2001
Psychotropes
Articles
Styles de vie liés aux drogues et trajectoires de sortie de
toxicomanie
Enquête sur le site belge (hainaut)
Pascale Jamoulle
Ethnologue
Cet article présente la deuxième partie des résultats d’une
enquête de terrain menée, sur les lieux de vie, auprès de personnes dépendantes
de drogues et particulièrement précarisées. Leurs contextes de vie frôlent
parfois le cauchemar même si certaines ont des modes d’entraide et rencontrent
des gestes d’humanité. Le manque physique, le coût des produits, les «mélanges»
et l’affaiblissement de leurs ressources socioéconomiques créent les conditions
d’un état d’urgence qui envahit leur vie quotidienne. Beaucoup ont été
précipitées dans des activités à hauts risques (prostitution, business de rue,
délinquance...) et confinées dans des socialités clandestines. Elles parlent
d’un rythme de vie qui s’accélérait et d’un rapport au temps qui se décalait au
fur et à mesure qu’elles multipliaient tant les systèmes d’accès aux produits
que les recours de défonce. Les confrontations traumatiques aux forces de
l’ordre et les vécus carcéraux ont alimenté leur colère, leur méfiance et leur
désillusion. Ils ont contribué à distancier ces publics des professionnels et
des institutions. Confrontés au mépris ambiant et à la spirale de la précarité,
certains ont engagé des conduites de consommation à risques exponentielles.
Pour «s’en sortir», beaucoup de ces interlocuteurs ont d’abord cherché à se
doter de meilleures conditions de vie. Ensuite, ils ont progressivement traité
les différentes dimensions de leurs conduites addictives. Générale~ment, ils
ont trouvé les «pièces du puzzle» de leur processus de sortie de toxicomanie
d’une structure à l’autre, d’un intervenant à l’autre et dans leur réseau
social. À partir de la densité de leur expérience, ils font des suggestions
précieuses pour augmenter l’impact des politiques de réduc~tion des risques et
d’accès aux soins.
Mots-clés :
Styles de vie, Précarité, Trajectoire, Accès aux soins, Réduction des risques, Enquête, Ethnographie, Hainaut belge.
This article presents the second part of the results of an
inquiry of ground led, on the scene of life, with persons dependent on drugs
and in particular precariousness. Their contexts of life touch sometimes
nightmare even though certain have modes of mutual aid and meet gestures of
humanity. Physical lack, the cost of products, «mixtures «and the decline of
their socioeconomic resources create the conditions of an emergency which
invades their daily life. Many were precipitated into activities at high risks
(prostitution, business of street, crime...) and confined in secret
socialization. They speak about a rhythm of life which accelerated and of a
report in the time which moved as they multiplied so much the systems of access
to the products that the appeals of kick down. Traumatic confron~tations in
polices and lived prison fed their anger, their distrust and their
disappointment. They contributed to distance these public of the professionals
and institutes. Confronted with the pervading contempt and with the spiral of
the uncertainty, some engaged behaviour of consumption to risks exponential.
For «take out there «, many these interlocutors tried at first to endow of
better conditions of life. Then, they gradually treated the various dimen~sions
of their addict behaviour. Generally they found the «details of puzzle «of
their process of exit of drug addiction of a structure in the another one, of a
speaker in the another one and in their social network. From the density of
their experience, they make precious suggestions to increase the impact of the
politics of reducing of risks and access to care.
Rappelons qu’un travail d’investigation transfrontalier a été
réalisé avec des personnes qui se sont autodésignées comme « toxicomanes » ou «
anciens toxicomanes »
[1].
L’enquête prend en compte leurs représentations, leurs vécus, leurs analyses et
la densité de leur expérience humaine. Dans cet article, je me concentrerai
plus particulièrement sur les représentations et réflexions prospectives des
personnes rencontrées sur le site belge au sujet de l’évolution des pratiques
liées aux drogues, de la limitation des dommages et de l’accès aux dispositifs
sociosanitaires.
[2]
Pendant deux années, j’ai engagé un travail d’observation
participante dans un quartier de prostitution de la ville de Charleroi où les
systèmes de vie liés aux drogues sont très développés.
[3] J’y ai engagé des relations
avec plus d’une centaine de personnes dépendantes, principalement des jeunes
femmes prostituées, des toxicomanes de rue et des jeunes gens qui développent
des activités liées aux drogues. Avec vingt et une de ces personnes, j’ai
conduit des entretiens biographiques approfondis. De rencontre en rencontre,
nous travaillions à partir des premiers textes produits et explorions de
nouveaux pans de leur histoire. Cette expérience d’écriture fut
particulièrement positive pour beaucoup d’enquêtés. Ils m’ont ouvert la porte
de leurs quartiers et m’ont relaté leur histoire. Pour diversifier les
éclairages de ces acteurs et toucher un maximum de groupes de « toxicomanes »,
j’ai ensuite réalisé quatorze autres récits de vie avec des personnes en
contact avec différents types de services d’aide et de soins
[4].
Les personnes qui ont réalisé des récits ont entre dix-sept et
quarante ans, près de la moitié sont des femmes. Si la plupart connaissent ou
ont connu des périodes de précarisation psychosociale, citoyenne et sanitaire,
certains bénéficient d’un bon degré d’insertion sociale (vie de famille,
travail…). Engagés à des degrés différents dans les pratiques liées aux
drogues, certains vivent très distanciés des structures d’aide et de soins,
d’autres sont usagers des dispositifs. Nos échanges et discussions se sont
situés sur leurs lieux de vie, hors des enjeux institutionnels.
Évolutions des conduites liées aux drogues
Développement des polytoxicomanies
et baisse de qualité des drogues vendues en rue
L’enquête montre la multiplicité des usages toxicomaniaques.
La plupart des narrateurs sont (ou ont été) polyconsommateurs (haschich,
héroïne, cocaïne, drogues de synthèse, benzodiazépines, barbituriques, alcool,
méthadone « en dépannage »…). Les personnes initiées aux drogues au début des
années quatrevingt décrivent une époque où alcooliques et toxicomanes se
fréquentaient peu et, souvent, se disqualifiaient. Actuellement, les
polyconsommations brouillent les catégories de dépendants
[5]. Une nouvelle culture de la « défonce »
serait en train de s’imposer. Certaines pratiques de consommation, de plus en
plus usuelles, en sont des indices :
- mélanger le cannabis, l’alcool et les médicaments
(primo~consommations);
- prendre de l’héroïne « en fumette » associée aux «
descentes » inhérentes aux usages de drogues de synthèse (usages occasionnels
ou récréatifs);
- consommer de la cocaïne, de l’alcool, des
benzodiazépines, barbituriques… et suivre un traitement de substitution à la
méthadone (usages de défonce).
La cocaïne dispose d’une aura de prestige, c’est la « poudre
des riches », des dealers, des personnes « de haute réputation », respectées en
ville. Ses effets énergisants sont appréciés dans les activités liées à
l’économie souterraine. Les jeunes sont tentés par la cocaïne réputée moins «
accrocheuse » que l’héroïne. Les usagers en traitement de substitution
l’utilisent pour la « défonce », la méthadone diminuant considérablement
l’effet des opiacés. Beaucoup recourent à la cocaïne pour ses effets stimulants
dans le cadre des pratiques sexuelles, notamment nombre de jeunes femmes
prostituées.
