2001
Psychotropes
Articles
Perspectives
L’usage de psychotropes : entre sauvagerie et
enculturation
Grégory Escande
Psychologue, doctorant à l’UCL
[1]
La place des psychotropes dans les sociétés humaines diffère
selon les aires culturelles. De la prise «sans cadre» occidentale à
l’utilisation rituelle chamanique, l’usage de substances comme les
hallu~cinogènes est un indicateur précieux pour appréhender des différences
fondamentales, notamment vis-à-vis du savoir, de la nature de la réalité et du
rapport à soi-même, aux autres et au monde.
Mots-clés :
Usage, Hallucinogènes, Culturel, Chamanisme, Réel, Religion, Phénoménologie.
Drugs are situated differently among cultural contexts in human
societies. From occidental consumption «without setting» to shamanic ritual
utilisation, the use of substances such as hallucinogens is a pertinent
indicator for approaching fundamental differences, concerning knowledge, nature
of reality and self-conception, relation to others and world.
Notre itinérance nous portant actuellement à mener une
recherche clinique sur une pratique de type chamanique utilisant – entre autres
plantes psychoactives – l’hallucinogène ayahuasca, nous focaliserons
l’essentiel de notre discours sur l’enculturation de la drogue dans les
sociétés chamanistes ainsi que sur une approche phénoménologique du vécu
hallucinogène, notamment celui du sujet vivant dans une culture (occidentale)
où ce type de substances est interdit (du point de vue légal) et associé à une
conduite pathologique mortifère (du point de vue médical). Nos propos
concernent donc principalement les drogues dites hallucinogènes. En outre, nous
arborerons un positionnement personnel en tant que psychologue (un parmi d’autres) vis-à-vis de l’usage
d’hallucinogènes ainsi qu’à l’égard du « sacré » et du rôle du chercheur dans
sa discipline spécifique… Le fil rouge du texte – constitué de nombreuses
données interdisciplinaires – est de donner au lecteur des indications afin
qu’il cerne la complexité concernant l’utilisation de psychotropes au sein
d’une société donnée. L’hypothèse qui sous-tend notre article est celle-ci :
les occidentaux ne possèdent pas les médiations nécessaires pour cadrer une
expérience hallucinogène dans une visée prospective.
Le chamanisme est considéré par les spécialistes en sciences
humaines comme étant un système de croyances très ancien (si ce n’est le plus
ancien) qui permet à l’humanité de se relier avec son environnement. Le
chamanisme s’articule autour de la personne du chaman, détenteur d’un savoir
ésotérique et rituel qui concerne principalement la chasse, la fertilité, la
guérison et la mort (Seaman, Day, 1999). Le terme de « chaman » (ou « chamane
») est ainsi un terme générique désignant des praticiens agissant sur plusieurs
registres (essentiellement sociaux, religieux et thérapeutiques). Ces
praticiens utilisent des techniques spécifiques pour répondre à des situations
hétérogènes inscrites dans un mode de vie basé sur l’économie de subsistance,
la prédation et un rapport direct à la nature (Vazeilles, 1991). En cela, le
chamanisme est un système écologique comme nous le postulent B. Hell (1999) et
P.T. Furst (1999); il est une vaste entreprise dynamique et pragmatique –
entreprise caractérisée par le principe d’adaptabilité – dont la finalité est
d’assurer l’intégrité et la perpétuation de la société. Le chaman incarne donc
ce type de « mission », et ce, en utilisant les mythologies, cosmogonies ou
encore théologies en vigueur dans sa propre ethnie.
L’essentiel de la « conception du monde » chamanique repose sur
le postulat de l’existence d’un « monde » différent du monde phénoménal
accessible par les sens usuels. Les qualifications par Perrin (1995) de «
mondeautre », par Hell (1999) de « monde des esprits » ou de « surnature »
(terme qu’il reprend à la spécialiste du chamanisme sibérien R. Hamayon)
précisent bien le caractère étranger de cet « univers » dans lequel le chaman
peut accéder par diverses techniques (isolement, jeûne, invocations, abstinence
sexuelle, prise rituelle de psychotropes, etc.). Eliade (1968) distingue le
chaman des autres hommes : le premier est capable d’entreprendre une expérience
mystique « concrète et personnelle » (selon les mots de l’historien des
religions), contrairement aux seconds (les hommes « ordinaires »). Plus
précisément, les hommes ordinaires ne peuvent accéder dans le « monde-autre »
qu’en de rares occasions (maladies, fêtes, etc.) et grâce aux hallucinogènes.
La différence éliadéenne concerne donc la question de la maîtrise. Le chaman
apparaît ainsi comme un « technicien de l’extase », celui qui sait « sortir de
lui-même » de manière non aléatoire pour accéder au « transcendant
[2] ».
