2001
Psychotropes
Articles
La question des usagers de drogues qui vont se faire soigner de l’autre côté de la fontière
Les soins de toxicomanie en zone frontalière : situation dans le hainaut et le département du nord
Nadia Panunzi-Roger
Attachée de recherche Laboratoire CRISIS-Nord-Pas-de-Calais
Bertrand Castel
Chargé de recherches Département Recherche & Développement, Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes Chaussée d’Haecht, 579 – B.P. 40 – 1031 Bruxelles – Belgique
Cette recherche, publiée en mai 2000, consiste en une étude
comparative des réglementations nationales relatives aux rembourse~ments des soins de santé dans la prise en charge des toxicomanes. La
question des soins en toxicomanie dans le bassin transfrontalier constitue
un aspect particulier d’une problématique d’ensemble: trouver des solu~tions au problème de l’accès aux soins rencontré par les populations
transfrontalières, et améliorer les soins de part et d’autre de la frontière.
L’étude explore les aspects administratifs et médicaux de la prise en charge
de cette population dans le contexte transfrontalier, afin de formuler des
propositions opérationnelles en vue de l’amélioration de l’accès aux soins
transfrontaliers, en particulier les soins résidentiels et les programmes de
substitution. Elle s’appuie sur les données bibliographiques existantes, des
entretiens menés auprès des organismes assureurs et des prestataires de
soins, et les situations rencontrées par les patients.Mots-clés :
Comparaison, Accès aux soins, Remboursement SS, Hainaut, Nord.
This search, published in May, 2000, consists of a comparative
study of the national rules relative to the allowances of the care of health
in the taking in charge of the addicts. The question of care in drug addiction
in the cross-border basin constitutes a particular aspect of a global
problem: find solutions of the problem of the access to care met by the
cross-border populations, and improve care on both sides of border.
Study investigates the administrative and medical aspects of the taking in
charge of this population in the cross-border context, to formulate
operational propositions with the aim of the improvement of the access to
cross-border care, in particular residential care and programs of replace~ment. It presses on existing bibliographical data, of led conversations with
Institutions of Insurers and persons receiving benefits of care, and situa~tions met by the patients.
Xavier a 32 ans, il habite et travaille dans la région de Lille (nord de la France).
Dépendant des opiacés depuis près de 10 ans, son parcours vers plus d’autonomie l’a mené d’espoirs en relations thérapeutiques déçues, de rechute en
nouveau départ. Voilà 5 ans qu’il se rend régulièrement en Belgique, à 20
minutes en voiture son domicile pour retrouver François, le médecin généraliste
qui l’accompagne dans le traitement de substitution.
On lui avait dit : « En Belgique, la méthadone c’est facile à obtenir ! ». Pas
si facile que ça ! Un médecin n’est pas l’autre et Xavier n’a pas rencontré
François à la première visite. Ce dernier connaît bien le dispositif existant en
France même s’il manque de contacts fréquents. Alors, il s’est investi dans un
réseau de praticiens transfrontaliers.
Quant à Xavier, s’il considère la proximité de la frontière comme une
aubaine, il se dit quand même que l’Europe sociale et de la santé n’est pas pour
demain. En effet, aucune couverture sociale n’intervient pour ces soins et il faut
rester discret quant au transport de la méthadone.
De cette réalité transfrontalière maintes fois rapportée, deux chercheurs
impliqués dans les projets transfrontaliers soutenus par le programme Européen
Interreg II ont voulu affiner la description pour cerner les enjeux et formuler des
propositions d’amélioration concrètes.
Le Hainaut et le département du Nord constituent la partie nord-est de la
frontière franco-belge. Elle s’étend sur 150 km, du littoral à la Thiérache rurale,
en passant par l’agglomération lilloise et quelques centres urbains.
Dans cette région, les acteurs du secteur de la toxicomanie ayant été
confrontés à une demande de soins persistante d’une part et à des blocages
administratifs d’autre part, il nous avait été demandé d’identifier les tenants et
aboutissants de l’accès aux soins de toxicomanie en zone frontalière et de
formuler des propositions afin d’améliorer la situation. Il s’agissait donc de
comparer les réglementations nationales en matière d’accès aux soins, d’identifier les contraintes existantes en terme d’accès aux soins et de formuler des
propositions.
L’étude, intitulée « Étude comparative des réglementations nationales
relatives aux remboursements des soins de santé dans la prise en charge des
toxicomanes », a ainsi été menée selon deux angles complémentaires : l’aspect
qualitatif avait pour objectif d’identifier et analyser les contraintes et les
éléments favorables à l’accès aux soins dans le contexte transfrontalier, l’aspect
quantitatif avait pour objectif de déterminer les flux de patients existant dans la
zone transfrontalière et leur évolution. L’analyse s’est construite à partir de la
collecte d’informations bibliographiques, d’entretiens avec les membres du
secteur (Caisses d’Assurance Maladie, prestataires de soins, autorités publiques,…) ainsi que d’une enquête adressée également à ce public, et enfin sur les
situations rencontrées par les patients toxicomanes. Elle explore les aspects
administratifs et médicaux de la prise en charge de cette population dans le
contexte transfrontalier, afin de formuler des propositions opérationnelles en
vue de l’amélioration de l’accès aux soins transfrontaliers, en particulier les
soins résidentiels et les programmes de substitution. Cette étude a pu être menée
grâce au soutien du programme européen Interreg, initiative communautaire
ayant pour objectif de dynamiser les zones frontières.
Comparaison des politiques sanitaires française et
belge
Cette première partie présente les systèmes sanitaires belge et français. La
prévention ne relève pas du champ d’investigation couvert par cette étude.
La politique sanitaire française en matière de toxicomanie
La législation française en matière de toxicomanie repose sur la loi du 31 décembre 1970. La loi contient deux principes majeurs dans l’organisation des
soins : l’anonymat et la gratuité des soins concernant exclusivement le traitement d’une toxicomanie aux produits illicites (cure de sevrage, postcure etc.).
L’anonymat n’est plus appliqué pour les traitements de substitution. Les
toxicomanies relèvent de la compétence directe de l’État et un budget spécifique
de l’État est destiné au financement de la prise en charge des toxicomanes. À
travers cette loi, la France a opté pour un dispositif spécialisé en toxicomanie.
La disposition législative de l’anonymat
La disposition législative de l’anonymat confère un double statut au toxicomane
considéré à la fois comme un malade et un délinquant. Afin d’encourager les
toxicomanes à se faire soigner sans crainte d’être répertoriés comme usagers de
drogues illicites, la loi du 31 décembre 1970 a établi un mode dérogatoire de
prise en charge anonyme et gratuite des dépenses d’hospitalisation et de soins
correspondant au traitement de la toxicomanie. À l’époque, « le secteur sanitaire traditionnel se montre réticent à accueillir, même en dehors de l’injonction
thérapeutique, des usagers de drogues perçus comme des perturbateurs difficiles à contrôler et qui ne sont décidément pas des malades comme les autres. ».
[1]
Le profond rejet dont font l’objet les toxicomanes conduit à la création du réseau
spécialisé en toxicomanie, avec l’ouverture, en 1971, du centre Marmottan par
l’équipe du Docteur Olivenstein. La disposition législative de l’anonymat
facilitera l’accès aux soins des toxicomanes.
