Tensions sociales et usages de drogues
Une étude chez des jeunes incarcérés
Anne Guichard
France LERT
Alain DRU
L’étude, de type qualitatif, s’attache à évaluer la pertinence
d’une action spécifique des usages de substances psychoactives licites et
illicites qui préviendrait l’intensification des usages et de leurs
conséquen~ces chez les jeunes les plus défavorisés. Elle a été menée auprès de
33 jeunes incarcérés. Les usages intensifs tout comme l’activité délinquante se
dessinent sur fond d’exclusion et remplissent des fonctions de régulation des
tensions tant sociales que psychologiques. Les «nouvelles drogues » sont
rejetées et perçues comme l’apanage des catégories plus favorisées. Quant aux
drogues induisant des dépendances sévères, ils se déclarent invulnérables et
tout-puissants dans la façon de gérer cette menace. L’usage nocif qui se
normalise est situé dans le registre de l’autotraitement, et les alcoolisations
extrêmes dans le registre de l’accident. Ils se perçoivent invulnérables et
construisent des protections imaginaires. Les recours médicaux, psycho-logiques
ou éducatifs suscitent une grande méfiance, les dispositifs leur renvoyant une
image stigmatisante d’eux-mêmes. Ainsi c’est toute la stratégie de prise en
charge de l’excès de consommation de substances psychoactives qui fait défaut,
les dispositifs récents ne répondant pas aux problématiques de ces jeunes. Ces
observations sont mises en perspective par rapport aux orientations de la
nouvelle politique publique formulée dans le plan triennal de la MILDT en juin
1999.
Mots-clés :
Jeunes, Psychotropes, Abus, Prise en charge, Exclusion, Psychopathologie, Stratégie active d’adaptation.
A qualitative study was carried out to address the relevance of
a specific approach of psychoactive drugs use to prevent abuse and dependence
among deprived youth. 33 male young men were interwieved in 4 French jails.
Heavy use of cannabis and alcohol as criminal activity take place on a
background of social exclusion. They function as regulations of psychological
distress and social conflicts. Designer drugs are rejected as middle class
substances. Young men have a sense of invulnerability regarding the risk of
becoming dependent on drugs or alcohol. Abuse is felt as a self-controlled
therapy and drunkeness, even alcoholic coma, as an accident. They rise
imaginary barriers against risk related to drug use. Medical and psychological
care as well as social support are distrusted, and considered as stigmatising.
Actually, new-established programmes as well as the whole social services
system do not address the needs of this sub-group. The authors scrutinize the
new drug policy – Triennal programme issued by the MILDT in june 1999 as
possible response to problems relates to drug abuse among this
population.
• Introduction
• Une enquête auprès des jeunes les plus défavorisés : les jeunes
incarcérés
• Des usages intégrés aux modes de vie
• Fixation des usages dans l’excès : une régulation à risque
• Action sociale et intervention éducative
— Les protections imaginaires contre
l’escalade
— L’usage : un silence
partagé
• Quelles perspectives pour les nouvelles orientations ?
• Bibliographie