Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-3901-8
142 pages

p. 29 à 46
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Articles

Vol. 8 2002/2

2002 Psychotropes Articles

Les analyseurs d’un symptôme antisocial

Proposition de traitement psychodynamique du lien causal dans le passage à l’acte violent lié au passage à l’acte toxique  [1]

Daniel Dérivois Psychologue clinicien, Doctorant en Psychologie et Psychopathologie Cliniques, Centre de Recherches en Psychologie et Psychopathologie Cliniques Institut de Psychologie – Université Lyon II.
À partir des modèles causals, des modèles corrélationnels et du modèle conceptuel intégratif (S. Brochu) qui expliquent la relation drogue~crime dans une perspective phénoménologique et systémique, l’auteur propose de faire du passage à l’acte violent sur l’autre lié au passage à l’acte toxique sur soi un seul et même symptôme antisocial. Ce symptôme est décomposé en différents analyseurs (l’agir, l’addictif ou le répétitif, le transgressif, l’agressif, le toxique, le culturel) qui font chacun apparaître un aspect spécifique de la problématique et qui préfigurent les prémisses d’un nouveau modèle psychodynamique complémentaire axé sur le lien originaire. Mots-clés : Consommation, Produit illicite, Étiologie, Criminalité, Modèle, Analyseurs, Adolescent, Symbolique, Symptôme, Passage à l’acte, Troubles de la personnalité. From the causal, correlational and the integrative conceptual models (S. Brochu) that provide phenomenological and systemical explanations of drug-crime relationship, the author suggests to consider violent behaviors linked to drug abuse as one antisocial Symptom. The Symptom can be divided into different aspects (acting out, addictive, transgressive, aggressive, toxic, cultural). These aspects provide the premises for a new complementary psychodynamic model based on primal experiences.
Le passage à l’acte violent lié à la consommation de produits toxiques à l’adolescence est un phénomène complexe. Les modèles causals et corrélationnels qui tentent de l’expliquer ont, malgré leurs apports considérables, montré leurs limites (Brochu, 1995). Cela semble tenir au fait que « l’objet antisocial » est approché à des niveaux différents mais aussi à la difficulté à reconnaître et à nommer les dimensions de cet objet. Nous appellerons ici « objet antisocial », l’antisocialité comme objet d’étude. Cet objet qui couvre tout un champ thématique et épistémologique est donc à distinguer de l’objet toxique (alcool, drogue, médicament…) et de l’objet utilisé dans les actes de violence (couteau, arme à feu, une partie du corps…) qui sont des objets concrets dont les modes d’utilisation liés à d’autres conduites déviantes peuvent exprimer une forme particulière des problématiques antisociales.
Cet article a pour but de susciter une réflexion théorique, méthodologique et clinique sur le lien drogue-crime en général en focalisant essentiellement l’attention sur un aspect particulier : le passage à l’acte violent sur l’autre lié au passage à l’acte toxique sur soi. Les deux pôles drogue et crime couvrent tout un ensemble de conduites diverses. Dans le pôle crime, nous nous intéresserons à l’acte hétéro-agressif (passage à l’acte violent sur l’autre). Bien que le lien entre la drogue et la violence ait surtout été démontré avec l’alcool (Dufour-Gompers, 1992), nous nous intéresserons dans le pôle drogue à toute consommation compulsive et abusive de n’importe quel produit toxique que nous appelons passage à l’acte toxique sur soi. Cela tient au fait que les populations sur lesquelles portent nos recherches consomment plusieurs substances psychoactives (alcool, drogue dure ou douce, médicament…) au point qu’il est difficile d’évaluer la part de chacune d’elles dans le passage à l’acte violent sur l’autre.
En circonscrivant notre objet d’étude de cette manière – un passage à l’acte autocentré et un passage à l’acte hétérocentré –, nous proposerons un mode d’analyse de ces conduites antisociales en vue de la mise en place d’un modèle psychodynamique prenant en compte le fonctionnement psychique.
 