Aujourd’hui, cette disposition législative semble produire des effets pervers. Elle empêche le suivi du toxicomane dans les différentes filières de soins,
l’enregistrement des toxicomanes et pose le problème du biais des comptages
multiples au niveau du réseau de prise en charge.
[2] Ces doublons constituent un
facteur de surévaluation de la population toxicomane. On ignore qui se présente
dans les services d’aide, la date du premier recours et les modalités d’utilisation
de l’ensemble du dispositif sociosanitaire. L’anonymat rend tout aussi difficiles
les études épidémiologiques et longitudinales sur des cohortes de sujets traités.
Par ailleurs, une telle disposition contribue à une double exclusion du
toxicomane, par lui-même – qui est parfois obligé de cacher sa toxicomanie–, et
par le corps social.
Pour des soins d’une autre nature qu’une toxicomanie aux substances
illicites, les toxicomanes, comme n’importe quel citoyen, relèvent du régime
général de la Sécurité sociale et du dispositif de droit commun. Les soins aux
toxicomanes sont ainsi partagés entre deux dispositifs, le dispositif de droit
commun (établissements hospitaliers et médecine libérale) et le dispositif
spécialisé (centres de soins spécialisés en toxicomanie ambulatoires et avec
hébergement). Les toxicomanes étrangers bénéficient également de la règle de
l’anonymat.
La Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et les Toxicomanies (M.I.L.D.T.) définit la politique du gouvernement en matière de lutte contre
la toxicomanie. Elle est placée sous l’autorité du Premier ministre. Elle est
cependant « mise à disposition » du ministre de l’Emploi et de la Solidarité et
du secrétaire d’État à la Santé.
Deux évolutions récentes ont modifié l’approche sociosanitaire des toxicomanies. La première intègre dorénavant l’alcool, le tabac et les médicaments
psychotropes parmi les dépendances. La seconde concerne l’élargissement de
la notion de dépendance : il ne s’agit plus seulement de prendre en compte les
comportements de dépendance avérée mais d’intégrer les usages nocifs qui
comportent des risques sanitaires et sociaux pour le consommateur. Les concepts
d’usage, d’usage nocif et de dépendance, développés par le Rapport
Parquet
[3] permettent avec la notion d’usage nocif d’avoir le souci d’une prise en
charge plus précoce des problèmes de mésusage.
La politique de substitution
Le développement d’infections virales majeures présentant un problème de
santé publique, la propagation rapide de l’épidémie du Sida parmi le groupe des
toxicomanes utilisant la voie intraveineuse à partir du début des années 1980 a
conduit la France à opter pour une politique plus pragmatique de réduction des
risques, avec tout d’abord la libéralisation de la vente des seringues en 1992,
décidée par la ministre de la Santé Michèle Barzach, puis le développement
d’actions sanitaires de réduction des risques avec notamment l’échange de
seringues et la distribution de préservatifs, et enfin la mise en place progressive
de programmes de substitution à partir de 1994. Cette politique a conduit à la
création du dispositif dit « à bas seuil ». Ce dispositif comprend les « boutiques », les « sleeping » et les bus d’échange de seringues, destinés à entrer en
contact avec les toxicomanes les plus marginalisés, rencontrant de grosses
difficultés sanitaires, économiques et sociales et qui sont à distance des
institutions de soins. Ces structures accueillent des toxicomanes actifs sur le
plan de leur consommation tout en leur permettant d’accéder aux soins élémentaires. Leur objectif est d’expliciter l’offre de services, de la rendre lisible et
facile d’accès.
Antérieurement au développement des programmes méthadone sur le
département du Nord à partir de 1994, des patients français avaient recours à la
méthadone belge dont le cadre thérapeutique diffère significativement du cadre
français. Les flux de patients français en Belgique sont pour partie liés aux
caractéristiques de l’offre de soin de part et d’autre de la frontière. Jusqu’en
1995, la situation transfrontalière en matière de traitement était schématiquement la suivante : un cadre strict et un nombre de places limitées en France, la
médecine libérale et l’absence de cadre en Belgique. Dans sa phase de lancement, le programme méthadone français, très rigoureux, présente quelques
écueils liés à sa petite capacité d’accueil et la rigidité de son cadre. Les
conditions d’entrée sont draconiennes.
Une étude menée dans le cadre du programme toxicomanie Interreg II
souligne que le développement des programmes de substitution en France
depuis 1995 a sensiblement modifié les demandes et les attitudes des toxicomanes français à l’égard des dispositifs belges. Les demandes sont en constante
évolution, et certains patients qui jusqu’alors étaient restés en marge du
dispositif français ont recours désormais aux centres de soins ou à la médecine
libérale français. Il existe encore actuellement des patients français sous
méthadone belge car le dispositif belge est antérieur au dispositif français ce qui
a conduit de nombreux toxicomanes français à adresser une demande de soins
vers la Belgique. Les auteurs constatent l’existence d’une frange « résiduelle »
de patients qui utilisent le système de soins belge pour des raisons diverses et
variées mais qui n’ont pas toujours à voir avec la recherche de confort ou de
discrétion.
[4] Selon eux, « Les flux des patients et des informations qui les
concernent sont déterminés par les caractéristiques, à un moment donné, de
l’offre de soin de part et d’autre de la frontière. L’accessibilité, ou la réputation
d’accessibilité est un élément déterminant de ces flux, depuis le moins accessible (ou réputé moins accessible) vers le plus accessible (ou réputé plus
accessible)».
[5]
L’augmentation du nombre de centres prescripteurs et de places ne résout
pas pour autant toutes les limites du dispositif de la substitution. Certaines zones
sont mal couvertes, notamment le sud du département du Nord et des problèmes
d’accessibilité continuent de se poser. Le recours des Français à l’offre belge n’a
pas, semble-t-il, de réciproque. Il existe cependant des partenariats et des
échanges entre la France et la Belgique au bénéfice de la proximité géographique et de la diversité des dispositifs de traitement de la toxicomanie.
Le cadre de prescription de la méthadone et du Subutex a pour indication
le traitement substitutif des pharmacodépendances majeures aux opiacés dans
le cadre d’une prise en charge médicale, sociale et psychologique. De l’avis de
certaines autorités sanitaires compétentes et de celui de certains praticiens, trop
de patients sont sous Subutex actuellement et l’accès à la méthadone doit encore
être amélioré.
Seuls les médecins exerçant en centre spécialisé de soins aux toxicomanes
sont habilités à réaliser la prescription initiale de la méthadone. Malgré l’augmentation du nombre de centres prescripteurs et la possibilité de poursuivre des
traitements en médecine de ville depuis 1995, la délivrance de méthadone reste
freinée par les conditions d’initiation du traitement qui requièrent un encadrement professionnel ne pouvant suivre qu’un nombre limité de patients (les
patients doivent venir chaque jour ou au moins chaque semaine, la stabilisation
de l’usager est requise pour un relais en médecine générale et la durée de
prescription est limitée à 7 jours). En pratique, ceci signifie qu’actuellement une
personne ne peut accéder à un programme que lorsqu’une place se libère, c’est-à-dire lorsque la personne a une méthadone délivrée par la pharmacie ou
lorsqu’un médecin généraliste a pris le relais du centre. Il existe donc une limite
à l’accès à la méthadone. Théoriquement, il n’existe pas de limite du nombre de
places méthadone, en pratique oui.
