Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4201-9
110 pages

p. 45 à 64
doi: en cours

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Vol. 9 2003/2

2003 Psychotropes

La toxicomanie. Vers une approche accessible au changement ?

Grégory Lambrette Psychologue – psychothérapeute détaché au Centre Emmanuel, Hëllef fir drogenofhängeg Jugendlech an hir Familjen, Membre de la Cellule d’orientation et de consultance du projet Equal — Luxembourg, 1, rue du Fort Bourbon – 1249 Luxembourg
Inspiré des travaux de Grégory Bateson, le présent article expose une vision constructiviste et interactionnelle de la toxicomanie. Il introduit à une vision du monde s’appuyant sur les prémisses et postulats partagés tant par la systémique que par la cybernétique. Sur base de ces préalables épistémologiques, il explicite les contradictions de certaines positions cliniques comme l’incidence des représentations dans les ac~tions engagées. La position de l’auteur consiste ainsi à présenter la toxi~comanie comme étant la résultante d’un processus adaptatif, et donc interactionnel, dont il faut tenir compte en toute thérapeutique ou en tout processus de changement. Mots-clés : Théorie, Épistémologie, Adaptation, Motivation. Inspired by the work of Gregory Bateson, this article shows a constructivist and interactional vision of what drug addiction is. It introduces a vision of the world relying on the premises and postulates shared as well by systemic and cybernetic. Based on this epistemological preconditions, it explains the contradiction of some clinical positions such as the incidence of representations on committed actions. The position of the author consist in presenting drug addiction as the result of an adaptive process, and so interactional, that we must considerate in all therapeutic or in every change process.
« Que le goust des biens et des maux dépend en bonne partie de l’opinion que nous en avons. » Michel de Montaigne, Essais – LivreI [1].
 
Liminaires
 
 
C’est là une évidence incontestée pour qui se garde de suivre ou de guider, il circule encore aujourd’hui à propos des toxicomanes toutes sortes de vérités apocryphes. Et nul ne peut les ignorer sous peine de les colporter, d’une manière ou d’une autre. C’est qu’il se cache souvent derrière des notions aussi absconses que « la personnalité toxicomaniaque », et de sa légendaire « fourberie », comme face à celles de familles « potentiellement toxiques », une vision pour le moins dichotomique et déterministe du monde et des choses.
Le toxicomane, criminel ou malade ? L’interrogation laisse songeur pour qui n’adhère aux étiquettes et au propos réducteur. C’est qu’il est dans la manière dont l’on pose une question la construction d’une réalité en laquelle on peut aussi enfermer l’autre. Et cela n’est pas sans porter préjudice aux interventions curatives auxquelles prétendent l’essentiel des institutions du champ psycho-médico-social, comme à la représentation que « la société » s’est forgée bon an mal an et par là même des actions en lesquelles elle s’est engagée.
Mais par-delà le bien et le mal, et autant que nous avons pu en juger, il transparait dans la manière dont on aborde la toxicomanie en général, et les personnes toxicomanes en particulier, une certaine logique rendant davantage compréhensible et cohérent certaines de nos attitudes et de nos comportements. Aussi nous souhaitons en ces lignes mettre en exergue la dite logique en nous inspirant, en filigrane, du propos (et par ce biais des postulats épistémologiques) développé tout au long de son œuvre par Grégory Bateson. C’est donc à travers le prisme batesonien que nous considérerons présentement la toxicomanie pour l’aborder sous un angle constructiviste et interactionnel.
Mais en prologue à tout développement, il convient selon nous de poser les jalons épistémologiques sur lesquels notre article s’appuie pour étayer sa vision. Le cadre de notre réflexion, pourrions-nous dire, est ainsi balisé tant par la pensée systémique que par l’application de la cybernétique aux sciences humaines. Nous nous proposons ci-après d’en esquisser succinctement les linéaments sans pour autant nous y appesantir. Car notre ambition en effet n’est point de présenter de manière exhaustive ces deux courants de pensée mais bien plutôt de les insérer en les appliquant à notre lecture des faits. Il nous faut ainsi d’emblée préciser que nous n’expliciterons nullement la portée spécifique des thérapies systémiques dans le champ des toxicomanies. Mais nous nous appliquerons à en dégager les prémisses afin d’en recadrer la visée. Cela étant précisé, brossons un rapide portrait des deux courants susmentionnés sans pour autant nous y attarder.
 
Les prémisses : la systémique et la cybernétique appliquées aux sciences humaines
 