Des usagers observent que de plus en plus de jeunes
adolescents consomment des médicaments psychotropes et cherchent à en acheter
au marché noir.
La quête auprès des médecins et le commerce de « médocs » à
la pièce font partie des systèmes de survie des personnes dépendantes et
précarisées. Si les usages toxicomaniaques de Rohypnol (Flunitrazepam)
[6] et de Vesparax (mélange de
deux barbituriques : Brallobarbital et Sécobarbital) continuent à s’étendre,
les usagers constatent aussi une extension des situations où la méthadone prend
place dans les polyusages de défonce. Différentes raisons sont invoquées
:
- la vente d’ordonnances ou de méthadone au marché noir «
en dépannage » ;
- des praticiens, peu rigoureux sur les cadres
thérapeutiques des traitements de substitution, tolèrent des prises
irrégulières, occasionnelles et chaotiques;
- des usagers s’inscrivent dans des protocoles de
traitement sous pression mais ne sont pas prêts à renoncer à la « défonce ».
D’autres ne trouvent pas l’aide dont ils ont besoin dans la substitution, mais
poursuivent leur traitement (associé aux polyusages) pour répondre aux
exigences judiciaires ou familiales ou pour garder une opportunité de dialogue
avec leur médecin.
Les risques liés aux « mélanges » sont différemment perçus.
Les très jeunes gens n’en font pas mention tandis que les usagers expérimentés
décrivent des dommages multiples : amplification des états de manque,
allongement de la période de sevrage physique, majoration des risques d’arrêt
respiratoire, amnésies et troubles de la mémoire, comas, dérégulations du
sommeil, passages à l’acte incontrôlé, troubles psychiatriques, confusions
mentales,…
Les polydépendances rendent caduques certains protocoles de
soins : les périodes de sevrage hospitalier classiques sont souvent trop
courtes, notamment sur le plan du sevrage physique; l’efficacité des
traitements de substitution à la méthadone est limitée aux opiacés,
etc.
Le taux de concentration de stupéfiants par dose vendue en
rue est de plus en plus faible. Les circuits de vente comportent de plus en
plus d’intermédiaires et de modes de recoupe
[7] surtout en fin de chaîne dans le deal de rue et les
petits achats groupés, là où l’argent est rare et les besoins importants.
Certains produits de recoupe utilisés sont particulièrement toxiques, ils
augmentent les risques d’arrêt respiratoire et provoquent des dommages graves à
la santé. Dans les modes de vie de rue, où la précarité économique est grande,
la consommation de produits frelatés, le recours abusif à l’alcool et aux
médications connexes installent le manque dans la vie des personnes et peuvent
créer les conditions d’un état physique et psychique d’urgence quasi permanent.
Beaucoup racontent des épisodes d’errance où, désargentés, épuisés, aux prises
avec des souffrances physiques graves, ils se font
« refouler » tant par les dealers de
rue que par les médecins ou les services d’urgence des hôpitaux.
Degrés d’engagement dans les
systèmes de vie
[8]
Le travail d’immersion et les récits font apparaître la
multiplicité des usages et des pratiques liés aux drogues. Cinq degrés
d’engagement sont décrits par les enquêtés.
- « Ne pas être dedans, juste prendre ». Ce type d’usager
consomme ponctuellement. Il ne vit pas d’état de manque, il investit d’autres
sociabilités et activités que celles liées aux drogues. La plupart des
adolescents qui faisaient partie des réseaux de sociabilité juvénile des
interviewés ont développé des pratiques de consommation occasionnelle
d’héroïne, qu’ils ont, pour la plupart, rapidement abandonnées. Quand il est
fait mention de consommations régulées à long terme, il s’agit généralement
d’anciens toxicomanes qui, avec l’âge, ont développé une capacité de gestion
des substances psycho-actives. Ils bénéficient de relations sociales et de
préoccupations régulatrices (un travail, un couple, une famille…) et ne
consomment plus qu’occasionnellement.
- « Ne pas être vraiment dedans ». Ces usagers régulent
leur consommation tout en étant en risque de dérégulation permanente. Ils
abusent de la
- « défonce » mais gardent des champs d’activités, des
relations, des préoccupations et des plages horaires « hors came ».
- « Être dans la came » fait référence à la dépendance aux
stupéfiants, aux états de manque, mais aussi à tout un système de vie, de
relations, de dettes et d’activités liées aux drogues qui capte l’énergie de
l’individu et envahit sa vie.
[9]
- « Être loin, trop loin ». Ce type d’usage pourrait s’apparenter au
sentiment de vertige devant l’abîme, « au papillon, attiré par la flamme ». Les
personnes « trop loin » vivent une période de consommation exponentielle qui
les mène au bout de leurs limites physiques et psychologiques, trop loin de la
communauté. Ce sentiment d’éloignement peut être à la limite du supportable.
Dans ces périodes, des consommateurs disent avoir multiplié les comportements
de petite délinquance, les risques et les provocations jusqu’à se mettre en
situation d’être hospitalisés en urgence ou incarcérés.
- Cela ne signifie pas que l’hospitalisation ou
l’incarcération leur aient été d’office bénéfiques et qu’ils aient rencontré,
dans le champ médical ou pénal, cette « humanité »
[10] essentielle qui permet de revenir vers
la communauté. Ces usagers sont particulièrement exposés à des dommages
multiples au niveau de leur santé, de leur vie sociale et de leur
citoyenneté.
- « Commencer à s’en sortir. » La plupart des personnes qui
ont vécu longtemps dans la toxicomanie ont besoin de temps pour élaborer les
bases d’un changement de cap dans leur ligne biographique. Il serait souvent
peu réaliste de vouloir transformer brutalement un style de vie ou d’opérer une
rupture radicale avec les sociabilités clandestines. Pendant de longues
périodes, certains consommateurs sont dans des usages complexes de substances
licites et illicites et de médications de substitution. Ils continuent parfois
à fréquenter le milieu par intermittence ou les groupes d’autosupport. Ils
tentent de gérer progressivement leurs consommations, avec des périodes
d’abstinence, de rechute, de régulations et de dérégulations.
Pour subvenir à leurs besoins primaires (se loger, manger,
communiquer…) et de consommation, les personnes dépendantes développent
différentes stratégies de survie socioéconomique en fonction de leurs
ressources, du capital social, culturel et familial dont elles disposent et des
opportunités qui se présentent. Dans une première phase, elles donnent
généralement plus d’ampleur aux activités engagées avant la toxicomanie ou
recourent plus aux ressources de leur réseau naturel (pairs, parents,
conjoint…). Les travailleurs(euses) multiplient les activités professionnelles.
Les personnes insérées dans l’économie souterraine déploient de nouvelles
activités ou renforcent celles qui existent déjà. Les gens de la rue
développent des stratégies de survie de rue. Certain(e) s cherchent
prioritairement des ressources sociales et économiques auprès de leurs proches
et de leur famille. En général, dans une deuxième phase, les personnes
combinent les modes de débrouille et multiplient les systèmes de
survie.