Contrairement à la méthadone, le Subutex peut être prescrit par tout
médecin traitant pour une durée maximale de 28 jours et sans autre limitation
que le carnet à souches (ou sur ordonnance sécurisée depuis le 1
er juillet 1999).
Une circulaire du 3 avril 1996 précise les objectifs de la substitution à la
buprénorphine.
[6] Celle-ci doit favoriser l’insertion dans un processus thérapeutique et le suivi médical d’éventuelles pathologies associées à la toxicomanie
d’ordre psychiatrique et/ou somatique. Ce traitement doit aussi permettre une
interruption de la consommation d’opiacés, notamment l’héroïne, et augmenter
les possibilités d’insertion sociale. Il est enfin précisé que l’objectif ultime est
de permettre à chaque patient d’élaborer une vie sans dépendance, y compris à
la buprénorphine.
La politique sanitaire belge en matière de toxicomanie
Par la fédéralisation du pays, l’organisation administrative et sanitaire en
Belgique est caractérisée par une répartition de compétences complexe. La
politique de prise en charge des dépendances ne fait pas exception. Cependant,
un nouveau projet gouvernemental
[7] relatif à la problématique des drogues a été
présenté en janvier 2001. Il a notamment pour objectif d’organiser une réponse
coordonnée en matière de dépendances.
Le projet du gouvernement fédéral concerne la dépendance aux substances
psychoactives légales et illégales mais ne traite pas des autres dépendances (le
jeu, par exemple) ni de l’usage de cannabis. Constatant qu’il n’existe pas, à ce
jour, d’organe politique chargé de la problématique de la drogue regroupant le
gouvernement fédéral et les gouvernements communautaires, il est proposé
qu’une « cellule drogue », organe de soutien de la politique regroupant les
différents niveaux de politique compétents, soit créée.
Basant son action sur trois piliers, prévention/assistance, réduction des
risques et réinsertion/répression, le gouvernement a pour ambition d’accroître
la collaboration entre les différents domaines politiques compétents et de
développer l’arsenal épidémiologique d’évaluation. Enfin, dans les priorités
d’action, la prévention reçoit la plus haute attention avant l’assistance et la
répression.
En attendant la validation du projet par les chambres et son application, les
différentes compétences en matière de toxicomanie (prévention, traitement et
répression) sont réparties de la manière suivante :
- d’une part, la sphère juridique intervient dans le parcours thérapeutique
puisque l’injonction thérapeutique est applicable en Belgique (l’initiation
d’un traitement de la toxicomanie permet au condamné d’obtenir le sursis
à l’exécution de la peine ou la suspension du prononcé de la condamnation);
- d’autre part, une carence que l’on reconnaît au système de prise en charge
des toxicomanies en Belgique est son manque de coordination. En matière
de soins, bien que de nombreuses structures d’accueil existent (voir plus
loin) aucune instance coordinatrice spécifique à la toxicomanie n’est
instituée.
En l’absence d’un véritable cadre légal en matière de traitements de
substitution, il faut parler d’une situation de fait. En effet, ni un type de
prestataires, ni un type d’institutions n’a la prérogative d’initier et d’encadrer
ces traitements. Les pratiques curatives se basent encore sur les trois éléments
suivants : la littérature scientifique, les avis de l’Ordre des médecins (qui
contenaient des éléments importants relatifs à la prise en charge de patients
toxicomanes dès 1988) et les conclusions de la Conférence de consensus
(8 octobre 1994), initiée par le Ministre de la Santé Publique de l’époque, et qui
avait pour objectif de structurer les pratiques en matière de substitution.
Les principales recommandations des experts de la Conférence de consensus en matières de pratiques de soins en toxicomanie sont les suivantes :
- le produit de substitution : sur la base des études scientifiques, la méthadone et la buprénorphine sont les seules substances dont l’efficacité
thérapeutique est reconnue dans le traitement de la dépendance à l’héroïne;
- un traitement pourra être initié pour autant que le patient ait atteint l’âge de
- 18 ans, et ait des antécédents certains de dépendance depuis au moins un an.
- La dépendance est reconnue s’il y a eu échec à une tentative de sevrage;
- la qualité de la prise en charge : le prestataire de soins, qu’il soit médecin
généraliste ou spécialiste, quelle que soit la structure dans laquelle il exerce
- (cabinet, centre spécialisé, hôpital) doit disposer d’une formation suffisante et d’une information suffisante pour assurer une prise en charge de
qualité, et doit également être soutenu par un centre spécialisé ou un réseau
de soins aux toxicomanes (voir dispositif de soins). Par cet énoncé, la
- Conférence ne privilégie aucun prestataire particulier;
- la qualité de la prise en charge : le caractère multidisciplinaire (assuré grâce
à un centre spécialisé ou à un réseau de soins aux toxicomanes) de la prise
en charge est identifié comme un critère indispensable afin de garantir la
qualité globale des soins offerts;
- des recommandations en matière d’enregistrement sont formulées afin
d’éviter les doubles prescriptions;
- les modalités de traitement sont détaillées : un tel traitement est initié pour
une durée moyenne ou non déterminée, les dosages recommandés sont
rappelés, l’administration de la méthadone doit se faire par voie orale afin
d’éviter toute déviation possible de l’usage, et enfin l’absorption se fait
quotidiennement en pharmacie ou en centre spécialisé.
Concernant les modalités de délivrance de la méthadone en Belgique, ce
produit de substitution existe sous la forme de spécialité (comprimés) mais c’est
sous la forme de préparation magistrale qu’il est utilisé pour les traitements de
substitution.
Les conditions de prescription de la méthadone ne sont pas différentes de
celles applicables aux autres produits pharmaceutiques. Toutefois, l’ordonnance doit mentionner les dosages et la quantité du produit en toutes lettres.
Comme toute autre, l’ordonnance est valable durant trois mois. La quantité
prescrite n’est pas limitée; dans la pratique, le prescripteur belge l’adapte à
l’état du patient et prescrit pour une durée allant de 1 jour (patient en début de
traitement) à 1 mois (patient stabilisé). De plus, l’Assurance Maladie n’intervient pas pour des délivrances excédant 300 ml. On estime à plus de 6 500 les
patients en traitement de substitution en Belgique (source : rapport OEDT
1998).
Le Subutex, buprénorphine à haut dosage, n’est pas disponible en Belgique.
Quant à sa version à dose normale, elle nécessite la prise de plusieurs comprimés
par jour, ce qui la rend moins pratique pour le patient.
Synthèse comparative des systèmes sanitaires
français et belge
Les principales différences et similitudes entre les systèmes français et belge
sont les suivantes.
Concernant la coordination des politiques, de manière générale, l’organisation de la politique de prise en charge de la toxicomanie et du système de soins
à l’échelon national et local parait mieux coordonnée en France qu’en Belgique
où les compétences dans le domaine de la santé sont réparties entre plusieurs
niveaux de pouvoirs, rendant complexe toute coordination.
