Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4200-0
126 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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Éditorial

Vol. 9 2003/1

2003 Psychotropes

Boire après l’alcoolisme

François Hervé Président de l’ANIT
Que sait-on aujourd’hui des drogues et des addictions ? Il est commun de constater combien les discours dans ce domaine qui touche aux plaisirs, aux performances et à la liberté de l’Homme, sont emprunts de croyances et d’idéologie. Le discours scientifique n’échappe pas à cette règle, et par ailleurs son instrumentalisation en invalide souvent la portée : le même travail documenté de compilation des travaux internationaux sur le cannabis a pu donner lieu lors de sa parution à des interprétations opposées : selon un quotidien, le cannabis se trouvait dédouané de toute nocivité, selon un autre sa dangerosité était enfin reconnue.
Pourtant seules des données scientifiques validées nous permettent d’avancer dans notre domaine, d’améliorer notre compréhension, la qualité et l’efficacité de nos actions. Elles nous permettent aussi, et ce n’est pas leur moindre intérêt, de faire reculer les obscurantismes.
Mais quelles données ?
La neurobiologie avance, nous dit-on, à pas de géant dans la compréhension des mécanismes en cause dans les modifications des états de conscience et des émotions, dans l’instauration des dépendances. C’est certain, et ce serait une erreur de sous-estimer l’intérêt de ces travaux.
Et pourtant, il est un mystère que cette seule science n’arrive pas à percer : pourquoi certains aiment-ils plus que d’autres transformer chimiquement leur rapport au monde ? Quels ressorts mobiliser pour les aider lorsqu’ils se sont perdus dans l’expérience des drogues, ou dans des comportements qui sans prise de produit n’en miment pas moins la tyrannie des stupéfiants ?
Pour avancer dans une compréhension globale des phénomènes que nous observons, il nous faut donc conjuguer les données issues de la neurobiologie à d’autres, issues des sciences sociales, de la psychologie, de la sociologie, mais aussi de la philosophie et de la politique, qui doivent nous aider à penser le rapport de l’Homme aux substances psychoactives et aux addictions dans la société.
Aussi fascinantes que celles issues de la neurobiologie, mais moins nimbées du mystère du laboratoire, les données issues de ces sciences nous intéressent tous, professionnels ou profanes, car autant que les réponses qu’elles apportent les questions qu’elles soulèvent traversent la société dans son ensemble.
Pourtant, à quelques exceptions près, la recherche reste loin du terrain, associe peu les professionnels, qui ne peuvent dès lors s’en approprier facilement les résultats. Une voie de progrès est pourtant ouverte, si l’on accepte de rapprocher les professionnels de terrain des universités ou instituts de recherche. Chaque fois que cela peut se faire, les travaux qui en découlent apparaissent enrichis de la complémentarité du chercheur et du professionnel : ce dernier a besoin de la méthodologie apportée par le chercheur, qui quant à lui bénéficie des questions et de l’expérience des professionnels, non seulement pour interpréter des résultats mais aussi pour construire la recherche.
Les articles qui suivent témoignent, dans le domaine des sciences humaines, de cette tentative difficile mais indispensable d’articuler la recherche et le terrain, contribuant à construire les savoirs qui, une fois mis en perspective avec d’autres, nous permettent de fonder nos actions sur des bases solides.
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