- L'ayawaska n'est pas un hallucinogène
- L'approche sexologique du couple : une thérapie intégrative des troubles sexuels
- La phobie d'un enfant de trois ans et la haine dans le transfert
Recherches récentes Mes recherches
Ce numéro ou un abonnement.
Papier et électronique
| Psychotropes 2002/1 (Vol. 8) | 32 € |
Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.
| Abonnement annuel 2012 | 85 € |
Versions papier et électronique : les numéros sont expédié par poste
au fur et à mesure de leur parution.
Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.
ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.
Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Psychotropes Cairn.info respecte votre vie privéeL’ayawaska est une décoction employée par de nombreux groupes indiens de l’Amazonie occidentale. On la connaît sous plusieurs noms génériques comme yajé, caapi, natem et bien sûr ayawaska. C’est sous ce dernier nom qu’elle est le plus connue au Pérou et dans les Andes. Ayawaska comme yagé ou
2 Avec le contact de la colonisation sont apparues de nombreuses pratiques métisses de guérisseurs empruntant les usages chamaniques les réinterprétant dans un catholicisme populaire où les Saints et les armées de Satan sont présents tout autant que les Esprits de la forêt. L’ayawaska nommée souvent dans ce cadre la « purge » est l’opérateur clé de la thérapeutique. Ces guérisseurs sont appelés les
3 Puis est né au début du XXe siècle, au Brésil, un culte syncrétique croisant les pratiques d’Ubanda, les messes catholiques et l’ingestion de l’ayawaska. Cette fois l’ayawaska est venue prendre la place laissée en creux dans la communion : celle du Graal, du sang du Christ. Ces églises sont regroupées sous le sigle de Santo Daime, nom de leur mouvement tout comme celui de la boisson.
4 Dans cet article, c’est le terme d’ayawaska que nous utiliserons pour nommer cette boisson quel qu’en soit l’usage décrit. Cette décoction est préparée à partir principalement de la liane banisteriopsis à laquelle on ajoute un second élément végétal. J. Ott, dans son livre
5 Si les Indiens préparent des compositions les plus variées, chez les guérisseurs métis le mélange est pratiquement toujours liane banisteriopsis/ chacruna auquel on ajoute au moment de la réduction[1] [1] La cuisson de l’ayawaska se passe en deux temps. D’abord...
suite, et dans un rapport nettement moindre (de l’ordre du dixième ou du centième), des feuilles d’autres plantes : coca, tabac, chiric sanango, toé, etc.
6 J’étudie les différents usages de l’ayawaska depuis plus de vingt ans parmi les Indiens de groupe
7 Le but de cette démarche est en particulier de comparer les effets, les interprétations des effets, les usages thérapeutiques divinatoires ou religieux de ces dispositifs qui utilisent dans tous les cas la même substance, d’un point de vue phytologique et pharmacologique. Ce qui se retrouve en commun dans ces dispositifs d’intérêt et d’usage si différents a des chances d’être spécifique de l’ayawaska. Cette approche comparative constitue une méthode heuristique de la compréhension des effets de l’ayawaska.
8 Avant d’aborder les aspects comparatifs, voyons donc tout d’abord ce qu’en dit la neuropharmacologie.
9 La liane contenue dans la décoction d’ayawaska et qui lui donne son nom, est connue sur le plan phytochimique et pharmacologique depuis plus d’un siècle. Il s’agit d’une Malpighiacée lianescente.
10 Le premier à s’intéresser à cette liane fut le botaniste Spruce en 1852. Il lui donnera son premier nom scientifique, Banisteria caapi. Elle est connue aujourd’hui sous le nom de Banisteriopsis caapi.
11 Pour préparer la décoction, à cette liane est ajouté un deuxième composant : le plus souvent les feuilles d’un arbuste du genre psychotria. Cette plante est connue au Pérou et au Brésil sous le nom générique de
12 Le premier à avoir isolé un alcaloïde de l’ayawaska fut Fischer en 1923. Il le nommera télépathine. Il ne fera pas de recherches plus approfondies. C’est en 1928 que Elger montrera que l’alcaloïde isolé par Fischer n’est autre que l’harmine, alcaloïde isolé depuis 1847. Un second alcaloïde, l’harmaline, sera découvert par la suite. Puis deux autres alcaloïdes seront découverts provenant encore de la liane : la tetrahydroharmine (THT) et l’harmol (ce dernier n’étant présent que sous forme de traces).