Avant de mieux cerner ce que nous appelons « l’usage enculturé
de psychotropes », il est opportun de noter que la position reconnue d’Eliade
envers les drogues hallucinogènes est péjorative. Dans son essai classique
écrit en 1951,
Le chamanisme et les techniques
archaïques de l’extase (1968), Eliade qualifie l’usage de substances
psychoactives de « forme tardive et empruntée » d’accession à l’extase et de «
substitut vulgaire de la transe pure » associée à une dégénérescence du
chamanisme; il s’oppose ainsi à la position de W. La Barre (1974) qui défend la
thèse que l’origine de la religion et du chamanisme est liée à une consommation
rituelle d’hallucinogènes. L’ethnologue Perrin (1995) voit dans cette position
envers les hallucinogènes un « exemple caricatural » de l’« éliadisme » dont la
partialité (notamment l’engagement mystique de l’historien des religions), la
définition-carcan du chamanisme
[3] et le comparatisme l’agacent. Sur cette question
concernant le jugement sur l’usage de substances, l’anthropologue américain
Furst réhabilite son maître Eliade. Ce dernier n’aurait pas eu l’occasion de
réviser son point de vue dans une nouvelle édition du
chamanisme. Furst écrit ainsi (1999,
p. 38): « Le travail accompli par les botanistes et les ethnologues sur les
plantes sacrées en Amérique, l’évidence philologique d’un usage étendu et très
ancien de l’amanite tue-mouches en Europe, enfin les dates fournies par le
carbone 14 concernant les découvertes du sud-ouest américain, m’a-t-il confié
peu avant sa mort, l’avaient convaincu qu’on avait bien affaire là à un
phénomène archaïque et qu’il n’y avait pas de différence phénoménologique entre
les techniques de l’extase, qu’elles fussent « spontanées » ou induites par
l’effet chimique des plantes sacrées »
. L’ouvrage encyclopédique d’Eliade (tel qu’il
est disponible) peut ainsi être considéré comme une bonne introduction au
chamanisme mais il reste très limité concernant les peuples utilisant des
hallucinogènes ou autres plantes naturelles. D’autres livres (et notamment en
français puisque la recherche anthropologique française sur le chamanisme
surtout sud-américain est assez active) sont heureusement disponibles sur ce
domaine …
Des substances « enculturées »
C’est en 1972 que Furst réunit dans son ouvrage
The flesh of the gods
[4], une série de textes
présentant les principales pratiques rituelles avec ingestion d’hallucinogènes
naturels. L’utilisation de telles plantes, nous dit l’anthropologue, remonte à
plusieurs millénaires, et même probablement au paléolithique. On retrouve ainsi
sur le continent américain des traces, attestant d’un usage rituel
d’hallucinogènes, de plus de 100000 ans. Cet argument archéologique a été
largement repris par La Barre qui perçoit la prise de substance comme une
véritable pratique fondatrice de la culture humaine.
La connaissance écologique et botanique qu’ont les sociétés
chamanistes est littéralement stupéfiante. Les Indiens d’Amérique (surtout
centrale et du sud) connaissent plus de deux cent plantes qu’un occidental
qualifierait de psychédéliques ou de psychomimétiques (le chamanisme du Vieux
continent connaît également des substances analogues, mais dans une proportion
infiniment moins élevée). Les exemples de substances prises rituellement sur le
continent américain sont nombreux : champignon psilocybe dans le chamanisme du Mexique,
amanite tue-mouche (champignon à
l’origine utilisé par les chamans sibériens dont le principe actif est la
muscarine) au Canada, au nord-ouest des États-Unis ainsi qu’en Amérique
centrale, cactus peyotl au sud du
Texas et au nord du Mexique (principalement chez les Indiens Huicholes), cactus
San Pedro utilisé originairement en
Equateur et qu’on retrouve désormais au Mexique, au Texas et au Pérou, herbe de
Jimson et racines de
datura (de la famille des solanacées)
utilisées principalement par les tribus d’Amérique du nord, liane ayahuasca,
jus de tabac, bulbe
piripiri, feuilles
naranjillo en Amérique du sud,
etc.
Ces substances participent d’une culture, c’est-à-dire qu’elles
sont liées à un
contexte – construction
née de l’échange entre des individus qui partagent un certain nombre de valeurs
et de conceptions. Ce contexte, dont nous parlons, peut ainsi s’appréhender
comme une interprétation, un langage qui oriente les façons de penser et de
comprendre la réalité (Bruner, 1991; Barth, 1995). Les membres d’une même aire
géographique ont négocié un « monde en commun »: ils sont
enculturés à une Histoire et à différents
systèmes (familial, groupal, institutionnel, etc.); leurs objets façonnent et
maintiennent le
sens de leur construction.