 
Tout système, dans son acceptation la plus large, est un ensemble d’éléments en constante interaction régulé par un mécanisme dynamique dénommé « rétroaction » ou « feedback », c’est-à-dire par une action ou une communication répondant à une autre [2] en fonction d’une finalité déterminée. Les éléments d’un système étant interdépendants, la modification d’une relation entre deux de ses éléments entraîne conséquemment une modification des autres relations et donc de l’ensemble du système à travers son organisation. Aucune partie ou élément du système toutefois ne peut exercer un contrôle unilatéral sur le reste ou sur toute autre partie du système. C’est là une loi invariante et essentielle de la Théorie générale des systèmes dont nous nous servirons plus loin afin de montrer que si le général est à notre portée le particulier ne l’est point comme Bateson aimait à le déclarer.
Ainsi énoncé, le principe d’une régulation des systèmes par feedbacks successifs suggère l’adoption d’une causalité circulaire et non plus linéaire des choses. Aussi la logique explicative peut y être renversée, même si l’effet ne précède jamais la cause [3]. Communs deviennent ainsi dans le cercle commencement et fin comme l’écrivait Héraclite [4]. L’effet ainsi alimente la cause qui nourrit l’effet en retour qui alimente la cause, etc. C’est là une dynamique interactionnelle (une sorte de chaîne sans fin diraient certains) constatée en tout système ouvert dès qu’on l’envisage sous l’angle relationnel [5]. Et toute organisation humaine représente un système ouvert, c’est-à-dire un système qui se livre à des échanges avec son environnement. Par rétroactions ou feedbacks, des informations circulent et régulent l’adaptation de l’un et de l’autre [6]. Ainsi, nous dit Hall, le rapport qui lie l’homme à la dimension culturelle se caractérise par un façonnement réciproque [7] et constitue ce processus de changement naturel et mutuel que Bateson appela « co-évolution ».
Aussi un système présente schématiquement deux modes principaux d’existence et de fonctionnement : le maintien ou le changement. Le premier repose sur des boucles de régulations négatives installant ainsi des interactions caractérisées par la stabilité (appelée également « homéostasie »). Le second repose sur des boucles positives et se caractérise par la croissance ou le déclin [8]. S’il est cependant important de préciser que la norme, sur laquelle repose le système, et qui peut être représentée comme une sorte d’équilibre dynamique, est la résultante de l’émergence du comportement des individus et de leur co-évolution, il ne l’est pas moins de distinguer les valeurs biologiques des valeurs spécifiquement humaines. Les premières concernent en effet le maintien de l’individu et la survivance des espèces, alors que les secondes concernent toujours un univers symbolique [9]. La définition la plus simple d’une valeur étant de la considérer comme un principe idéal auquel les membres d’une même communauté se réfèrent pour fonder leur jugement ou pour diriger leur conduite [10].
La conception cybernétique que nous venons de développer ci-dessus est usuellement qualifiée « de premier niveau » et met en lumière les principes homéostatiques (la morphostase) propres aux systèmes ouverts. La cybernétique « de second niveau » ou « de deuxième ordre » s’est, elle, davantage penchée sur les mécanismes dont usent ces mêmes systèmes pour évoluer et créer de nouvelles structures (la morphogenèse).
Pour le sujet qui nous occupe présentement, nous pouvons ainsi noter avec Wittezaele que lorsqu’un organisme doit s’adapter à son milieu, il doit maintenir son intégrité en compensant les agressions de son environnement par un mécanisme de feedbacks continuels. Il arrive cependant que, dans des circonstances particulièrement difficiles, lorsque l’individu est confronté en permanence à des conditions qui poussent son organisme près de seuils de fonctionnement de certaines de ses variables, ce processus correcteur s’avère insuffisant pour rétablir les conditions optimales de fonctionnement. Pour survivre, il devra alors, dans la mesure du possible, recourir à des changements plus fondamentaux, plus profonds, qui concernent cette fois une constellation de variables et qui nécessitent la modification de la norme de fonctionnement de l’ensemble du système [11]. On trouve ce type de modification structurelle, que Bateson appelle le calibrage de l’organisme, dans le phénomène d’acclimatation mais aussi dans celui d’accoutumance [12].
Tout système doit donc s’adapter aux modifications de l’environnement et évoluer sur cette base sous peine de voir sa structure se désorganiser ou se détruire. Il doit donc s’engager en un « développement adaptatif régulé » comme le déclarerait de Rosnay [13] sous peine de mourir, d’une manière ou d’une autre (c’est là un phénomène connu sous le nom d’entropie en thermodynamique).
L’organisme adopte ainsi un nouvel équilibre nécessitant la présence soit d’une substance spécifique (ou jugée comme telle par la personne [14]) soit d’un contexte environnemental déterminé afin d’assurer son bon fonctionnement, ou à tout le moins un fonctionnement suffisamment satisfaisant (ce qui peut être entendu ici comme réduisant l’état de manque pour les personnes toxicomanes).
Notons que l’observateur, dans le cadre de la cybernétique de second ordre, s’inclut lui-même dans le système observé et doit par-là même abandonner toute prétention d’objectivité. Car l’observateur est influencé par la chose observée et réciproquement. C’est là une conception importante pour tout thérapeute. Le pôle d’intérêt se déplace ainsi vers l’interaction entre les protagonistes, l’épistémologie singularisant chacun, et le contexte de leurs échanges. Les transformations inhérentes à ces interactions (amplifiant l’écart par rapport à la norme pour créer des formes nouvelles) montrent ainsi un système changeant son organisation soit en acquérant plus de souplesse soit devenant plus rigide. Car si des feedbacks positifs peuvent amener le système loin de sa position d’équilibre, celui-ci peut bien entendu éclater, mais il peut aussi passer par une phase « créative », c’est-à-dire acquérir un autre type de stabilité, un nouvel ordre, un nouveau calibrage des variables essentielles permettant alors au système de poursuivre son adaptation [15]. Toute addiction peut ainsi être appréhendée comme susceptible de générer un nouveau type de fonctionnement, et donc d’interactions, pour l’organisme concerné. Et cette forme d’apprentissage [16], comme dirait Bateson, acquis à travers l’adoption d’une nouvelle norme, favorise l’émergence de conduites dont la logique est déterminée principalement par un renforcement positif. Car même si une dépendance peut être perçue par nous sous des traits négatifs, elle répond toujours d’une manière ou d’une autre à un niveau logique supérieur apportant une certaine satisfaction à l’individu impliqué [17], c’est-à-dire à son organisation fonctionnelle.
Une intervention thérapeutique sur cette base ne peut être efficace que si elle correspond à ce que le patient croit être recevable, et répond ainsi à son cadre de référence. L’art de toute thérapie consisterait alors à conduire le patient à construire une situation à l’intérieur de laquelle le changement de ses perceptions et réactions n’est pas seulement souhaitable mais inévitable [18]. Et l’efficacité d’une stratégie thérapeutique dépend en grande partie du cadre suggestif dans lequel elle est présentée au patient; et présentée « correctement » (c’est-à-dire « s’appuyant » sur les valeurs et l’épistémologie de la personne), elle peut mener à une collaboration thérapeutique totale et donc à l’acceptation du changement [19].