Tout au long des trajectoires, les statuts sociaux peuvent
radicalement changer : des travailleurs deviennent SDF ou s’engagent dans des
modes de vie illégaux, des grossistes deviennent des « tox de rue », des jeunes
femmes sont amenées à pratiquer le vol puis le travail sexuel; des usagers sont
exclus du réseau familial et se retrouvent à la rue… La mobilité sociale est
grande car le coût de la drogue rend la vie des « toxicomanes » très difficile.
La dégradation des conditions de vie, d’habitat et de consommation peut être
très rapide, notamment en raison des « affaires de justice », pour les hommes
et, en cas de rupture de couple, d’incarcération ou de mort du conjoint pour
les femmes.
Certains usagers arrivent à garder des ancrages relationnels
hors du milieu toxicomane : ils continuent à travailler, habitent dans leur
famille d’origine, vivent avec un conjoint qui n’est pas toxicomane… D’autres
n’ont pas ces ressources ou sont progressivement en rupture avec leurs anciens
réseaux de sociabilités « hors came ».
Peu de toxicomanes très impliqués dans les systèmes de vie
liés aux drogues échappent à des périodes de désinscription
socioadministrative. À un moment ou à un autre de leur trajectoire, ils sont «
mis à la porte » (de leur famille, de leur emploi, de leur appartement…). Ils
se retrouvent dans des situations d’errance où ils sont, selon leurs propres
termes, des « toxs de rue ». Ils perdent peu à peu leurs objets personnels et
documents socioadminstratifs, déposés ça et là à la réception d’un hôtel ou
chez des compagnons ou compagnes de défonce. Ils ne reçoivent pas leur courrier
ou ne vont pas le chercher. Quelques-uns n’ont même pas de carte
d’identité
[11]
(parfois ils ont une déclaration de perte périmée, parfois aucun papier
d’identité).
Les dommages liés aux drogues
À long terme, les dommages liés à la (poly) dépendance, décrits
par les enquêtés, sont multidimensionnels. Ils sont directement liés à la
précarité et se renforcent mutuellement sur le mode de l’interdépendance. Les
personnes qui ont de bonnes conditions de vie sociale, ont accès à des produits
qui ne sont pas frelatés et n’ont pas connu de trajectoires judiciaires sont
bien moins exposées.
La prégnance du manque participe à la construction des
temporalités et sociabilités « décalées » dans lesquelles vivent beaucoup de
personnes « dans la came ». De nuit comme de jour elles courent, multiplient
les échanges et les systèmes d’accès aux produits. Leurs consommations et
conditions de vie dérèglent le cycle veille/sommeil, elles perdent le contrôle
du temps. Les modes de vie clandestins les exposent à la violence,
particulièrement quand leurs ressources socioéconomiques s’amenuisent. La
confrontation aux escroqueries et aux agressions conforte leur défiance envers
la communauté dans son ensemble.
L’implication de plus en plus exclusive dans des activités et
sociabilités marginales, le manque de ressources et la vie en rue augmentent la
visibilité des activités liées aux drogues. Les interpellations, les garde à
vue et les périodes d’incarcération deviennent alors partie intégrante des
modes de vie
[12]. Les
confrontations traumatiques aux forces de l’ordre et au milieu carcéral
(humiliations, pressions, maltraitance, manipulations, exploitations,…) ont
alimenté la colère, la méfiance et la désillusion d’un profil d’enquêtés. Les
apprentissages faits en prison les ont « scotchés » aux styles de vie déviants.
Le marquage pénal a renforcé leur méfiance envers les professionnels et les
institutions. Comme dans nombre de villes exposées, à Charleroi, la plupart des
infractions à la loi sur les stupéfiants sont jugées trois à cinq ans après les
faits. L’attente « d’une affaire qui va tomber » a eu un effet paralysant dans
nombre d’histoires de vie. Elle a augmenté le taux d’anxiété des enquêtés et
donc leurs recours à la « défonce ». Elle a brouillé leur vision de l’avenir,
freiné leurs ancrages affectifs et leur réinsertion.
L’état de santé de la plupart des enquêtés s’est
progressivement dégradé; différentes variables en ont créé les conditions. Le
coût des drogues prohibées et la prégnance de l’état de manque sont à l’origine
de pratiques à hauts risques sanitaires (polyusages, partage du matériel,
prostitution,…). Le peu d’accessibilité des seringues le soir et le week-end
favorise l’échange et la réutilisation. L’urgence du manque et l’achat de
drogues en rue renforcent les risques de consommation de produits frelatés. Le
harcèlement policier et les expériences d’incarcération favorisent les usages à
risques en pénalisant la possession de matériel d’injection stérile.
L’accessibilité des psychotropes licites et illicites en milieu carcéral
augmente les risques de polyconsommation. Un large profil d’usagers manque
d’informations au sujet de l’hépatite C et des effets des polyusages, notamment
sur la grossesse. Le fatalisme de certains groupes d’usagers et la banalisation
de la contamination par le virus de l’hépatite C peuvent décrédibiliser les
pratiques de protection.
Si les itinéraires de précarisation ont une dimension
socioéconomique, judiciaire et sanitaire, ils relèvent aussi d’un processus
d’affaiblissement psychologique. La confrontation au mépris ambiant (de la part
des autres populations précarisées, de certains professionnels, des médias…),
au discours sur « l’incurabilité des toxicomanes » et aux vécus traumatiques
(délation, prostitution, prison…) alimente la mésestime de soi et la
désillusion. Elle décourage les démarches d’insertion et peut renforcer les
recours « de défonce ». Les produits permettent de lutter contre le désespoir,
ils donnent du bien-être, diminuent l’intensité des émotions (angoisse,
tristesse, honte, peur…), lèvent les inhibitions et stimulent
l’initiative.
Dans ces contextes, des enquêtés ont pu garder une dignité :
des espaces de respect de soi et une capacité de donner. Ils développent ainsi,
au jour le jour, des pratiques de limitation des dommages, pour eux-mêmes,
leurs proches, leurs pairs ou la société. Ces espaces de protection et de
solidarité sont une ressource importante pour eux.
Pratiques et politiques de réduction des dommages
Les politiques de réduction des dommages sont d’autant plus
efficientes qu’elles protègent l’usager de la précarité en renforçant ses
ressources et celles de son réseau naturel (proches, famille, pairs…), en
facilitant l’accès au matériel stérile et en développant des actions de terrain
adaptées.
Ces dommages sont alimentés par le contrôle de la mafia sur le
marché des drogues et la stigmatisation pénale des usagers. Dans ce contexte,
beaucoup d’usagers déplorent la difficulté qu’ils rencontrent pour protéger
leur vie sociale, leur santé et leur citoyenneté. Nombre d’interviewés pensent
que la question des conséquences de la prohibition doit continuer à faire
l’objet d’un débat au parlement et dans la société civile. Ils soulignent
également trois dimensions que les pratiques et politiques de réduction des
dommages devraient davantage développer.
Soutenir les réseaux
naturels
Les familles, proches, pairs… sont au plus près des personnes
consommatrices. La mobilisation et le traitement des dynamiques familiales
peuvent actionner les leviers relationnels qui incitent l’usager à réguler ses
consommations, protéger sa santé et sa citoyenneté. C’est souvent à cause
d’attachements et de responsabilités particulières envers un parent, un
conjoint, un enfant… que les usagers rencontrés ont développé des pratiques de
protection.