Ce
sens s’exprime par des
pratiques significatives, c’est-à-dire des
tâches manifestes, rationalisables et objectives,
couplées à des intentionnalités sous-jacentes,
implicites, personnelles et subjectives. Dans les sociétés chamanistes
(également dites « archaïques »), les psychotropes hallucinogènes sont
considérés comme des véhicules chimiques permettant l’accès au « monde-autre »;
leur ingestion exige une préparation codifiée couplée à une intention
initiatique, gnoséologique. Derrière les « psychotropes chamanistes », donc,
toute une dimension mythologique, rituelle, sociale. Ces substances-là ont une
place spécifique dans les sociétés chamanistes, alors que dans nos sociétés de
consommation, elles ne se réfèrent à aucune pratique pourvue d’une
signification partagée par l’ensemble de la communauté. Dans un article
[5] au titre évocateur « Chez les
Indiens la drogue structure, chez nous elle détruit », l’ethnologue M. Perrin
rappelle que les cultures pratiquant la prise rituelle d’hallucinogènes
disposent de termes ou de métaphores grâce auxquels leurs hallucinés peuvent
décrire leurs pérégrinations. Les représentations culturelles, dont les membres
de la communauté chamaniste disposent, permettent de « modeler » le voyage.
Autrement dit, l’expérience hallucinogène a un sens car elle est encadrée.
L’anthropologue J. Siskind nous dit ainsi que l’initié ingérant la mixture
ayahuasca suit un apprentissage culturel qui lui permet de passer d’une
expérience intense et chaotique à une expérience qui se structure lentement
pour devenir communicable. C’est notamment grâce à des chants sacrés (appelés
icaros) que le chaman amazonien arrive
à « contenir » son expérience (Siskind, 1997). Perrin pense que la différence
essentielle entre sociétés chamanistes et sociétés dites « modernes » repose
sur le fait qu’il n’existe pas, au sein des cultures occidentales, d’« ailleurs
transcendant » bien défini où le véhicule chimique [la substance psychoactive]
permettrait de se rendre. Ici surgit le fossé sur la nature du Réel : le Réel
chamaniste est dual (un monde humain
et un monde divin où le
passage « direct » est possible); le
Réel occidental, lui, est « uniciste » (le « divin » a tendance à être
coupé du profane, du monde ordinaire)…
Nuançons nos propos précédents ! Il est en effet difficile d’isoler une
conception unitaire du « Réel » dans les sociétés occidentales : le « Réel »
judéo-chrétien n’est pas le « Réel » objectiviste rationaliste et il différera
sans doute des conceptions que partage une communauté vivant, par exemple, dans
la campagne italienne… La différence essentielle repose donc, selon nous, sur
la « facilité » d’accès au « transcendant » grâce aux techniques hallucinogènes
acceptées culturellement : le chamanisme peut s’appréhender comme une
spiritualité pragmatique qui propose une transcendance accessible
directement n’engageant pas
l’expérienciant à suivre une vie entière d’ascèse ou de dévotion – les épreuves
de préparation de type ascétique (diète, purge, etc.) qu’un sujet suit pour
prendre l’ayahuasca sont
ponctuelles.
L’expression de « prise sauvage » fait référence à l’ouvrage du
philosophe M. Hulin (1993) – ouvrage consacré aux expériences religieuses non
contenues dans un cadre institué. Autrement dit, l’expression de « prise
sauvage » désigne une utilisation au sein de laquelle les références
culturelles et sociales sont absentes. En psychologie de la religion, nous
dirions qu’il y a une faillite des « médiations symboliques » (ou « médiations
culturelles ») pour le « psychonaute » occidental du fait que la prise
d’hallucinogènes ne fait pas partie des techniques d’accès au transcendant «
autorisées » en Occident comme la prière, la méditation, le jeûne ou encore
l’isolement sensoriel. Le sujet-expérienciant s’approprie
seul son « voyage » avec des «
contenants de pensée » qu’il aura lui-même choisis ou qui s’imposent à
lui.
Revenons sur l’essai d’Hulin pour mieux appréhender son
qualificatif de « sauvage ». Celui-ci présente une phénoménologie du vécu
hallucinogène, et ce en s’appuyant (de façon privilégiée) sur les
expérimentations du poète belge H. Michaux (1899-1984). Pour rappel, le poète a
expérimenté de 1955 à 1968 toutes sortes d’hallucinogènes (LSD, mescaline,
psilocybine, etc.), et ce en étant « médicalement assisté ». Hulin dégage trois
dimensions du vécu succédant à l’ingestion de substances psychédéliques : la
dissolution du schéma corporel,
l’éloignement des repères d’espace et de
temps et l’effacement de la frontière
séparant le sujet et l’objet. Manquant de repères symboliques
(cosmogoniques, mythologiques ou autres) qui orientent le « voyage », l’expérienciant
occidental se trouverait confronté à la désorientation et à l’angoisse. Cette
angoisse apparaît pour Hulin comme « la très naturelle réaction de défense du
moi devant l’effondrement de tout ce qui lui conférait stabilité, identité,
consistance » (Hulin, 1993, p. 149). Notre sujet se trouverait ainsi dépourvu
de références (ou médiations) pour pouvoir « lutter contre la violence
désorganisatrice des produits, contre la force des émergences pulsionnelles
suscitées par les hallucinogènes » (Brun, 1999, p. 56); il devrait gérer seul
la « face d’ombre de la drogue ».
L’expérience hallucinogène ne produirait-elle qu’une
déstabilisation ? Pas nécessairement.