L’action thérapeutique consiste à modifier certaines boucles interactionnelles de manière à ce que le patient puisse retrouver un rapport plus satisfaisant avec son environnement [20] et avec lui-même.
Notre lecture des faits s’inspire également et principalement du postulat systémique selon lequel aucun des facteurs intervenants dans la mise en place de la toxicomanie n’est considéré comme ayant en lui-même une valeur causale. Plusieurs facteurs, au contraire, se combinent et interagissent pour déboucher sur une forme de structure, c’est-à-dire un pattern comportemental inséré en un contexte de vie. Toute stratégie d’intervention se devrait donc de cerner, au préalable, quelles sont les régularités des comportements observés empiriquement avant de modifier éventuellement ceux-ci tout en se préoccupant du contexte en lequel ils s’inscrivent (et donc de leur pertinence adaptative). Car c’est du rapport entre un message (ou un comportement) et son contexte qu’émerge la signification [21]. Et par « contexte », nous pouvons entendre tous les événements indiquant à l’organisme à l’intérieur de quel ensemble de possibilités il doit faire un prochain choix [22]. Il constitue l’environnement favorisant la création de sens que la personne accordera au message perçu. Et cette création se fonde sur l’épistémologie de l’individu comme sur la relation englobant le contenu du message. Ainsi si l’émetteur du dit message choisit un type d’informations dans un ensemble de possibilités, le récepteur l’interprétera lui selon son propre système de référence. Le contexte est donc une donne relative et subjective, sinon changeante selon la nature et le contenu des interactions co-construites.
Mais revenons à la loi de l’équifinalité, conjointement partagée par la systémique comme par la cybernétique, selon laquelle aucun facteur « en-soi », c’est-à-dire aucun facteur pris de manière objective et isolée (ce qui constituerait une gageure heuristique [23]), ne saurait expliquer l’émergence de conduites toxicomaniaques dans un environnement déterminé. La dite loi considère qu’un même état final peut être atteint à partir de conditions initiales différentes (qu’elles soient économiques, sociologiques, psychologiques, etc.) ou par des chemins différents. Ce postulat, appliqué dans le champ des relations humaines, dépathologise toute considération attribuant à l’un ou l’autre facteur, événement et/ou individu la cause du « mal », et considère à rebours qu’une même « cause » ou qu’une condition initiale identique peut produire des états finaux différents. Car aucun événement n’a de valeur intrinsèque, car ce n’est que dans l’ensemble des modes de communication, lui-même rapporté au contexte de l’interaction, que la signification peut prendre forme [24].
Si nous introduisons ici de manière prosaïque la théorie des types logiques, nous devons considérer qu’il existe une hiérarchisation entre les éléments et les classes d’éléments. Il réside ainsi une distinction entre les propriétés des éléments et celles de la classe sans laquelle nous induirions nombre de confusion de type logique. Ainsi une famille ne peut être « toxique ». Car parler de « famille toxique » équivaut à attribuer à l’ensemble familial une propriété d’un ou de plusieurs de ses membres.
Aussi la famille ne peut être appréhendée comme étant La Cause de la toxicomanie d’une personne, pas plus qu’elle ne peut être qualifiée de « toxique » lorsque l’un des siens est toxicomane.
Mais abordons à cet endroit un autre point important selon nous. La collusion récurrente entre la pensée systémique et l’implication de la sphère familiale doit être nuancée, ici pensons-nous. Nous considérons en effet la personne, et non sa famille, comme l’unité d’intervention prioritaire. Car en fait, et à l’instar de Sardan, nous pouvons considérer l’analyse systémique soit comme un paradigme, soit comme une métaphore. Et en tant que paradigme, l’analyse systémique offre deux versions : une première, maximaliste, où la réalité est un système; une seconde, minimaliste, où tout se passe comme si la réalité était un système [25]. L’approche systémique est donc plus une question de vision du monde et des problèmes qui lui sont attachés que du nombre de personnes que vous rencontrez pour mener à bien la thérapie [26]. La seule pertinence à envisager est la portée écologique et éthique de vos interventions et des changements générés par elles pour le patient concerné. Une thérapie systémique n’est donc pas de facto familiale.
Il peut toutefois être intéressant d’impliquer l’entourage si celui-ci manifeste une souffrance et un désir de changement en regard de la toxicomanie de l’un de ses membres. Car nous considérons alors que ce même entourage fait davantage partie de la solution que du problème. Nous pensons en effet que la sphère familiale peut favoriser la construction de contextes propices aux changements souhaités et soutenir ceux-ci. Elle peut s’avérer une ressource supplémentaire favorisant par exemple la réinsertion sociale de la personne ou une certaine stabilité dans l’abstinence comme dans la gestion de son addiction. Nous pensons ici entre autres aux traitements de substitution.
Outre cela, si nous partageons la présupposition propre à l’École de Palo Alto que l’on connaît un problème par sa solution [27], force nous est de constater que la désintoxication (ou plus simplement un travail consistant à cerner les problèmes dont souffrent la personne) confirme souvent bien davantage de problèmes qu’elle n’en résout. La finalité thérapeutique doit alors viser de nouveaux objectifs, négociés avec la personne, et réorienter sa dynamique de changements à partir des difficultés mises alors en lumière ou confirmées dans la sobriété. Et là comme ailleurs l’objectif visé est alors de modifier l’interaction que le client a avec son environnement. Car notre but principal n’est point me semble-t-il d’éclairer le client sur la genèse de son problème mais davantage de porter son attention sur les possibilités d’abandonner la relation qu’il entretient avec ce dernier et qu’il maintient en son milieu. Pour ce faire, nous pouvons interroger les visées de l’addiction, car lorsque la cause d’un comportement paraît obscure (et la toxicomanie dans sa forme morbide peut l’être), questionner sa finalité peut nous fournir une réponse valable [28]. Ainsi émergent alors parfois des problèmes relationnels avec un pair, des phobies, des troubles alimentaires ou d’identité qui, s’ils ne sont abordés et résolus, risquent de favoriser une rechute ou un nouvel accès de consommation. Toute politique de substitution ne doit être ainsi évaluée qu’à l’aune de la réduction des risques qu’elle permet. Si elle favorise une meilleure gestion, qualitative et/ou quantitative, de la consommation pour la personne toxicomane, sa portée est essentiellement sociale et porte sur un souci socio-sanitaire partagé avec la société au sens large. Et si celle-ci rêve, à travers ses programmes de substitution, de construire une réalité où l’addiction n’a plus sa place, il convient de constater que certains suivront probablement ces dits programmes à vie. Dire cela force à l’humilité nous semble-t-il et par là même à reconnaître que le problème des uns n’est pas celui des autres. Le générique est à notre portée, pas le spécifique; et qu’il parfois bon d’adopter des objectifs minimalistes plutôt que de se désespérer d’atteindre un jour un but utopiste.
 