Les modèles de la relation drogue-crime
 
 
Nous rappellerons brièvement, tout en estimant leur portée, les principaux modèles de la relation drogue-crime. Nous nous appuierons, pour ce faire, sur les travaux de P. J. Goldstein (1985) et de ceux de S. Brochu (1995,1997) qui font une présentation critique des modèles proposés par différents chercheurs. Nous essaierons ensuite d’évaluer l’apport spécifique de S. Brochu pour en interroger certains enjeux.
Les modèles causals
Les modèles causals préconisent l’idée d’un lien de cause à effet entre l’utilisation de produits toxiques et le passage à l’acte violent. D’après le modèle psychopharmacologique, l’intoxication par le produit provoque des réactions psychopharmacologiques et conduit le sujet à la violence. Ici, le corps est au centre, il est l’interface entre le toxique et l’agir. Le modèle économicocompulsif met l’accent sur la dépendance physiologique et psychologique qui induit un besoin d’argent pour se procurer le produit. C’est ce besoin d’argent qui mènerait à la criminalité lucrative. Dans le modèle systémique, c’est le fait de se retrouver dans un milieu favorisant l’usage de la drogue qui conduit à la violence. L’individu subit l’influence de l’environnement. Ce modèle, selon S. Brochu, est ambigu en ce qui a trait à la causalité drogue-crime. Nous pensons que le modèle systémique, parce qu’il traite d’une causalité indirecte, mériterait d’être classé dans une catégorie autre que les modèles causals. Le modèle tripartite tente de regrouper ces trois premiers modèles pour donner une vision plus globale de ce lien complexe. Ce n’est qu’un modèle synthétique qui présente ainsi une évolution considérable dans la compréhension du problème.
Selon les modèles causals, notre objet d’étude pourrait se schématiser comme suit :
Passage à l’acte violent sur l’autrePassage à l’acte toxique sur soi
Selon le modèle causal inversé qui n’est pas forcément appliqué dans les actes violents mais dans les délits mineurs, c’est le passage à l’acte violent qui mènerait à la consommation de produits toxiques. Et le schéma deviendrait : En dépit de leur attachement exclusif à la réalité extérieure, ces modèles ont le mérite de décrire et de polariser le phénomène. Ils en pointent les deux grands axes et les font dialoguer directement. En effet, il y a toujours de l’intérêt, dans un premier temps, à baliser un problème, à chercher des repères, voire à trouver une cause, ne serait-ce que pour établir des liens provisoires permettant de penser. Cependant dans ce va-et-vient incessant entre les deux pôles du problème, l’on s’aperçoit au fur et à mesure du caractère indécidable du lien causal, tel qu’il est évoqué ici.
Les modèles corrélationnels
Dans les modèles corrélationnels, il n’y a pas de causalité simple et directe entre la consommation de produits toxiques et l’acte violent. Ces deux pôles seraient d’origines différentes ou seraient liés à un autre facteur. Les tenants du modèle sans cause commune postulent que le passage à l’acte violent et l’usage de produits toxiques sont uniquement liés entre eux par la synchronie de leur apparition à l’adolescence. Les modèles à causes communes sont de deux sortes : le modèle psychopathologique explique la délinquance et la toxicomanie par des traits spécifiques de la personnalité de l’individu tandis que le modèle psychosocial met beaucoup plus l’accent sur des facteurs psychosociaux. On parlera de « syndrome général de déviance » (J. E. Donovan; R. Jessor, 1985).
Selon ce modèle, notre objet d’étude pourrait se schématiser ainsi :
IMGIMGIMGIMF
Quoi qu’il en soit, la portée des modèles corrélationnels est d’aller au-delà d’une causalité linéaire en préconisant des causes externes. L’introduction d’un troisième pôle (adolescence, traits de personnalité ou facteurs psychosociaux) permet un dégagement, une mise à distance par rapport au phénomène, qui éclairent davantage la double problématique. Cependant, même s’ils favorisent ainsi une approche plus approfondie du problème, la question de la causalité n’en demeure pas moins cruciale. Le lien causal vise un troisième terme qui ne fait qu’isoler le problème, et l’énigme reste entière. D’une causalité directe, on ne fait que passer à une causalité indirecte. Nous proposerons plus loin un modèle de traitement de la causalité mais analysons en attendant la proposition de S. Brochu.
Le modèle conceptuel intégratif et le « style de vie déviant »
Après avoir constaté l’ampleur des écarts entre ces modèles, S. Brochu en vient à faire l’hypothèse que « les chercheurs impliqués dans l’étude de la relation drogue-crime n’observent pas tous le même phénomène » et à remarquer que les résultats auxquels ils ont abouti ne présentent qu’un aspect du problème. C’est ainsi qu’il propose ce qu’il appelle un modèle conceptuel intégratif qui tente d’intégrer toutes les autres approches, dans le souci de rendre compte de la complexité de la problématique. Selon ce modèle, la relation drogue-crime s’expliquerait par des facteurs de risques (famille, amis, échec scolaire…) qui, suivant qu’ils seraient faibles, moyens ou sévères, vont favoriser le maintien, la progression ou l’interruption des conduites délinquantes. Il y aurait trois étapes dans la progression, qui vont du stade d’occurrence, caractérisé par « une consommation irrégulière faible », au stade économicocompulsif (installation de la dépendance), en passant par celui de renforcement mutuel, qui est une étape intermédiaire. C’est cet ensemble d’interactions qui vont déterminer chez un sujet donné l’adoption d’un style de vie déviant. « La drogue et le crime s’intègrent dans un style de vie déviant », dira-t-il. Le style de vie déviant « représente un construit qui définit une tendance à adopter des comportements plus ou moins socialement condamnés et à opter pour la non-conformité aux règles de la culture dominante dans le but de parvenir à ses fins, de donner un sens à son existence et de se définir une identité personnelle » (S. Brochu, N. Brunelle, 1997).
Par rapport à notre objet, une représentation schématique de ce modèle serait :
Passage à l’acte toxique et passage à l’acte violent ↔ Style de vie déviant
Contrairement aux autres modèles, en plus de donner une vision plus globale, synthétique et holistique du problème, cette théorisation accorde une place centrale au sujet. Le sujet devient acteur dans son parcours. En interaction continue avec l’environnement (personnes à risques, milieux à risques…), il se construit petit à petit une identité déviante. Le sujet n’est pas seulement victime ou dépendant d’une situation mais il participe activement à ce qui lui arrive.
Nous ferons cependant une remarque. Ce modèle insiste beaucoup sur les notions de « progression », de « trajectoire temporelle » ou de « cheminement » vers un style de vie déviant. Ces termes évoquent d’emblée l’idée d’un déplacement dans le temps qu’on peut interroger autrement. En effet, il nous semble que dans ce parcours, le mécanisme central à l’œuvre est la répétition. Pour que le sujet arrive au point culminant de la déviance, il a dû répéter les mêmes conduites un certain nombre de fois, que le contexte soit différent ou pas. Ce processus de répétition dans le temps invite à se poser un certain nombre de questions : est-ce le fait de répéter qui conduit à la déviance ? Les comportements déviants peuvent-ils s’expliquer uniquement par ce trajet dans le temps ? Est-ce seulement une question d’interactions ? Les facteurs de risques ne peuvent-ils pas être compris comme autant d’occasions qu’exploite le sujet déviant pour actualiser quelque chose qui le travaille du dedans et qui lui échappe en permanence ?
Cela permet d’introduire la question du rapport à l’objet et de l’utilisation de l’objet, qui n’est pas envisagée par S. Brochu. Ses recherches portant sur les drogues illicites, il nous semble que la question de la culpabilité et de la transgression pouvait être centrale. Il ne se préoccupe pas de cet angle de vue mais si le rapport à l’objet était étudié, la notion du temps pourrait être comprise autrement. L’auteur privilégie les manifestations extérieures, comme c’est le cas dans les modèles causals et corrélationnels qui servent de support à son modèle. Ses propositions nous convainquent néanmoins de l’importance d’interroger les enjeux du style de vie déviant dans le but de proposer une approche complémentaire.
 