L’ethnobotaniste américain Mc Kenna (1998) propose l’idée («
subversive et spéculative » penseront certains) que les hallucinogènes ont eu
un rôle catalyseur dans la structuration du psychisme humain avant d’être
abandonnés du fait du passage d’une organisation sociale de type partenariat
(courant au Paléolithique supérieur et au Néolithique) au type dominateur et
patriarcal (incarné selon l’auteur par la chrétienté). Ce furent ainsi, selon
Mc Kenna, les peuples nomades chasseurs-cueilleurs puis éleveurs qui, en
passant à un régime omnivore, découvrirent les particularités de certains
végétaux et autres champignons. Ce que suggère l’ethnobotaniste, c’est que,
structurées par un « cadre » chamanique, ces substances hallucinogènes «
transforment les messages de l’inconscient en révélations pour l’esprit
conscient » (Mc Kenna, 1998, p. 31) même si la façon dont cette transformation
s’opère n’est pas appréhendée. Selon lui, les alcaloïdes contenus dans les
plantes, en particulier les composants hallucinogènes comme la psilocybine, la
diméthyltryptamine (DMT) et l’harmaline (les deux derniers composants sont
présents dans la mixture ayahuasca), pourraient être les facteurs chimiques du
régime alimentaire protohumain ayant canalisé le développement de la faculté
d’introspection chez l’homme (Mc Kenna, 1998, p. 44). Mc Kenna a conscience que
son « scénario » peut être qualifié de fantaisiste, aussi élabore-t-il sa
construction en s’étayant sur plusieurs recherches expérimentales, sur des
observations ethnologiques de pratiques chamaniques et sur
l’autoexpérimentation. Il confère au psilocybe une importance fondamentale dans
le développement du langage chez l’homme et souligne les possibilités offertes
à celui qui le consomme : meilleure acuité visuelle
[6], excitation sexuelle et accès à un «
Ailleurs transcendant » – qualités qui auraient permis pour nos ancêtres une
meilleure recherche de nourriture, une multiplication de la progéniture et un
lien particulier entre ceux qui expériençaient l’accès à la Surnature ou
monde-autre (c’est-à-dire un
lien
constituant une tribu d’initiés). Terminons avec Mc Kenna en citant une de ses
interprétations qui pourra déstabiliser certains tenants du christianisme.
Celui-ci interprète ainsi l’épisode de
La
genèse dans lequel Ève mange le « fruit défendu » (le champignon à
psilocybine
Stropharia cubensis estime
le botaniste) comme la « première intoxication de l’histoire » (Mc Kenna, 1998,
p. 96) mettant l’humain au niveau de la divinité. Suite à l’ingestion, les yeux
d’Adam et Ève s’ouvrent (éveil de la conscience selon Mc Kenna) et ils voient
qu’ils sont nus (conscience de soi et de l’autre/naissance de l’individu).
Parvenus à la connaissance du bien et du mal, Dieu les chasse de l’Eden, afin
qu’ils ne mangent plus de ce « fruit » qui donne la « vie éternelle »…
Cette position n’a plus rien à voir avec la déstabilisation, la
« face d’ombre » décrite par Hulin. La différence réside – nous l’avons déjà
dit :– dans le « cadre » qui contient l’expérience hallucinogène.
L’hallucinogène enculturé, catalyseur de connaissance ?
Précisons mieux la notion de « cadre » (équivalent au « setting
» anglo-saxon). Le « cadre » consistera dans le suivi de règles précises :
restriction alimentaire, abstinence sexuelle, isolement. Telles sont les
pratiques observables précédant l’ingestion d’hallucinogènes naturels qui se
déroule de nuit. Ces pratiques sont signifiantes car elles permettent de
préparer l’expérienciant à recevoir la
plante pour répondre à une
intentionnalité initiatique et gnoséologique. Rappelons encore que l’ayahuasca
n’est qu’un des nombreux
hallucinogènes utilisés par les chamans de l’Amazonie. L’ethnologue Chaumeil
nous dit ainsi que les prises ne sont ni indifférentes ni anarchiques : tel
végétal est consommé rituellement pour apprendre telle chose ou pour obtenir
tel résultat. Ainsi, ceux qui ingèrent ce type de substance le font pour
recueillir de l’information – information ayant une pertinence pour l’individu
et le groupe. Lors de la préparation
et de la prise du breuvage psychoactif, le chaman entame ses
icaros qui sont autant d’invocations à
la forêt, aux feuilles aromatiques ou adjuvants ingérés, à l’esprit de
l’ayahuasca (ou à celui d’un autre végétal) qui donne des visions, aux animaux
de la jungle, etc. (Lamb, 1996; 1997). Ces icaros permettent de maintenir l’attention des
participants pour le rituel et de contrôler le flot d’images/ hallucinations;
ils apparaissent comme les éléments nodaux du cadre chamanique (éléments dont
seraient dépourvus les occidentaux – du moins est-ce l’hypothèse que nous
