2001
Psychotropes
Articles
Perspectives
Les modèles économiques des addictions
Éric Loonis
Docteur en psychopathologie, psychologue clinicien
[1]
Les rapports ministériels Roques et Maestracci sur la
dangerosité des drogues et leurs modalités d’usage, les affaires de dopage et
de toxicomanie dans les milieux sportifs de haut niveau, l’hyperconsommation de
psychotropes et l’échec relatif de la loi de 1970, en France, représentent les
signes avant-coureurs d’une remise en question salutaire de nos conceptions et
pratiques face aux addictions. Ainsi, les modèles économi~ques des addictions
valent la peine d’être examinés. Ces modèles représen~tent un ensemble de
macrothéories qui insistent sur l’importance des facteurs environnementaux.
Dans un modèle d’économie comportemen~tale, c’est le coût global de la drogue
qui joue sur sa consommation. Les modèles économiques sont téléologiques et
fondés sur les théories du choix, les jeux internes et la dialectique
comportementale «mélioration/maximi~sation »: dans quelle mesure l’individu
va-t-il privilégier l’utilité locale (à court terme) ou globale (à long terme)
de sa consommation. Malgré leur intérêt pour ce qui concerne les facteurs
environnementaux, les modèles économiques des addictions sont limités par leur
négligence des facteurs internes. Ils permettent en tout cas de résoudre le
paradoxe des addictions (à la fois volontaires et involontaires) lié à leur
conception médicale et d’envisager un message préventif plus efficace, car plus
cohérent.
Mots-clés :
Modèle, Économie, Environnement, Addiction.
Roques and Maestracci ministerial reports about the danger of
drugs and the ways in which they are used, doping and drug-addiction scandals
in sport, the high levels which have been reported of psychotropic consumption,
and the relative failure of the 1970 law in France – all these represent signs
of an urgent need to renew our understanding of how we should deal with drug
problems. In this context, economic models of addiction are worth examining.
These models represent a set of macro~theories which lay stress on the
importance of environmental factors. In economic models of behavior, it is the
overall cost of drugs which affects their levels of consumption. Economic
models are teleological, and are based on choice theories, internal games, and
the behavioural dialectic of «melioration/maximisation», the latter
representing the degree to which the individual favours local (short term) or
global (long term) factors in determining consumption. Despite their interest
in environmental factors, economic models of addiction are limited by their
neglect of internal factors. On the other hand, associated with their medical
conception, they do allow resolution of the paradox of addictions (that they
are simultaneously voluntary and involuntary) and in this way they lead to the
possibility of more effective – because more coherent – preventive
practice.
Les rapports ministériels Roques (1998) et Maestracci (1999)
sur la dangerosité des drogues et leurs modalités d’usage, les affaires de
dopage et de toxicomanie dans les milieux sportifs de haut niveau,
l’hyperconsommation de psychotropes et l’échec relatif de la loi de 1970, en
France, représentent les signes avant-coureurs d’une remise en question
salutaire de nos conceptions et pratiques face aux addictions. Nous allons être
amenés à prendre en compte le fait que des addictions communes, quotidiennes,
culturelles, comme l’alcoolisme et le tabagisme, ne sont pas moins dommageables
pour l’individu et la société que les consommations d’héroïne, de cocaïne,
d’amphétamines et autres drogues dites « dures ». La frontière, justement,
entre drogues « dures » et « douces » est remise en question et nous devrons
tirer la leçon de l’erreur qui consiste à rester centré sur le produit et la
seule dialectique consommation-abstinence, au lieu de nous tourner vers la
personne et ses environnements. Nous devrons très certainement aller au-delà
des visions réductrices et interroger la pertinence de certains modèles
médicaux de la toxicomanie qui veulent la réduire au seul rapport
produit-cerveau suivant une métaphore « diabétique » (ou « de la dépression »,
selon son interprétation strictement pharmacologique). Dans cette nécessité,
que nous aurons, à formuler de nouveaux modèles (Loonis, 1999,2001; Loonis,
Peele, 2000; Loonis, Apter, 2000; Loonis, Apter, Sztulman, 2000) capables de
prendre en compte la personne et ses environnements, les modèles économiques
des addictions valent la peine d’être examinés.
Des micro aux macrothéories
Remettant en question tant les recherches sur l’animal que
celles sur l’homme, Stanton Peele (1985) a depuis longtemps fait la
démonstration que les addictions ne sont pas réductibles au strict rapport
addictif entre un organisme et une substance (ou même une source de
stimulations répétées). Les facteurs environnementaux ont une influence
cruciale sur le comportement addictif, influence non seulement sur
l’initialisation du comportement ou la tendance à la rechute, mais aussi sur le
besoin compulsif de base à consommer une substance (Peele, Degrandpre, à
paraître). Même du côté des neurobiologistes, les travaux sur la
sensibilisation et la saillance incitatrice (incentive salience) de Robinson et Berridge
(1993) mettent en lumière le rôle majeur des stimuli associés à la drogue comme
facteurs de conditionnement et d’apprentissage, pouvant être pris en compte par
les systèmes cérébraux de récompense et expliquer la plupart des phénomènes
comportementaux liés aux addictions (craving, rechute, perte de contrôle, effet
placebo…).