Vers l’élaboration d’un modèle psychodynamique
 
 
Le modèle intégratif s’inscrit dans une perspective phénoménologique et systémique. L’un de ses apports est de conduire la réflexion vers d’autres horizons. S. Brochu (1995) remarque que « les comportements de l’usager apparaissent comme porteurs d’une signification personnelle plutôt que d’un déterminisme extérieur ». S’ouvre là tout un espace inexploré de la problématique où la prise en compte du fonctionnement psychique peut apporter des éclairages intéressants. Notre démarche se situe dans cette perspective. La signification personnelle n’est pas toujours consciente. Il y aurait une part inconsciente dans ce qui manifestement apparaît comme déviant. Pourquoi dévie-t-on ? De quoi dévie-t-on ? Vers quoi dévie-t-on ? La déviance est-elle une transition ou une position ? Les explications phénoménologiques et systémiques semblent insuffisantes. Il est fort possible, comme le souligne S. Brochu, que les chercheurs n’observent pas tous le même phénomène. Il se peut aussi qu’ils ne construisent pas leur objet de recherche de la même manière. Pour mettre à l’étude la part inconsciente du style de vie déviant, nous procéderons à la déconstruction de cet objet complexe qu’est le lien drogue-crime, notamment en reprenant la question de la causalité.
Le traitement de la causalité
La tendance est grande, qui consiste à confondre causalité et succession. Assez souvent, le décalage temporel entre deux ou plusieurs événements fait qu’on établit entre eux un lien de cause à effet (J.-J. Robrieux, 1993). C’est le fameux paralogisme post hoc, ergo propter hoc (après cela, donc à cause de cela). Or, il n’en est rien. Si les conduites déviantes se présentent de cette manière dans le temps chronologique, elles semblent référer à une toute autre logique (ou à aucune logique) au niveau psychique. Dans une perspective psychodynamique où l’on admet que l’inconscient ignore le temps (S. Freud, 1920), ce qui apparaît décalé dans la réalité externe peut provenir d’un même mouvement pulsionnel dans la réalité interne.
Il nous semble que le passage à l’acte violent lié extérieurement au passage à l’acte toxique relèverait cette dynamique. Ainsi, pour traiter la question de la causalité, proposons-nous de poser un autre regard sur cette double problématique en passant du syndrome – un ensemble de symptômes – à ce que nous appelons un symptôme antisocial. R. Gori (1996) a attiré l’attention sur l’étymologie du mot « symptôme ». Ce terme, précise-t-il, vient de « sumpiptein » qui vient de « sun » qui veut dire « avec », « ensemble » et de « piptein » qui signifie « tomber », « survenir ». Donc, le symptôme, c’est « ce qui survient ensemble ». Nous formulons l’hypothèse que le passage à l’acte violent sur l’autre lié au passage à l’acte toxique sur soi est en lui-même un seul et même symptôme dans la problématique antisociale, par lequel le sujet actualise un même mouvement psychique. Ce symptôme constitue, selon nous, une porte d’entrée très significative et très représentative sur « l’objet antisocial » qui couvre un large ensemble de conduites déviantes (violence, abus de toxiques, vol, mensonge, errance, etc.).
Une fois ces deux thématiques (passage à l’acte toxique sur soi et passage à l’acte violent sur l’autre) réunies dans un même ensemble, ce symptôme antisocial peut se décomposer à son tour en « symptèmes », néologisme que nous proposons pour indiquer la plus petite unité symptomatique. Comme nous allons le voir, ces « symptèmes » sont autant d’analyseurs qui font chacun apparaître un aspect singulier de l’ensemble de la problématique.
Les analyseurs
a) L’agir. Ce premier élément pose le problème de l’acte en lui-même. Dans le passage à l’acte, il privilégie la dimension motrice. L’agir peut être aussi verbal sous forme d’injures et il n’est pas moins moteur, comme nous l’avons proposé (Dérivois, 2000b) à partir des travaux de M. Mathieu
(1977) et de B. Duez (1999). L’injure est très présente dans les passages à l’acte des adolescents que nous rencontrons. L’agir, tel que nous l’entendons ici, couvre aussi bien le fait de consommer un produit toxique (passage à l’acte toxique sur soi) que celui de s’attaquer violemment à l’autre
(passage à l’acte violent sur l’autre): « Je bois de l’eau et beaucoup de café pour remplacer l’alcool depuis que je suis en prison », déclare Hakim, 22 ans. Dans un groupe de parole où la consigne implicite était de suspendre toute agitation motrice au profit d’un travail de représentation, il n’arrête pas de dire : « J’ai envie de taper, j’ai envie de taper » en joignant l’acte à la parole (il frappe fortement sa main droite dans la gauche). Ces exemples montrent que même dans l’espace carcéral, l’agir reste fondamental dans le fonctionnement de Hakim. Il ne peut résister à passer à l’acte de boire et/ou de taper.