introduisons dans cet article). L’intention des chamans, quand ils ingèrent un
hallucinogène naturel (et notamment l’ayahuasca), est de percevoir l’aspect
pluridimensionnel des êtres, de retrouver le sens des choses, de percevoir
l’essence au-delà de l’apparence (Chaumail, 2000). Comme nous l’avons vu, les
sociétés chamanistes disposent des médiations « enculturées » pour satisfaire
cette intention alors que les
occidentaux ne possèdent pas de « codes de déchiffrement de l’expérience
extatique » (Hulin, 1993) permettant de « prêter du sens » sur leurs
expériences (qualifiées donc de « sauvages »). Les propriétés de l’ayahuasca
dans un « cadre chamanique » sont, pour ce qui nous intéresse ici : transmettre
la connaissance en général, enseigner l’art de guérir autrui et soi-même,
produire des effets de télépathie, de voyance et de prédiction, etc. Qu’en
est-il pour un occidental qui le consomme (sous la tutelle d’un chaman
évidemment)? Comment s’approprie-t-il les médiations chamaniques ? Comment se
sert-il de ce qu’il a vu, dans son
quotidien ? Autant de questions que nous espérons traiter
in situ. Voyons (très succinctement) à
présent, sur ce thème de l’hallucinogène catalyseur de connaissance, une
hypothèse développée par un occidental qui s’est déplacé sur un terrain
chamaniste d’Amazonie…
La proposition qu’a développée l’anthropologue J. Narby va à
l’encontre des énoncés de la science occidentale pour qui (et selon lui): 1) la
nature est inerte et non-intentionnelle et 2) les hallucinations ne sont pas
une « source d’information authentique », mais « au mieux illusions, et au pire
phénomènes morbides » (Narby, 1995, p. 48). Son hypothèse, qui s’accorde avec
le point de vue indigène – à savoir que l’ayahuasca est un « être intelligent
avec qui l’on peut établir un rapport, et duquel il est possible d’acquérir de
la connaissance et de la puissance » (Luna, cité par Narby, 1995, p. 24) – est
celle-ci : le chaman parvient en ingérant l’ayahuasca à acheminer sa conscience
au niveau moléculaire pour lui permettre d’entrer en dialogue avec l’ADN.
L’anthropologue considère que le « serpent cosmique » (l’une des médiations
culturelles utilisée par les autochtones pour s’approprier ce qui surgit –
entre autres – dans les visions, à savoir en l’occurrence une forme double
spiralée), dont lui parlent les ayahuasqueros (chamans ingérant l’ayahuasca),
pourrait être ce que les occidentaux appellent acide désoxyribo-nucléïque
(ADN). Les Indiens lui disent en effet que leur savoir botanique provient de
leurs sessions avec l’ayahuasca, que c’est la plante elle-même qui leur
communique et leur enseigne les propriétés de la flore amazonienne. Selon
Narby, savoir chamanique et savoir biochimique étudieraient « la même chose »
mais par des moyens, des canaux différents. Le premier pénètre le monde
intérieur (par modification volontaire de la neurochimie cérébrale) et
s’exprime par un discours imagé, un langage du symbolisme mythologique; le
second type de savoir analyse le monde extérieur (en le parcellisant en
différents secteurs : cellules, molécules, petits organismes, etc.) et
s’exprime par un discours conceptuel, un langage technicisé et mécaniste.
L’anthropologue suppose ainsi que chaque tribu (celle des chamanistes et celle
des scientifiques occidentaux) utilise un contenant du savoir (autrement dit,
un mot !) spécifique pour représenter leurs « découvertes ». Nous n’irons pas
plus loin dans la conception de l’anthropologue (nous vous invitons à lire son
ouvrage pour voir son cheminement aboutissant à la fameuse hypothèse qui
n’attend que des biologistes motivés pour la creuser). Pour notre auteur, qui a
expériencié quelques fois l’ayahuasca, l’Occident a sous-estimé le « mystère »
des hallucinogènes naturels, notamment leur dimension gnoséologique…
Psychologie et chamanisme
Lorsque des psychologues ou des ethnopsychiatres parlent du «
terrain chamaniste », deux principaux thèmes (éminemment liés) sont évoqués :
l’anormalité du chaman et les modifications de la conscience. Le premier thème,
consistant à comparer le profil de personnalité du chaman avec des nosographies
psychiatriques (essentiellement hystériques, épileptiques et schizophréniques)
a été rejeté par les anthropologues. En effet, ces comparaisons ne reposent sur
aucune observation (de type psychiatrique ou psychanalytique) prolongée et
approfondie (Perrin, 1995). La problématique qui sous-tend ce débat concerne
l’un des enjeux de la psychologie (et d’autres disciplines évidemment), à
savoir la distinction Normal/Pathologique.