Évolution, adaptation et communication
 
 
Cela étant précisé, il apparaît évident que c’est la relation entre éléments et non pas la nature de ceux-ci qui intéresse le modèle cybernétique [29]. Et cette perspective fut appliquée par Bateson dans le champ de la communication et ses applications dans le monde vivant.
C’est en effet à ce dernier que revient le mérite d’avoir été parmi les premiers à introduire l’explication de type cybernétique au champ des sciences humaines, et plus particulièrement à l’étude de la communication. Ainsi, con-sidéra-t-il, si l’explication de type causal est, en général, positive (nous disons, par exemple, que la boule de billard B s’est déplacée dans telle ou telle direction, parce que la boule de billard A l’a heurtée sous tel ou tel angle), l’explication de type cybernétique est toujours négative. C’est-à-dire qu’elle examine d’abord quels sont les événements qui auraient eu le plus de chances de se produire, pour nous demander ensuite pourquoi un grand nombre d’entre eux ne s’est pas réalisé; montrant ainsi que l’événement particulier étudié était l’un des rares à pouvoir se produire effectivement [30]. Ainsi si la cybernétique s’occupe du général, et non du particulier, c’est pour se poser avec plus d’acuité la question de savoir pourquoi les réalités se réduisent à une si petite portion des possibilités totales [31].
Cela étant précisé, Bateson étudia sur base des postulats précités la communication animale et humaine, c’est-à-dire des systèmes qui sont liés par l’information [32] et évoluent au gré de leur interaction avec l’environnement (à travers un changement naturel et mutuel qu’il dénomme pour rappel « coévolution »). La diversité potentielle des conduites individuelles est alors perçue comme se restreignant par les apprentissages relationnels, par les conduites imposées par le jeu des interactions au sein des systèmes dont l’individu fait partie [33]. Le cours des événements est ainsi soumis à des restrictions, à des contraintes réduisant la gamme des possibles. La marge de « liberté interactionnelle » se fait plus étroite et réduit le panel de conduites et de comportements envisageables au fur et à mesure de la structuration des relations (formant ainsi ces redondances, ces habitudes sans lesquelles aucune vie n’est par ailleurs possible) tout en s’adaptant aux éléments extérieurs, c’est-à-dire à l’environnement.
Mais cette « évolution » des conduites se réifie et se rigidifie toutefois avec davantage d’acuité chez les personnes toxicomanes dont l’essentiel des activités, au cours de leurs parcours, s’articule autour de la seule quête et de l’absorption de produits réduisant la souffrance du manque.
Une longue période de consommation concourt ainsi à l’installation de comportements stéréotypés, diminue les capacités de l’individu à faire face à des situations nouvelles et restreint son champ d’actions et/ou d’activités. Et cet « apprentissage » (au sens où toute adaptation correspond à une acquisition de savoir [34]) est manifestement le produit d’une interaction, et corrobore l’hypothèse selon laquelle les problèmes humains semblent être engendrés, maintenus et changés par des processus systémiques [35] et donc par une dynamique interactionnelle. Sur cette base et à l’instar de Loonis, nous pouvons ainsi considérer qu’une addiction se développe à partir d’une boucle de feedback positif (c’est-à-dire, et pour rappel, s’écartant du mode de fonctionnement habituel de l’organisme, de son état d’équilibre dynamique pour reprendre une conception plus proche de celle de Bateson) impliquant une série d’erreurs cognitives qui conduisent un besoin acquis pour des états émotionnels [36], et donne naissance à une nouvelle « norme » d’équilibre conditionnée par la prise régulière du ou des produits psychotropes (et donc de fait procédant d’un jeu interactionnel).
Il est à cet endroit intéressant de remarquer avec Lorenz que lorsqu’un dispositif adaptatif s’inverse, la loi d’irréversibilité découverte par le paléontologue Dollo intervient, ce qui signifie que le retour à l’adaptation initiale ne peut en aucun cas se faire par les voies qu’a suivies l’adaptation une première fois [37].
Un sevrage seul, si l’on tient compte de ce principe évolutif, ne saurait ainsi suffire à recouvrir les conditions originelles (et notamment psychologiques) caractérisant l’individu avant sa toxicomanie, c’est-à-dire avant l’émergence d’une nouvelle dépendance et par là même d’une nouvelle norme fonctionnelle. Ce constat a amené Bateson à postuler que s’acharner à combattre une dépendance de façon mécaniste est inutile, car l’on ne fait alors qu’accentuer la division entre l’esprit et le corps et tenter de créer un conflit entre eux [38], car l’un n’est rien sans l’autre. Mais ne nous attardons pas sur cette vision moniste qui nous entraînerait vers des rivages bien trop éloignés par rapport au sujet qui présentement nous occupe.
Appuyant sa réflexion sur la métaphore informationnelle et non plus sur l’autel de l’énergie [39] chère à nombre d’écoles de psychologie, et fort des prémisses explicitées ci-dessus, Bateson appréhenda ainsi tous symptômes non plus sous l’angle d’une pathologie d’ordre individuel (ou intra-individuel) mais bien plutôt comme un trouble relationnel, une adaptation particulière à un contexte déterminé. Toute notion « psychopathologique » mue alors pour prendre de nouveaux contours et se définir en termes de perturbations de la communication [40], c’est-à-dire de perturbations internes et/ou externes à l’organisme et à l’individu au niveau des échanges d’informations. Dit encore autrement, il s’agirait là d’une altération des conduites par lesquelles les personnes s’influencent l’une l’autre, ou par lesquelles elles s’influencent elles-mêmes. Cette position est à l’opposé, nous le sentons confusément, de la conception structuraliste classique (représentée par la mouvance nosographique) suggérant la formalisation d’une norme dont on oublie trop souvent de préciser qu’elle procède d’une construction sociale dont les formes varient selon les lieux et les temps, et parfois même des intérêts du moment [41]. Et la toxicomanie ne fait pas exception à cette règle.
Tenir ainsi pour malade, ou même criminel, celui qui s’adonne à la consommation de produits illicites, et ce quels qu’ils soient, c’est faire un raccourci épistémologique pour le moins étonnant. C’est qu’il est surprenant en effet de constater que certains imposent encore à leur monde la prémisse que « juste » ou « faux », « bon » ou « mauvais » sont des attributs attachés aux éléments qui le composent plutôt qu’aux relations existantes entre ces éléments [42].
Chaque individu s’adapte selon nous à sa manière à son environnement à travers la pathologie, la déviance, le conformisme social, et bien d’autres formes encore. La question est alors de savoir quel processus social, et non pas quelles réponses individuelles, « produit » de la toxicomanie. C’est qu’il est bien différent de traiter le cancer que de soigner un cancéreux si l’on peut user à cet endroit, et pour des raisons didactiques, d’une métaphore empruntée à un autre champ. En effet, le premier cas de figure exige recherche et expérimentation quand le second consiste à atténuer la souffrance d’une personne. Les procédures mises en place sont distinctes et procèdent d’une visée qui ne l’est pas moins.
Gardons-nous donc de fournir une réponse individuelle à un phénomène social. C’est-à-dire d’expliquer par un quelconque trouble psychologique, et donc intra-individuel, l’apparition de conduites addictives comme beaucoup trop l’ont fait. C’est là une confusion logique pour le moins dangereuse et réductrice dont le corollaire consiste à confondre les éléments de la classe (les personnes toxicomanes) avec la classe elle-même (la toxicomanie), et par là même les mesures à y appliquer. Nous l’avons vu, c’est bien plutôt l’agencement de plusieurs facteurs qui favorisent l’émergence de certaines conduites que l’existence d’un élément isolable et isolé.
Chaque individu, disions-nous plus haut, s’adapte à sa manière à son environnement. Il est donc utopique d’attendre de chacun qu’il aspire à vivre selon les principes de la classe dominante et que le recours à des comportements marginaux n’est qu’une erreur passagère que tout le monde, au fin fond de lui-même, souhaite corriger [43]. Et pourtant, nos sociétés ne cessent benoîtement de fonctionner sur ces vieux réflexes pour s’en tenir encore à ce « Triangle d’or » formalisé par Ehrenberg et dont les piliers sont l’abstinence, l’éradication et le traitement [44].
Or pour qu’il y ait changement, il faut, pour reprendre Bateson, que le « nouveau » satisfasse à une double exigence : l’exigence de cohérence interne à l’organisme, à la personne, et l’exigence externe du milieu [45]. Croire ainsi que « modifier » la personne suffit (si tant est que l’on adhère à cette conception réductrice du changement), c’est là oublier le contexte global en lequel ses conduites se sont inscrites (et donc leurs logiques adaptatives), d’où l’oubli récurrent de créer et de construire un environnement favorable à d’autres types de comportements. Il est d’ailleurs intéressant de souligner avec Stengers et Ralet que l’efficacité des méthodes mises en place aux Pays-Bas a été accrue à partir du moment où la personne toxicomane a été considérée comme étant un citoyen comme les autres [46]. Au regard de l’éthique démocratique, il s’agissait simplement de poser que les toxicomanes ne sont pas exclus, de par leur « état », du statut de membre de la société et à rabaisser à celui d’enfant à protéger [47], mais sont capables de penser et d’influer sur la politique d’aide et de soutien qui leur est logiquement destinée. Car face à toutes thérapeutiques ou politiques imposées, l’individu garde toujours une possibilité de « battre le système [48] » pour reprendre l’expression de Crozier. Car si le générique est à notre portée, le particulier ne l’est pas (autrement dit, une partie du système ne peut contrôler le tout). Mieux vaut donc consulter et impliquer les personnes concernées en toutes actions les touchant d’une manière ou d’une autre. C’est là un principe éthique évident pour toute démarche se prévalant d’une ébauche adaptée aux besoins des différents protagonistes engagés.
 