Pour Peele, la consommation de psychotropes chez l’homme dépend
de plusieurs facteurs non biologiques : culturels, sociaux, situationnels,
ritualistiques, développementaux, cognitifs et de personnalité. L’être humain
n’est pas confronté aux drogues d’une façon mécanique, mais son rapport aux
substances, comme aux activités compulsives à caractère addictif (boulimie,
achats, travail, sexualité, jeux compulsifs…), est médiatisé par des variables
de choix actifs, la liberté, la réversibilité des conduites, les valeurs et les
autres motivations existentielles.
Plusieurs recherches ont permis de développer un modèle «
d’économie comportementale » destiné à rendre compte de la consommation de
substances psychoactives en tant que choix préférentiel, au même titre que
n’importe quel autre choix de consommation (Bickel, DeGrandpre, Higgins,
Hughes, 1990; Bickel, DeGrandpre, Higgins, 1993; Carroll, 1993; Hursch, 1993).
Dans le cadre de ce modèle, sont pris en compte l’effort pour obtenir la drogue
(travail accompli, coût) et les renforçateurs alternatifs (la possibilité de
faire autre chose d’intéressant que de prendre de la drogue). Le rapport se
trouve alors placé entre la drogue comme commodité économique et un organisme
consommateur ayant une demande (qui est fonction du coût de la drogue) et une
élasticité de sa consommation (selon le rapport disponibilité/coût des
renforçateurs en compétition avec la drogue).
Un tel modèle permet de poser de nouvelles questions
intéressantes : dans quelle mesure la consommation de drogue est-elle affectée
par son coût (le coût ne concerne pas seulement le prix de la drogue, mais
l’effort total pour l’obtenir)? La demande de drogue peut-elle être élastique ?
Est-ce que la disponibilité d’importantes récompenses alternatives peut
déprécier la réponse de prise de drogue, chez l’animal comme chez l’homme ?
Quel équilibre dose/coût un organisme peut-il réaliser en fonction du rapport
force/coût des renforçateurs en compétition avec la drogue ? De très nombreuses
recherches ont étudié les conséquences du coût sur la consommation. Qu’il
s’agisse de drogues psychoactives, ou d’autres renforçateurs comme la
nourriture, l’élévation du coût entraîne toujours une baisse de la
consommation. Cet effet est produit aussi bien chez l’animal (singes, pigeons)
que chez l’homme (Bickel, DeGrandpre, Higgins, Hugues, 1990; DeGrandpre,
Bickel, Hugues, Layng, Badger, 1993; Goldberg, 1973 ; Harrigan, Downs, 1978;
Peden, Timberlake, 1984).
En terme d’économie comportementale, la préférence pour tel ou
tel renforçateur dépend des doses disponibles et du coût pour consommer; mais
de plus, la présence de renforçateurs alternatifs conditionne le choix exclusif
sur tel ou tel autre renforçateur. Cela signifie bien que la consommation de
drogue et les activités addictives en général ne sont pas seulement sous la
dépendance de facteurs internes prédisposants (comme l’excès de souffrance
psychique), mais que l’engagement dans l’activité addictive dépend aussi des
conditions dans lesquelles un individu est confronté à un dramatique manque de
variété dans ses possibilités d’addictions de la vie quotidienne (Loonis,
1997,1998).
Anderson (1995) souligne la nécessité de passer des
microthéories aux macrothéories en matière de toxicomanie. Les premières
fonctionnent à partir de quatre arguments :
- une idéologie de discrimination socioéconomique (les
valeurs culturelles du groupe social le plus économiquement dominant sont
supérieures aux valeurs des groupes économiquement plus faibles);
- une hégémonie idéologique du contrôle individuel et social
(la classe dominante – on dit aussi « favorisée » – met en avant et cherche à
imposer ses valeurs individualistes de l’autocontrôle et un modèle
moral);
- un cautionnement scientifique des idéologies (les
addictions sont expliquées, par exemple, comme un apprentissage social, une
perte du contrôle social, un manque de conformité ou de maturité sociales, les
valeurs dépravées d’une sous-culture, ou encore comme une « maladie
»);
- l’ensemble du système sous-tendu par les microthéories est
confirmé et entretenu par une législation répressive et une stigmatisation des
consommateurs visés dans les classes défavorisées.
Pour Anderson, dans le cadre de ce qu’il propose d’appeler les
macrothéories, il faut considérer le développement des sous-cultures de la
drogue comme des « solutions » à la marginalisation générée par la culture
dominante et ses prescriptions normatives étroites. Il s’agit, pour un certain
nombre de catégories de population, de résoudre les problèmes posés par une
position de classe sociale et économique. Ces problèmes vont dépendre de
l’environnement socioculturel qui va dicter des choix économiques en fonction
des limites imposées par cet environnement. Le déclin économique, le chômage,
la précarité, l’exclusion, les crises de vie liées à la jeunesse ou à d’autres
étapes difficiles du parcours de vie, peuvent ainsi conduire à des aménagements
hédoniques et de régulation psychique et émotionnelle, où les substances
psychotropes et d’autres activités compulsives à caractère addictif pourront
prendre une place stratégique majeure.
Si l’opposition entre classes socioéconomiques présente bien
quelques pertinences en ce qui concerne l’usage extrême de drogues illicites,
selon le point de vue de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre
la Drogue et la Toxicomanie, France), nous sommes aussi confrontés aux « usages
sociaux des substances psychoactives » (Maestracci, 1999). Les drogues
remplissent de multiples fonctions (automédication, dopage, « sociabilité »,
etc.) qui vont bien au-delà de la résolution de problèmes de classe «
défavorisée ». Bien que nos connaissances soient encore très partielles dans
ces secteurs (en France), de nombreux indicateurs montrent que les
consommations concernent aussi les groupes sociaux aisés, la clientèle courante
des médecins généralistes, les usagers occasionnels de drogues « dures ».
