2007
Psychothérapies
Éditorial
Dr Dora Knauer
5, chemin Jean PortierCH-1255 Veyrier
A la recherche d’un dénominateur commun reliant la variété des articles présentés dans ce numéro m’est apparue la nécessaire discussion sur le statut de la sexualité infantile et sa place dans la complexité de la transmission psychique entre les générations, et jusque dans les transmissions culturelles et mythologiques de l’histoire de l’humanité. Nous savons bien que l’anatomie et la différence des sexes à eux seuls ne fondent pas le destin humain, mais que le destin dépend surtout de ce que les hommes font de l’anatomie. Ainsi, pour développer son identité sexuelle, le bébé doit tout d’abord développer son identité propre, grâce à une bonne assise auto-érotique et une satisfaction hallucinatoire suffisante pour supporter les excitations désagréables et les expériences de frustration, hallucination de bien-être qui, plus tard, pourra se transformer en désir, premier élément de représentation. Désir, auto-érotisme, amour pour un objet permanent et constitution de la permanence de l’objet interne, sont les ingrédients indispensables à la constitution d’une activité psychique secondarisée, utile à protéger la confrontation à des vécus de pertes de l’objet ou de désorganisation à chaque expérience de discontinuité et à assurer une assise narcissique suffisante pour élaborer les vicissitudes de la sexualité infantile. Inscrit dans un triangle œdipien, l’enfant doit librement se confronter à ses fantasmes œdipiens primaires, empreints de bisexualité, pour progressivement renoncer à ses rêveries et aborder le déclin de l’Œdipe vers la phase de latence et le déplacement de ses attachements premiers vers de nouveaux objets de sa génération, investis sur le mode de l’altérité. Selon la qualité relationnelle de ses premiers liens, l’entrée en latence sera plus ou moins facilitée et l’autonomisation de l’enfant plus ou moins encouragée.
Dès lors, comment se constitue la sexualité infantile des enfants qui ont été maltraités par leurs parents ? S’il y a eu trauma, le vécu traumatique passe-t-il d’une génération à l’autre ? Comment se forme la « chaîne des sens » entre les générations, qui relève d’une certaine figurabilité ? Est-elle seulement détectable sous forme de comportement ?
Les observations propres à la clinique des psychothérapies précoces parents-enfants nous en disent long sur ce qui se tisse d’une génération à une autre, mais ne peuvent en rien prévoir comment les messages parentaux seront intégrés, repris et élaborés par les enfants eux-mêmes, une fois devenus adultes. En réalité, les nombreuses observations actuelles sur le développement des bébés, quoique souvent réduites à des termes de comportements, viennent néanmoins largement confirmer les théories psychanalytiques classiques et nous confortent sur la réelle importance des conditions d’environnement suffisamment bonnes. Ces conditions d’environnement suffisamment bonnes sont conduites majoritairement sous l’égide du principe de plaisir et de déplaisir, alors que dans les situations d’« empiètement psychique ou d’aliénation », selon les termes de Piera Aulagnier, nous observons, chez l’enfant, la suprématie des défenses plus archaïques, peu économiques, et la survenue de divers troubles du développement. Dans ces derniers cas de figure, nous assistons à la genèse des difficultés dans l’organisation de la personnalité de l’enfant, où les angoisses sont très difficiles à élaborer et où les processus de répétition deviennent contraignants, non symbolisés, sous le primat du principe de la déliaison. Ici, la transmission sera celle d’un échec de la bonne transmission parentale par des comportements aberrants issus des identifications projectives parentales particulièrement narcissiques et associés à une inadéquation intersubjective parents-enfants tels que la voie à la répétition aveugle des caractéristiques du trauma puisse devenir visible. C’est ainsi que se manifeste « status nascendi », et parfois en dépit d’une potentielle bonne résilience, ce qui sera l’objet des interrogations du psychanalyste sur les « cryptes » de son patient désormais devenu adulte et couché sur le divan, reliques des expériences précoces douloureuse, condensées et enkystées dans son inconscient, et qui viennent le surprendre par l’éclosion d’un cortège de symptômes et d’angoisses souvent incompréhensibles. A nous, psychothérapeutes, de retrouver le « fil d’Ariane », afin de tenter de libérer nos patients de ces empreintes qui peuvent les entraver.