2001
Psychotropes
Editorial
Consommateurs et addictions
Pierre Angel
Dans son article, Éric Loonis recense les différents modèles économiques
qui concourent selon lui à orienter certains individus vers un type particulier d’addiction plutôt qu’un autre et éclairent la dimension volontaire de
ces conduites. Il étudie les facteurs sociaux prédictifs d’une toxicomanie
ainsi que le rôle joué par les drogues dans l’économie comportementale
d’un sujet. Dans la deuxième partie de son article, Éric Loonis nous propose
une analyse des modèles économiques de l’addiction et souligne l’influence
souvent occultée et pourtant déterminante à son avis des différents contextes d’usages et des conséquences non négligeables qui en découlent.
Emmanuel Roquet nous soumet le point de vue argumenté du sociologue pour appréhender la réalité du sans-abri et son rapport à l’alcool. Les
boissons alcoolisées sont souvent considérées par les consommateurs qui
ont répondu à son enquête comme des substances dont les effets positifs ne
sont obtenus qu’en évitant à la fois la sobriété et l’ivresse. Si les sans-abri
alcooliques ne sont pas conscients, selon l’auteur, de l’impact nuisible de la
boisson sur leur santé, ils attribuent pour la grande majorité d’entre eux les
dysfonctionnements causés par l’alcool à des comportements qui ne sont
pas en phase avec les rituels mis en place autour de l’acte de boire au sein
du groupe. La bonne gestion de leur alcoolisation semble être, selon
Emmanuel Roquet, une stratégie de réduction des risques encourus par les
consommateurs abusifs mieux adaptée que l’abstinence proposée par le
corps médical.
L’article signé Michèle Baumann, François Alla, Franck Bonnetain et
Serge Briancon décrit les attitudes d’un panel de consommateurs à des
degrés divers de médicaments psychotropes, à l’égard de ces médicaments
et de la dépendance. Usant d’une méthodologie rigoureuse, les auteurs
nous proposent une analyse des opinions de cette population dont il semble
que la majorité fasse usage de ce type de médicaments pour le bien-être
qu’ils sont censés apporter. La peur d’une dépendance ainsi que l’automédication s’inscrivent souvent, d’après les auteurs, dans le discours des
usagers quel que soit leur statut social. Cet article nous offre des réponses
précises quant aux habitudes liées à l’usage massif ou occasionnel de cette
pharmacopée.
David Tordeurs, Pascal Janne, Christine Reynaert et Jean-Paul
Roussaux mettent l’accent dans leur article sur la notion de lieu de contrôle
appliqué au domaine de la santé mentale, de l’alcoolisme en particulier et du
rôle qu’il semble jouer sur le pronostic de la maladie alcoolique. L’enquête
menée par les auteurs sur l’alcoolisme féminin les a conduits à considérer
le climat familial actuel, c’est-à-dire au sein de la famille nucléaire, comme
un des facteurs prépondérants du développement de cette dépendance. À
partir de questionnaires et de tests précis, les auteurs mettent en évidence
les grandes constantes qui caractérisent la problématique de l’alcoolisme
féminin. Cette addiction jouerait un rôle de protecteur de la famille contre
un danger quelconque en maintenant l’homéostasie familiale. L’article
souligne que, plus que pour l’homme alcoolique, la famille nucléaire est
influente sur la santé de la femme dépendante de l’alcool.
Après une rapide mise au point sur les instances identitaires, Claude
Macquet nous livre sa vision des divers facteurs qui entrent en jeu pour
conduire la personne dépendante à entreprendre une cure. L’auteur, s’appuyant
sur deux témoignages, souligne que l’identité que le patient élabore autour de
sa relation avec le produit dont il est dépendant prend une signification
particulière tant par ses effets salutaires que pervers. La cure est selon l’auteur
une sorte d’investissement identitaire au cours duquel le patient va travailler sur
les transactions qu’il entretient avec son environnement physique et humain. En conclusion, Claude Macquet nous suggère quelques pistes de
réflexion sur la genèse d’une toxicomanie au sein de notre société.