Représentations et co-constructions d’une réalité
 
 
La représentation qu’exsudent ainsi les professionnels à travers leurs pratiques (au sujet des toxicomanes comme de toute autre problématique d’ailleurs) est déjà un préalable important à la dite co-construction d’un contexte favorable. Car la manière dont les acteurs forgent leurs connaissances contribue à construire les réalités sociales sur base desquelles ils fondent également leur action [49]. C’est là un phénomène, décrit avec précision par Watzlawick, et proche des prédications se vérifiant elles-mêmes. Et nous pouvons constater que le déficit de confiance des usagers à l’égard des dispositifs institutionnels et de leurs représentants ne cesse de s’accroître tout en s’appuyant sur des représentations sociales négatives des drogues véhiculées et relayées encore et toujours par le corps social lui-même. Cet état de fait laisse entrevoir la nécessité de déconstruire ces représentations, et ce notamment dans le cadre des sessions de formation ou d’information des adultes et du grand public [50].
Il est intéressant à cet endroit de remarquer pour étayer cette vision des choses que certains sujets peuvent devenir dépendants d’un placebo [51], comme on le devient des opiacés, et éprouver lors de leur suppression des malaises évoquant un syndrome de sevrage [52]. Mais toutefois, la sensibilité aux placebos ne correspond pas à un type particulier de personnalité et un même individu peut réagir différemment suivant les circonstances. Il apparaît ainsi clairement que l’effet placebo (et donc que toute intervention) dépend essentiellement de la qualité de la relation entre celui qui l’administre et la personne impliquée. Le soulagement que procure un remède est donc fonction du talent que possède l’intervenant à établir une communication, du réconfort qu’il apporte et de sa capacité à persuader de la valeur de sa prescription [53] (et/ou de ses interventions). L’efficacité des placebos, nous dit Bateson, prouve que la vie humaine, la guérison et la souffrance humaine appartiennent au monde du processus mental, monde où les différences, les idées, les informations, les absences même peuvent être des causes [54].
Il est en effet évident que la foi, l’opinion, la croyance de tout intervenant au sujet de son client influe sur le pronostic d’évolution de ce dernier [55]. Cette influence a déjà été mise en exergue de façon récurrente au travers de nombreuses études et travaux, et plus particulièrement ceux de Rosenthal [56]. C’est que les gens font plus souvent ce que l’on attend d’eux que le contraire [57]. Les événements ainsi, pour reprendre le propos de Bertallanffy, semblent impliquer plus que de simples décisions ou actions individuelles; ils sont déterminés par des systèmes socioculturels, qu’on appelle préjugés, idéologies, groupes de pressions, tendances, sociales, croissance… [58] procédant des convictions collectives et/ou individuelles s’autovalidant par ce qu’elles produisent [59]. Car l’homme vit en fonction de propositions dont la validité dépend de sa croyance en ces propositions [60]. Le cercle réflexif se referme, et si les faits ne correspondent pas à la théorie alors tant pis pour les faits comme l’écrivit Hegel.
Bon nombre de personnes partagent cependant encore cette prémisse épistémologique selon laquelle toute théorie procède des faits. Et ce alors qu’il est évident que nous projetons dans la nature nos propres abstractions, les plus récentes et les plus élevées, fermant ainsi la boucle de la circularité inhérente à la connaissance humaine sans laquelle notre compréhension de la nature est impossible [61]. La plupart de nos interprétations spécifiques des faits, ajouterait Popper, sont donc circulaires, au sens où elles doivent s’accorder avec l’interprétation utilisée lors de la sélection initiale des faits [62].
Reste toxicomane, celui qui l’est encore à nos yeux. C’est là un truisme qu’il est parfois bon de rappeler.
Il est cependant autre chose que d’adopter la vision du monde du client [63]. Car ce dernier a quelque fois tout intérêt à comprendre sa conduite en terme de maladie et de perte de contrôle afin d’échapper tant à la désapprobation sociale qu’à la dissonance cognitive qu’induit l’adoption d’un comportement autodestructeur [64]. C’est qu’à l’instar de Nietzsche, nous pourrions considérer que ramener quelque chose d’inconnu à quelque chose de connu allège, tranquillise et satisfait l’esprit… Une explication quelconque est préférable à un manque d’explication [65].
 
