2001
Psychotropes
Editorial
Profils
Pierre Angel
Michel Landry
Jacques Mabit, dont le nom est désormais associé au centre de soins pour
toxicomanes « Takiwasi » qu’il a créé au Pérou, nous livre ici quelques
réflexions sur les origines de sa pratique. S’appuyant sur de nombreuses études
ainsi que sur ses propres observations des « savoirs autochtones », l’auteur
illustre la théorie selon laquelle l’expérience des états modifiés de conscience,
si elle ne s’inscrit pas dans un cadre symbolique d’intégration, a de fortes
chances de mal tourner. Fort de cette constatation, il a orienté son travail auprès
des toxicomanes vers des pratiques proches du chamanisme traditionnel susceptibles selon lui de leur permettre, au travers d’un parcours très codé, de recouvrer
une vie harmonieuse en redonnant un sens à leur recherche intérieure. L’auteur
nous présente les principales données d’une étude qui vient d’être terminée sur
les premières années de fonctionnement du centre (1992-1998).
C’est le point de vue d’un psychologue de la religion comme il se définit
lui-même, que nous propose Grégory Escande pour aborder l’exploration des
sociétés chamaniques et l’usage ritualisé qu’elles font de substances psychotropes hallucinogènes. Illustré de nombreuses références, l’article met en lumière
le rôle capital, selon l’auteur, que joue le cadre dans l’expérience qui suit
directement l’ingestion d’une substance hallucinogène. Après avoir largement
évoqué différents contextes d’usage, Grégory Escande nous invite à partager
une discussion autour du système de soins auquel il consacre sa recherche, celui
du docteur Jacques Mabit.
La métaphore du lien qu’évoque Hélène Houdayer dans son article puise
son origine dans les multiples propriétés et les usages nombreux et divers que
les hommes font du chanvre depuis des millénaires. Le chanvre joue selon
l’auteur un rôle tant économique que pratique et spirituel pour les humains qui
semblent l’utiliser depuis toujours. Dans la deuxième partie de son article,
Hélène Houdayer met l’accent sur l’utilisation du chanvre dans les processus de
création et ses diverses implications dans la vie spirituelle de certains consommateurs célèbres. L’auteur décline les diverses métaphores suscitées par le
chanvre dans ses dimensions relationnelles et psychoactives.
On assiste en Amérique à une prise de conscience de plus en plus aiguë de
la complexité du profil clinique des personnes toxicomanes. Très nombreux
sont ceux chez qui on trouve des troubles mentaux ou de la délinquance associés
étroitement à la surconsommation de drogues ou d’alcool. Malheureusement,
tout au moins au Québec, le traitement s’est très peu et très mal adapté à cette
réalité et le modèle dominant est encore celui d’un système dichotomique où les
hôpitaux psychiatriques refusent les malades mentaux toxicomanes et où les
centres de réadaptation en toxicomanie se sentent impuissants à intervenir
auprès de cette population. Des tentatives de plus en plus nombreuses sont faites
dans le but de créer des lieux offrant à ces personnes un système de soins intégrés
pour les doubles problématiques.
Brigitte Chassé et ses collègues décrivent un projet pilote mis sur pied pour
créer un tel lieu à l’intention d’adultes présentant des troubles mentaux sévères
et persistants et un abus de substances. Les résultats, à une échelle limitée,
suggèrent que les participants ont apprécié l’expérience et que cette forme
d’intervention permettrait de réduire le poids de l’intervention sur l’ensemble
du système de soins.
Michel Germain et ses collègues, pour leur part, à partir de données
recueillies dans deux centres de réadaptation en toxicomanie du Québec, tracent
un portrait des personnes toxicomanes aux prises avec des problèmes judiciaires. Leur étude confirme la présence de problématiques multiples chez ces sujets
et permet de proposer des cibles d’amélioration dans l’organisation des services
qui leur sont offerts.