Les récits montrent des familles particulièrement démunies
face aux épisodes de travail sexuel pratiqué par beaucoup de jeunes filles
toxicomanes. Beaucoup vivent des ruptures familiales qui les précipitent plus
avant vers des comportements à risques et les rendent particulièrement
vulnérables. Le travail de médiation, de soutien, de restauration et de
mobilisation des liens avec le réseau naturel, engagé par les professionnels
qui rencontrent ces publics, peut être particulièrement efficient.
Faciliter les pratiques de
protection sanitaire
Outre son efficacité préventive, la promotion de la réduction
des risques est nécessaire pour montrer concrètement aux consommateurs que leur
santé et leur avenir intéressent tant les soignants que la société et renforcer
leur confiance dans le champ institutionnel. Les usagers suggèrent d’imbriquer
trois stratégies d’approches :
-
l’information
sanitaire. Augmenter la compétence des usagers de drogues au sujet
des conséquences de l’échange/réutilisation du matériel de consommation
(seringue, coton filtrant, eau, cuillère…), de l’hépatite C et des effets des
polyusages, notamment sur la grossesse;
-
la promotion du
bien-être. Souligner que la consommation est souvent un passage mais
que « jeunesse se passe » et qu’il faut préserver sa santé et celle de ses
pairs afin de mieux vivre avec ou sans recours aux drogues;
-
la mobilisation
citoyenne. Responsabiliser les usagers, leur demander de faire
passer des messages de prévention à leurs pairs.
S’il importe de diffuser des messages de réduction des
risques, la société civile pourrait prendre davantage de responsabilités et
assurer la faisabilité des pratiques de protection qu’elle prône. Une politique
publique plus adéquate en matière d’accessibilité des seringues stériles et de
récupération des seringues usagées faciliterait les pratiques de protection. La
vente de seringues en pharmacie ne résout pas tous les problèmes d’accès au
matériel d’injection stérile, notamment le soir et le week-end. La
disponibilité des seringues dans les lieux de vie des usagers de drogues et
dans leurs lieux d’injection est manifestement insuffisante sur le site
d’enquête. Les usagers font à ce sujet des propositions concrètes :
- mandater des professionnels qui se rendent dans les lieux
de vie, notamment les lieux de prostitution, pour proposer des seringues
stériles et récupérer cotons filtrants et matériels usagés;
- placer des distributeurs de seringues dans les lieux
fréquentés par les toxicomanes. Mettre à leur disposition dans les toilettes
publiques des poubelles à verrouillage automatique pour la récupération du
matériel d’injection;
- organiser, en collaboration avec les groupes
d’autosupport, des comptoirs d’échange de seringues dans les structures d’aide
afin de créer des espaces relationnels avec les usagers précarisés et leur
proposer une information adaptée.
Pour qu’ils puissent fonctionner, ces différents dispositifs
doivent garantir la sécurité et l’anonymat des utilisateurs. Ils risquent
d’être mis un échec si la détention de seringues reste considérée comme un
indice de preuve d’une infraction à la loi sur les stupéfiants.
Réduire les dommages liés à la
prohibition
L’enquête montre à quel point les trajectoires judiciaires
peuvent être traumatiques et pathogènes. Une politique de réduction des
dommages efficace sur le terrain pourrait agir à différents niveaux.
-
Mieux sensibiliser les
agents de la répression aux politiques de soins/ réinsertion, de réduction des
risques et de promotion de la santé.
- Les formations initiales ou continues des agents de base
pourraient davantage recourir à des formateurs sociosanitaires de terrain. Les
(futurs) policiers ou gendarmes devraient pouvoir débattre avec eux des
processus d’entrées dans les systèmes de vie liés aux drogues, des
multiplicités des usages, des modes de vie, de la réduction des risques, de
l’accès aux soins et des processus de sortie des systèmes de vie liés aux
drogues. Les interviewés interpellent les forces de l’ordre afin qu’ils fassent
preuve de plus de respect envers les usagers et résistent à la tentation de les
utiliser en matière d’investigation de la petite délinquance urbaine. Les «
toxicomanes » de rue sont des personnes dont la visibilité et la vulnérabilité
facilitent le travail policier, cela ne signifie pas pour autant qu’il est
utile d’orienter le travail des polices de base vers la microéconomie de la
drogue aux dépens d’investigations macroéconomiques plus complexes.
-
Promouvoir l’utilisation de
la médiation pénale, des travaux d’intérêt général et des alternatives à la
détention.
- Ces nouveaux dispositifs peuvent permettre aux usagers de
sortir du champ pénal et renforcer leur capital socioculturel (accès à des
activités qualifiantes, à des modalités d’aide concrètes…).
-
Davantage impliquer la
prison dans la réduction des risques et la réinsertion.
- Actuellement, les détenus pris en possession de seringues
encourent des peines de cachots. La circulation des drogues est importante en
prison, des seringues stériles pourraient y être distribuées.
- Nombre d’usagers disent avoir reçu trop peu d’aide au
sujet de leur toxicomanie pendant leur incarcération. En Communauté française
de
- Belgique, il n’existe pas, comme en France, de
dispositifs spécialisés d’aide aux toxicomanes intra-muros. Les détenus peuvent
solliciter une aide auprès de professionnels ou de structures extérieures. Si
l’administration pénitentiaire en facilitait l’accès aux détenus, les services
de formation permanente et les professionnels psycho-médico-sociaux pourraient
accroître leur temps de travail en milieu carcéral. Le dernier mois de la
peine, un système mixte d’hébergement en prison et de démarches structurées de
jour (logement, formations, emploi…) faciliterait la réinsertion. Trop
d’usagers qui n’ont pas pu préparer leur sortie développent des conduites à
risques dans les premières heures où ils quittent la prison.
-
Engager une réflexion au
sujet du casier judiciaire et des amendes pénales.
- Les trajectoires de sortie des toxicomanies montrent à
quel point les parcours de formation et l’insertion professionnelle sont des
facteurs de réinsertion et de régulation pour de nombreux usagers. L’obligation
de payer de lourdes amendes pénales et le casier judiciaire peuvent mettre les
usagers de drogues « au pied du mur » et les confiner dans des pratiques
économiques souterraines.
-
Donner accès à des
dispositifs de distribution contrôlée d’héroïne.
- Selon les interviewés, la prescription contrôlée peut
améliorer les conditions de vie, l’insertion sociale et la santé de nombreux «
toxicomanes » précarisés qui ne sont pas demandeurs d’autres offres de soins.
Ce dispositif permettrait d’engager une meilleure relation et un travail d’aide
adapté avec les personnes distanciées des services. Les usagers de drogues ne
l’envisagent pas sans conditions. La prescription d’héroïne devrait être
accessible dans le respect le plus strict du secret professionnel, de
l’anonymat et de la sécurité de l’usager.
Les processus de sortie des systèmes de vie liés aux
drogues
Les personnes interviewées observent deux types de processus de
sortie : la régulation progressive des pratiques liées aux drogues,
généralement grâce aux traitements de substitution, ou la rupture de contact
avec les mondes des drogues.