Alcool, tabac, anxiolytiques, antidépresseurs, hypnotiques représentent des
consommations addictives qui ne s’expliquent pas simplement par l’appartenance
de classe. Si les classes défavorisées ont leurs propres difficultés à régler à
coup de consommations addictives, les classes plus favorisées ont aussi leurs
propres malaises à gérer (comme le stress, l’insécurité professionnelle, les
conflits familiaux, les exigences de la compétition socioprofessionnelle…),
sans compter que les unes et les autres classes ne sont pas exemptes de
recherches récréatives de sensations plus ou moins fortes, d’états de
conscience modifiés. Mais ici comme ailleurs, les facteurs internes sont
insuffisants à expliquer l’ampleur et la généralisation de ces comportements et
nous devons nous tourner vers les conditions environnementales.
Les fondements des modèles économiques
Les modèles économiques des addictions se distinguent nettement
des modèles médicaux, neurobiologiques ou centrés sur la structure de la
personnalité, par le fait qu’ils considèrent que les forces motivationnelles
ultimes résident dans le contexte environnemental du comportement (Rachlin,
1997). Autant les modèles médicaux et physiologiques prennent appui sur la
cause efficiente (un stimulus entraîne une réponse), autant les modèles
économiques sont basés sur la cause finale (le comportement est rattaché à un
programme qui poursuit un but) ils sont en cela téléologiques, dans le cadre
d’une fonction d’utilité économique, ou d’un processus d’ajustement
comportemental.
Les théories du choix sont à la base des modèles économiques
entendus comme un ensemble de jeux stratégiques qui prennent place dans la
personne (Frank, 1996; Winston, 1980). Il s’agit d’appliquer aux addictions ce
que les économistes formalisent et interprètent, au niveau des comportements de
consommation en général, comme des jeux de conflits qui se jouent entre
différentes parties psychiques d’une personne. Ce « conflit psychique » ne
possède qu’une lointaine parenté avec la dynamique des instances psychiques
freudiennes (ça, moi, surmoi). Aux yeux des économistes, nous avons plutôt
affaire à des « jeux internes » joués par des aspects rationnels et conscients
de la personne. Pour Winston (1980), un individu est confronté à tout moment à
deux fonctions utilitaires alternatives, des polarités motivationnelles
opposées entre lesquelles il doit choisir, conception qui rejoint notre concept
de « dialectique comportementale » (Loonis, 1997). Lee (1988) en vient à parler
d’un équilibre écologique entre un « bon soi » et un « mauvais soi », à
l’instar de l’équilibre proie/prédateur; tout comme Loewenstein (1995) parle du
conflit entre les « facteurs viscéraux » et les « facteurs d’intérêt personnel
perçus ». Ainsi, en matière d’économie comportementale, l’objet d’étude central
est la dialectique consommer/ne pas consommer, car cette dialectique est au
cœur d’un système économique quel qu’il soit. À partir de là, les différents
modèles économiques qui se sont penchés sur le phénomène d’addiction ont
cherché à analyser les facteurs pouvant donner lieu au choix quasi exclusif de
« consommer » (consommer une substance psychotrope, ou « consommer » une
activité compulsive).
Les tentatives de modélisation économique des addictions ont
longtemps souffert de nombreux défauts, au rang desquels leur caractère
particulièrement simpliste et spéculatif. Par exemple, dans la théorie de
l’addiction relative (Premack, 1965; Rachlin et al., 1981; Rachlin, Burkhard,
1978), le découpage entre activités de consommation dites « habituation au coût
» (le coût est une fonction directe de la consommation) et « sensibilisation au
coût » (le coût est une fonction inverse de la consommation) et la réduction du
système à un simple jeu de substitution entre ces deux types d’états, ne
prenait pas en compte toute la complexité des phénomènes de consommation (une
activité de consommation n’est jamais exclusivement et définitivement de type «
habituation » ou « sensibilisation » et des activités des deux types peuvent
être simultanées, annulant les possibilités de substitution). De même, dans
leur concept de « demande non élastique » (une demande de consommation qui
devient insensible au coût), qui prend appui sur le phénomène de tolérance
physiologique à une substance consommée, Stigler et Becker (1977) ignorent
encore le caractère souvent « élastique » de la demande de drogue et sa
sensibilité au coût (Peele, 1985; Rachlin, 1997).
Les modèles économiques de l’addiction ont commencé à devenir
plus précis et réalistes lorsque les chercheurs ne sont plus restés centrés sur
la cause efficiente du « coût » en terme d’habituation, sensibilisation ou
insensibilisation, mais ont pris en compte l’aspect téléologique des
comportements de consommation. Dans leur théorie dite « de l’addiction
rationnelle », Becker et Murphy (1990) décrivent deux types de comportements de
consommation, correspondant à deux visées téléologiques différentes :
- le consommateur qui prend en compte les conséquences
futures de l’addiction et qui les met en balance avec l’utilité actuelle de
cette consommation;
- le consommateur dit « myope » qui ne voit pas au-delà de
l’utilité présente, qui va donc suivre la voie de la facilité, celle de
l’addiction sans frein.
C’est à partir de ce retour aux théories du choix que les
modèles économiques des addictions ont pu pleinement se développer.