Cet élément interroge surtout la capacité du sujet à représenter psychiquement. Il offre l’occasion de se demander si le fait de passer à l’acte traduit un échec à représenter ou s’il peut s’entendre comme étant l’amorce d’une activité représentative ou comme un niveau de symbolisation.
b) L’addictif (ou le répétitif). L’addictif met l’accent sur la compulsion de répétition de l’acte. Beaucoup de pathologies (boulimie, Troubles Obsessionnels Compulsifs…) ont cette caractéristique en commun. S’agit-il pourtant d’une même problématique ? En ce qui concerne notre objet d’étude, il s’agit d’une double addiction à un produit toxique (sur soi) et au passage à l’acte violent (sur l’autre). Il convient ainsi d’interroger la particularité de l’objet d’addiction en lien avec le fait de répéter. Certaines fois c’est l’objet d’addiction qui est déterminant, d’autres fois c’est le processus répétitif qui prédomine quel que soit l’objet. L’exemple de
Hakim le montre bien : celui-ci remplace l’alcool par de l’eau ou du café.
On sent bien qu’au-delà de l’objet d’addiction (l’alcool), ce qu’il met en avant c’est le fait de répéter l’acte de boire.
D’où l’intérêt à s’interroger sur les enjeux des comportements extérieurs : pourquoi répète-t-on ? Qu’est-ce qu’on répète ? Qu’est-ce qui se répète à l’insu du sujet pendant qu’il répète ? Quelle est la place de l’objet utilisé pour répéter ? Autant de questions qui invitent à réfléchir sur la complexité des pathologies addictives afin d’en dégager certains points de convergence et de divergence.
c) Le transgressif. Cet aspect du symptôme introduit la fonction et le rapport à l’interdit et à la Loi. Il met en exergue l’économie du désir de transgresser, la force pulsionnelle à franchir une limite interne ou externe, et invite à interroger ce qui mobilise la transgression ainsi que l’objet de la transgression. La transgression porte-t-elle sur la nature (licite ou illicite) et l’excès de consommation d’un produit toxique ou sur la religion et la famille par exemple ? Hakim : « Je ne bois pas chez moi, mes parents sont musulmans ». Ici, l’objet de la transgression est l’alcool, et la transgression vise les parents, la famille.
Le transgressif peut aussi s’interroger sur l’acte violent : l’acte, est-il commis pour lui-même ou pour donner sens à une culpabilité (S. Freud,
1916) réveillée par le toxique ? D’après S. Freud, certains criminels passent à l’acte violent par sentiment de culpabilité. Quand on sait que la consommation d’alcool est prohibée dans la religion musulmane, on voit ce qu’un tel comportement peut susciter de culpabilité (cf. plus loin « le culturel »).
La prise en compte de cet élément ne peut que favoriser l’étude de la culpabilité, de la honte, du déni et du clivage, à côté de toute la problématique des limites qu’il soulève.
d) L’agressif. L’élément agressif fait apparaître l’aspect destructif de l’acte, le fait de causer un dommage. Il peut se décomposer en auto-agressif et hétéro-agressif. C’est le second aspect qui est pris en compte ici et qui met l’accent sur le fait d’attaquer violemment l’autre. Il permet de s’interroger sur les particularités de l’objet d’agression. L’acte est-il commis sur un objet animé (personne physique), un objet inanimé (voiture, sac, maison, etc.) ou sur les deux types d’objet réunis ? L’acte est-il commis sans objet intermédiaire (contact corps à corps, coup de poing, coup de tête. Simon,
16 ans : « Je lui ai mis une tête et une droite… comme j’ai fait de la boxe, je m’en suis servi ») ou au moyen d’un objet (couteau, arme à feu, bombe lacrymogène. Max, 23 ans : « J’ai mis un coup de couteau à quelqu’un, un père de famille qui voulait nous séparer »; « J’ai gazé tout le monde »)?
En quoi les caractéristiques de l’objet utilisé peuvent-elles renseigner sur le fonctionnement psychique ? On peut pressentir que selon que le sujet utilise tel ou tel moyen, c’est une figure spécifique des problématiques antisociales qui se dessine.
e) Le toxique. La dimension auto-agressive s’observe notamment par le toxique, c’est-à-dire par la violence que le sujet se ferait à lui-même par l’intermédiaire d’un produit toxique. L’auto-agressivité s’observe aussi sous d’autres formes (tentative de suicide…) mais ici, ces autres formes sont étudiées en lien avec le toxique, c’est-à-dire en ce qu’elles précèdent ou succèdent l’acte violent sur l’autre. Cet analyseur permet également de réfléchir sur le type de produit utilisé (alcool, drogues, médicaments) ainsi que sur les modes de consommation (oral, nasal, intraveineux, intramusculaire…). L’intérêt est notamment de se demander en quoi les caractéristiques physiques et chimiques de l’objet toxique et la voie de consommation peuvent renvoyer à des images du corps et des configurations psychiques particulières. Nous sommes en train de constater par exemple que l’objet-alcool peut être utilisé par le sujet soit pour ses propriétés psychopharmacologiques– Hakim : « On prend de l’alcool pour oublier la misère qu’on a dans le crâne » –, soit pour ses connotations socio-culturelles– Michel, 23 ans : « Je suis breton d’origine » (le sujet insinue que c’est normal s’il boit beaucoup) –, ou tout simplement pour ses caractéristiques physicochimiques qu’utiliserait le sujet pour figurer sa psyché ou son corps : « Le whisky… ça rend mou ».