13 La liane Banistériopsis Caapi contient donc quatre alcaloïdes principaux qui sont tous des β-carbolines. Les feuilles de Psychotria viridis, quant à elles, contiennent principalement de la N, N-diméthyltryptamine (DMT).
14 Si l’effet hallucinogène de la DMT est attesté, celui de l’harmine et des autres β-carbolines reste encore très contesté.
15 Pour certains spécialistes en pharmacologie, la fonction principale de ces alcaloïdes serait leur capacité à rendre la DMT assimilable par l’organisme (Shulgin, 1976). En effet, administrée par voie orale, la DMT est détruite par le foie qui produit des monoamino oxydases (MAO). L’effet inhibiteur de la monoamino oxydase (IMAO) de l’harmaline et de l’harmine et des autres βcarbolines permet à la DMT de ne pas être détruite.
16 Les effets psychotropes de l’harmine et l’harmaline restent mal compris. Naranjo (1967) prétend que l’harmaline peut être hallucinogène mais non l’harmine. Der Marderosian (1968) et Shulgin (1976) et quelques autres prétendent que son effet hallucinogène ne provient que de la potentialisation de la DMT. Fericgla (1997) prétend même que le
17 Je n’approfondirai pas plus cette approche pharmacologique. Que dit-elle en résumé ?
18
19 Et que dit-elle du savoir indigène ? Finalement la pharmacologie classique hésite entre deux attitudes par rapport aux savoirs des Indiens ou des guérisseurs métis :
20 Que pensez de tout cela ? Je doute pour ma part que l’usage des IMAO par les Indiens, ou plus précisément l’usage de la liane basteriopsis, ait pour fonction la métabolisation de la DMT contenue dans les feuilles de chacruna. Entendons-nous bien, je ne suis pas en train de dire que les pharmacologues se sont trompés sur le fait que les IMAO permettent de métaboliser la DMT. Je dis que ce n’est pas le but recherché par les Indiens et les guérisseurs métis. La liane a un rôle essentiel que la pharmacologie n’a pas repérée. C’est ce que je vais tenter de montrer dans ce travail, mais pour cela il faut passer de la psycho-pharmacologie ou neuropharmacologie à l’ethnopharmacologie, car c’est dans la compréhension de l’usage traditionnel que l’on peut trouver des éléments de réponse.
Les effets des IMAO, nous l’avons vu, sont fort peu connus sur le plan pharmacologique. J’ai pu observer et constater, pour ma part, et ce dans des milieux fort différents, indien, métis, ou encore européen, que les effets de la liane seule produisent des remontés d’affects puissants voire des états de frayeur parfois objectivés par des sensations de spasmes et d’essoufflement et que ce sont, selon moi, ces états de frayeurs et non les visions qui sont les éléments clés de l’action thérapeutique des guérisseurs ou du travail encore plus complexe des chamanes.
Enfin, si l’ayawaska et ses ß-carbolines sont indispensables pour l’assimilation orale de la chacruna, il n’en est pas de même pour les autres plantes. Ainsi lorsque des chamanes ou des
suite ou le tabac dont les alcaloïdes ne sont pas détruits par la monoamino oxydase ?
Comment penser que la liane, considérée par ses utilisateurs comme l’élément clé du mélange, ne serait pour nos pharmacologues au mieux qu’un tranquillisant, au pire un élément qui évite à la DMT d’être détruite par le foie ? Si les pratiquants de l’ayawaska mettent en avant l’élément non psychodysleptique du mélange, c’est que la compréhension de l’usage de l’ayawaska n’est peut-être pas dans l’hallucination mais dans l’effet purgatif de l’autre plante. La liane fait vomir et provoque des frayeurs qui sont censées faire sens et créer des liens.
On est bien loin alors d’un hallucinogène !
