Psychothérapies
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
62 pages

p. 65 à 65
doi: en cours

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Volume 28 2008/1

Eléments pour une histoire de la psychiatrie occidentale, Jacques POSTEL, Paris, L’Harmattan, 2007, 346 pp., ISBN 978-2-296-04371-8

Sous ce titre modeste se trouve, dans l’excellente collection de Jacques Chazaud Psychanalyse et civilisations, un recueil de contributions majeures par un auteur dont il n’est plus besoin de vanter l’érudition, la précision, le souci de replacer tout événement dans son contexte et tout contexte dans sa relativité. (Il suffira de dire que cette lecture est aussi délicieuse que celle du livre d’Henri Ellenberger Médecines de l’âme, essais d’histoire de la folie et des guérisons psychiques écrits entre 1954 et 1991, réunis par Elisabeth Roudinesco chez Fayard en 1995, qui obtint d’ailleurs le Prix Psyché décerné par, entre autres, Jacques Postel.)
Ces éléments, monographies parues dans diverses revues ces dernières années et qui concernent l’émergence de la psychiatrie et de la psychothérapie, de la Renaissance à l’apparition des neuroleptiques, avec une attention particulière à Pinel et à Freud, ont en commun un ton critique presque enjoué qui n’exclut pas la plus scrupuleuse recherche d’exactitude documentée, mais qui y ajoute la fraîcheur de l’absence de dogmatisme. En somme, pour Postel, l’Histoire ne s’écrit pas après-coup quant on en connaît la fin, mais jaillit dans la force des actes et des concepts portés par des individus soucieux de science, certes, mais aussi pris par leurs passions. Il reconnaît l’importance des idées, des tempéraments nationaux, des ambitions personnelles et de la tentation constante d’ériger l’anecdotique en symbole et l’empirique en mythe. Je cite : « Avec la maladie mentale, on est frappé de voir à quel point la conception que les non-spécialistes et les médecins eux-mêmes se font s’intègre à d’autres images, à d’autres croyances. Le social, le rituel, le religieux, le philosophique, l’économique, le technique, le géographique, le zoologique, et même le météorologique interviennent dans la vision de la folie et des malades mentaux… Dans ce domaine très particulièrement, tout groupe possède un savoir, une “ culture médicale ” au sens anthropologique. »
Postel souligne aussi combien, face à l’incompréhensible que constitue la folie, on redécouvre autant que l’on découvre : « La continuité d’une tradition médicale dans les soins et l’explication pathogénique des maladies mentales a bien “ contribué à la formation de l’objet psychiatrique moderne ” (J. Pigeaud) ; beaucoup d’aspects de l’Å“uvre de Pinel et d’Esquirol, considérés par certains comme de véritables innovations, ne sont que la reprise de vieilles notions clairement exprimées par des médecins et des philosophes ayant vécu bien avant J.-C. »
Postel n’oublie pas pour autant les surgissements significatifs comme la psychologie clinique ou l’Å“uvre de Kraepelin, ou encore la psychiatrie de secteur en France, qu’il situe à chaque fois dans leur genèse et leur descendance. A savourer.
Guy Maruani

La part obscure de nous-mêmes, Elisabeth ROUDINESCO, Paris, Albin Michel, 2007, 230 pp., ISBN : 978-2-226-17902-9

Dans ce livre, la perversité présentée dans une perspective historique est définie comme une jouissance du mal et de la destruction (de soi ou de l’autre). Son histoire en Occident est racontée à travers de grandes figures emblématiques, y inclus les mystiques, jusqu’à Sade et aux nazis, et même aux goulags.
Cet ouvrage riche en données historiques est aussi une relecture de Sade et aboutit à des considérations sur la société perverse – actuelle. En citant des psychanalystes comme Robert Stoller qui se sont particulièrement occupés des « paraphilies », c’est-à-dire les phénomènes sexuels « hors normes » (comme par exemple le transsexualisme), ce livre enrichit le matériel offert à notre réflexion. Etant donné que – probablement sous l’influence de Lacan – la réception en France des idées de Melanie Klein a été plutôt modeste, la reprise du problème de la destructivité, dans sa version manifestement sexuelle ou non, est sans aucun doute intéressante. On peut cependant se demander si l’extension de la notion de la perversion à des formes extrêmes de destructivité, à notre « part obscure », ouvre une nouvelle perspective ou bien obscurcit les distinctions entre la notion de perversion d’une part et la problématique de la destructivité humaine d’autre part.
A.H.
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