Les modèles économiques des addictions
Herrnstein et Vaughan (1980) ont tout d’abord approfondi le
concept « d’allocation comportementale » en montrant que les addictions sont
marquées par l’augmentation de l’utilité locale (à court terme), au détriment
de l’utilité globale (à long terme) de la consommation, ce phénomène étant
appelé « mélioration » (ou « voie de la facilité » –
primerose path – Herrnstein, Prelec,
1992). Par exemple, l’utilité « locale » peut conduire à boire pour obtenir
divers effets positifs résultants de l’intoxication alcoolique, tandis que
l’utilité « globale » peut conduire à modérer la consommation d’alcool afin de
préserver la santé à long terme. C’est la tendance à privilégier l’utilité «
locale » qui est appelée mélioration, elle entraîne les comportements de
consommation addictive; la tendance inverse, appelée « maximisation »
(Herrnstein, Loewenstein, Prelec, Vaughan, 1993), privilégiant l’utilité «
globale » de la consommation (ses conséquences à long terme).
Les auteurs expliquent le phénomène de mélioration qui entraîne
les addictions en faisant appel à des processus de restructuration cognitive.
Par exemple, dans le cas des soldats américains toxicomanes au Vietnam, qui
sont redevenus abstinents pour 88% d’entre eux dès leur retour aux États-Unis
(Robins et al., 1974,1980), c’est la contrainte à percevoir leur vie de
combattants sur le court terme qui a pu favoriser les tendances méliorantes
addictivogènes, alors que le retour au pays a permis d’accéder à nouveau à une
vision de la vie à long terme, générant une orientation comportementale
maximisante antiaddictive. Pour les auteurs, il y aurait un besoin (qu’ils
n’expliquent pas) à consommer des drogues et c’est simplement la perception de
nature cognitive des perspectives existentielles à long terme qui pourrait
freiner cette consommation. Un tel modèle pourrait expliquer les tendances à
consommer des drogues dans les banlieues difficiles où le chômage, l’exclusion
et l’absence de perspective temporelle (Nuttin, 1980) entraînent des attitudes
méliorantes; mais il ne peut répondre au problème des consommations addictives,
plus ou moins contrôlées, dans des couches sociales favorisées où les
perspectives d’avenir ne sont pas absentes.
Heyman (1996) va développer davantage le modèle économique des
addictions par l’analyse de leur caractère paradoxal : d’un côté, et suivant le
modèle médical, les addictions sont définies comme une perte de contrôle
comportemental (APA, 1996; OMS, 1994), elles sont involontaires; d’un autre
côté, des données expérimentales et d’enquêtes montrent que des facteurs de
risque liés aux conséquences négatives des addictions peuvent entraîner une
consommation contrôlée ou une abstinence (Peele, 1985), les addictions étant
alors considérées comme volontaires. Ainsi, la question des attitudes
méliorantes ou maximisantes s’inscrit-elle au cœur d’une controverse dont la
résolution est essentielle pour comprendre les addictions. Pour Heyman, ce
n’est pas le produit qui fait l’addiction, mais ce sont les conditions dans
lesquelles se trouve un individu et qui font qu’il aura tendance à privilégier
les valeurs locales (mélioration) ou les valeurs générales (maximisation). En
d’autres termes, la perte de contrôle, le passage de l’addiction dans le
registre de l’involontaire, ne sont pas tant l’effet aversif de l’addiction
elle-même (perturbations cérébrales, réponse au manque, effets de
conditionnement, de sensibilisation incitative), que l’effet de conditions
environnementales (sociales, économiques, existentielles) qui accroissent
l’intérêt de l’individu pour des satisfactions à court terme, diminuent en même
temps l’intérêt pour des activités et des satisfactions alternatives à
l’addiction et conduisent à négliger ses conséquences négatives à long
terme.
Les modèles économiques des addictions présentent un certain
intérêt pour avoir souligné cette dialectique assez fondamentale qui marque les
comportements humains, entre mélioration et maximisation, dialectique que l’on
retrouve de façon plus ou moins équivalente dans de nombreux modèles (voir
tableau I), qu’il s’agisse des deux principes du fonctionnement mental (Freud,
1911), des jeux internes que Frank (1996) a finalement repris de Platon, de
l’addiction rationnelle (Becker, Murphy, 1990), de la dialectique
comportementale (Loonis, 1997), de la recherche de sensations fortes
(Zuckerman, 1994) ou des états métamotivationnels dans la théorie du
renversement (Apter, 1982).
Tableau 1:
Synoptique de la dialectique fondamentale du
comportement
Tableau 1: Synoptique de la dialectique
fondamentale du comportement humain (mélioration-maximisation) selon différents
modèles. Modèles Les deux principes du fonctionnement mental (FREUD, 1911) Les
jeux internes de (FRANK, 1996) et Platon La théorie de l’addiction rationnelle
de (BECKER, MURPHY, 1990) La dialectique comportementale de (LOONIS, 1997) Le
Sensation Seeking de (ZUCKERMAN, 1994) La théorie du renversement d’états
psychologiques de (APTER, 1982) Mélioration Principe de plaisir Agent «Appétit»
Consommateur «myope» Motivation Grand chercheur de sensation (HSS) État
paratélique Maximisation Principe de réalité Agent «Raison» Consommateur
prévoyant Antimotivation Petit chercheur de sensation (LSS) État
télique
Cependant, les modèles économiques présentent aussi de
nombreuses limitations. Le choix théorique, qui consiste à prétendre créer un
modèle uniquement basé sur la cause finale et qui conduit à ne tenir compte que
des buts et des conséquences de l’action et des seuls facteurs
environnementaux, nous paraît bien arbitraire et réducteur et amener à négliger
des facteurs internes importants dans le champ des addictions (la souffrance
psychique, les conditionnements et apprentissages, les adaptations
neurobiologiques). Dans tout système il y a circularité et continuité entre
cause efficiente et cause finale : la cause efficiente modifie les conditions
d’état du système, tandis que la cause finale représente l’état que doit
atteindre le système par son comportement programmé, le programme étant mis en
route (cause finale), parce que l’état a changé (cause efficiente).