En matière d’offre de soins, on relève des différences sensibles en matière
de prise en charge résidentielle et ambulatoire :
- les deux pays ont des dispositifs diversifiés. Toutefois les communautés
thérapeutiques belges (postcures résidentielles de longue durée) offrent un
type de traitement peu développé en France. En outre, ce secteur est basé
sur l’école psychanalytique en France et comportementale en Belgique;
- la répartition géographique de l’offre de soins relative au dispositif spécialisé de la substitution est inégale dans la zone Interreg considérée en France
et dans une moindre mesure en Belgique; les cantons les moins peuplés
sont éloignés de l’offre de soins;
- l’organisation des traitements de substitution : le traitement à base de
méthadone est organisé en deux phases (centres spécialisés, puis médecine
de ville) en France, tandis que cette distinction n’existe pas en Belgique.
- Cette organisation a un impact direct sur la capacité d’accueil de chacun des
systèmes.
Quant aux modalités d’application de la substitution, on constate que les
conclusions de la Conférence de consensus (Belgique – Gand, 8 octobre 1994)
rapprochent fortement les modalités conseillées des programmes méthadone en
Belgique de celles qui sont obligatoires en France (la prise en charge pluridisciplinaire est identifiée comme principe d’efficacité thérapeutique). L’absence
de cadre légal et de contrôle en Belgique laisse place à des dérives potentielles,
en particulier l’initiation de traitements de substitution coupés de tout lien avec
une structure spécialisée ou de soutien. En France, le Subutex, qui fait l’objet
d’un cadre plus souple et d’un moindre contrôle que celui de la méthadone, peut
également favoriser des détournements. En témoigne la circulation de ce
produit sur le marché parallèle, qui place désormais le Subutex au rang des
opiacés les plus consommés par les toxicomanes.
Les dérives potentielles sont les mêmes dans les deux pays et la qualité des
soins dépend notamment du prescripteur, de son intégration dans un réseau de
soins (pratique isolée ou travail en réseau). Les risques de prescriptions
inadaptées et l’approvisionnement d’un marché secondaire existent dans les
deux systèmes.
La France reconnaît deux produits pour les traitements de substitution
tandis que la Belgique n’en reconnaît qu’un seul.
La différence fondamentale entre les deux systèmes se présente surtout
durant les premiers mois d’initiation du traitement où la souplesse de la
prescription de méthadone en Belgique (qui peut aller jusqu’à trois mois, et en
pratique, plafonné à un mois) contribue probablement au recours à la méthadone
belge par des patients français (prescription jusqu’à sept jours maximum en
France durant la prise en charge en centre spécialisé). La substitution à la
méthadone est dévolue au réseau spécialisé en France, aux établissements
spécialisés et à la médecine générale en Belgique. Le suivi psychosocial est
obligatoire en France et seulement conseillé en Belgique.
Si l’application de la disposition législative de l’anonymat en France
présente aujourd’hui plus d’inconvénients que d’avantages, il reste que nombre
de patients toxicomanes français recherchent, sinon l’anonymat, au moins la
discrétion et la confidentialité : ils se dirigent vers la médecine de ville qui reste
bornée par le secret médical ou s’éloignent de leur zone de résidence et de leur
environnement immédiat pour passer la frontière; les informations divulguées
demeurent au seul niveau des organismes assureurs pour autant qu’ils interviennent dans ces prestations.
Bien que cette disposition soit un élément favorisant la prise de contact du
toxicomane envers le réseau de soins, elle ne paraît pas un élément attractif pour
les patients étrangers (on ne connaît pas de flux important de patients belges vers
la France).
De même, la gratuité des soins attribués aux toxicomanes n’est pas un
élément dissuasif des flux existants : certains patients étrangers pris en charge
en Belgique financent leur traitement sans intervention des organismes assureurs.
L’accès aux soins des populations toxicomanes
transfrontalières
L’offre de soins en Hainaut
L’accès général aux soins est aisé grâce à la couverture quasi totale de la
population par le régime obligatoire d’Assurance Maladie et l’application de
tarifs préférentiels pour certaines catégories d’assurés sociaux vulnérables
(invalides, veufs, pensionnés, chômeurs de longue durée,…). L’accès aux soins
de toxicomanie est identique à l’ensemble des soins de santé et le patient a le
libre choix du prestataire, qu’il s’agisse de soins ambulatoires ou hospitaliers.
Les modes d’admission des centres de cure et de postcure (entretien,
semaine préparatoire, contrat thérapeutique,…) évaluent l’opportunité du traitement par rapport au patient. Ils ne constituent pas des « conditions d’accès »
en tant que telles mais font partie de l’expertise médicale et du processus
thérapeutique. L’offre de soins est diversifiée et complémentaire, elle se
compose de services non spécialisés et de services spécialisés aux patients
toxicomanes.
L’offre de soins non spécialisée
Tout médecin généraliste peut accueillir des patients dépendants. Néanmoins,
on constate une concentration de ce type de patientèle auprès d’un nombre
restreint de généralistes. En effet, certains praticiens dirigent systématiquement
cette patientèle vers des structures spécialisées tandis que d’autres, intégrés
dans des réseaux ou non, initient les traitements de substitution. Les centres de
santé mentale sont des structures ambulatoires d’accueil, d’orientation et de
traitement pour toute pathologie psychiatrique. La zone dispose également
d’hôpitaux psychiatriques et de sections psychiatriques dans des hôpitaux
généraux. Certains d’entre eux sont habilités à traiter les toxicomanies.
L’offre de soins spécialisée
Certaines entités urbaines (Mons et Charleroi) disposent d’une Maison d’Accueil Socio-Sanitaire (MASS). Des collaborations avec d’autres établissements
permettent d’étendre le champ géographique d’action par la mise en place
d’antennes de consultation. Il s’agit de structures d’accueil à bas seuil spécialement mises en place dans les grandes agglomérations du pays.
Il existe des structures d’accueil résidentielles dans la province de Hainaut :
deux communautés thérapeutiques qui proposent des séjours de plus de six
mois, un centre résidentiel de moyen séjour (un mois) spécialisé dans le sevrage,
un centre de crise et une structure d’habitation protégée (Le cèdre bleu – La
Louvière).
Les prestataires locaux sont également organisés en réseau (structure ayant
pour objectif l’intégration du praticien dans une démarche structurée de soins :
intervision généraliste, coordination locale entre autorités communales, médecins et pharmaciens, coordination pluridisciplinaire de soins, structure d’information et de formation): on recense plusieurs initiatives de ce type mais elles
recouvrent des réalités fort différentes.
Enfin, il existe une plate-forme de soins psychiatriques (non spécifique aux
soins de toxicomanies) dans la province qui regroupe des représentants de
chaque type de soins psychiatriques.
En milieu carcéral, le dispositif de soins développé n’est pas spécifique à
la prise en charge des toxicomanes. En plus de la section médicale et d’intervenant psychiatriques, les associations externes aux prisons interviennent en guise
de soutien et notamment afin de préparer l’engagement thérapeutique spécifique dès la sortie de prison.