Les récits biographiques montrent des processus de sortie
relativement longs, qui mûrissent au sein même des systèmes de vie liés aux
drogues. Leur durée est difficilement évaluable, tant le point de départ et le
point d’arrivée sont difficilement objectivables. Selon les usagers, les
rechutes font d’ailleurs partie des parcours de sortie. Ces processus de sortie
procèdent généralement d’un lent et subtil mouvement de maturation qui
cristallise progressivement nombre de compétences et ressources acquises,
notamment sur les plans relationnels et sociaux. Avec le temps, les personnes
rassemblent « les fragments » de leur propre processus de sortie. Beaucoup
d’usagers cherchent d’abord à se doter de meilleures conditions de vie (aide
sociale, logement, substitution…) puis traitent progressivement les différentes
dimensions de leur addiction. Certaines rencontres thérapeutiques, même très
brèves, sont des traces qui, parfois plusieurs années après, sont exploitées
par l’usager pour enclencher des démarches de soin ou de démarginalisation. Des
usagers s’engagent dans des traitements. Certains diminuent d’eux-mêmes leurs
consommations ou font des sevrages « blocs » (arrêt brutal de la consommation)
en s’appuyant sur les recours affectifs ou familiaux. Généralement, les
personnes vont chercher des « pièces de puzzle » de leur processus de sortie,
d’une structure à l’autre, d’un intervenant à l’autre, auprès de leur réseau
naturel ou dans leur environnement. Personne ne peut leur donner l’ensemble du
puzzle, personne n’a toutes les pièces. C’est un jeu de patience où les
compétences personnelles, les expériences de vie, les démarches d’insertion et
essais thérapeutiques sont interdépendants.
L’acquisition de compétences et de
ressources dans le réseau naturel
Bien que chaque trajectoire de sortie soit particulière, un
certain nombre d’étapes successives ou simultanées apparaissent de façon
récurrente.
« Se reconnaître toxicomane » semble pour beaucoup d’usagers
une prise de conscience longue et conflictuelle. Dans une autre étape, ils
disent progressivement « arriver à saturation » de ce que peuvent offrir la
défonce et les modes de vie adjacents. Généralement, les personnes qui ont pu
protéger leur vie sociale, leur santé et leur citoyenneté disposent de
ressources quand elles arrivent à « saturation ». Leurs trajectoires de
réinsertion sont facilitées. Elles ont la possibilité de s’inscrire
progressivement dans des activités et des relations qui leur permettent de se
construire de nouveaux supports sociaux et un autre regard sur elles-mêmes.
Beaucoup relatent leurs inscriptions progressives dans de nouveaux groupes
d’appartenance (club sportif, groupe en formation, équipe de travail…). Toute
expérience qui favorise l’estime de soi, normalise les relations sociales et
donne du sens construit les processus de sortie. Beaucoup d’interviewés
soulignent l’importance de l’insertion professionnelle.
Avec l’âge, les modes de vie marginaux semblent perdre de
leur intérêt. L’état adulte s’impose peu à peu à la personne usagère de
drogues. Elle se sent prête à construire sa propre
famille comme les autres citoyens de sa classe d’âge. Les relations
affectives peuvent être de puissants leviers ou avoir des effets paralysants.
Selon les histoires de vie, rencontres ou séparations créent les conditions
d’un changement de modes de vie et d’une meilleure estime de soi. La
parentalité et les engagements familiaux entrent alors en compétition avec les
styles de vie liés aux drogues. L’appui du réseau
naturel peut être essentiel. Les proches et les familles sont
souvent le seul réseau relationnel qui subsiste dans les situations de rupture
avec le milieu toxicomane.
Les recours aux
soins
Les interviewés ont fait nombre de tentatives et
apprentissages auprès d’une diversité de structures et de professionnels.
Certains disent s’être sortis seuls de leur toxicomanie mais ils ont de fait
bénéficié de relations avec nombre d’intervenants, même si elles étaient
ponctuelles ou présentées comme peu adéquates. Si l’accès progressif à la
diversité de l’aide offerte par les dispositifs sociosanitaires est souvent une
ressource importante au sein des parcours de sortie de toxicomanie, il
rencontre aussi nombre d’obstacles.
Les obstacles à l’accès aux soins
Les modalités d’inscription des personnes toxicomanes au
sein des dispositifs d’aide sont liées à leur histoire, au moment de leurs
trajectoires, au comportement du corps social à leur égard et aux modes de
travail des structures et des professionnels.
La violence inhérente aux rapports sociaux clandestins, les
trajectoires judiciaires et les vécus traumatiques inauguraux ont tendance à
retrancher certains groupes d’usagers dans des parcours sacrificiels où ils ne
cessent d’être victimes du « système », de rencontrer des agresseurs et de
nouer des liens de rejet
[13]. Parents, éducateurs des milieux d’accueil,
enseignants, représentants pénaux, services d’urgence des hôpitaux… ont souvent
été à leur égard déficients, voire maltraitants. Ces relations ont parfois
précocement inscrit la peur, la méfiance et les scénarios d’échec au sein des
trajectoires de vie. La peur d’être étiqueté et disqualifié comme « toxicomane
» contribue à les éloigner des dispositifs.
Le peu de réponses offertes par les structures et les
professionnels aux situations d’urgence sociale, psychologique ou sanitaire que
vivent les populations très engagées dans les systèmes de vie liés aux drogues
renforce souvent le discrédit et les représentations disqualifiantes qu’elles
en ont. Contrairement à la situation française, en Belgique, les personnes
toxicomanes ne bénéficient pas de la gratuité des soins. Le travail social
traditionnel et le recours aux soins classiques présupposent que l’usager
puisse répondre à une série de conditions : se positionner comme demandeur
d’aide, se fier aux professionnels, prendre un rendez-vous et s’y rendre, avoir
une inscription socioadministrative ou faire les démarches adjacentes, payer
des sommes provisionnelles, exprimer ses difficultés et ses affects… De
nombreuses structures posent des conditions supplémentaires aux usagers de
drogues (procédure d’admission de trois entretiens, quotas, limitation du temps
d’accueil…). Certains disent avoir rencontré, dans leurs contacts avec les
dispositifs de soin ou d’aide, des situations de violence institutionnelle ou
d’exclusion a priori qui les ont renvoyés au milieu de la drogue.
Pour répondre à l’ensemble de ces exigences,
traditionnelles ou adressées spécifiquement aux « toxicomanes », les personnes
doivent avoir pris un certain retrait vis-à-vis des styles de vie liés aux
drogues. Elles doivent du moins vivre dans les temporalités institutionnelles.
Or, pour se distancier du monde la toxicomanie, les personnes les plus
précarisées ont besoin d’accéder à la diversité des ressources du réseau d’aide
et de soins… soigner leur corps et leur dépendance physique; sortir de la rue,
bénéficier d’un logement et de ressources socioéconomiques; traverser le vide
relationnel, la solitude et la dépression qui font suite aux ruptures avec les
modes de vie liés aux drogues; se former, faire reconnaître leurs souffrances
et difficultés personnelles ou familiales… Elles trouvent parfois des
ressources économiques, morales, logistiques ou socio-administratives dans leur
réseau naturel et arrivent à répondre aux conditions d’accès posées mais les
personnes les plus précarisées sont seules. Elles se sentent, de fait, «
refoulées » des dispositifs de protection sociosanitaire et doivent « se
débrouiller » dans leurs propres systèmes de survie. Ce contexte étant posé, il
n’est pas étonnant que nombre d’usagers de drogues précarisés aient des
représentations disqualifiantes des professionnels et des services.