f) «Le culturel». Parmi tous ces éléments du Symptôme, il convient de distinguer le culturel, non pas parce qu’il est en soi un symptôme mais parce que de par son articulation avec le psychique, il peut masquer un symptôme, il peut être porteur d’un symptôme ou rendre symptomatique un fait non pathologique. Cela vaut autant du point de vue du sujet observé que de celui qui observe, et contribue ainsi à l’analyse des enjeux transférocontretransférentiels sur l’objet de recherche et sur la relation clinique. Il permet de relativiser les résultats. Il permet, par exemple, de considérer le rapport du sujet singulier au produit toxique ou à l’acte violent en tenant compte de ses référents culturels de base en articulation avec le contexte socioculturel dans lequel ses actes ont été commis.
Hakim, de culture musulmane, vit en France avec sa famille. Il se « cache pour consommer » et dit : « Je suis musulman, je n’ai pas le droit de boire ». Peut-on comprendre ses consommations de la même manière que celles de Michel qui met en avant ses origines bretonnes ? Les passages à l’acte violents qui suivent leurs consommations relèvent-ils de la même problématique ? Dans le cas de Hakim, l’hypothèse freudienne sur l’acte violent lié au sentiment de culpabilité ne permettrait-elle pas de construire un sens potentiel (Roussillon, 1995) à ses comportements déviants ?
La clinique nous montre qu’assez souvent, les conduites déviantes se présentent comme un emboîtement, un point d’ancrage des transformations psychiques interculturelles. Cela ne va pas sans réinterroger des acquis théoriques antérieurs. La mise au travail du culturel et de l’interculturel dans la problématique de la violence liée au toxique à l’adolescence nous paraît pertinente dans la mesure où cette forme de délinquance semble être un lieu privilégié d’articulation du psychique, du culturel et du social (Dérivois, 2000a).
Les différents analyseurs évoqués ci-dessus pourraient se schématiser comme suit :
IMGIMGIMGIMF
Intérêt de ce découpage
Ce découpage n’est pas à comprendre comme une approche clivée du problème. Il montre au contraire que, par un même mouvement, les adolescents antisociaux agissent, répètent, transgressent, agressent, s’intoxiquent et que tout cela s’articule sur un arrière-fond culturel qu’on gagnerait à intégrer à la problématique. Il apporte ainsi une contribution au traitement du lien causal en opérant un décentrage partant du « syndrome » au « sujet » dans son rapport avec lui-même et avec le monde externe.
Parallèlement, ce point de vue sur l’objet de recherche présente des avantages à trois niveaux : méthodologique, clinique et psychopathologique. Au niveau méthodologique, il permet de mieux cerner et de mieux nommer l’objet épistémique et de dégager les aspects qui nous intéressent. En fait, chacun de ces « symptèmes » peut à lui seul constituer une entrée vers le psychisme du sujet. Le dispositif méthodologique peut se focaliser sur tel ou tel aspect tout en tenant compte des autres ou encore mettre l’emphase sur l’ensemble de la problématique tout en distinguant les variantes, comme nous l’envisageons.
Au niveau clinique, ce découpage permet une meilleure appréhension et une analyse plus fine et plus approfondie de ce qui se joue dans la relation clinique. La relation clinique est un espace où le sujet dépose et met en œuvre son symptôme dans toute son acuité et il faut savoir à ce moment-là quel aspect du symptôme prédomine. Il arrive souvent que la difficulté à repérer et à nommer les dimensions de l’objet de recherche entrave la relation clinique et fasse passer à côté d’éléments importants.
Quant au point de vue psychopathologique, il facilite largement l’établissement d’un diagnostic différentiel en termes de processus. Comme on peut le voir, les différentes dimensions du symptôme s’entrecroisent et, suivant les comportements idiosyncrasiques d’un sujet, tel élément peut être dominant par rapport à tel autre, tel élément peut se jumeler à tel autre (le transgressif et le culturel, par exemple) pour offrir un tableau clinique spécifique qui favorisera alors une prise en charge plus adaptée.
 