Ainsi, Herrnstein et Prelec (1992) sont bien en peine
d’expliquer ce besoin initial de prendre des drogues qui reste pour eux une
donnée irréductible. Il est correct de dire que les soldats américains au
Vietnam, du fait d’une perspective temporelle réduite, avaient tendance à
adopter une attitude méliorante; mais cela reste insuffisant puisque seuls 20%
d’entre eux se sont addictés (contre 1% avant le départ à la guerre). La
souffrance psychique liée au stress du combat et du danger de mort,
l’éloignement du milieu familial, les conditions de vie difficiles et
éprouvantes, ont pu représenter les causes efficientes de la solution addictive
(renforcées par les facilités d’approvisionnement et la tolérance de la
hiérarchie militaire). À l’inverse, en plus de l’ouverture de la perspective
temporelle, la baisse de la souffrance psychique doit aussi être prise en
compte pour expliquer les rémissions addictives consolidées après le retour à
la vie civile (diminution du stress, soutien social et familial).
La question du caractère volontaire ou involontaire des
addictions est au centre de la problématique traitée par les modèles
économiques et c’est ce qui fait tout leur intérêt, face aux modèles médicaux
qui réduisent les addictions au seul pôle involontaire, éludant complètement la
question de la volonté. Les modèles économiques reprennent, en le modernisant,
le découpage platonicien entre « Appétit » et « Raison ». Ce faisant, ces
modèles ont mis à l’écart le troisième terme que proposait ce même Platon : la
« Passion ». La faiblesse des modèles économiques est qu’ils ne prennent pas en
compte les aspects passionnels des choix humains, la force des émotions, de la
souffrance psychique et la recherche d’états psychologiques particuliers. Les
consommations addictives ne peuvent être réduites à l’opposition « en
prendre/ne pas en prendre », mais doivent être envisagées aussi au regard de
recherches volontaires d’états altérés de conscience. La passion représente
ainsi une voie de synthèse dans une dialectique qui resterait sans cela
indécidable.
Alors, les drogues : involontaires ou volontaires ? Si la
consommation de drogue est involontaire (une « maladie » ?), alors pourquoi
observe-t-on une capacité de contrôle de la consommation en fonction de
facteurs économiques de coût ? Si la consommation de drogue est volontaire,
alors pourquoi observe-t-on les pertes de contrôle dramatiques et les rechutes
à long terme en l’absence de tout symptôme de manque ? Pour Heyman (1996),
l’addiction se définit à cet instant où le consommateur veut arrêter – essaie
d’arrêter – mais n’y parvient pas. McCauley (1996), souligne cependant que la
difficulté d’une telle définition provient du fait que beaucoup de
comportements, et plus particulièrement les comportements du quotidien,
correspondent à cette définition, sans être pour autant considérés comme des
addictions. Non sans humour, McCauley cite sa propension à tambouriner des
doigts sur la table, celle à regarder la télévision tous les soirs, à jouer au
loto ou à boire de l’alcool à certaines heures. Et bien que ces comportements
habituels aient un coût, doit-on les considérer comme des addictions ?
Si l’on suit la réponse d’Heyman (1996) à ce problème, prenant
appui sur les modèles économiques, il renvoie l’ambiguïté de la réponse à ce
que l’on peut considérer comme deux « états » du système humain : 1) dans
l’état de mélioration, la consommation donne l’impression d’un comportement
(maladif) involontaire, avec perte de contrôle et tendance à la rechute; 2)
dans l’état de maximisation, la consommation donne au contraire l’impression
d’un comportement volontaire, avec contrôle d’une recherche du plaisir ou du
soulagement à court terme. Cette réponse en terme d’états, états
psychologiques, est corroborée par la théorie du renversement de Michael J.
Apter (1982,1989): les êtres humains vivent en permanence des alternances entre
les deux pôles de paires d’états psychologiques opposés, qui présentent une
force « métamotivationnelle », au sens où ces états psychologiques se
superposent aux motivations « classiques » pour déterminer leur interprétation
à ce niveau dit métamotivationnel. Nous sommes face à ce que l’on pourrait
appeler une « psychologie des états » (Loonis, 2001) qui explique, par exemple,
que la motivation « classique » à absorber des nutriments pour la sustentation
physiologique puisse être interprétée au niveau métamotivationnel comme
recherche d’aliments, confection de plats et de repas (la cuisine, les
recettes), partage du repas, et donner lieu, sur ce même niveau
métamotivationnel, à des troubles psychiques comme la boulimie ou l’anorexie,
qui renvoient bien aux problèmes du volontaire/ involontaire, du contrôle ou de
la perte de contrôle.
Pour Heyman (1996), les comportements involontaires (même si on
les considère comme des comportements appris, conditionnés) ne représentent pas
une absence de choix, mais plutôt une incapacité à établir des moyens pratiques
pour restreindre des intérêts à court terme. Cette idée sous-entendrait
qu’aucun comportement appris, conditionné, donc de l’ordre de la « maladie »,
n’est jamais absolument irrésistible. Il y a toujours moyen de contrôler de
tels comportements et les addictions représentent davantage l’échec de ces
moyens, plutôt qu’un effet unilatéral du conditionnement, de la « maladie ».