Prémisses et logiques sociales des prises en charge
 
 
Mais si les prémisses sur lesquelles la société s’appuie déterminent et légitiment ses actions, elles expliquent par ailleurs grandement une vision isomorphique entre l’alcoolisme d’hier et la toxicomanie d’aujourd’hui. C’est que les postulats comme la logique de nos raisonnements restent inchangés et, à l’instar de cette remarque de Casanova, concourent à toujours faire porter à l’esclave le nom de son maître [66] (le toxicomane est lié ainsi inexorablement à sa toxicomanie). Ainsi précisait Bateson, on pense communément que c’est dans la vie sobre de l’alcoolique qu’il faut rechercher les causes (ou les raisons) de sa dipsomanie. Pendant leurs phases de sobriété, les alcooliques sont généralement qualifiés d’« immatures », « fixés sur la mère », « oraux », « homosexuels », « passifs – agressifs », « angoissés par le succès », « hypersensibles », « fiers », « affables » ou tout simplement de « faibles » [67]. Ces attributs ne sont pas sans rappeler ceux que l’on accole encore maintenant aux personnes toxicomanes.
Mais poursuivons avec Bateson sa lecture des faits tout en l’adaptant à notre sujet. Ainsi considéra celui-ci, si c’est bien la vie sobre et abstinente qui pousse le toxicomane à consommer et l’amène au seuil de l’intoxication, il ne faudra pas s’étonner de ce que des procédés visant à consolider son style personnel de sobriété réduisent ou « contrôlent » sa toxicomanie. Par ailleurs, si c’est son style de sobriété qui le pousse à consommer, ce sera celui-ci qui devra contenir une erreur, voire une pathologie; l’intoxication, elle, ne fait qu’apporter une correction (subjective) de cette erreur. Autrement dit, par rapport à sa sobriété qui est en quelque sorte « mauvaise », on peut dire que l’intoxication est « bonne ». On peut également suggérer que le toxicomane en état d’abstinence est en quelque sorte plus sain d’esprit que ceux qui l’entourent et que cette situation lui est intolérable. Nous pouvons également considérer que nombre de toxicomanes faisant appel à la drogue y recourent comme à un anesthésiant, qui les soulage de leurs soucis, de leurs ressentiments ou de leurs souffrances physiques (autrement dit et d’une manière ou d’une autre de leur relation au monde). Nous pourrions ainsi dire, pour paraphraser Watzlawick, que ces sujets souffrent en partie de leur image du monde, c’est-à-dire d’une contradiction non résolue entre le monde tel qu’il apparaît et le monde tel qu’il devrait être, d’après l’image qu’ils s’en sont faite [68].
Le but principal ainsi de toute thérapeutique, disions-nous plus haut, ne doit point être d’éclairer le client sur la genèse de son problème mais davantage de porter son attention sur les possibilités d’abandonner la relation qu’il entretient avec ce dernier et qu’il maintient en son milieu.
Une intervention thérapeutique n’est donc possible que dans la mesure où les personnes engagées le sont de leur propre et plein gré. En cas contraire, et pour échapper à toute forme de punition (et ce même si elle est qualifiée sous une appellation curative), la personne saura, la prochaine fois qu’elle voudra commettre un délit ou produire quelques comportements marginaux, qu’elle doit mieux réfléchir à la manière de s’y prendre pour éviter les conséquences négatives de ses actes.
Peut-être faut-il éviter aussi d’user à tous crins de cette notion retorse qu’est la volition. Car pour nombre d’entre nous, ce que la volonté a pu faire elle peut aussi le défaire. Or rien n’est moins sûr. Et ce bien que la volonté constitue un préalable important à tout processus de changement.
Mais il est intéressant également de souligner la caducité du raisonnement si l’on s’appuie sur les postulats systémiques précédemment cités. « Je peux me contrôler » pourrait se traduire par « je peux, par ma volonté consciente, contrôler l’ensemble de ma personnalité ». Et chaque rechute, sur cette logique réflexive, engendre alors un sentiment d’impuissance conjugué à un sentiment de honte. Or, en dehors de toute vision dichotomique et des lois systémiques qui lui sont attachées, une partie ne peut contrôler le tout. En d’autres mots, ma volonté ne saurait influer sur l’ensemble de ma personne en tant qu’entité monadique. En réalité, il n’y a pas de « je » qui contrôle, mais seulement une « volonté » qui lutte. Le contrôle est en fait une illusion [69].
S’il est ainsi vrai que tout comportement humain intentionnel dépend largement des conceptions ou prémisses de ses auteurs, car elles gouvernent son interprétation des situations, des événements et des relations [70], il est temps de se démarquer de nos vieux réflexes épistémiques, teintés de dualisme, et de construire enfin une vision accessible au changement.
Et de nous rappeler à l’instar de ce maître zen qu’un aveugle prit un jour la jambe d’un éléphant entre ses bras et en déduisit qu’il avait affaire à un arbre tiède. Du point de vue de l’aveugle ce n’était pas une erreur, mais ce n’était pas non plus la vérité [71].
Reçu en octobre 2002
 