Les premisses d’un modèle : hypothèses de travail
 
 
Si l’état actuel de nos travaux permet de dégager des analyseurs pour la compréhension des conduites déviantes, il nous conduit aussi à la construction d’un certain nombre d’hypothèses sur le fonctionnement psychique d’adolescents antisociaux. De « cultures » différentes, ces derniers sont incarcérés pour actes violents commis sous l’emprise de substances psychoactives (alcool, drogues, médicaments). Nous les avons approchés au moyen d’entretiens cliniques et de tests projectifs (Rorschach et TAT en complémentarité – Chabert, 1998). Le choix des techniques projectives est motivé par leur capacité à mobiliser l’imaginaire et par leur pertinence dans l’étude du fonctionnement psychique et des processus de symbolisation. Une première analyse du matériel recueilli permet de mettre au travail une hypothèse générale et deux autres hypothèses que nous évoquerons rapidement.
La mise en acte du lien originaire
Parallèlement à la rupture du lien social qui caractérise les adolescents antisociaux, une constante dans la clinique antisociale semble être la rupture des liens familiaux (Roman,1991,1993). En effet, la plupart des adolescents rencontrés sont de parents divorcés ou séparés, ou bien ils n’ont jamais connu un des parents, généralement le père– Simon (16 ans) au cours d’un entretien : « Je cherche mon père, je ne le trouve pas, c’est pourquoi je fais toutes ces conneries (…) Je voudrais le voir pour lui demander pourquoi il est parti (…) Je pense beaucoup à lui…, j’aimerais savoir comment ça s’est passé avant que je vienne au monde, j’aimerais savoir pourquoi il est parti quand je suis né…». Certaines fois, ils sont préoccupés par l’absence d’un autre membre de la famille (frère, tante…). D’autres fois, les parents sont présents physiquement mais absents psychiquement, c’est-à-dire défaillants dans leurs fonctions parentales, ce qui entrave la constitution de liens identitaires solides.
Une autre constante est ce qu’on peut appeler une rupture culturelle. Beaucoup d’entre eux sont – directement ou par l’intermédiaire des parents – d’origine étrangère et se trouvent confrontés à un contexte socioculturel différent du leur où les valeurs ne sont plus les mêmes. Ce « choc de cultures » (Camilleri, 1989), surtout à l’adolescence, semble mobiliser des ajustements psychiques spécifiques pour faire des liens. Leurs manières de parler de leurs conduites déviantes reflètent leur préoccupation par le tissage de liens au niveau de la famille et de la culture d’origine, par-delà le lien social. Ces différents niveaux de lien nous portent à penser qu’un lien peut en cacher un autre et qu’il y aurait en arrière-fond toute la question du lien originaire, c’est-à-dire la qualité des liens précoces qui préfigurent l’établissement et la constitution des liens familiaux, sociaux et culturels. D’où notre hypothèse générale selon laquelle le double passage à l’acte addictif au toxique sur soi et à l’acte violent sur l’autre s’inscrirait dans un même processus de mise en acte du lien originaire.
Comme elle porte sur le double passage à l’acte, cette hypothèse générale inclut tous les éléments du symptôme mais fait de l’addictif ou du répétitif un radical. Elle rejoint le rapprochement que fait D. Marcelli (1996) entre le lien précoce et le lien d’addiction au produit toxique. Elle s’inspire aussi de l’hypothèse de B. Duez (1996) selon laquelle l’antisocialité à l’adolescence est une pathologie de l’originaire (ou du fantasme originaire). D’après B. Duez, chacun des fantasmes originaires freudiens (scène primitive, castration, séduction) a son négatif en agi sur l’autre. Le sujet agit sur l’autre ce qu’il subit ou croit subir dans le fantasme. Il propose d’appeler ce contre-fantasme «fantagme». L’hypothèse de cet auteur porte exclusivement sur l’agir délinquant dans son articulation avec l’originaire. Nous la schématisons de cette manière :
IMGIMGIMGIMF
Notre apport est de la mettre à l’épreuve d’une clinique particulière de l’antisocialité (lien drogue-crime et plus précisément lien entre le passage à l’acte violent sur l’autre et le passage à l’acte toxique sur soi), la développer un peu plus, notamment en interrogeant la place de l’objet toxique dans le passage à l’acte violent.
Le lien originaire est ce qui permet au sujet de naître (ou re-naître) subjectivement, au nom de lui-même. Nous pensons que c’est ce lien originaire tenté et manqué à chaque fois par l’adolescent antisocial qui serait à la base de la compulsion de répétition. Et l’usage fréquent du toxique par voie nasale, ainsi que la trace dans les protocoles projectifs de signifiants renvoyant à la respiration (nez, narines, air, bouche, museau…) invitent à penser qu’on peut aussi aborder les problématiques addictives à travers le «respir » (Tristani, 1978) qui est la compulsion de répétition par excellence. Il nous semble que l’interrogation du «stade du respir », précédant le stade oral classiquement convoqué dans la compréhension des consommations de produits toxiques, peut déboucher sur des développements heuristiques.