21 Si la neuropharmacologie constitue la partie de la pharmacologie qui s’intéresse aux effets des drogues sur les nerfs, le système nerveux central et si la psychopharmacologie s’intéresse plutôt aux effets psychiques, l’ethnopharmacologie pourrait être, quant à elle, la science qui tient compte du savoir et de l’usage traditionnels concernant ces substances. La prise en compte du rituel et du contexte est fondamentale pour comprendre l’action même des drogues. J’ai bien dit « pourrait » car en fait beaucoup de chercheurs ont une définition beaucoup plus restrictive. Le savoir traditionnel n’est souvent pris en compte que dans la mesure où il peut faire gagner du temps à l’analyse pharmacologique proprement dite. Ainsi, si un médicament traditionnel est préparé en décoction on prendra en compte le fait qu’il est soluble dans l’eau et qu’il résiste à la chaleur. Par contre, s’il est dit dans la tradition qu’il faut aussi souffler du tabac sur les mains et autour du patient, cette pratique ne sera pas retenue puisque pensée aussitôt par notre chercheur comme appartenant aux superstitions locales. C’est donc pour une ethnopharmacologie qui prend le savoir des thérapeutes traditionnels dans sa totalité, même si la compréhension de se savoir lui échappe parfois, que je plaide.
Quels sont les éléments ethnopharmacologiques ou anthropologiques qui permettent d’avoir un regard différent sur l’ayawaska ? Tout d’abord, écouter puis tester ce que disent les praticiens de l’ayawaska sur le fait que la liane est la clé de la décoction. Ce qui m’a permis d’avancer sur le fait que cet usage n’a pas pour fonction principale la métabolisation de la DMT s’appuie sur deux observations :
22 Ce sont ces deux modes de consommation que je vais présenter maintenant.
23
24 Ces deux points, la prise directe de chacruna et la consommation de l’ayawaska seule montrent bien que même si l’aspect IMAO de l’ayawaska est important ce n’est pas cela qui a guidé les Indiens dans ce mélange.
25 La liane est l’élément clé du mélange. Les thérapeutes, qu’ils soient chamanes indiens ou guérisseurs métis le disent clairement : « La liane parle et guérit par la force qu’elle apporte et la feuille montre la cause du mal par les visions qu’elles procurent. »
26 Et lors de sessions des guérisseurs amazoniens métis d’Iquitos ou de la région de San Martin, on peut entendre ce chant ou un autre fort similaire :
27
28 Ainsi dit clairement ce chant, la liane guérit tandis que la chacruna peint les visions.
29 Que cela soit la liane
30 Quel est le constat des pharmacologues ? D’un côté une plante, la chacruna, contenant un alcaloïde, la DMT, qui est analysé comme étant un hallucinogène; de l’autre une liane, le banisteriopsis, contenant des alcaloïdes analysés comme étant tous des IMAO dont les effets psychotropes ne sont pas très bien compris : léger changement de perception, tranquillisant, euphorisant, etc. Ce qui déjà place la DMT et la plante qui la contient dans une position évidemment première.
31 Il règne par ailleurs parmi les pharmacologues un allant de soi que la transe et « l’expansion de la conscience » du chamane sont dues à des substances visionnaires.
32 Or, un hallucinogène est un expanseur de conscience évident pour celui qui ramène la question du chamanisme à cela ! Par contre, on ne voit pas à quoi peut servir toujours dans cette représentation du chamanisme un produit dont les effets ne sont « pas très forts » (sic !) et qui en plus provoque des nausées et des affects extrêmes comme des frayeurs.
33 Lorsque les Huni Kuin terminent leurs sessions d’ayawaska, ils s’expriment couramment en ces termes : « Nous avons eu très peur, c’était très bien !» Ils ne disent jamais qu’ils ont eu de bonnes visions ! Donc, nous en revenons bien au fait que c’est la liane dont les β-carbolines produisent des remontées d’affects qui est bien l’élément clé du mélange pour comprendre l’usage de cette boisson puisque que les premiers praticiens de ce breuvage disent bien que c’est cela qu’ils recherchent.
34 Et l’opération principale n’est pas la vision produite, même si, nous le verrons, elle joue un rôle important, mais la frayeur. Cette frayeur sera selon la culture d’usage de l’ayawaska réinterprétée différemment en fonction de l’utilisation et de la représentation du monde. Les Indiens Huni Kuin l’interpréteront quant à eux comme une stupéfaction face aux esprits du monde autre lorsqu’ils nous font voir ou même apercevoir ce que peut être la connaissance.