Bien entendu, il ne s’agit pas ici de renouer avec une vision moraliste des
addictions comme mauvaise (ou faiblesse de la) volonté, comme péché ! Car c’est
à ce niveau qu’entrent en jeu les états métamotivationnels. C’est dans l’état
méliorant (paratélique de Apter, orienté sur le présent et la recherche
d’activation) que l’individu perd ses moyens de contrôle, mais il peut à tout
moment les retrouver en passant dans l’état maximisant (télique d’Apter,
orienté sur le futur et les buts à atteindre – du grec
télos: « loin », « but »).
Shizgal (1996) nous propose l’expérience imaginaire suivante :
on est pris dans la dernière ligne droite d’un projet important que l’on veut
absolument réaliser, on saute un repas et la nourriture continue à être
éclipsée quelque temps au profit de ce projet qui pourrait avoir une influence
décisive sur notre carrière. Puis, soudain, on se retrouve confronté à l’odeur
d’un plat familier, ou même simplement à l’idée de nourriture. Aussitôt notre
attention se fixe sur la volonté de trouver quelque chose à manger, la pensée
quitte inexorablement le projet et se fixe sur l’icimaintenant. Le stimulus
incitateur a renversé complètement notre cadre de référence. De telles
expériences sont le lot quotidien de nos vies : incitations à manger, à avoir
une activité sexuelle, à se détendre, à bouger, à penser à des choses
plaisantes… mais aussi : à allumer une cigarette, à se servir un petit verre, à
allumer la télévision… Tous ces phénomènes sont semblables à ceux qui sont
observés concernant l’effet des stimuli associés à la drogue comme déclencheurs
du manque (Stewart, De Wit, Eikelboom, 1984).
Si d’un côté on observe les effets addictifs des drogues, on
observe par ailleurs que les mêmes drogues délivrées dans certains contextes ne
donnent pas lieu à addiction, par exemple la morphine délivrée, même à fortes
doses, dans un contexte de soin médical (Zinberg, 1974). De nombreuses études
ont pu montrer que, quel que soit le mode d’administration, la cocaïne ou
d’autres psycho-stimulants ne sont pas spécialement, ni inévitablement
addictifs pour l’être humain (Erickson, 1993). Aussi, qu’il s’agisse de
substances psychoactives réputées « à risque addictif » ou de n’importe quelle
autre source de stimulation de la vie quotidienne, nous constatons que les
phénomènes de contrôle/perte de contrôle dépendent davantage des états
psychologiques des individus (en lien avec les contextes et environnements de
consommation) que de la nature des sources de consommation ellesmêmes.
Bien qu’il ne faille pas perdre de vue la nature toxique (tant
au niveau cérébral que physiologique en général) de la plupart des substances
psychotropes, lorsqu’elles sont consommées de façon fréquente et sur le long
terme, on ne peut pas feindre d’ignorer l’ensemble de nos besoins de
stimulations, de soulagement, nos recherches d’états psychologiques
particuliers, d’états de conscience modifiés. L’histoire de l’humanité est
traversée de part en part, en tous lieux et en tous temps, par les
consommations psychotropes et/ou les pratiques à effets psychotropes (jeûnes,
ascèses, mortifications, danses, rituels…). Un comportement n’est jamais
entièrement volontaire ou involontaire, il n’est jamais non plus déterminé de
façon univoque et à un seul niveau logique (ce serait oublier tout l’apport de
la psychanalyse et la surdétermination de l’Inconscient; mais aussi l’apport
des sciences cognitives qui montrent comment les croyances des individus
entraînent des comportements apparemment hors de contrôle).
On assiste aux États-Unis (et on en voit les prémices en
France) à un étrange mouvement paradoxal : ces fumeurs qui s’adonnent librement
et volontairement au tabagisme durant des années (sur la base des multiples
renforcements positifs liés à cette consommation), mais qui plus tard, parce
qu’ils ont un cancer, vont faire un procès aux fabricants de cigarettes, voyant
tout à coup le tabac comme un renforcement négatif (effet du manque) qui les
aurait rétrospectivement contraints. Étrangement, dans cette affaire, lorsque
le renforcement est perçu comme positif, l’individu se prétend libre et
volontaire; mais s’il perçoit à un autre moment l’aspect de renforcement
négatif de sa pratique addictive, alors il prétendra ne plus être libre et agir
au-delà de sa volonté. Attendant réparation des conséquences de cette emprise,
nos fumeurs veulent tout simplement le beurre et l’argent du beurre ! Cet
exemple vaut pour toutes les addictions. Les individus commencent à boire et
faire des excès alcooliques pour le bien que cela leur procure sur le coup
(état méliorant) et à ce niveau, dans cet état, personne ne se dira pris dans
une compulsion irrépressible, chacun se sentira libre de consommer et
typiquement réduire autoritairement les consommations d’alcool dans certaines
circonstances festives est très mal reçu. Par contre, dix ou quinze années plus
tard, au moment d’une brutale prise de conscience (dans l’état maximisant) des
méfaits de l’alcoolisation excessive sur la santé, les mêmes individus vont-ils
attaquer en justice les viticulteurs ? N’assiste-t-on pas là au petit jeu
classique de l’autotromperie déresponsabilisante qui peut servir à justifier
beaucoup de nos dérapages comportementaux ? A-t-on oublié si vite les leçons du
locus of control (Rotter, 1966), de la
dissonance cognitive (Festinger, 1957), des restructurations cognitives en tous
genres (Bandura, 1980) qui servent si bien nos illusions ? Ou encore, veut-on
réduire l’être humain au dysfonctionnement de ses systèmes dopaminergiques
?