Ainsi, le lien originaire, tel que nous l’entendons ici, tente d’articuler les fantasmes originaires freudiens (commentés par Laplanche et Pontalis, 1985), la théorie de l’originaire de P. Aulagnier (1975), les élaborations théoriques de J.-L. Tristani (1978), avec pour fil conducteur les théories sur les processus de symbolisation sur lesquelles travaille notamment R. Roussillon (1995,2000). Les processus de symbolisation rendent comptent de la capacité d’un sujet à transformer, à mettre en sens un ensemble d’éléments bruts actuels ou passés, venus du dedans ou du dehors de son psychisme. R. Roussillon distingue un niveau de symbolisation primaire (représentation-chose) précédant le niveau de la symbolisation secondaire (représentation-mot). Il nous semble que le lien originaire – dans le passage à l’acte violent lié au passage à l’acte toxique – pourrait témoigner d’une symbolisation originaire qui précèderait la symbolisation primaire et qui s’articulerait avec la représentation-affect. Ce n’est, pour l’instant, qu’une hypothèse théorique.
Du subir au sentir
La deuxième hypothèse propose l’idée que la consommation de produits toxiques serait pour le sujet adolescent un moyen d’autosentir dans le corps et dans l’intrapsychique une violence originaire. Ce serait une reprise autosensuelle d’une expérience traumatique antérieure. Elle met davantage l’accent sur le toxique dans le double sens de l’objet toxique concret et de ce qui est toxique pour le sujet. Ce deuxième sens de « toxique » traduit une violence autocentrée qui peut, selon le cas, évoluer vers d’autres formes de violence. Le sujet utiliserait l’objet toxique concret pour actualiser, pour figurer une violence subie (dans la réalité ou dans le fantasme). B. Duez (1996) propose que l’adolescent antisocial agit ce qu’il subit dans le fantasme. La clinique du lien drogue-crime a tendance à montrer qu’il sent d’abord dans son corps (et peut-être dans son psychisme) ce qu’il croit subir avant d’agir sur l’autre, d’où ce schéma :
IMGIMGIMGIMF
Cette autosensation d’une violence originaire semble se traduire à travers les protocoles projectifs notamment par un défaut de holding (Winnicott, 1975)– Max, 23 ans : « Une femme qui tombe à l’envers, les jambes en l’air » (Planche III du Rorschach) – et par une défaillance du Moi-peau (Anzieu, 1985)– « un sac poubelle, un sac plastique tout déchiré… qui serait dans la mer, déchiré » (Pl. X). Nous nous proposons de mettre en lien la consommation de toxiques avec ce qu’il appelle aussi la « toxicité du Moi-peau », c’est-à-dire des attaques autodestructrices du Moi-peau qui signent, selon nous, des autosensations de violence originaire.
Les défaillances précoces entravent l’activité psychique du sujet qui se trouve dans l’urgence de représenter ou de signifier à sa façon, selon ce qui lui est disponible dans la réalité interne ou dans la réalité externe. Ainsi que le propose D. Marcelli (1996) « une psyché vide d’émotions exige un corps plein de sensations ». Ces sensations seraient entre autres celles d’être « lâché par tout le monde » et celles de ne pas avoir de limites corporelles et psychiques. La difficulté à se donner des limites (le transgressif) dans les conduites déviantes peut aussi se comprendre à partir de ces défaillances.
La violence originaire est à la fois physique et psychique. C’est une violence à sensations qui va susciter chez celui qui la subit ou la construit comme telle, toute une série de réaménagements psychiques et/ou moteurs pour rester en vie.
Du sentir à l’agir
La troisième hypothèse se préoccupe des manifestations de la violence sur la scène sociale. Elle postule que la violence originaire autosentie par l’adolescent antisocial par la prise de toxiques serait ensuite ré-actualisée, relocalisée au dehors sur la scène intersubjective dans un processus de symbolisation. Il y a un mouvement du dedans au dehors, une décentration topique qui se fait à deux niveaux : d’une topique intrapsychique à une topique intersubjective mais aussi d’une « topique » intracorporelle à une « topique » intercorporelle. La violence se transmet de psyché à psyché mais passe par le corps à corps, le corpssensations tenant lieu de mémoire. C’est ce qui laisse penser que le passage à l’acte violent sur l’autre peut être entendu comme une transaction (R. Dufour-Gompers, 1992) autosensuelle mais aussi con-sensuelle. Le sujet passe d’un passage à l’acte toxique auto-centré à un passage à l’acte violent hétérocentré. Autrement dit, il passerait du subir à l’agir par le sentir, comme l’illustre ce schéma :
IMGIMGIMGIMF
Le passage à l’acte violent est forcément polysémique. En effet, il n’est pas que violent. Avant d’être violent, il met en œuvre la motricité de manière particulière. Nous pensons ainsi que l’acte moteur est un moyen de restructurer le Moi du sujet en lui permettant notamment de rétablir ses limites internes. La motricité viendrait au secours d’une psyché carencée en investissement et en limites.
Par-delà l’agir, l’élément agressif est central dans cette hypothèse. La violence originaire, en trouvant une issue à l’extérieur, se transforme en violence actuelle. L’actualité de cette violence permettrait au sujet de s’en dégager et de s’en faire une représentation, notamment à travers la souffrance de l’autre.
Ces hypothèses sont conçues comme étant un vaste chantier théoricoclinique et méthodologique. C’est l’analyse approfondie de notre matériel clinique ainsi que la confrontation avec d’autres travaux à courants théoriques et méthodologiques différents qui devraient statuer sur leur validité.
En attendant nous proposons cette schématisation complète mais provisoire :
IMGIMGIMGIMF
 