35 Les pratiquants du mouvement religieux du Santo Daime interpréteront cette frayeur comme un manque de foi. Certains guérisseurs ayawaskeros interpréteront quant à eux ces frayeurs comme des preuves d’effractions, qu’elles soient des attaques de sorcelleries d’autres ayawaskeros ou plus simplement la conséquence de jalousies ou d’envies de proches ou de voisins. Cette frayeur peut parfois simplement être en relation avec une autre plus ancienne et en réveillant la première révéler du même coup, lors du rituel, ce qui rendait malade la personne.
36 La frayeur est même tellement l’élément clé de compréhension de l’usage de la décoction d’ayawaska que l’on peut tout à fait imaginer une typologie des usages en fonction de l’interprétation et de la gestion de la peur des différents dispositifs. En effet c’est ce qui permet de comprendre comment avec la même substance on interprète différemment les situations. Ce premier point est aisément compréhensible et ce que l’on fait de cette frayeur est fonction de ce que l’on pense qu’elle signifie.
37 En schématisant un peu certes, on peut distinguer trois[4] [4] Je ne considère pas ici le dispositif thérapeutique mis...
suite grands usages de l’ayawaska : celui des chamanes, celui des guérisseurs et celui des mouvements religieux tel que le Santo Daime. Nous allons voir qu’il existe trois interprétations de la frayeur, trois usages mais aussi trois destinations différentes une fois cette frayeur domptée. Dans tous les cas, la posture, bien que différente, est une posture d’extrême vigilance. Il ne s’agit jamais de s’abandonner à la substance mais au contraire de se préparer avec toute son attention et même sa concentration à la rencontre.
38
39 Ainsi si l’interprétation et la destination de la frayeur sont différentes, voire même opposées dans certains cas, elle est, quant à elle, toujours omniprésente. Qu’elle soit directe par la « peur au ventre » que produit la liane banisteriopsis ou indirecte par l’effet de réel que produisent les visions de la feuille de chacruna !
40 Le titre de cet article pouvait au premier abord avoir quelque chose de provocateur. J’espère avoir montré qu’il n’en est rien. En qualifiant l’ayawaska d’hallucinogène, on ne fait pas seulement une erreur d’interprétation des effets provoqués, on passe à côté du fonctionnement même de cette substance dans les dispositifs thérapeutiques. Et ce n’est pas seulement à cause de la connotation négative du terme hallucinogène qui interprète les visions comme des illusions. Ainsi quand Ott lui préfère enthéogène il restitue certes l’ordre du monde mais pas le sens recherché.
41 Le sens se trouve justement là où l’on croyait qu’il existait une confusion sémantique. En effet si la boisson porte le même nom que la liane c’est bien que cette dernière est l’opérateur clé de la compréhension de ce qui se passe dans les prises d’ayawaska. Et l’opération consiste à générer, contrôler et interpréter les affects en général et la frayeur en particulier et ce bien sûr différemment selon les conceptions culturelles en jeu.
Reçu en janvier 2001
CAPISTRANO DE ABREU J., rã-txa hu-ni-ku-î, Sociedad Capistrano de Abreu, Rio de Janeiro, 1941.
CHAUMEIL J.-P., Voir, Savoir, Pouvoir, Georg Editeur, Genève, 2000.
Der MARDEROSIAN A.H., PINKLEY H.V., DOBBINS M.F., Native use and occurence of N, N - dimethytryptamine in the leave of Banisteriopsis Rusbyana. In : American Journal of Pharmacy, 1968, 140.
Der MARDEROSIAN A.H. et al., The use and hallucinatory principles of a psychoactive beverage of the Cashinawa tribe, (Amazon Basin), Drug Dependence, 1970,5,7-14.
DESHAYES P., La manera de cazar de los Huni Kuin, Una domesticacion silvestre. In :
DESHAYES P., Paroles chassées, chamanisme et chefferie chez les indiens Kashinawa. In : Journal de la Société des Américanistes, Paris, 1992,78.