D’autres obstacles à l’accès aux dispositifs sont également
décrits. Des interviewés disent avoir eu le sentiment d’être utilisés dans le
cadre de règlements de compte entre les approches thérapeutiques, les services
et les professionnels. Les discours sanitaires contradictoires et les attitudes
disqualifiantes envers les essais thérapeutiques antérieurs provoquent parfois
de longues périodes de désengagement des trajectoires de soin. Les pratiques de
contrôle social et les « chantages » thérapeutiques peuvent aussi créer les
conditions de pertes de repères, les personnes se défiant alors de l’ensemble
des professionnels qu’ils rencontrent. Des usagers reprochent à certains
dispositifs leur propension à médicaliser les toxicomanies, à limiter l’aide
offerte au sevrage physique ou à la prescription de substitution. D’autres ont
connu des situations de dispersion familiale quand ils ont voulu recourir à
l’aide des professionnels, leurs enfants ont été placés pendant les traitements
résidentiels ou les hospitalisations. Ils mettent en exergue le peu d’aide
offerte aux familles précarisées, notamment sur le plan de l’hébergement social
et du travail thérapeutique résidentiel. Dans la plupart des structures, même
les couples ne peuvent être hébergés ensemble alors même que l’engagement dans
des relations affectives et la parentalité peuvent être des facteurs
particulièrement actifs dans les processus de sortie des toxicomanies.
Les modes de travail facilitateurs
En dépit de ces obstacles, si nombre de personnes
rencontrées ont continué à solliciter professionnels et dispositifs, c’est
parce qu’elles ont progressivement appris à en déceler les codes d’accès et à
en comprendre les logiques. Elles ont aussi trouvé auprès de certaines
structures ou professionnels des attitudes et modes de travail facilitants.
Ainsi, des interviewés ont eu progressivement accès à la diversité des
ressources du dispositif de soin et d’insertion alors même qu’ils connaissaient
des périodes de précarité importante sur les plans social, psycho-logique,
sanitaire et citoyen. Ces trajectoires de recours sont particulièrement
intéressantes, elles montrent qu’il existe au sein même des pratiques et
politiques sociosanitaires des tremplins et des forces capables de capter les
personnes les plus distanciées du champ institutionnel. Notre propos ne
cherchera pas ici à être exhaustif, les recours sont multiples, les traces
thérapeutiques qui ont pu s’inscrire dans les trajectoires et initier des
parcours de soins/réinsertion aussi. Elles sont également liées à la
superposition des expériences de vie et aux ressources des réseaux naturels qui
peuvent être mobilisées. Certains outils thérapeutiques apparaissent pourtant
de façon récurrente dans les trajectoires de soins. Leur force initiatrice et
l’appui qu’ils offrent doivent être soulignés.
Les stratégies de réduction des
dommages auxquelles participent les usagers peuvent permettre de
créer des zones d’échanges entre les dispositifs et les usagers qui en sont les
plus distanciés. La collaboration qui s’établit entre professionnels et usagers
de drogues au sein des programmes de réduction des risques peuvent créer les
conditions d’un changement de représentations, de part et d’autre, qui peut
faire « boule de neige » et réduire la distance entre les ressources du réseau
et les usagers les plus marginalisés.
Les traitements de
substitution à la méthadone ont souvent pu établir des passerelles
entre les interviewés et des professionnels. Quand un cadre thérapeutique a pu
se construire, l’accès à ces traitements les a aidés à sortir progressivement
de l’état d’urgence et des temporalités décalées dans lesquels les systèmes de
vie liés aux drogues les avaient plongés. Ils ont pu construire les bases d’une
nouvelle inscription sociale et, parfois, crédibiliser d’autres démarches
thérapeutiques.
Les
pratiques de
proximité
[14] ont offert aux interviewés des espaces de rencontre
et d’écoute dans leurs lieux de vie. Elles permettent d’aller vers les publics
exposés, distanciés des services et des institutions, et qui vivent dans des
temporalités ou styles de vie particuliers. Nombre d’interviewés disent avoir
noué des relations bénéfiques avec des professionnels grâce à leurs pratiques
de proximité même s’il ne s’agissait pas encore pour eux de sortir des systèmes
de vie liés aux drogues. Ils ont pu parler et être écoutés par des personnes
qui n’appartenaient pas au milieu toxicomane, entrer en contact avec d’autres
logiques, sortir peu à peu de leurs retranchements et crédibiliser l’offre
d’aide et de soins.
L’enquête montre aussi l’intérêt du
travail engagé à partir de l’urgence des usagers de
drogues. Ce sont souvent les situations de crises (médicale,
sociale, psychologique, judiciaire…) qui ont amené les interviewés ou leurs
proches à engager un contact avec un professionnel ou une équipe. Lorsque la
crise a été l’occasion d’une rencontre, elle a permis d’établir un dialogue et
de mobiliser autour d’eux des appuis (dans le réseau naturel et auprès du
réseau de professionnels). Dans de nombreux parcours de soin, on observe qu’à
partir des demandes de crise, lorsque la confiance s’installe, un travail
multidisciplinaire peut lentement se mettre en place. C’est souvent
l’engagement du travail d’un réseau de professionnels (intervenant parfois à
des moments différents des itinéraires) qui peut permettre à la personne de
bénéficier des appuis dont elle a besoin aux différentes étapes de sa
trajectoire de sortie des systèmes de vie liés aux drogues. Leur travail est
interdépendant.
Faciliter l’accès aux ressources
L’enquête montre que pour de nombreux toxicomanes en situation
de grande précarité, qui vivent dans des sociabilités et temporalités «
décalées », l’accès à l’aide sociale et aux soins reste problématique. Il est
donc nécessaire d’adapter autant que possible les pratiques professionnelles
psycho-médico-sociales aux modes de vie des populations précarisées afin
qu’elles puissent progressivement mieux bénéficier de l’aide offerte. Dans
cette optique, des pistes de travail ont été dégagées.
La formation des
professionnels
L’enquête montre l’intérêt d’intégrer dans les cursus de
formations initiales ou continuées des professionnels une approche
ethnosociologique qui leur permette de se représenter, au plus près, la
diversité des itinéraires des personnes (poly) dépendantes, leur monde social
et leurs réalités. Cet éclairage peut faciliter le délicat travail de «
déminage » relationnel que les « premières lignes » doivent souvent réaliser
lorsqu’ils entrent en contact avec des usagers de drogues très engagés dans des
processus de rupture sociale, épuisés par leurs crises, leur manque, leurs
urgences et à bout de résistance nerveuse. Il importe de munir les (futurs)
professionnels d’une compétence au sujet des systèmes de références et styles
de vie des jeunes qui vivent « dans la came » afin qu’ils puissent
métacommuniquer sur les « écarts » de temporalité, les représentations
disqualifiantes et les suspicions réciproques qui opposent souvent les
travailleurs psycho-médico-sociaux et les publics en rupture. Comprendre ce qui
fait sens pour ces publics et les logiques qui les animent facilite le dialogue
avec eux et crée des espaces de négociation.