Du lien causal au lien originaire ?
 
 
La proposition de passage du lien causal centré sur le syndrome au lien originaire centré sur le sujet invite à penser le passage à l’acte violent sur l’autre lié au passage à l’acte toxique sur soi à partir du fonctionnement psychique du sujet. Le problème n’est pas tant dans l’objet (produit toxique ou personnes ou biens sur lesquels opère l’acte violent) que dans l’utilisation singulière de l’objet et le rapport spécifique à l’objet. Ce ne sont pas les conduites déviantes qui convoquent le sujet au lien originaire mais c’est parce qu’il y a urgence à tisser quelque chose de cet ordre-là que le sujet s’en prend aux passages à l’acte toxique et à l’acte violent pour le symboliser.
Pour symboliser, le sujet utilise aussi bien ses ressources internes que ce qui s’offre à lui dans le monde externe. Autrement dit, il utilise ses objets internes et ses objets externes qui peuvent être des objets concrets. La façon dont il utilise les objets témoigne des niveaux de symbolisation. C’est en ce sens que le rapport toxique à soi et le rapport violent à l’autre gagneraient à être interrogés : comment le sujet symbolise-t-il l’acte toxique et l’acte violent ? Que symbolise-t-il par l’acte toxique et l’acte violent ?
Le choix de l’objet et les modes d’utilisation de l’objet donnent une figure des agencements intrapsychiques et intersubjectifs qui s’opèrent dans l’espace psychique des adolescents confrontés à des ruptures multiples. Le lien originaire est le paradigme du lien familial, du lien social et aussi du lien culturel dans la mesure où la question des origines culturelles peut réveiller des liens très archaïques. Et l’on voit comment la prise en compte des analyseurs proposés peut favoriser l’étude de la complexité de ces liens. Le « style de vie déviant » (S. Brochu, 1995) qui réunit la double problématique du lien drogue-crime apparaît dès lors comme la face externe d’un problème plus profond.
Ainsi, en complémentarité avec le modèle conceptuel intégratif, voit-on se dessiner dans la compréhension de la relation drogue-crime les cheminements vers un modèle psychodynamique du fonctionnement psychique originaire.
Reçu en mai 2001
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  ANZIEU D., Le Moi-peau, Paris, Dunod, 1985,291 p.
·  AULAGNIER P., La violence de l’interprétation. Du pictogramme à l’énoncé, Paris, PUF, 1975,363 p.
·  BROCHU S., BRUNELLE N., Toxicomanie et délinquance. Une question de style de vie ? Psychotropes, 1997,3 (4), 107-125.
·  BROCHU S., Drogue et criminalité. Une relation complexe, Bruxelles, De Boeck Université, 1995,226 p.
·  CAMILLERI C., COHEN-EMERIQUE M., Chocs de cultures : concepts et enjeux pratiques de l’interculturel, Paris, L’Harmattan, 1989,398 p.
·  CHABERT C., Psychanalyse et méthodes projectives, Paris, Dunod, 1998,124 p.
·  DÉRIVOIS D., Regard pluriel sur le lien drogue-crime à l’adolescence, Communication au Vième, Colloque Junior de Psychopathologie, Université d’Aix-en-Provence, 10 et 11 mai 2000a.
·  DÉRIVOIS D., Questions à Bernard Duez sur l’injure comme passage à l’acte langagier, Dialogue, 2000b, 148,105-108.
·  DÉRIVOIS D., Déclinaison de l’originaire. Fluidité et tentative de vertébration du Moi chez l’adolescent antisocial, Mémoire de D.E.A. de Psychologie et Psychopathologie Cliniques, Institut de Psychologie, Université Lumière Lyon II, 1999,74 p. (& annexes).
·  DONOVAN J.-E., JESSOR R., Structure of Problem Behavior in Adolescence and Young Adulthood, Journal of Consulting and Clinical Psychology, 1985,53,890-904.
·  DUEZ B., Un passage à l’acte langagier : l’injure, Dialogue, 1999,145,87-96.
·  DUEZ B., La construction de l’originaire à l’adolescence, Cahiers de Psychologie Clinique, De Boeck Université, 1996,6,71-84.
·  DUFOUR-GOMPERS R., Dictionnaire de la violence et du crime, Toulouse, Erès, 1992,458 p.
·  FREUD S., (1920), Au-delà du principe de plaisir. In : Essais de Psychanalyse, Paris Payot, 1981,41-115.
·  FREUD S., (1916), Les criminels par conscience de culpabilité. In : L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985,169-171.
·  FREUD S., (1914), Remémoration, répétition et perlaboration. In : La technique psychanalytique, traduction française, Paris, PUF, 1997,105-115.
·  GOLDSTEIN P. J., The drugs/violence nexus : a tripartite conceptual framework, Journal of Drug Issues, Fall, 1985,493-506.
·  GORI R., La preuve par la parole. Sur la causalité en psychanalyse, Paris, PUF, 1996,252 p.
·  HOUZEL D., Le monde tourbillonnaire de l’autisme, Lieux de l’enfance, Toulouse, Privat, 1985,3,169-183.
·  LAPLANCHE J., PONTALIS J.-B., Fantasme originaire. Fantasme des origines. Origines du fantasme, Paris, Hachette, 1985,113 p.
·  MARCELLI D., Une psyché vide d’émotions exige un corps plein de sensations. Du lien précoce au lien d’addiction, Cahiers de Psychologie Clinique, De Boeck Université, 1996,6,111-125.
·  MATHIEU M., Dont acte. In : ANZIEU, D. et coll., Psychanalyse et langage. Du corps à la parole, Paris, Dunod, 1977,139-162.
·  MONJAUZE M., La problématique alcoolique, Paris, Dunod, 1991,256 p.
·  ROBRIEUX J.-J., Éléments de Rhétorique et d’Argumentation, Paris, Dunod, 1993,225 p.
·  ROMAN P., L’expression projective de la personnalité délinquante dans le blanc au Rorschach : une approche des organisations narcissiques, Sillages, 1993,13,45-57.
·  ROMAN P., Le détail blanc dans le test de Rorschach et l’expression projective des ruptures précoces du moi. Contribution à une interprétation psychodynamique, Thèse de doctorat en psychologie, Université Lyon II, 1991,529 p. (& annexes).
·  ROUSSILLON R., Agonie, clivage et symbolisation, Paris, PUF, 2000,245 p.
·  ROUSSILLON R., Métapsychologie des processus et la transitionnalité, Revue française de psychanalyse, spécial Congrès, 1995,1351-1519.
·  TRISTANI J.-L., Le stade du respir, Paris, Éditions de Minuit, 1978,157 p.
·  TUSTIN F., Le trou noir de la psyché, Paris, Seuil, 1989,274 p.
·  WINNICOTT D.-W., Jeu et réalité. L’espace potentiel, Paris, Gallimard, 1975,212 p.
 
NOTES
 
[1] L’auteur remercie Pascal Roman (Centre de Recherches en Psychologie et Psychopathologie Cliniques, Université Lyon II) et Serge Brochu (Centre International de Criminologie Comparée, Université de Montréal) pour leurs lectures critiques des premières moutures de ce texte.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
L’auteur remercie Pascal Roman (Centre de Recherches en ...
[suite] Suite de la note...