DESHAYES P., KEIFENHEIM B.,
DESHAYES P., Les mots, les images et leurs maladies, Paris, Loris Talmart, 2000,228 p.
FERICGLA J., Al Trasluz de la Ayawaska, Barcelona, Los Libros de La liebre de Marzo, 1997.
FRIEDBERG C., Des banisteriopsis utilisés comme drogue en Amérique du Sud, Journal d’Agriculture Tropicale et de Botanique Appliquée, XII (9-10), 1965.
KENSINGER K.M., Banistériopsis Usage Among the Peruvian Cashinahua. In : Hallucinogens and Shamanism, Oxfotd University Press, 1979.
KENSINGER K.M., The Cachinahua of Eastern Peru, The haffenreffer Museum of Anthropology, Boston, 1975.
KENSINGER K., A body of Knowledge or the body knows, presented at the opening of « the gift of Feathers », Exhibit, 1991.
KENSINGER K., Change and Cashinahua, Expedition, 9 (2), 1967.
KENSINGER K., Cashinahua Medicine and Medicine Man, Native South Americans.
Mc CALLUM C., Cashinahua death, dying and personhood, Working Paper for presentation at 47th Congress of Americanists, New Orleans, 1991.
NARANJO C., Psychotropic Properties Of the Harmala Alcaloïd. In : DH EFRON, et al
OTT J.,Pharmacotheon, Barcelona, Los Libros de La liebre de Marzo, 1996.
SHULGIN A. T., Psychomimétic agents ch.4 in Maxwell Gordon, Psychopharmacological Agents, Academic Pree, IV, 1976.
SHULTES R.E., An Overiew of Hallucinogens in the Western Hemisphere. In : Flesh of Gods : the rituals use of hallucinogens, New York, Praeger, 1972.
SIMON P., COLONNA L., Les psychotropes, PIL, 1979.
VARÉLA F., THOMSON E., ROSCH E.,
WEIL A., Drogas e estados superiores da consciencia, São Paulo Ground, 1992,192 p.
[ 1] La cuisson de l’ayawaska se passe en deux temps. D’abord on fait cuire les lianes et les feuilles pendant une journée. Ensuite on en enlève les végétaux pour concentrer le liquide : cette phase est appelée la réduction ou encore la distillation. 
[ 2] Ainsi Schultes (1972) se demande comment des sociétés qui ne possèdent aucune connaissance en chimie ou en physiologie ont pu trouver le moyen d’activer un alcaloïde via un IMAO ! 
[ 3] Jean-Pierre Chaumeil décrit fort bien cela dans son travail sur le chamanisme Yagua. La description de l’ayawaska est faite à partir de liane banisteriopsis et à partir de feuilles de toé. 
[ 4] Je ne considère pas ici le dispositif thérapeutique mis en place par le Dr Mabbit au centre de Takiwasi. Mêlant à la fois les pratiques traditionnelles des guérisseurs de la région de San Martin avec une pratique médicale occidentale appropriée ainsi qu’un suivi psychothérapeutique. Fruit d’une histoire singulière il ne pourrait guère rentrer dans ce tableau général et nécessite une étude particulière.
L’ayawaska est une décoction psychotrope originaire de l’Amazonie occidentale. Cet article veut montrer que qualifier cette bois~son d’hallucinogène n’est pas seulement réducteur mais occulte le sens profond de son usage: la provocation et la gestion de la frayeur. Les dispositifs qui utilisent l’ayawaska gèrent différemment cette frayeur et c’est en comparant ces différentes gestions que l’on comprend mieux les usages de cette décoction.
The ayawaska is a psychotropic decoction native of Westerner Amazonie. This article wants to show that qualify this drink of hallucinogen be not only reducing but darken the deep sense of its custom: provocation and the management of the dismay. The devices which use the ayawaska administer differently this dismay and while by comparing these various managements the manners of this decoction are understood better.
Patrick Deshayes « L'ayawaska n'est pas un hallucinogène », Psychotropes 1/2002 (Vol. 8), p. 65-78.
URL : www.cairn.info/revue-psychotropes-2002-1-page-65.htm.
DOI : 10.3917/psyt.081.0065.