Notre position s’accorde avec celle des anthropologues et notamment celle de
Perrin : l’ethnologue souligne que les observateurs (des psys !) se sont plus
occupés de l’élection (et ses signes « spectaculaires ») du futur chaman que
des comportements et attitudes habituels du chaman confirmé. Les signes
chamanistes, pouvant s’appréhender comme « de véritables symboles d’une
communication privilégiée avec le monde-autre » (Perrin, 1995, p. 56), ont été
dépouillés de leur contexte d’émergence (c’est-à-dire de leur dimension
culturelle) et sont devenus, pour le regard occidental, des symptômes. Pour
autant (et en nuançant), nous ne devons pas exclure que des individus attirés
par le chamanisme soient perturbés et malades et qu’ils recherchent la guérison
dans un système qui leur permet de s’exprimer… La question qui se pose alors
est : qu’est-ce qu’un malade et qu’est-ce qu’un individu « sain » dans ces
sociétés-là ?
Le second thème intéressant le psychologue concerne les États
Modifiés de la Conscience (EMC), expression venue de l’anglais « altered state
of consciousness ». Les EMC désignent ainsi une modification, un changement de
l’état de conscience que vit ordinairement un sujet (Le Scanff, 1995). Sommeil,
angoisse, orgasme, stress, ivresse, « trip » hallucinogène, etc. : autant de
situations ayant à voir avec les EMC. De nombreuses recherches étudient ces «
états », notamment sous l’angle psychophysiologique (c’est-à-dire sous l’angle
des modifications sur le continuum de la vigilance, des modifications
cérébrales entre les deux hémisphères ou encore des mouvements hormonaux
déclenchés par le système nerveux global [central et autonome]). Ces corrélats
physiologiques aux EMC sont fondamentaux mais ils ne renseignent pas
suffisamment sur la dangerosité ou le bienfait de tels « états ». Le fait de
chercher à modifier sa conscience (notamment par la prise d’hallucinogènes)
est-il une menace pour l’individu, pour les normes sociales ? Celui qui
transgresse le modèle prôné par sa culture d’appartenance en consommant des
psychotropes « non pharmaceutiques », est-il un déviant qu’il faut «
thérapeutiser », sanctionner, laisser faire ? Encore un avatar de la
problématique Normal/Pathologique – problématique qui nous semble de plus en
plus culturelle (avec son florilège d’idéologies, de valeurs, de fanatismes,
etc.) et philosophique… Revenons aux EMC. Selon nous, le qualificatif de
modifié est pertinent en ce sens qu’il
évoque une expérience non ordinaire relevant de ce que R. Otto (1995) appelle
le « Tout autre », mais il peut être contesté du fait qu’il semble trop connoté
et relié à une expérience secondaire,
voire non valable de la réalité. Or,
pour les peuples chamanistes, les « visions » catalysées par les substances
n’ont rien à voir avec une expérience secondaire ou erronée de la réalité.
Ainsi, les Indiens Jivaros, nous dit Harner (1997), pensent que l’existence en
état de veille est un « mensonge » alors que « les vraies forces qui
déterminent les événements quotidiens sont surnaturelles, et ne peuvent être
vues et manipulées qu’à l’aide des drogues hallucinogènes » (Harner, 1997, p.
36). Dans les sciences humaines, le débat (ou conflit) prendra la forme d’une
réflexion sur la nature du sacré; il
opposera ainsi les tenants qui postulent qu’il y
a un « monde-autre » ou plan onto-théologique supra-humain
potentiellement « expérienciable » (à l’instar de M. Eliade, M. Harner et C.G.
Jung) et les tenants qui postulent que le « monde-autre » n’est qu’une
projection de ce monde-ci pouvant flirter avec la construction délirante (à
l’instar de M. Perrin et S. Freud). La première position est dite
théophanique, la seconde
anthropomorphe (Wunenburger, 1996).
Ces deux positions mettent évidemment en jeu des a priori philosophiques et des croyances
intimes… Après la problématique Normalité/Pathologie, (revoilà) la
problématique du Réel et de la transcendance !
Sur cette question de la transcendance, le psychologue de la
religion peut arborer une troisième position dite
herméneutique. Cette position, défendue
notamment par P. Ricoeur
[7], postule que c’est la conscience intentionnelle du
sujet qui confère à l’expérience sa valeur de sacré. Ce n’est pas tant le plan
« ontothéologique » qui intéresse l’herméneute que la
relation qu’établit le sujet avec le
monde, les autres et soi-même. Cette position entre en adéquation avec la
démarche d’« exclusion méthodologique du transcendant »: le psychologue de la
religion n’a pas la compétence pour se prononcer sur l’existence et sur les
propriétés du surnaturel auquel se réfère la religion; il ne peut montrer ou
réfuter les propositions de la théologie et il ne peut introduire l’action du
surnaturel comme élément explicatif (Vergote, 1987). Toutefois, le «
transcendant » reçoit un statut psychologique et non plus ontologique (comme
chez les théologiens). Autrement dit, le « monde-autre » possède le statut de «
médiation symbolique » permettant au sujet qui utilise ce
médium de tendre à et/ou de vivre
certaines conduites qu’il juge nécessaires à l’accomplissement de sa condition
et de sa liberté.
