les émotions, notre plaisir et déplaisir, jouent un rôle fondamental. L’erreur de Descartes était, selon lui, d’ignorer cette dimension. Une partie de ces auteurs trouve fascinante l’idée de la « plasticité » du cerveau, comme Magistretti et Ansermet dans leur livre dont nous avons déjà parlé dans cette revue (N° 4/2004, p. 237). Cette plasticité serait un pont entre la structure et les événements environnementaux. Kandel, dans ses recherches fascinantes, a montré que certains événements stockés changent la structure morphologique au niveau de la biologie moléculaire. D’autres, comme Mark Solms, une des figures majeures dans ce domaine, comparent des localisations cérébrales et des phénomènes décrits par la psychanalyse et élargissent leurs considérations, entre autres au sujet du refoulement, des processus primaires et secondaires, du principe de plaisir, de la théorie de la libido, de la théorie des rêves, de la théorie des névroses et de l’efficacité thérapeutique de la psychanalyse. Tous ces thèmes sont clairement résumés dans l’article de Solms paru dans le numéro commémoratif spécial de la revue allemande Psyche de cet automne. Si même les journaux s’adressant plus généralement aux médecins non spécialisés intitulent des articles comme « Psychiatrie et psychothérapie sont (enfin) parvenues au cerveau », cela marque un changement dans l’atmosphère générale, en même temps captivant et provocant. L’avenue ouverte par des neuroscientifiques des plus importants pourra conduire à un élargissement de nos connaissances sur l’être humain – perspective fascinante.
A.H.

La psychanalyse peut-elle encore être utile à la psychiatrie ?, Guy DARCOURT, Paris, Odile Jacob, 2006, 254 pp., ISBN 2-7381-1753-8

Partant de l’idée que « la psychanalyse semble ne plus répondre aux besoins de la psychiatrie, d’autres théories lui sont préférées et on la rejette », l’auteur pense que la psychiatrie a tout à gagner à utiliser des théories multiples, puisque aucune ne suffit pour comprendre tous les aspects de tous les troubles psychiques, Ainsi, un recours aux vues psychanalytiques permet aussi de compléter et parfois fonder l’analyse du fonctionnement psychique. Sans polémique, ce livre ne se présente pas comme un plaidoyer pour un retour à l’alliance entre la psychiatrie et la psychanalyse à l’ancienne mode. La thèse que l’auteur défend est « qu’il y a dans l’œuvre de Freud un certain nombre d’idées que la psychiatrie a tout bénéfice à conserver. […] Elles sont le bébé qu’il serait dommage de jeter avec l’eau des concepts inutiles ». Puisque du point de vue de l’auteur, une partie de la théorie psychanalytique « ne concerne que la pratique des cures analytiques et pas la clinique psychiatrique », mais : « pourquoi a-t-elle rejeté en même temps la partie qui peut lui être utile ? » (pp. 9-10). Pour étayer sa thèse, l’auteur tend à montrer à travers un parcours accompagnateur de la psychiatrie les idées qui paraissent rester valables et susceptibles d’enrichir la pensée psychiatrique, pour le bénéfice des malades et pour la ramener vers une compréhension plus nuancée de l’être humain. Cette tâche est accomplie avec beaucoup de finesse psychologique et de compétence intellectuelle et apporte une vue complémentaire sur la psychiatrie, qui servira en premier lieu à ceux et celles qui ont été confrontés avec elle exclusivement dans sa forme biologico-cognitive, telle qu’elle est souvent présentée de nos jours. Il est évident que certaines des thèses avancées sont hypothétiques et discutables ; dans un domaine en pleine évolution il ne peut pas en être autrement. La compétence de l’auteur comme professeur de psychiatrie et membre de l’APF, un des groupements les plus intellectuels de la psychanalyse française (Anzieu, Laplanche, Pontalis, etc.) lui donne une crédibilité incontestable.
A.H.

Freud. Idées reçues, Luc MAGNENAT, Paris, Le Cavalier Bleu, 2006, 126 pp., ISBN 2-84670-138-5

Un petit bouquin agréable à prendre en main et à lire. Le texte s’adresse de toute évidence au grand public, mais est susceptible de rafraîchir les idées aussi des professionnels psy ou futurs psy. Il a pour but de redresser nos idées par rapport à des informations fausses ou des généralisations hâtives. A la vitesse à laquelle les informations évoluent de nos jours, évidemment certaines modifications seront inévitables, ou le sont peut-être déjà. Ainsi déjà la fameuse question de la relation de Freud avec sa belle-sœur Minna (p. 25-26) a récemment reçu un nouvel éclairage par Peter Maciejewski, sociologue de Heidelberg. Il a trouvé une inscription grâce à l’amabilité débordante d’un hôtelier d’Engadine fier de lui montrer, dans son livre des clients de l’hôtel, une note de la main de Freud datant d’août 1898, qui se lit ainsi : « [numéro de chambre double] 11 / Dr Sigmund Freud und Frau / Wien » [Dr Sigmund Freud et Madame]. Or nous savons que la dame qui accompagnait Freud lors de ce voyage, et qui donc figure ici comme « Madame » habitant la chambre double, n’est autre probablement que Minna. Le chemin du rétablissement de la vérité est de toute évidence long, dans le cas de Freud il est tenté depuis un siècle et, comme l’exemple le montre, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines.
Néanmoins, le livre peut être recommandé comme une bonne correction d’erreurs historiques répandues.
A.H.
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