Boire après l’alcoolisme
Roland Lefebvre
Michel Legrand
Des personnes qui ont été alcoolodépendantes peuvent-elles
retourner de manière stable à une forme de boire «modéré », « contrôlé» ou
«réfléchi » ? Telle est la question soulevée par les auteurs. Leurs recherches
poursuivent un double objectif prioritaire : faire connaître l’existence de
pareils buveurs et contribuer à une compréhension du phénomène, tant des formes
qu’il revêt que des processus biographiques à la suite desquels il a pu
s’installer dans l’histoire d’une personne. S’appuyant ici sur un long récit de
vie, ils recomposent et analysent l’histoire de Richard, où ils reconnaissent
une période de boire excessif sourcé à une dramatique existentielle, une
période d’alcoolodépendance, une période d’abstinence totale d’une vingtaine
d’années, enfin une période de reconsommation de trois ans, sans rechute, liée
à une œuvre de refondation ou refonte existentielle. Le dégagement de l’alcool,
pour qui a été alcoolodépendant, supposerait ainsi, d’abord la rupture avec le
cycle de la dépendance par la voie d’une période nécessaire d’abstinence,
ensuite une transformation personnelle qui puisse tarir les sources
existen~tielles du boire problématique, ce qui rendrait possible alors une
reconsommation modérée et réfléchie d’alcool. Dans la discussion de leurs
résultats, les auteurs insistent sur les particu~larités de la méthode du récit
de vie: visant la construction d’un sens, relevant des sciences herméneutiques,
celle-ci gagne en effet de subjectivation et de remaniement identitaire ce
qu’elle perd en prétention objectivante. Ils terminent par une brève
conclusion, qui envisage les implications thérapeutiques possibles de leur
recherche.
Mots-clés :
Abstinence, Trajectoire, Alcoolique, Récit de vie, Consommation modérée.
This paper deals with the following question : can people who
have been addicted to alcohol go back to drinking in a «moderate »,
«controlled» or « thoughtful » way? The authors’research has two priorities:
revealing the existence of such drinkers and contributing to understanding this
phenomenon in both its forms and the biographic processes through which it has
become part of a person’s life-story. Based on a long life-story report, the
authors reconstruct and analyse the life-story of Richard, in which they
identify a period of too-much drinking originating in an existential drama, a
period of alcohol dependence, a period of total abstinence of about twenty
years, and finally a period of renewed consumption of about three years without
relapse linked with a process of existential refoundation. As far as an
alcohol-dependent person is concerned, disengaging from alcohol first supposes
breaking away from the dependence cycle with a necessary period of abstinence
and then personal transformation with a view to drying out the sources of
problematic drinking, which would then make it possible to drink alcohol again
but in a moderate and thoughtful way. When discussing their results the authors
stress the particularities of the life-story report method, which implies
constructing a meaning and as such depends on the hermeneutic sciences. The
construction loses all objective pretence while gaining much in subjectivity
and identity reshuffling. The paper ends on a short conclusion reviewing the
possible therapeutic implications of the authors’research.
• État de la question
— Maladie(s)
alcoolique(s)
— Reconsommation modérée : fait et
interprétations
• Nos orientations et hypothèses de travail
— Une approche
dramatique-existentielle
— De la liberté du
buveur
• Notre recherche empirique : objectifs et méthodologie
• Richard
— Un résumé de l’histoire de
vie
— Analyse et
interprétation
— Discussion
• Conclusion
• Bibliographie