Bref, notre position en tant que psychologue rejoint la
psychologie humaniste d’un Rogers et la psychiatrie phénoménologique d’un
Binswanger. Le consommateur d’hallucinogène sera ainsi appréhendé comme un
sujet ayant une intention à l’égard du
médium psychoactif. Intention de
jouissance, de fuite, de connaissance ou autre (ces catégories ne sont pas
exclusives): c’est cela qui nous intéresse. Phénoménologiquement parlant, le
sujet recherche un mode d’être grâce à
un produit non anodin lui permettant d’expériencier un « autre chose » que ce
qu’il rencontre habituellement. Cette position nous concerne en tant que
chercheur (c’est-à-dire celui
qui fait la demande au sujet dans une
démarche heuristique) conscient que ses modèles humanistes et phénoménologiques
restent sur un topos
conscient/préconscient (critique que peut nous adresser un psychanalyste plus
intéressé par la structure organisationnelle du toxicomane). Les questions
(générales) vis-à-vis de ce phénomène sont ainsi : Comment le sujet se
prépare-t-il avant l’ingestion de la substance hallucinogène ? Le sujet
éprouve-t-il de l’angoisse ? Comment vit-il cette déstructuration (si elle se
produit)? Quelles « médiations symboliques » (philosophiques, religieuses ou
autres) le sujet utilise-t-il pour traduire son expérience (ou plutôt comment
retraduit-il les souvenirs de son expérience)? Comment évolue le discours du
sujet sur son expérience ? Des images (visuelles, verbales ou autres)
émergent-elles au fil du temps ? Comment sort-il de l’expérience pour revenir
dans la quotidienneté ? Est-il satisfait de ce qu’il a expériencié ?
Cherche-t-il à revivre une telle expérience ? Etc. Telles sont nos
interrogations depuis notre arrivée en Amazonie péruvienne en février
2001.
Le psy et la recherche sur l’ayahuasca
Concernant la question d’une possible acculturation de système
chamanique en Occident, nous réservons notre réponse. L’utilisation de
substances comme l’ayahuasca ne pourrait être vraisemblablement tolérée dans
notre culture que dans sa dimension thérapeutique et nous devons approfondir la
recherche fondamentale en psychologie sur ce type de soins avant de traiter de
son éventuelle application dans le domaine de la toxicomanie. Ceci est le sujet
de notre thèse de doctorat. Notre recherche prend ainsi pour objet le travail
du médecin français J. Mabit au Pérou. Ce dernier a créé en 1992 un centre de
réhabilitation pour toxicomanes (nommé Takiwasi) qui propose des « cures » chamaniques
(couplées avec des approches occidentales) à des sujets « locaux » (et aussi à
des occidentaux en « recherche personnelle »).
L’étude de l’ayahuasca est un terrain très peu étudié par les
psychologues. Comme nous l’indique le psychologue cognitiviste B.
Shannon
[8] (et tel que
nous l’avons aussi constaté), la littérature sur ce psychotrope appartient à
deux genres de disciplines : d’une part, les sciences naturelles (botanique,
pharmacologie, biochimie, physiologie cérébrale) qui nous renseignent sur les
constituants du produit et les événements cérébraux découlant de son ingestion
et d’autre part, les sciences sociales (sciences des religions et
anthropologie) qui nous renseignent sur le contexte de consommation. En ce qui
concerne une approche psychologique rigoureuse de l’« expérience ayahuasca » et
de son contenu, il existe peu ou pas de travaux. Notre confrère Shannon, lui,
s’occupe d’étudier statistiquement les contenus émergeant de données
phénoménologiques (issus d’entretiens de recherche sur des terrains brésiliens
et péruviens). L’une de ses questions de recherche est : se pourrait-il que les
serpents, félins ou autres visions de forêts et d’êtres surnaturels (ce sont –
entre autres – les contenus de l’« expérience ayahuasca ») soient des «
universaux » de l’esprit humain ? Il remarque ainsi que les autochtones (les
personnes vivant dans la jungle amazonienne), comme les « expérienciants » ne
partageant pas les mêmes croyances cosmogoniques et mythologiques des sociétés
traditionnelles chamanistes (personnes vivant en ville) « voient » ou «
hallucinent » les
mêmes contenus.
Cette problématique nous concernera aussi
in
situ et nous aurons la chance de pouvoir étudier plusieurs cohortes
(les personnes vivant au Pérou en ville ou dans la jungle, et des occidentaux «
en recherche personnelle » dont les motivations sont également à étudier) pour
appréhender ce mystère…
Bien des obstacles se dressent face au psychologue confronté au
thème du chamanisme et des EMC, et notamment en ce qui concerne les « mots »
pour en parler. La notion de « Réel » (tout comme son corrélat « réalité ») que
nous avons utilisée (faute de mieux) dans cet article est ainsi un mot-problème
(et non un mot-solution) au même titre que les notions de « psychisme » ou de «
conscience ». Ce mot de « Réel », qui n’est pas celui des physiciens, aura été
un artefact de notre part pour distinguer des différences (épistémologiques ?)
essentielles entre deux types de sociétés. Ces différences sont à considérer
comme des indicateurs heuristiques, des types-idéaux qui peuvent évidemment
être déconstruits au regard de la complexité concrète.