En Hainaut, l’adéquation entre la demande et l’offre de soins ne semble pas
être problématique : les modalités d’initiation des traitements de substitution
rendent l’offre suffisante (en pratique, un nombre restreint de médecins se sont
investis dans ce type de prise en charge), d’autre part on ne connaît pas à ce jour
de carence particulière quant à la capacité d’accueil des centres résidentiels. Les
acteurs mettent davantage en évidence « l’accroche thérapeutique », c’est-à-dire les difficultés d’établir un lien durable avec le patient, de transformer le
contact en demande spécifique et thérapeutique.
L’offre de soins dans le département du Nord
L’organisation des soins
En France, l’organisation des soins s’est largement modifiée depuis les années
1990 avec notamment la reconnaissance des centres de soins spécialisés en
toxicomanie (CSST) par un décret de 1992, la mise en place des réseaux villehôpital, le dispositif de délivrance de la méthadone en 1994 et le renforcement
de la prise en charge hospitalière avec la création d’équipes de liaison.
Les réseaux Ville-Hôpital sont des dispositifs réunissant les professionnels
intervenant auprès des toxicomanes (médecins de ville, pharmaciens, praticiens
des hôpitaux, intervenants spécialisés en toxicomanie) Ces groupements et
réseaux de professionnels sont spécifiquement agréés pour coordonner l’intervention du secteur hospitalier, de la médecine de ville et des centres de soins
spécialisés.
Les équipes de liaison, apparues en 1996
[8], ont pour objectifs d’améliorer la
prise en charge des patients au cours de leur hospitalisation pour des motifs
somatiques en apportant un accompagnement et une orientation adaptés aux
patients et d’assurer un soutien et une formation aux personnels soignants.
Chaque hospitalisation doit être une occasion de proposition de prise en charge.
Ces équipes de coordination et d’intervention auprès de malades usagers de
drogues interviennent en milieu hospitalier pour aider les équipes de soins dans
la prise en charge des toxicomanes.
Les démarches pour se faire soigner en France
Compte tenu des dispositions relatives à 1' anonymat et à la gratuité des soins,
un toxicomane ne doit en principe effectuer aucune démarche administrative
pour bénéficier d’un sevrage pour une toxicomanie aux produits illicites ou d’un
séjour dans un centre résidentiel (postcure, appartement thérapeutique, famille
d’accueil). Pour un traitement de substitution en ville, ou pour des soins autres
que la toxicomanie, c’est-à-dire pour le recours au dispositif de soins de droit
commun, le toxicomane est tenu d’avoir ses papiers de sécurité sociale en règle
ou de bénéficier de l’aide médicale gratuite.
Le système de soins français aux toxicomanes est en pleine évolution : si
la prise en charge des personnes toxicomanes relève à la fois du dispositif
spécialisé en toxicomanie et du dispositif de droit commun, les toxicomanes
utilisent de plus en plus le dispositif de droit commun et, de fait, il existe
actuellement et de plus en plus un passage du remboursement des toxicomanes
par l’assurance maladie.
Le taux de prises en charge des toxicomanes dans le Nord-Pas-de-Calais est
le plus élevé de France, et les structures spécialisées en toxicomanie tout comme
les établissements hospitaliers enregistrent une augmentation continue du
nombre de prises en charge depuis 1993.
Concernant les centres résidentiels, le recrutement des toxicomanes étant
national à quelques exceptions près, la situation ne peut être analysée qu’au plan
national. Sur un plan général, pour l’année 2000, les listes d’attente sont
moindres qu’auparavant car la postcure ne constitue plus la seule réponse
thérapeutique. Les effets des programmes de substitution se font sentir : les
jeunes toxicomanes « expérimentent » la substitution avant d’envisager éventuellement un séjour en postcure.
Alors que la région Nord-Pas-de-Calais constitue l’une des régions ayant
le plus haut taux d’alcoolisme et de toxicomanie, elle figure dans les dernières
pour ce qui concerne les ressources sanitaires affectées à ce type de pathologie
avec toutefois des situations très contrastées : l’offre de soins régionale est très
inégale, la Communauté urbaine de Lille concentre à elle seule la majorité des
moyens sociosanitaires. En revanche, le sud du département (arrondissements
d’Avesnes, Fourmies et surtout Cambrai) ne compte que très peu d’offres de
services au regard des besoins.
La Cour des comptes explicite ce type de déséquilibre en rappelant que les
départements français frappés de longue date – ce qui n’est pas le cas du
département du Nord – par la toxicomanie sont mieux dotés que ceux où son
développement est plus récent. « Le département des Bouches-du-Rhône, qui
comptait 730 toxicomanes pris en charge par une structure sanitaire et sociale
en novembre 1994, a reçu ainsi 34,20 MF en 1995 au tire du dispositif spécialisé,
alors que le Nord, qui comptait 1617 toxicomanes dans la même situation, ne
recevait que 23,60 MF. »
[9]
Le rapport du SROS
[10] fait apparaître, pour la région Nord-Pas-de-Calais,
trois constats majoritaires :
- une demande croissante de soins vis-à-vis d’une population souvent
polyconsommatrice, assez régulièrement porteuse de troubles psychiatriques associés;
- une inégalité de répartition de l’offre de soins spécialisés en toxicomanie
tant hospitalière qu’ambulatoire;
- un accès au traitement par la méthadone globalement insuffisant sur la
région et tout particulièrement dans le Pas-de-Calais.
En comparant les offres de soins en Hainaut et dans le Nord, on observe
plusieurs carences en matière d’accès aux soins, essentiellement la concentration des structures en ville et une carence en milieu rural ainsi que l’absence de
diversification des approches thérapeutiques proposées notamment dans les
centres de postcure, les structures résidentielles.
Potentiel de complémentarité transfrontalière
Actuellement, les politiques sanitaires sont organisées de manière nationale; de
même, la localisation des établissements de soins se fait en regard d’une
population résidente donnée.
Les zones frontalières sont riches de coopérations potentielles entre établissements, prestataires de soins des deux pays pour autant que l’on considère un
bassin de vie intégrant les mouvements de population (travail frontalier, loisirs,
consommation). Les complémentarités objectives en terme d’équipement (un
pays dispose d’une infrastructure que l’autre ne possède pas dans le périmètre
considéré, seuil d’activité atteint pour développer de nouveaux services,…), de
personnel peuvent améliorer considérablement l’organisation sanitaire d’une
région.
S’agissant de soins de toxicomanie, les institutions spécialisées sont rares,
les échanges entre prestataires de soins (hospitaliers, psychiatriques, psychologiques et sociaux) sont les bienvenus pour enrichir les connaissances des uns et
des autres.
En Hainaut/Nord-Pas-de-Calais/Picardie, ce potentiel concerne quatre
secteurs :
- l’amélioration de l’accès aux soins en zone rurale,
- l’amélioration de l’accès aux soins hautement spécialisés,
- éviter les files d’attente pour les soins de substitution,
- la dynamisation du travail en réseau pour le suivi des patients frontaliers,
- les prestataires consultés sont demandeurs de telles collaborations, particulièrement dans le secteur des institutions d’accueil.
L’intervention des organismes assureurs pour les
soins reçus à l’étranger
Dans les pays de l’Espace Économique Européen, l’intervention des organismes assureurs dans les frais des soins reçus à l’étranger est réglementée par la
politique de coordination européenne sur la protection sociale. Cette coordination définit des procédures administratives que les États membres appliquent.