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NOTES
 
[1] MONTAIGNE DEM., Essais – Livre 1, Paris, Flammarion, 1969, p. 91.
[2] Selon l’axiome désormais célèbre de la logique de la communication tel qu’il a été formulé par l’École de Palo Alto « on ne peut pas ne pas communiquer » et qui s’inspire, si l’en croit Winkin, du principe méthodologique de Birdwhistell selon lequel « Il n’arrive jamais que rien n’arrive » (voir WINKINY., Anthropologie de la communication. De la théorie au terrain, Bruxelles, De Boeck, 1996, p. 75). L’individu s’inscrit toujours dans un contexte communicationnel qui lui est préexistant et perdurera sous d’autres formes sa suite.
[3] BATESONG., La nature et la pensée, Paris, Seuil, 1984, p. 67.
[4] HÉRACLITE, Fragments, Saint Clément, Fata Morgana, 1991, p.65.
[5] Ce « phénomène » est dénommé « boucle interactionnelle » et peut donner l’impression d’un cercle vicieux dès que l’on aborde les problèmes humains.
[6] À l’instar de Le Moigne, nous pouvons considérer l’adaptation comme étant un processus endogène par lequel une organisation modifie délibérément son comportement à chaque instant par régulation synchronique, et sa morphologie (transformation) par morphogenèse diachronique, afin d’établir une correspondance entre son comportement projeté et son comportement effectif (Voir LE MOIGNE J-L., La modélisation des systèmes complexes, Paris, Dunod, 1990, p. 114).
[7] HALL E.T., La dimension cachée, Paris, Seuil, 1971, p. 17.
[8] ROSNAY DEJ., Le macroscope. Vers une vision globale, Paris, Seuil, 1975, p. 125.
[9] VON BERTALANFFY L., Théorie générale des systèmes, Paris, Dunod, 1973, p. 221.
[10] Lire à ce sujet BOILY C., Guide pratique d’analyse systémique, Montréal, Éd. Gaëtan Morin, 2000, p. 48.
[11] Selon la terminologie propre à Bateson « l’Apprentissage I » désigne la révision du choix dans un cadre d’un ensemble inchangé de possibilités. L’Apprentissage II se rapporte à la révision de l’ensemble à l’intérieur duquel le choix est fait. (Voir Bateson, Les catégories de l’apprentissage et de la communication, in Vers une écologie de l’esprit – Tome 1, Seuil, Paris, 299-331). L’École de Palo Alto a repris cette vision du monde en l’appliquant au champ de la psychothérapie et pour donner de la notion de changement deux conceptions (de type 1 et de type 2). De manière générale, on parlera de changement de type 1 lorsque les règles relationnels restent les mêmes, alors que le changement de type 2 désigne une modification d’une ou des règles relationnelles régissant le système (Lire WITTEZAELEJ-J., GARCIAT., À l’école de Palo Alto, Paris, Seuil, 1992, p. 269).
[12] WITTEZAELEJ.-J., L’écologie de l’esprit selon Bateson, Chimère, 1996,15,55-73.
[13] Lire à ce sujet ROSNAY DEJ., L’homme symbiotique, Paris, Seuil, 1995.
[14] Pensons dans ce cas de figure au phénomène « placebo ».
[15] WITTEZAELE J.-J., GARCIA T., À l’école de Palo Alto, Paris, Seuil, 1992, p. 318-319.
[16] Puisque aucune connaissance n’est en effet due aux seules perceptions, car celles-ci sont toujours dirigées et encadrées par des schèmes d’actions. La connaissance procède donc de l’action, et toute action qui se répète ou se généralise par application à de nouveaux objets, engendre par cela même un « schème », c’est-à-dire une sorte de concept praxique » (PIAGETJ., La psychogenèse des connaissances et sa signification épistémologique. In : Théories du langage. Théories de l’apprentissage, Paris, Seuil, 1979,51-64).
[17] Pour illustrer cette conception, reprenons une expérience relatée par Bateson concernant le conditionnement des rats et son implication dans la structuration de l’apprentissage en niveaux logiques. Les rats ont une tendance naturelle à explorer leur environnement. Et des expérimentateurs avaient imaginé de mettre au point une procédure expérimentale destinée à amener une extinction de cette conduite d’exploration. Différentes boîtes étaient disséminées sur le parcours du rat et, à chaque fois, que l’animal avançait le museau vers les boîtes, il recevait une décharge électrique. Mais contrairement aux attentes des expérimentateurs, ces renforcements négatifs ne diminuaient en rien la tendance du rat à explorer son environnement. Pour Bateson, ceci n’a rien de surprenant; en effet la tendance à l’exploration est une conduite d’un niveau logique supérieur à l’approche des différentes boîtes. Même si son approche des boîtes lui procure un effet désagréable, ce renforcement négatif du comportement précis en question se transforme en renforcement positif si l’on se place au niveau supérieur (lire WITTEZAELE J.-J., GARCIAT., À l’école de Palo Alto, op. cit., p.119).
[18] NARDONEG., Des Modèles généraux aux protocoles spécifiques de traitement. In : Stratégie de la thérapie brève, Paris, Seuil, 2000,243-261.
[19] NARDONEG., WATZLAWICK P., L’art du changement, Bordeaux, L’Esprit du Temps, 1993, p. 90.
[20] WITTEZAELEJ.-J., Cybernétique et psychothérapie, Cybernétique, 1994,37 (3-4), 393-406.
[21] WITTEZAELEJ.-J., Question de contexte, Intuitions, 1993,21,22-24.
[22] Et tout contexte, selon Bateson, a lui-même un méta-contexte (ad infinitum), dans la mesure où chaque événement véhicule de l’information sur son contexte (BATESONG., Une unité sacrée, Paris, Seuil, 1996, p. 206).
[23] Cet aspect se révèle davantage encore dans ce que Duterme dénomme « le monde des relations ». En effet, nous déclare ce dernier, « le monde des relations ne peut se concevoir de la même manière que le monde des choses, de l’énergie et de la matière. Dans ce monde des relations, l’information n’existe pas en dehors de ceux qui la perçoivent ou la manipulent » (DUTERME C., La communication interne en entreprise. L’approche de Palo Alto et l’analyse des organisations, Bruxelles, De Boeck, 2002, p. 35). C’est là une vision que l’on peut également découvrir chez Berkeley au travers de ses principes de la connaissance humaine (BERKELEY, Principes de la connaissance humaine, Paris, Flammarion, 1991) comme chez d’autres constructivistes plus contemporains.
[24] WINKIN Y., Le télégraphe et l’orchestre. In : La nouvelle communication, BATESONG., BIRDWHISTELLR., et al., Paris, Seuil, 1981,13-26.
[25] SARDAN DE J.-P.O., Anthropologie et développement, Paris, Éd. Karthala, 1995, p. 35.
[26] SERON C., WITTEZAELE J.-J., Aide ou contrôle, Bruxelles, De Boeck, 1991, p. 124.
[27] Voir NARDONEG., WATZLAWICKP., L’art du changement, Bordeaux, L’Esprit du Temps, 1993.
[28] WATZLAWICKP., BEAVINJ.H., JACKSOND.D., Une logique de la communication, Paris, 1972, p. 41.
[29] « L’un des aspects les plus dignes d’intérêts se révèle à nous quand on considère le monde comme composé de modèles (de patterns). Un modèle est essentiellement un arrangement. Il est caractérisé moins par la nature intrinsèque de ses éléments que par l’ordre de ceux-ci (WIERNERN., Cybernétique et Société, Paris, Éd. des Deux-Rives, 1952, p. 15).
[30] BATESONG., Vers une écologie de l’esprit – Tome 2, Paris, Seuil, 1980, p. 155.