Autre problématique : le psychologue ne doit-il pas trouver une
approche qui dépasse les limites du tiers-exclu aristotélicien (exemple :
ou une perception est
vraie, normale,
ou elle est
fausse, pathologique) et ainsi
repenser la « dualitude » Normal/Pathologique sur un continuum ?
Tels sont les défis qui se posent à notre encontre et que nous
relevons…
Rappelons que les problématiques nodales marquant un « fossé »
entre « ici et là-bas » reposent sur :
- l’appréhension du « Réel »: contrairement aux occidentaux,
les sociétés chamanistes ne considèrent pas que le réel se limite à la
perception des cinq sens;
- l’accord ou non de l’usage psychédélique par « l’ordre
social » : l’usage occidental est qualifié de pathologique et de déviant; celui
ayant cours dans les sociétés traditionnelles est considéré comme un privilège
sacré réservé à des initiés ou accordé à l’homme ordinaire lors de situations
importantes
- (fêtes, maladies, etc.);
- La valeur donnée à la substance : dans les sociétés
chamanistes, la drogue permet d’atteindre la connaissance et la sagesse; en
occident, elle signifie la régression, la confusion, l’irrationnel.
Dernières questions polémiques que nous posons pour conclure :
peut-il y avoir un échange, un dialogue entre plusieurs médecines ? L’Occident
peut-il ouvrir son paradigme médical – à ce stade, nous ne parlons pas de
pratique – aux autres systèmes de
soins ? Ce qui ne relève pas du seul « corps physiologique » a-t-il sa place en
Occident ? Quelle place pour ce que d’aucuns nomment la spiritualité – ou «
existentialité » pour les plus laïques – dans les dispositifs thérapeutiques
occidentaux ? Toutes ces questions touchent évidemment aux croyances intimes
des praticiens, à leurs systèmes de représentations de la santé, de la maladie
(et du mal), de ce qu’est un homme [anthropos], de ce que c’est que soigner, guérir,
etc. Nous sommes évidemment conscients que les dimensions idéologiques (avec
d’importants enjeux de pouvoir) et politiques sont difficilement séparables des
questions proprement scientifiques (nous parlons de l’idéal scientifique, pas
de son idéologie pouvant flirter avec une nouvelle forme d’obscurantisme)
surtout avec ce type d’objet (d’étude) paradoxal.
Reçu en août 2000
·
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psychologie culturelle et les processus d’éducation. In :
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1999.
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pouvoir : le chamanisme chez les Yagua de l’Amazonie péruvienne,
Georg Éditeur, Genève, 2000. (L’ouvrage a déjà fait l’objet d’une parution
épuisée en 1983 aux Éditions de l’EHESS, Paris).
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WUNENBURGER J.-J., Le
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[1]
Centre de Psychologie de la Religion – Unité d’Anthropologie
Clinique et Pathoanalytique. Contact :
gregescan@
hotmail. com
[2]
La notion de « transcendant » que nous utilisons est à entendre
comme
autre que ce que nous recevons par nos
sens; la notion marque également l’idée d’une coupure et d’un
passage entre
niveaux de réalité et se
rapprocherait de l’étymologie de la notion de « sacré ». Dans le monothéisme,
le « transcendant » est difficilement atteignable alors que dans les sociétés
chamanistes, le « transcendant » est immanent : la communication est possible
et son expérience est directe.
[3]
Le chamanisme selon Eliade (1968) est donc une « technique
archaïque de l’extase »; le chaman est un « maître du feu » et le « spécialiste
de la transe pendant laquelle son âme quitte son corps pour entreprendre des
ascensions célestes ou des descentes infernales », et ce, en empruntant l’« axe
du Monde ».
[4]
La chair des dieux,
Seuil, 1974.
[5]
Article paru dans la revue
Le
Temps stratégique, n°12, printemps 1985. Disponible sur
http :// www. archipress. org/ narby/ perrin2. htm.
[6]
Mc Kenna cite une recherche expérimentale dirigée par R. Fisher
: on administre de petites doses de psilocybine à d’anciens étudiants et on
mesure leur habileté à détecter le point de croisement de lignes jusque-là
parallèles; Fisher observe que les performances se trouvent améliorées par
l’administration de petites doses de psilocybine. Voir R. Fisher et al., «
Psilocybin-Induced Contraction of Nearby Visual Space »,
Agents and Actions, 1 (4),
1970,190-197, (cité par Mc Kenna, 1998).
[7]
Le conflit des
interprétations, Paris, Seuil, 1969;
Du texte à l’action, Paris, Seuil, 1986.
[8]
SHANNON B., A cognitive-psychological study of ayahuasca. In :
The Newsletter of the Multidisciplinary
Association for Psychedelic Studies MAPS, Volume 7, Number 3, Summer
1997. Disponible sur :
http :// www. maps. org/
news-letters/ v07n3/ 07313sha. htm.