Ces deux aspects conditionnent largement l’accès aux soins à l’étranger. Ce
régime se caractérise par deux principes fondamentaux :
- selon le principe de territorialité, l’assuré peut obtenir des soins dans le pays
dans lequel il verse ses cotisations sociales (le pays dans lequel il travaille);
- la réglementation européenne définit les exceptions à ce principe et met en
place un système d’autorisations préalables.
Le travailleur frontalier jouit d’un régime souple puisqu’il peut avoir accès
aux prestations de santé tant dans son pays de résidence que dans le pays
d’assujettissement. En vertu de l’accord franco-belge, ce formulaire étend
également ce droit aux personnes à charge de l’assuré social considéré.
On distingue deux autres formes d’autorisation préalable :
- l’une couvrant les soins urgents durant un séjour temporaire à l’étranger
- (formulaire E111);
- l’autre utilisée pour des soins programmés, c’est-à-dire les soins qui ne
peuvent être obtenus à temps dans le pays d’affiliation (et ce, en tenant
compte de l’état de santé de l’intéressé et de l’établissement ou du
prestataire de soins ainsi que la durée du séjour utile aux soins) (formulaire
E112).
Les demandes d’autorisation sont introduites auprès des Caisses d’AssuranceMaladie (CPAM en France, Mutualité en Belgique) mais font l’objet d’un
traitement différent selon le pays, voire la Caisse :
- en France, le dossier médical initié au niveau local fait l’objet d’une
décision finale au niveau du Médecin-Conseil de l’Échelon National du
- Service Médical;
- en Belgique, cette autorisation est décentralisée au niveau des Médecins-
- Conseils locaux (Mutualités). Ceux-ci se réfèrent aux Médecins-Conseils
nationaux le cas échéant (pathologie lourde ou rare). De plus, la Belgique
a énoncé des modalités spécifiques pour les habitants des régions frontalières (circulaires INAMI OA 83/54 et 83/152) qui peuvent ainsi accéder aux
soins d’hospitalisation et à certains soins ambulatoires selon des modalités
simplifiées.
En dehors des cas d’urgence, le E111 n’est pas le document adéquat pour
couvrir les prestations auxquelles recourent les patients toxicomanes se faisant
soigner à l’étranger (soins résidentiels et ambulatoires).
Ces dernières années, la Cour Européenne de Justice a alimenté les
réflexions relatives à l’accès aux soins en se prononçant sur plusieurs affaires
de remboursement de soins reçus à l’étranger (arrêts Decker et Kohll en 1998,
et plus récemment arrêts Van Braeckel, Smits-Peerboom en juillet 2001). Elle
autorise ainsi le remboursement de certains soins (ambulatoires) reçus à
l’étranger sans autorisation préalable.
Toutefois, les États membres tardent à appliquer la jurisprudence et à
réformer leurs pratiques. Les autorités belges responsables (INAMI) ont adapté
rapidement leurs pratiques de remboursement de prestations de santé servies
dans un autre État membre pour les assurés d’un État membre de l’E.E.E.
assujettis en Belgique (voir les circulaires INAMI OA 98/258 du 5 août 1998 et
99/427 du 16 septembre 1999). Tandis que la France a mis trois ans à officialiser
l’application du seul arrêt Decker.
Les règlements en place autorisant de recevoir des soins à l’étranger sont
complexes et évoluent actuellement au gré de la jurisprudence. La période
actuelle peut être considérée comme un moment charnière pour l’accès aux
soins à l’étranger. Des initiatives de collaborations transfrontalières contribuent
également à assouplir le système administratif en place.
Les mouvements de patients autour de la frontière
En l’état actuel de la collecte de l’information, il est difficile de recenser de
manière exhaustive les patients de la zone qui reçoivent ou ont reçu des soins de
toxicomanie (quel que soit le type de soins : soins ambulatoires, soins hospitaliers ou en centres résidentiels,…) par delà la frontière.
Grâce aux témoignages des prestataires de soins, nous savons que le
phénomène existe dans un sens et principalement pour un type de soins : le
résident français se rend en Belgique pour y recevoir des soins de substitution.
En Belgique, l’Inspection de la Pharmacie du Ministère de la Santé
Publique enregistre les patients recevant des produits de substitution. Cette
donnée est collectée à partir d’une déclaration adressée par les pharmacies lors
de la prise en charge de tout nouveau patient et permet d’identifier les doubles
prescriptions. Ce recensement administratif permet d’estimer le nombre de
patients résidant en France qui bénéficient de traitements de substitution
ordonnés et délivrés en Belgique.
Nombre de patients en traitement de substitution dans la Province du Hainaut
Année
1996
1997
1998
1999
Nombre
de patients total
1 300
1 900
2 450
dont
1 050 (Charleroi)
1 000 (Mons)
400 (Tournai)
168 (42 %)
Inconnu (Charleroi)
1 225 (Mons)
430 (Tournai)
Nombre de patients résidant en France
646 (34 %)
612 (25 %)
588 (48 %)
172 (40 %)
Source: Inspection de la Pharmacie, Hainaut
Bien que l’on sache que cette statistique est récente et que la qualité de
l’enregistrement s’améliore chaque année, on ne peut réfuter la constatation de
la persistance sinon de la croissance du phénomène. On constate également qu’il
connaît des disparités locales.
Facteurs explicatifs des mouvements de patients
La comparaison du coût des soins ne permet pas d’expliquer ce mouvement. La
répartition du coût des soins entre le patient et les autres financeurs est
sensiblement différent en France et en Belgique mais le coût total des soins (coût
social et coût patient) ne révèle pas de différence fondamentale entre les deux
systèmes. Le coût nul pour le bénéficiaire de certains soins en France n’est pas
attractif au-delà de la frontière. Par contre, la charge financière du coût total des
soins que doit assumer le patient étranger en Belgique ne le dissuade pas de
s’adresser à ce système de soins. On peut ainsi réfuter que la motivation
économique est la seule motivation de ces déplacements.
Le coût comparé de la substitution indique qu’elle est relativement accessible aux patients français se faisant soigner en Belgique. Néanmoins, l’intervention des organismes assureurs pour ces soins pourrait être un instrument en
vue d’assurer une prise en charge de meilleure qualité et un meilleur suivi des
patients.
En revanche, le coût d’un traitement résidentiel est prohibitif, constituant
de ce fait une entrave à l’accès aux soins.
Sur base Patient (F)
mensuelle
0
Hôpital
Hébergement 0
Subutex
0
Substitution
Méthadone
2e phase
0
Organismes Patient (B)
assureurs (F)
7 646,84 390,27 euros
euros/12 J
387,22 euros
4 573,47 euros
2 540 Frf
Subutex
176,84 euros
Méthadone Méthadone
1re phase 23,73 euros
365,88 euros
Organismes
assureurs (B)
2 972,76 –
10 366,53 euros
2 972,76 –
7 439,51 euros
Méthadone
123,48 euros
Taux de change: 1 Euro = 6,55957Frf = 40,3399 Bef (1Frf = 6,15 Bef)
Les mouvements de patients constatés s’expliquent par plusieurs facteurs
parmi lesquels la communication entre le patient et le prescripteur, le parcours
du toxicomane, ont leur importance dans le choix d’un thérapeute et d’une
thérapie.
