Psychothérapies
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
62 pages

p. 1 à 2
doi: en cours

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Volume 28 2008/1

2008 Psychothérapies

Éditorial : changement de quart

Luc Michel
La couleur de la couverture de la revue Psychothérapies m’évoque le bleu profond des mers infinies. On peut y voir l’allusion aux abysses insondables des contrées de l’inconscient. Est-ce pour cela que la trajectoire de notre journal me fait penser à la longue route de ces bateaux du temps jadis, fameux trois-mâts qui quittaient par une belle journée leur port d’attache pour naviguer des années durant sans jamais revenir, poursuivant inlassablement leur route vers l’horizon lointain ?
Il y a maintenant plus de 25 ans, une première équipe enthousiaste partageait l’aventure de créer ce journal à la manière de ces courageux explorateurs. Après avoir trouvé un armateur-éditeur en la personne de « Médecine et Hygiène », ils larguèrent les amarres sans avoir d’autres buts dès lors que celui de naviguer. Ils n’avaient de cesse de s’occuper du navire pour qu’il ait fière allure et qu’il soit beau, bien conçu et sain. Ainsi armée, la coque pouvait accueillir au fil du temps un lot de riches marchandises que l’équipage ordonnait, peaufinait au fil de la traversée pour pouvoir régulièrement quatre fois l’an la livrer à ses lecteurs-clients.
Un comité de rédaction est au service d’une revue à l’image d’un équipage à son navire. Il se doit de fournir un travail pour maintenir le bateau à flot et le bon cap. C’est à cette condition que l’on évite le naufrage et qu’on en assure la navigation. Ainsi entretenu et modernisé, le bateau peut voguer pendant des décennies, voire des siècles. Mais pour cela il faut que l’équipage se renouvelle périodiquement.
Il y a plus de dix ans, notre bateau fit escale et un nouvel équipage remplaça le premier. Ce fut l’occasion d’introduire quelques changements, dont le plus visible était la rénovation de la coque-couverture. Le temps a passé et aujourd’hui c’est le moment de renouveler l’équipage. Mais cette fois c’est plutôt un changement de quart. Ce moment où certains marins, après avoir travaillé sur le pont pendant une longue période, éprouvent le besoin d’aller se reposer alors que d’autres, fraîchement embarqués, reprennent progressivement la barre. Ainsi François Ferrero et Alain Braconnier vont-ils redescendre dans le carré après avoir été très actifs tout au long de ces années. Sans être nommément commandants, leur expérience de vieux loups de mer respectés nous a été précieuse et enrichissante. Qu’ils soient ici remerciés.
Restent sur le pont Jean-Nicolas Despland, Dora Knauer et le soussigné que vont désormais entourer de nouveaux marins dynamiques, motivés, aux compétences variées. Ce sont Anne-Françoise Allaz, Rémy Barbe, Vassilis Kapsambelis, Philippe Rey-Bellet et Yves de Roten. Ce nouvel équipage apportera certainement dans le futur de nouvelles idées, gages du maintien du dynamisme de notre revue.
Certains auront sans doute remarqué qu’il manque à cette énumération le nom de Maud Struchen, notre rédactrice, toujours fidèle au poste. C’est que le temps ne semble pas avoir de prise sur elle et qu’elle est un peu à la fois la figure de proue de notre navire et notre quartier-maître !
Mais revenons à la « cargaison » que livre ce numéro. On y trouvera des articles variés et contrastés. Il y est question de groupes dans des dispositifs, pour certains, inhabituels. C’est en effet original de proposer un travail de groupe à des personnes avec déficience intellectuelle afin de leur permettre de mieux appréhender leur vie affective et sexuelle. C’est briser d’une certaine manière un tabou. C’est oser parler de la rencontre de ces personnes avec la sexualité, sujet si souvent escamoté.
Le groupe peut être aussi un moyen précieux pour construire une passerelle entre les soins dans des contextes différents comme l’hospitalier et l’ambulatoire. Ce moyen thérapeutique est en effet un lieu privilégié d’« ouverture à la rencontre par le contact ». On peut y adjoindre ou non du psychodrame dans une forme particulière, pour mieux permettre par exemple au patient psychotique d’étayer son rapport à lui-même en partant de son rapport à autrui.
Nous naviguerons dans ce numéro des contrées de l’adolescence à celles de la personne âgée. A ainsi embrasser de si vastes horizons, nous risquerions de nous y perdre si nous n’avions comme fil rouge notre théorie : « … Tous les cordages de la marine royale, du plus gros au plus mince, sont tressés de telle sorte qu’un fil rouge va d’un bout à l’autre et qu’on ne peut le détacher sans tout défaire ; ce qui permet de reconnaître, même aux moindres fragments, qu’ils appartiennent à la couronne ». On aura sans doute reconnu cet extrait des « affinités électives » de Goethe que met par ailleurs en exergue une collection de livres psychanalytiques bien connue. C’est la théorie qui nous permet de nous repérer et secondairement de formuler nos interprétations. Celles-ci travaillent à donner du sens à tous ces vécus émergeant de ces divers dispositifs. Même si leur formulation a varié au cours de l’histoire du mouvement psychanalytique, elle reste tributaire de notre fil rouge psychanalytique.
Luc Michel (pour l’équipage)
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