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Vous consultezParentalités
AuteurRémy Barbe du même auteur
Correspondance :Dr Rémy Barbe
Service de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent
6, rue Willy Donzé
1211 Genève
Suisse Courriel : remy.barbe@hcuge.ch
Le terme « parentalité », parti du vocabulaire professionnel (psychologue, psychiatre…), apparaît dans le langage juridique pour entrer aujourd’hui dans le langage commun. La parentalité s’est complexifiée dans le cadre des familles recomposées, des familles pluriparentales, des foyers monoparentaux, la parentalité traditionnelle s’est complétée avec la beau-parentalité, la parentalité adoptive, l’homoparentalité (parents du même sexe élevant leur(s) enfant(s)), la procréation médicalement assistée qui définit le statut de parent biologique et de parent social ; on parle aussi de dysparentalité (dysfonctionnements de la fonction parentale), d’a-parentalité (grandes difficultés à entrer dans la fonction), de parentalité partielle (exercice de la fonction limité dans le temps ou sur certains aspects).
2 Dans son ouvrage « La parentalité décryptée : pertinence et dérive d’un concept », Catherine Sellenet retrace l’historique du terme « parentalité » (2007). Au début des années 60, le terme de « maternalité » apparaît chez le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier. Il désigne le processus de maturation psychique que la mère (maternalité) suit en attendant ou en devenant parent. Au cours des années 80, le terme « parentalité » est apparu, plus récemment est apparu celui de « paternalité ». Plus tard les psychanalystes, psychiatres d’enfant et d’adolescent qui s’intéressent aux relations précoces développent le concept, à Paris Serge Lebovici, et à Genève Bertrand Cramer et Francisco Palacio-Espasa. En 1993, dans leur ouvrage, Cramer et Palacio-Espasa proposent le concept de parentalité, comme « une nouvelle phase du développement »… «imposant au parent une tâche considérable de redistribution de ses investissements (narcissiques et libidinaux) ». « Le fonctionnement psychique des parents surtout de la mère obéit alors à une nouvelle topique, qui inclut la représentation mentale de l’enfant comme une adjonction au territoire psychique parental… Les vicissitudes normales et pathologiques des relations précoces tiennent à la nature de cet effet de rencontre entre le nouveau de l’enfant et l’infantile des parents, entre l’étrangeté du bébé et la familiarité des imagos anciennes » (p. 374).
3 Au cours du milieu des années 90, Didier Houzel a dirigé un groupe de travail et de recherche pluridisciplinaire qui a réfléchi à la notion de parentalité. Dans un ouvrage issu de ces travaux (1999), la parentalité est conçue autour de trois axes :
- L’axe de l’exercice de la parentalité, qui se rapproche du domaine juridique puisqu’il regroupe l’ensemble des droits et des devoirs qui se rattachent à la fonction parentale et à la filiation ; à titre d’exemples on peut citer l’autorité parentale ou encore la transmission du nom.
- L’axe de l’expérience de la parentalité, où c’est le vécu subjectif conscient et inconscient de devenir parent et de remplir les rôles parentaux qui est concerné.
- L’axe de la pratique de la parentalité, qui est constituée par l’ensemble des soins quotidiens, psychiques ou physiques, que les parents doivent accomplir auprès de leur enfant.
Les articles de ce numéro abordent la parentalité et les liens parentaux de diverses manières : dans son article, Emmanuel de Becker propose différentes façons d’intervenir avec les parents des familles dont la pratique de la parentalité est maltraitante. France Frascarolo et ses collègues développent le concept de co-parentage (le soutien que les parents s’apportent mutuellement dans leur rôle de parents) et son intérêt tant clinique que pour la recherche. A partir d’une situation clinique, Jean-Marc Gauthier explore notamment comment la parentalité fantasmée chez des patients ayant un handicap mental peut avoir une fonction d’organisatrice de la vie psychique. S’appuyant sur différents exemples cliniques, l’article de Jean-Yves Tamet : « Des paternités blessées » présente des réactions variées de pères face aux troubles de l’identité de leurs enfants, que ceux-ci présentent une perturbation anatomique mettant en cause l’appartenance à un sexe ou que leurs capacités à se reproduire soient problématiques. C’est en différenciant la monoparentalité psychique et sociale que Raphaële Noël et Francine Cyr explorent sa relation à la question du tiers présent/absent. Enfin, à l’aide d’un cas clinique d’une jeune patiente schizophrène, Catherine Joubert et ses collègues décrivent le travail d’accordage de plusieurs équipes et particulièrement l’articulation de la thérapie familiale avec les soins institutionnels en hôpital de jour.
Bibliographie
Cramer B., Palacio-Espasa F. (1993) : La pratique des psychothérapies mères bébés, Études cliniques et techniques, Paris, PUF (1ère éd.).
Houzel D. (1999) : Les enjeux de la parentalité. Toulouse, Érès.
Sellenet C. (2007) : La parentalité décryptée : pertinence et dérive d’un concept. Paris, L’Harmattan.
POUR CITER CET ARTICLE
Rémy Barbe « Parentalités », Psychothérapies 1/2012 (Vol. 32), p. 1-2.
URL : www.cairn.info/revue-psychotherapies-2012-1-page-1.htm.
DOI : 10.3917/psys.121.0001.