[31] ASHBYW.R., Introduction à la cybernétique, Paris, Dunod, 1958, p. 157.
[32] Avec Caillé, nous pourrions considérer que ce qui devient information dépend de la vision du monde de l’observateur, de l’épistémologie à laquelle il se réfère (Lire CAILLÉP., Familles et thérapeutes, Paris, E.S.F., 1985, p. 16.).
[33] WITTEZAELE J.-J., Cybernétique et psychothérapie, Cybernetica, 1994,37,393-406.
[34] LORENZ K., L’homme dans le fleuve du vivant, Paris, Flammarion, 1981, p. 33.
[35] WIDLDER-MOTTC., Rigor and Imagination, in Rigor and Imagination : Essays from the Legacy of Grégory Bateson, Edited by Wilder-MottC., WeaklandJ.H., New York, Praeger Publishers, 1981,5-42.
[36] LOONIS E., Lain Brown : un modèle de gestion hédonique des addictions, Psychotropes, 1999,5 (3), 59-73.
[37] LORENZ K., Ibidem, p. 86.
[38] BATESONG., BATESON M.C., Métalogue : dépendance. In : La peur des anges, Paris, Seuil, 1989, p. 177.
[39] À ce titre, Rosnay déclare que « Dans les organismes vivants, l’utilisation de l’énergie est contrôlée par l’information » (ROSNAY DEJ., L’homme symbiotique, Paris, Seuil, 1995, p. 209.).
[40] RUESCH J., Communication et maladie mentale, in Communication et société, Bateson G., Ruesch J., Paris, Seuil, 1988,67-111.
[41] Lire la position de Broch-Jacobsen sur la dépression dans son ouvrage Folies à plusieurs, De l’hystérie à la dépression, Paris, Seuil – Les empêcheurs de penser en rond, 2002, p. 19.
[42] BATESONG., BATESONM.C., La peur des anges, Paris, Seuil, 1989, p. 72.
[43] WITTEZAELEJ.-J., La sanction : une approche relationnelle de la récompense et de la punition, Document de travail, Liège, IGB, 1999, p. 8.
[44] Lire EHRENBERGA., L’individu incertain, Paris, Calmann-Lévy, 1995.
[45] BATESON G., La nature et la pensée, Paris, Seuil, 1984, p. 150.
[46] STENGERS I., RALET O., Le défi hollandais, Pars, Éd. Synthelabo, 1991.
[47] STENGERS – Ibidem, p. 82.
[48] CROZIER M., FRIEDBERG E., L’acteur et le système, Paris, Seuil, 1977, p. 42.
[49] BROUWERS I., CORNET A., et al., Management humain et contexte de changement, Bruxelles, De Boeck, 1997, p. 32.
[50] PANUNZI-ROGER N., La place des usagers de drogue et des professionnels de terrain dans la construction sociale des drogues, Psychotropes, 2001,7 (3-4), 49-72.
[51] Nous invitons le lecteur à se pencher sur les divers éléments de réflexions formulées par SHAPIRO A.K., SHAPIRO E. dans leur ouvrage fort documenté The Powerful Placebo. From Ancient Priets to Moder Physician, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1997.
[52] COERS C., Médecins ou magiciens ?, Paris, Arthaud, 1985, p. 120.
[53] Ibidem, p. 120.
[54] BATESON M.C., Métalogue : pourquoi les placebos, in La peur des Anges, de BATESONG., BATESONM.C., Paris, Seuil, 1989, p. 93.
[55] Il est par exemple intéressant de remarquer avec Borch-Jacobsen en matière d’histoire de la psychiatrie que « loin de subir les catégories psychiatriques qui leurs sont imposées, (les malades) s’y conforment au contraire très activement » (Lire BORCH-JACOBSEN M., Folies à plusieurs. De l’hystérie à la dépression, Paris, Seuil – Les empêcheurs de penser en rond, 2002, p. 19).
[56] Cette donne interactionnelle est dénommée également « effet Pygmalion ».
[57] ROSENTHAL R.A., Pygmalion à l’école, Tournai, Casterman, 1971, p.17.
[58] BERTALANFFY VON L., Théorie générale des systèmes, Paris, Dunod, 1973, p. 6.
[59] Ainsi, nous dit Bateson, « comme on le sait dans le domaine de l’interaction humaine, les croyances individuelles deviennent autovalidantes, à la fois directement, par « suggestion », le croyant ayant tendance à voir, entendre ou même goûter ce qu’il croit; et indirectement, en façonnant les actes des croyants de sorte qu’ils outrepassent ce qu’ils croient vrai (qu’ils l’espèrent ou le craignent)» (Voir BATESONG., La peur des anges, Paris, Seuil, 1989, p. 191).
[60] BATESON G., Communications et conventions. In : Communication et Société, BATESONG., RUESCH J., Paris, Seuil, 1988,241-257.
[61] KORZYBSKIA., Le rôle du langage dans les processus perceptuels, in La carte n’est pas territoire, Paris, Éd. de l’Éclat, 2001,17-100.
[62] POPPERK., Le sens et l’écriture de l’histoire. In : Toute vie est résolution de problèmes, Paris, Actes Sud, 1998,37-73.
[63] Ce que Carroll appellerait « l’univers du discours » (voir CARROLL L., Logique sans peine, Paris, Hermann, 1966).
[64] BRIEFER J-F., Intégration sociale et psychopathologie chez les usagers de drogues, Psychotropes, 2002,8 (1), 23-41.
[65] NIETZSCHE F., Le crépuscule des idoles. In : Œuvres, Paris, Flammarion, 1999, p. 1059.
[66] CASANOVA DE SEINGALT J., Histoire de ma vie, Paris, Gallimard, 1986, p. 45.
[67] BATESONG., La cybernétique du « soi » : une théorie de l’alcoolisme, in Vers une écologie de l’esprit, Tome 1, Paris, Seuil, 1977,263-297.
[68] WATZLAWICK P., Le langage du changement, Paris, Seuil, 1980, p. 47.
[69] SERVAIS V., Une logique de l’anorexie mentale, Revue Internationale de Systémique, 1993, 7 (4), 385-418.
[70] FISCHR., WEAKLANDJ.H., Segal L., Tactiques du changement, Paris, Seuil, 1986, p.25.
[71] Voir DESHIMARUT., Dialogues avec un maître zen, Paris, Albin Michel, 1984, p.149.
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Pour illustrer cette conception, reprenons une expérience ...
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[18]
NARDONEG., Des Modèles généraux aux protocoles spécifiques ...
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[19]
NARDONEG., WATZLAWICK P., L’art du changement, Bordeaux...
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[20]
WITTEZAELEJ.-J., Cybernétique et psychothérapie, Cybernétiq...
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[21]
WITTEZAELEJ.-J., Question de contexte, Intuitions, 1993...
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[22]
Et tout contexte, selon Bateson, a lui-même un méta-context...
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[23]
Cet aspect se révèle davantage encore dans ce que Duterme ...
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[24]
WINKIN Y., Le télégraphe et l’orchestre. In : La nouvel...
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[25]
SARDAN DE J.-P.O., Anthropologie et développement, Pari...
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[26]
SERON C., WITTEZAELE J.-J., Aide ou contrôle, Bruxelles...
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[27]
Voir NARDONEG., WATZLAWICKP., L’art du changement, Bordeaux...
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[28]
WATZLAWICKP., BEAVINJ.H., JACKSOND.D., Une logique de l...
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[29]
« L’un des aspects les plus dignes d’intérêts se révèle à n...
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[30]
BATESONG., Vers une écologie de l’esprit – Tome 2, Pari...
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[31]
ASHBYW.R., Introduction à la cybern&eacu