Le renforcement des connaissances ethnosociologiques des
professionnels au sujet des systèmes de vie liés aux drogues pourrait, à long
terme, permettre à ces populations d’être mieux accueillies dans les services
et faciliter leur inscription dans une diversité de trajectoires de soins et de
réinsertion. Nombre de dispositifs spécialisés ont dû être créés ces dernières
années parce que les usagers de drogues étaient exclus ou peu tolérés dans les
structures généralistes. Des interviewés décrivent les difficultés et les
apprentissages progressifs qu’ils ont dû faire pour engager des relations hors
des socialités liées aux drogues. Les services spécialisés sont une des voies
que certains empruntent pour sortir de la drogue, d’autres ne veulent pas se
retrouver dans des dispositifs « réservés » aux « toxicomanes ». Ils disent
avoir surtout besoin d’entrer en relation avec des personnes qui ont d’autres
parcours. Les centres de formation et d’insertion socioprofessionnelle, par
exemple, sont des réseaux sociaux qui ont soutenu la trajectoire de réinsertion
de nombreux interviewés.
Une connaissance fine des itinéraires des personnes qui
vivent distanciées des institutions, des marques sociales et des douleurs
intimes qui initient et structurent leurs parcours peut permettre de «
desserrer » les boucles rétroactives de rejet mutuel que nouent souvent les
publics précarisés et les professionnels (l’usager se sent rejeté et est
rejetant avec le professionnel, qui le rejette). Mieux comprendre les
différentes facettes de la condition des « tox de rue » permet de se
représenter leurs souffrances physiques, psychologiques et sociales; leur
urgence. Un profil d’usagers est dans des logiques de survie, des attitudes de
type « juge social » les éloignent davantage du champ institutionnel. Plus les
professionnels sont « carrés sur les règles » d’accès aux soins (ne recevoir
que sur rendez-vous), moins ils arrivent à travailler avec les publics aux
prises avec la dépendance et la spirale de la précarité. Les attitudes
stigmatisantes qui conditionnent l’octroi d’une aide à l’abstinence ou à des
démarches d’insertion préalables éloignent ces publics des professionnels et
des services.
Une information uniformisée au sujet des nouvelles
dispositions relatives à l’accès à l’aide sociale et aux soins de santé pour
les populations en situation de désinsertion socioadministrative permettrait à
nombre de personnes aux prises avec la précarité de sortir de la rue et d’être
soignées.
Élaborer le cadre des traitements
de substitution
Les usagers de drogues interpellent le corps médical afin
qu’il protège mieux les patients en évitant les poly-prescriptions et en les
informant des conséquences des polyusages de drogues, de méthadone et les
médications connexes. Lorsque l’usager intègre son traitement de substitution
dans ses usages polytoxicomaniaques, les risques sanitaires sont majorés. C’est
aussi une porte qui se ferme pour lui. Les personnes interviewées suggèrent
qu’une réflexion soit davantage menée à ce sujet dans les formations initiales
et continues des médecins.
L’enquête montre aussi l’impact du travail engagé par
certains médecins prescripteurs de traitements de substitution dans le champ de
l’accès aux soins. Ces traitements peuvent faciliter la réinscription sociale
des personnes en créant les conditions d’un meilleur bien-être (accès aux
formations qualifiantes, à l’insertion professionnelle, à la vie familiale…).
La généralisation des traitements de substitution risque pourtant de renforcer
certains comportements médicaux ambiants qui tendent à médicaliser l’usage de
drogues et ne prennent pas en compte les autres dimensions des conduites
addictives.
Mobiliser les médecins qui traitent des usagers de drogues,
les impliquer dans les lieux de formation/concertation, soutenir leurs
pratiques de réseau et élaborer un cadre législatif qui définisse « les
meilleurs soins » en matière de traitement de substitution sont autant de défis
qui engagent les politiques d’aide et de soins aux personnes (poly)
dépendantes. Des stratégies créatives et adaptées gagneraient à être davantage
engagées dans ce champ.
Améliorer la lisibilité des
dispositifs par la méthode de formation par les pairs (dite) « Boule de neige
»
Dans le Hainaut belge, l’enquête montre qu’un profil
d’usagers de drogues précarisés sur les plans culturel et social est
insuffisamment informé au sujet des nouvelles modalités d’accès aux systèmes de
protection sociosanitaire, notamment les jeunes filles qui pratiquent le
travail sexuel. Ces publics voient la législation sociale comme une « jungle »,
un système inextricable qui les paralyse.
Le modèle belge de prévention par les pairs, dit « Boule de
Neige », est une référence intéressante pour mettre en place une
information/formation du milieu.
[15] Grâce à des supports adaptés, des pairs relais
pourraient diffuser des informations sur les droits et les dispositifs d’aide
et opérer un travail de médiation entre les professionnels et les toxicomanes
les plus marginalisés. Des interviewés proposent de réaliser avec des
professionnels un folder au format de poche présentant les services et les
modes d’accès à l’aide sociale et aux soins de santé, dans le langage utilisé
dans les quartiers, à distribuer dans les lieux de vie des toxicomanes.
D’autres suggèrent d’organiser une campagne d’affichage présentant de manière
concrète les nouvelles dispositions législatives.
Ces modèles d’action participatifs (mis en place par des
professionnels, en collaboration avec des pairs relais, selon la méthode «
Boule de Neige ») auraient trois objectifs :
- mettre en question les rumeurs et le discours ambiant qui
associent les personnes dépendantes à des malades, faibles de caractère et
incurables.
- Les usagers entendent aussi ce discours dans les réseaux
de sociabilité de l’économie informelle : « De toute façon un tox sera toujours
un tox, il retombera toujours, il peut faire des cures tant qu’il veut, il
retombera toujours, alors autant que ce soit moi qui le fasse retomber ». Ce
type de représentations légitime la vente de drogues en déshumanisant les
acheteurs potentiels et décrédibilise les demandes d’aide. Il n’y aurait que
peu de raisons de soigner une maladie incurable;
- différencier, auprès des jeunes précarisés, cette
nébuleuse qu’ils appellent
- « les bourges » et à laquelle ils assimilent « tout ce
qui est de l’autre côté du bureau ». Il s’agit de mieux informer le milieu au
sujet des ressources du réseau et du mandat des structures et
professionnels;
- désintoxiquer les discours sur les professionnels
psycho-médico-sociaux et éducatifs : « Ils se bougent que pour les fils à papa…
Ils cassent le moral…
- C’est pour les cinglés… Ils en ont rien à foutre, ils
vous prennent pour de la merde… Ils sont trop curieux… Les centres on sait
quand on rentre, on ne sait pas quand on sort…».
Renforcer le travail de
proximité
Le travail de proximité, sur les lieux de vie, peut créer les
conditions favorables au recours aux soins et à la réinscription sociale. La
stabilité des équipes et le soutien des actions de proximité sont nécessaires.