La leçon que l’on peut sans doute tirer de cet examen des
modèles économiques des addictions suggère que nous arrêtions de voir les
addictions comme des « maladies » et que nous commencions à les envisager comme
des comportements naturels de consommation qui peuvent parfois déraper. Ainsi,
le discours de prévention trouverait plus d’efficacité (car il aurait plus de
cohérence) à laisser tomber les affirmations péremptoires à propos de la
dangerosité des drogues et à davantage montrer comment les drogues peuvent être
dangereuses dans certaines conditions d’usage; quand et sous quelles
circonstances le contrôle que la plupart des gens exercent sur leurs
comportements potentiellement addictifs, peut échouer; et comment, sous
certaines circonstances, ceux qui sont devenus des addictés sont capables de
reprendre le contrôle d’eux-mêmes (Orford, 1985,1996).
Reçu en mai 1999
·
ANDERSON T.L., Toward a preliminary macro theory of drug
addiction, Deviant Behavior,
Oct.-Dec., 1995,16(4), 353-372.
·
APA – American Psychiatrists Association,
Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles
Mentaux (DSM-IV), Traduction J. Guelfi, Masson, Paris,
1996.
·
APTER M.J., The Experience of
Motivation : The Theory of Psychological Reversals, Academic Press,
London, UK and New York, NY, 1982.
·
APTER M.J., Reversal Theory,
Motivation, Emotion and Personality, Routledge, New York, NY,
1989.
·
BANDURA A., L’apprentissage
social, Mardaga, Bruxelles, 1980.
·
BECKER G.S., MURPHY K.M., A theory of rational addiction,
Journal of Political Economy, 1990,96,
675-700.
·
BICKEL W.K., DEGRANDPRE R.J., HIGGINS S.T., HUGHES J.-R.,
Behavioral Economics and Drug Self-Administration, I, Functional Equivalence of
Response Requirement and Drug Dose, Life
Sciences, 1990,47,1501-1510.
·
BICKEL W.K., DEGRANDPRE R.J., HIGGINS S.T., Behavioral
Economics : A Novel Experimental Approach to the Study of Drug Dependence,
Drug and Alcohol Dependence,
1993,33,173-192.
·
CARROLL M.E., The Economic Context of Drug and Non-Drug
Reinforcers Affects Acquisition and Maintenance of Drug-Reinforced Behavior and
Withdrawal Effects, Drug and Alcohol
Dependence, 1993,33,201-210.
·
DEGRANDPRE R.J., BICKEL W.K., HUGUES J.-R., LAYNG M.P., BADGER
G., Unit Price as a Useful Metric in Analysing Effects of Reinforcer Magnitude,
Journal of the Experimental Analysis of
Behavior, 1993,60,641-666.
·
ERICKSON P.G., Prospect of Harm Reduction for Psychostimulants.
In : N. Heather, A. Wodak, E.A. Nadelmann, P. O’Hare (éd.),
Psychoactive Drugs and Harm Reduction,
Whurr, London, UK, 1993,184-210.
·
FESTINGER L., A theory of
Cognitive Dissonance, Row, Peterson & Co., New York, NY,
1957.
·
FRANK B., The use of internal games : The case of addiction,
Journal of Economic Psychology, Nov.,
1996, 17(5), 651-660.
·
FREUD S., Formulations on the two principles of mental
functioning. In Standard Edition, II,
1911,210-218.
·
GOLDBERG S.R., Comparable Behavior Maintained Under Fixed-Ratio
and Secund-Order Schedules of Food Presentation, Cocaine Injection or
D-Amphetamine Injection in the Squirrel Monkey, Journal of Pharmacology and Experimental
Therapeutics, 1973,186,18-30.
·
HARRIGAN S.E., DOWNS D.A., Self-Administration of Heroin,
Acetylnethadol, Morphine, and Methadone in Rhesus Monkeys,
Life Sciences,
1978,22,619-624.
·
HERRNSTEIN R.J., LOEWENSTEIN G.F., PRELEC D., VAUGHAN W. Jr.,
Utility maximization and melioration : Internalities in individual choice,
Journal of Behavioral Decision Making,
1993,6,149-185.
·
HERRNSTEIN R.J., PRELEC D., A theory of addiction. In : G.
Loewenstein, J. Elster (éd.), Choice over
time, Russell Sage Foundation, New York, NY, 1992,331-360.
·
HERRNSTEIN R.J., VAUGHAN W. Jr., Melioration and behavioral
allocation. In : J.E.R. Staddon (éd.), Limits to
action : The allocation of individual behavior, Academic Press, New
York, NY, 1980,143-176.
·
HEYMAN G.M., Resolving the contradictions of addiction,
Behavioral and Brain Sciences,
1996,19,561-610.
·
HURSCH S.R., Behavioral Economic of Drug Self-Administration :
An Introduction, Drug and Alcohol
Dependence, 1993,33,165-172.
·
LEE L.W., The predator-prey theory of addiction,
Journal of Behavioral Economics,
1988,17,249-262.
·
LOEWENSTEIN G., A visceral account of addiction,
Working Paper, Carnegie Mellon
University, 1995.