- La proximité du lieu de traitement : elle peut apporter un certain confort au
patient ou à ses proches.
- La disponibilité de l’offre, l’existence de files d’attente encouragent à
s’adresser un autre système de soins (antériorité de la méthadone belge).
- L’organisation de l’offre de soins (horaires des centres).
- Les modalités d’accès aux traitements de substitution (phase d’initiation).
- La connaissance de l’offre de soins nationale et étrangère (information
disponible, rumeurs, représentations,…).
- La recherche d’anonymat, de discrétion (éloignement).
- La relation patient-prestataire (communication, confiance,…).
Nous sommes ainsi confrontés à un flux transfrontalier important de plus de 600
patients/an, qui subsiste ou se développe en dehors de toute intervention des
organismes assureurs et de toute coordination des autorités sanitaires. Le cadre
réglementaire actuel contient un potentiel de mobilité du patient qui pourrait
s’exprimer pour accéder aux soins en zone rurale, ou à des soins spécifiques. On
peut donc dire que l’accès aux soins est limité, le choix du patient est restreint.
La prise en charge pluridisciplinaire, facteur essentiel de qualité des soins
reconnu en France comme en Belgique, n’est pas garantie (risque de pratiques
isolées). Un risque de prescriptions inadaptées et excessives existe également,
alimentant un marché parallèle.
Le patient assure le coût total des soins qui sont reconnus par l’Assurance
Maladie dans chacun des deux pays. Ainsi, les mécanismes de l’Assurance
Maladie traditionnels ne fonctionnent pas.
Enfin, ce mouvement de patients implique également le transport de
produits pharmaceutiques faisant l’objet d’une réglementation spécifique. La
délivrance et la « mobilité » de produits forment un enjeu sécuritaire important.
Cet ensemble d’éléments indique qu’en zone frontière, les mécanismes
traditionnels de régulations ne fonctionnent pas puisqu’ils ne répondent pas
correctement à des éléments importants de santé publique.
Vers une approche transfrontalière
La problématique des mouvements de patients toxicomanes dans la zone
transfrontalière pose ainsi une série d’enjeux fondamentaux en termes de santé
publique (accès aux soins), de qualité des soins (qualité de la prise en charge et
du suivi) et de sécurité (délivrance et « mobilité » de produits faisant l’objet
d’une réglementation précise), problématique qui nous conduit à poser l’hypothèse de l’opportunité de mettre en place des mécanismes de régulation
concertés, par le biais d’actions transfrontalières.
Les éléments apportés par les résultats de l’enquête adressée aux acteurs du
secteur (prestataires de soins, organismes assureurs, associations représentatives, autorités publiques de la santé), et concernant la problématique des
mouvements de patients, plaident en faveur d’une telle orientation.
Face à un phénomène qu’ils connaissent bien et qu’ils attribuent en priorité
à la proximité géographique, les répondants expriment une demande d’évaluation et de suivi de la situation. Ils formulent plusieurs priorités d’action en vue
d’améliorer la situation :
- harmoniser les modes d’entrées dans le système de soins de substitution,
- évaluer régulièrement la situation,
- développer des actions transfrontalières spécifiques telles que les réseaux
de praticiens,
- informer davantage sur les dispositifs de soins existants,
- permettre la prise en charge des organismes assureurs pour les soins reçus
à l’étranger.
Enfin, ils désignent les prestataires de soins comme incontournables à la
mise en œuvre de toute action dans ce domaine.
Les conclusions de cette étude ont abouti à des propositions d’actions qui
contribuent valablement à l’amélioration de l’accès aux soins de toxicomanie en
Hainaut et dans le département du Nord tout en se dotant des outils nécessaires
à la maîtrise des flux transfrontaliers de patients. Les objectifs de ces actions
sont :
- la promotion de l’accès aux soins (prise en charge thérapeutique compatible avec la vie sociale (proche du domicile ou du lieu de travail);
- la promotion de la qualité des soins (notamment la pluridisciplinarité de la
prise en charge et la responsabilisation du prescripteur);
- favoriser la communication entre le prestataire et le patient (notamment
l’information au patient relative à l’offre de soins qui existe dans son pays
de résidence), entre les prestataires de soins français et belges;
- mettre en place un système de suivi et d’évaluation d’un phénomène avéré
- (les flux transfrontaliers de patients toxicomanes) mais ne faisant pas
l’objet d’une action spécifique à ce jour;
- la mise en place de mécanismes autorisant l’intervention de l’Assurance
- Maladie (dans le cadre classique de la coordination européenne en matière
de sécurité sociale).
La mise en place d’un système de veille permettant de disposer d’éléments
précis d’évaluation du phénomène de mouvements transfrontaliers de patients
toxicomanes pour la mise en œuvre d’actions éventuelles est prioritaire.
Cette action peut être entreprise grâce à la collaboration des institutions et
des acteurs de terrain. Elle serait optimalisée grâce à la collaboration des
autorités administratives et des organismes assureurs. Le réseau européen
TRANSRELIS étudie la migration transfrontalière des patients toxicomanes en
matière de traitement, il est un partenaire potentiel.
Toute adaptation du cadre légal autorisant la prise en charge des soins à
l’étranger du patient toxicomane contribuera également à ces objectifs. Les
rigidités des réglementations européennes et nationales indiquent qu’il est
davantage envisageable de travailler à l’assouplissement dans l’application des
pratiques administratives (décentralisation de la décision, autorisation de l’accès aux soins à l’étranger lorsqu’il ne peut être obtenu dans un délai raisonnable,…).
C’est sans doute au niveau local qu’une action pilote transfrontalière peut
avoir un impact rapide. Afin de couvrir la demande de soins tout en garantissant
une qualité de prise en charge optimale, il serait possible d’élaborer une
convention de coopération transfrontalière entre les Caisses d’assurance maladie et les prestataires de soins. Dans ce cadre, l’octroi d’une autorisation
administrative (E112) permettrait au patient d’accéder à une offre de soins de
qualité auprès de prestataires reconnus (ce qui limite, dans un premier temps, le
choix du patient quant au prestataire de soins).
La qualité des soins accessibles serait notamment garantie par les éléments
suivants :
- le prestataire ayant la capacité de prendre en charge valablement un patient
toxicomane (formation, information, intégration à un réseau de soins);
- le prestataire ayant une connaissance suffisante de l’approche transfrontalière
de la toxicomanie (intégration à un réseau franco-belge);
- le prestataire de soins ayant également une capacité d’intervention
transfrontalière : intervision, coordination avec l’offre de soins
psychosociale;
- la capacité de participation à une évaluation périodique de la prise en charge
transfrontalière.
Outre les éléments mentionnés ci-dessus, une approche transfrontalière de
la toxicomanie peut également engendrer des bénéfices à court ou moyen terme
dans les domaines suivants :
- la liberté du patient face aux choix thérapeutiques;
- le confort du patient en terme de distances parcourues par lui-même et par
ses proches; pour la toxicomanie, se rapprocher ou s’éloigner (discrétion)
peuvent contribuer au confort;
- l’offre de soins existante peut être rendue efficiente par rapport à un bassin
de vie et non par rapport à la population nationale uniquement;
- une expérience accrue des praticiens par la formation et l’échange, un
meilleur suivi du patient en lui offrant une information complète sur l’offre
de soins;
- une amélioration de l’offre médicale par la complémentarité et la définition
de réseaux de soins.