L’étude montre l’intérêt des modalités de travail mobiles qui permettent
d’aller vers les populations distanciées du champ institutionnel. À partir du
lien de proximité, de la relation engagée, des ressources et des appuis peuvent
être mobilisés tant dans le réseau naturel que dans le réseau de
professionnels. Ces relations seront autant de traces qui peuvent être
empruntées, en leur temps, dans le cadre des processus de sortie de la
toxicomanie. Beaucoup d’usagers rencontrés soulignent l’intérêt du travail de
rue effectué par de plus en plus de structures et de professionnels. Il permet
d’offrir, au cours des trajectoires et dans la continuité, un dialogue et un
soutien adapté. Il augmente également l’accessibilité des services de première
ligne (hébergement, aide sociale, soins de santé, formations…). L’enquête
montre aussi l’intérêt d’adapter les pratiques de proximité aux temporalités
des usagers de drogues (étendre les plages horaires, ouvrir des permanences le
soir et le week-end).
Entre le monde des professionnels et celui des usagers de
drogues, il y a parfois des abîmes d’incompréhension et de suspicion
réciproques, surtout si leurs trajectoires ont été traversées par des processus
de précarisation qui les ont affaiblis sur le plan culturel, social, économique
et sanitaire et ont alimenté leur méfiance envers la société. Cette enquête de
terrain décrit leurs trajectoires, leurs mondes sociaux et leurs
représentations des pratiques professionnelles qui les concernent. Ces
connaissances peuvent aider les professionnels à engager des espaces de travail
avec les personnes en difficultés avec les drogues, à acquérir une crédibilité
dans leur monde et à adapter les pratiques professionnelles à leurs réalités.
Elles sont également utiles pour évaluer le sens et l’impact des politiques
d’accès à l’aide et aux soins.
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[1]
De nombreux auteurs déconstruisent les concepts « toxicomane »
et « toxicomanie », démontrant qu’ils relèvent d’une catégorie policière, issue
d’une psychiatrie dépassée, et qu’ils ne renvoient à aucune classification
clinique (J.-P. JACQUES, 1999; Dan KAMINSKI, 1995; …). Je partage leurs
analyses. Si j’utilise les termes « tox » ou « toxicomane » dans cet article,
c’est parce qu’ils sont un mode d’identification dans le monde social des
usagers de drogues que j’ai rencontrés. L’ethnographe doit en effet (
suite note 1) rendre compte de l’univers de sens
de ses informateurs, de leurs références et modes d’énonciation. Les énoncés «
toxicomane » ou « toxicomanie » renvoient aux discours tenus, dans les
quartiers où j’ai mené une enquête de terrain, à propos des personnes qui ont
perdu le contrôle de leurs consommations. Ils font référence à la
(poly)dépendance, aux états de manque et à tout un système de vie, de
relations, de dettes et d’activités liées aux drogues qui structurent le
quotidien. Ces termes n’engagent que leurs auteurs et sont cités comme tels,
entourés de guillemets. Les représentations qu’ont les enquêtés des «
toxicomanes » et des « toxicomanies » seront progressivement explicitées dans
cet article.
[2]
Certaines de ces données ont déjà été présentées dans un des
chapitres de l’ouvrage collectif :
Précarisation,
risque et santé, édité par l’INSERM, en 2001, sous la direction de
Michel JOUBERT.
[3]
Cette enquête a été publiée dans un ouvrage préfacé par Michel
JOUBERT : JAMOULLE P.,
Drogues de rue, récits et
styles de vie, Bruxelles – Paris, De Boeck, col. Oxalis,
2000.
[4]
Des éducateurs de rue, un centre de crise, une antenne
médicalisée, des médecins généralistes, une structure hospitalière et un
service d’aide aux justiciables.
[5]
Cette observation n’est pas isolée. Voir à ce sujet le rapport
de recherche de BOUHNIK P., JACOB E., TOUZE S.,
L’amplification des risques chez les usagers de drogues :
Prison-polyconsommation-substitution : les années « cachets »,
Ministère de l’Emploi et de la solidarité, Direction générale de la Santé,
Ministère de la justice et Direction de l’Administration Pénitentiaire, Paris,
1999.
[6]
Voir l’étude « Être en Roche » du Dr Marc JAMOULLE.
[7]
Médicaments pilés, lait en poudre, cacao, craie, … jusqu’à la
strychnine que nombre d’usagers redoutent.
[8]
Ces systèmes de vie s’ancrent sur les pratiques liées aux
drogues, les socialités « décalées » de l’économie souterraine, le jeu
d’inter-connaissance et d’interdépendance qui caractérise les solidarités des
quartiers « marqués » par la dégradation économique et sociale. Ils ont été
remarquablement analysés dans la thèse de doctorat de sociologie de Patricia
BOUHNIK :
Le monde social des usagers de drogues
dures en milieu urbain défavorisé, sous dir. Robert Castel, Paris
VIII, déc. 1994.
[9]
Patricia BOUHNIK, 1994.
[10]
Le terme “humanité” utilisé par les usagers renvoie au concept
“d’empathie” (faculté de ressentir ce qu’un autre être humain ressent) utilisé
par les professionnels.
[11]
Ils l’ont laissée en gage d’un crédit et ne l’ont pas récupérée
par la suite.
[12]
Dans ces travaux auprès des usagers de drogues incarcérés,
l’association RESSCOM fait les mêmes types d’observations. BOUHNIK P., TOUZE
S.,
Héroïne, Sida, Prison – Trajectoires, système
de vie et rapport aux risques des usagers d’héroïne incarcérés,
RESSCOM, 1996.
[13]
AQUATIAS S., JACOB E., 1998.
[14]
Travail de rue, permanence dans des lieux d’accueil sur les
lieux de vie, travail en milieu carcéral, accompagnement mobile dans des
démarches de réinscription sociale ou à domicile, première écoute et
distribution de seringues stériles ou de préservatifs ….
[15]
« Boule de neige » est une méthode de
formation/information/prévention par les pairs qui vise à former des acteurs de
prévention dans les mondes de la drogue, à faire émerger une nouvelle culture
et de nouvelles pratiques de consommation de type «
safe drug, safe sex» par identification aux
usages des pairs. Elle permet de faire passer des messages de prévention HIV et
hépatites dans des milieux auxquels les services sociaux n’ont pas accès.
Chaque opération s’étend sur environ deux mois. Elles sont menées dans les
sites urbains par des professionnels et une dizaine de travailleurs
occasionnels pour la plupart consommateurs effectifs, recrutés dans le milieu.
Une somme forfaitaire leur est allouée pour leur travail. Parallèlement, les
pharmaciens, membres de l’opération, vendent à prix coûtant des pochettes
contenant seringues, désinfectants, préservatif et documents informatifs. Deux
heures par semaine, les « jobistes » sont formés à la prévention Sida et
hépatites : exposés scientifiques sur les affections, vidéos, lectures, débats,
mises en situation, etc. Chacun d’entre eux a pour mission de rencontrer 15
toxicomanes et de remplir avec eux un questionnaire anonyme. Celui-ci comprend
différentes rubriques : âge, sexe, nationalité, mode de vie, modes de
consommations et un volet sur les relations sexuelles. Elles servent de support
à un dialogue qui permet d’informer correctement les personnes sur les
affections dont elles peuvent être atteintes, les modes de transmission, les
pratiques de « safe » injection… Il s’agit de susciter des changements de
culture de consommation par identification aux usages et préoccupations des
pairs. Ils peuvent alors faire « Boule de Neige » dans le milieu des
consommateurs. Ce type de pratique de prévention se base sur la citoyenneté des
usagers de drogues et l’amplification des canaux de communication et ressources
existant dans les mondes de la drogue.