·
LOONIS E., Notre cerveau est un
drogué, vers une théorie générale des addictions, Presses
Universitaires du Mirail, Toulouse, 1997.
·
LOONIS E., Vers une écologie de l’action,
Psychotropes, 1998,4(1),
33-48.
·
LOONIS E., Théorie Générale de
l’Addiction, introduction à l’hédonologie, Préface du professeur M.
J. Apter, Paris, Publibook, 2001.
·
LOONIS E., Iain Brown : un modèle de gestion hédonique des
addictions, Psychotropes, 1999,5(3),
59-73.
·
LOONIS E., APTER M.J. et al., Addiction as a Function of Action
System Properties, Addictive
Behaviors, 2000,25(3), 477-481.
·
LOONIS E., APTER M.J., Addictions et système d’actions,
L’Encéphale, 2000, XXVI (2),
63-69.
·
LOONIS E., PEELE S., Une approche psychosociale des addictions
toujours d’actualité, Bulletin de
Psychologie, 2000,53(2), n° 446,215-224.
·
LOONIS E., SZTULMAN H., Le fonctionnement de notre cerveau
serait-il de nature addictive ? L’Encéphale, 1998, XXIV (1), 26-32.
·
MAESTRACCI N., Lutte contre la
drogue et la toxicomanie, Rapport remis au premier ministre Lionel
Jospin, janvier, confidentiel, 1999.
·
McCAULEY C., Understanding addiction : Conventional rewards and
lack of control, Commentary/ Heyman : Resolving the contradictions of
addictions, Behavioral and Brain
Sciences, 1996,19,585-586.
·
NUTTIN J., Théorie de la
motivation humaine : du besoin au projet d’action, PUF, Psychologie
d’Aujourd’hui, Paris, 1980.
·
OMS – Organisation Mondiale de la Santé,
Classification Internationale des Troubles
Mentaux et des Troubles du Comportement, Critères diagnostics pour la recherche
(CIM-10), Traduction coordonnée par C.B. Pull, Masson, Paris,
1994.
·
ORFORD J., Excessive appetites :
A psychological view of addictions, John Wiley & Sons Ltd, New
York, NY, 1985.
·
ORFORD J., Addiction is not a puzzling as it seems,
Commentary/Heyman : Resolving the contradictions of addictions,
Behavioral and Brain Sciences,
1996,19,591-592.
·
PEDEN B.F., TIMBERLAKE W., Effects of Reward Magnitude on Key
Pecking and Eating by Pigeons in a Closed Economy,
Psychological Records,
1984,34,397-415.
·
PEELE S., The Meaning of
Addiction, Lexington, MA, 1985.
·
PEELE S., DEGRANDPRE R.J., Cocaine and the Concept of Addiction
: Environmental Factors in Drug Compulsions, Addiction Research, à paraître.
·
PREMACK D., Reinforcement theory. In : D. Levine (éd.),
Nebraska Symposium on Motivation :
1965, University of Nebraska Press, Lincoln, NE,
1965,123-179.
·
RACHLIN H., Four teleological theories of addiction,
Psychonomic Bulletin & Review,
1997,4(4), 462-473.
·
RACHLIN H., BATTALIO R., KAGEL J., GREEN L., Maximization in
behavioral psychology, Behavioral & Brain
Sciences, 1981,4,371-419.
·
RACHLIN H., BURKHARD B., The temporal triangle : Response
substitution in instrumental conditioning, Psychological Review, 1978,85,22-448.
·
ROBINS L.N., DAVIS D.H., GOODWIN D.W., Drug Use by U.S. Army
Enlisted Men in Viet Nam : A Follow-Up on Their Return Home,
American Journal of Epidemiology,
1974,99,235-249.
·
ROBINS L.N., HELZER J.E., HESSELBROCK M., WISH E., Viet Nam
Veterans Three Years After Viet Nam : How Our Study Changed Our View of Heroin.
In : L. Brill, C. Winick (éd.), The Yearbook of
Substance Use and Abuse, vol. 2, Human Sciences Press, New York, NY,
1980.
·
ROBINSON T.E., BERRIDGE K.C., The Neural Basis of Drug Craving
: An Incentive-Sensitization Theory of Addiction, Brain Res. Rev., 1993,18,247-291.
·
ROQUES B., La dangerosité des
drogues, Paris, Odile Jacob, La Documentation Française,
1998.
·
ROTTER J.-B., Generalized expectancies for internal versus
external control of reinforcement, Psychological
Monographs : General and Applied, 1966,80.
·
SHIZGAL P., The Janus faces of addictions, Commentary/Heyman :
Resolving the contradictions of addictions, Behavioral and Brain Sciences,
1996,19,595-596.
·
STEWART J., de WIT H., EIKELBOOM R., Role of unconditioned and
conditioned drug effects in the self-administration of opiates and stimulants,
Psychological Review,
1984,91,251-268.
·
STIGLER G., BECKER G., De gustibus non est disputandum,
American Economic Review,
1977,67,76-90.
·
WINSTON G.C., Addiction and backsliding,
Journal of Economic Behavior and
Organization, 1980,1, 295-324.
·
ZINBERG N., The Search for Rational Approaches to Heroin Use.
In : P.G. Bourne (éd.), Addiction,
Academic Press, New York, NY, 1974.
·
ZUCKERMAN M., Behavioral
Expressions and Biosocial Bases of Sensation Seeking, Cambridge
University Press, Cambridge, UK, 1994.
[1]
ASD, 43, Rue Wilson, 24000 Périgueux. é-mail :
eloonis@ free. fr