L’organisation de rencontres transfrontalières sur la problématique de la
toxicomanie aurait pour objectif de structurer un réseau transfrontalier d’intervenants en toxicomanie, en particulier les professionnels psycho-médico-sociaux, les organismes représentant les toxicomanes, les prestataires de soins,
les organismes assureurs, et les autorités publiques de la santé. L’Observatoire
Franco-Belge de la Santé et le programme Interreg III (2002-2007) devraient
permettre d’ambitionner de telles actions.
Rapports
Accompagnement et suivi de toxicomanes sous substitution, Interreg II, Le cèdre bleu/Citadelle, Rapport
intermédiaire, janvier 1999.
Annuaire de statistiques régionales, INS, 1997.
Aspects sociaux de la transfrontiéralité, Avis et rapport du groupe de travail Région Nord – Pas-de-Calais,
Conseil économique et social régional, mars 1995.
Drogues et toxicomanies – Indicateurs et tendances –, Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, édition 1999.
Enquête sentinelles : Recueil de données épidémiologiques concernant les usagers de produits psychotropes illicites en contact avec des instances d’aide dans la région de Charleroi, Ville de Charleroi, 09/1998.
Évolution des pratiques des toxicomanes fréquentant le dispositif de réduction des risques infectieux du
Nord-Pas-de-Calais – Tendances 1996-1998, DDASS du Nord – Délégation SIDA Nord-Pas-de-Calais,
1998, non publié.
Guide social, CPGADIM, 1998-1999,
La méthadone et après, Santé Conjuguée, 10/1997.
Le dispositif de lutte contre la toxicomanie, Rapport public particulier, Cour des comptes, 1998,248 p.
Le traitement des héroïnomanes, Le Monde, 27 juillet 1999.
Les jeunes et leurs drogues, L’observatoire, 23/1999.
Liste des centres, organismes et institutions ayant une action préventive, de recherche et/ou curative dans
le domaine des toxicomanies, CCAD, 2e trimestre 1999.
Pour une prévention de l’usage des substances psychoactives – Rapport du Professeur Parquet, Dossiers
techniques, éditions CFES 1998.
Prison and Drugs 1998: European recommendations, Conférence d’Oldenbourg, 12 au 14 mars 1998.
Rapport 1998, Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies.
Recherche et mise en œuvre de complémentarités transfrontalières entre la Belgique et la France dans le
domaine de la santé, Collège Intermutualiste National de Belgique, Assurance maladie et Mutualités
Françaises, Programme européen INTERREG I, février 1996.
Tableau de Bord de la Santé des jeunes, Observatoire de la Santé du Hainaut, 1998.
Tableau de Bord de la Santé, Observatoire de la Santé du Hainaut, 1997.
Toxicomanie en Communauté Française, état des lieux et recommandations, Livre Blanc.
Usage nocif et dépendances – Orientations stratégiques et propositions, SROS Nord-Pas-de-Calais, juin
1999.
·
BILS L., LEDOUX Y., PREUMONT C., Estimation du nombre d’usagers d’opiacés dans la Communauté
française de Belgique, CCAD, notes épidémiologiques n° 1, juin 1999.
·
BILS L., PREUMONT C., Les assuétudes en Belgique et en Communauté française, synthèse des données
épidémiologiques et de recherches en prévention, Comité de Concertation sur l’Alcool et les autres
Drogues, février 1998.
·
Commission de Coordination Intercommunautaire, Les assuétudes en Belgique, synthèse des données
épidémiologiques, juin 1993.
·
D.R.A.S.S., Enquête Toxicomanie, Novembre 1995,96,97 et 98.
·
DECOURRIERE A., Les drogues dans l’Union Européenne, Bruylant, 1996.
·
DUMOULIN P., GIOT M.-P., JAMOULLE P., PANUNZI-ROGER N., Évaluation des dispositifs de
prévention et de soins dans une optique comparative, Programme européen transfrontalier – Toxicomanie, Interreg I, octobre 1995.
·
GRUNWALD D., prise en charge médicale des toxicomanes : dispositions actuelles – réflexions d’avenir,
Ordre des Médecins (France), juillet 1998.
·
INSEE Nord-Pas-de-Calais, Profils, N° 12, octobre 1997.
·
JAMOULLE P., PANUNZI-ROGER N., Approche anthropologique de populations toxicomanes du
Hainaut belge et du département du Nord – Perceptions et attitudes des toxicomanes à l’égard des
dispositifs sociosanitaires et judiciaires, Programme européen transfrontalier – Toxicomanie, Interreg II,
octobre 1999.
·
KOPP P., PALLE C, Vers l’analyse du coût des drogues illégales – Un essai de mesure du coût de la politique
publique de la drogue et quelques réflexions sur la mesure des autres coûts, ARMI, OFDT, mai 1998.
·
LABAYLE H., «La libre circulation des personnes dans l’Union européenne, de Schengen à Amsterdam», L’Actualité juridique – Droit administratif, 20 décembre 1997,923-35., 923 p.
·
LEDOUX Y., PREUMONT C., La demande de soins des usagers de drogues dans la Communauté française
de Belgique de 1993 à 1995, Usage d’héroïne : perspectives sociohistoriques et comparaisons interrégionales, CCAD, avril 1997.
·
ORIGER A., Rapport RELIS 97, Grand-Duché de Luxembourg, Ministère de la Santé.
[1]
Drogues et toxicomanies – Indicateurs et tendances –, Observatoire français des
drogues et des toxicomanies, Édition 1999,27 p.
[2]
Alain ORIGER propose de recourir à un système de codage anonymisé, Réseau
national d’information sur les stupéfiants et les toxicomanies
, Rapport RELIS 97, Grand-Duché de Luxembourg, Ministère de la Santé.
[3]
Pour une prévention de l’usage des substances psychoactives – Rapport du Professeur
Parquet. Dossiers techniques, Éditions CFES, 1998.
[4]
Accompagnement et suivi de toxicomanes sous substitution, Le cèdre bleu/Citadelle,
Programme Interreg II transfrontalier, Rapport intermédiaire, Janvier 1999, p. 5.
[5]
Ibid., p. 11.
[6]
Circulaire DGS/DH n° 96-239 du 3 avril 1996 relative aux orientations dans le domaine
de la prise en charge des toxicomanes en 1996, annexe 1.
[7]
Note politique du gouvernement fédéral sur la problématique de la drogue, 23 janvier
2001. Le point développant la politique de substitution contient une proposition
d’action euro-régionale : le développement d’accords transfrontaliers afin de contrer le
« tourisme méthadone ».
[8]
Circulaire DGS/DH n° 96-259 du 3 avril 1996 pour les équipes de liaison en toxicomanie.
[9]
Le dispositif de lutte contre la toxicomanie, Rapport public particulier, Cour des
comptes, 1998,248 p.
[10]
Usage nocif et dépendances – Orientations stratégiques et propositions, SROS Nord-Pas-de-Calais, Juin 1999.