2003
Psychotropes
Construction du rapport aux drogues dans un contexte de précarité
Thémis Apostolidis
Maître de Conférences, Laboratoire de Psychologie Sociale, Université de Provence — Chercheur associé à l’INSERM U-379.
G. Rouan
Maître de Conférences, Laboratoire PSYCLE, axe 3 Psychopathologie, Université de Provence
S. Eisenlhor
Doctorant, Allocataire de recherche ANRS, Laboratoire de Psychologie Sociale, Université de Provence.
Nous présentons ici les aspects psychosociaux (significations,
fonctions, contextes d’actualisation, expériences) engagés dans le rap~port aux psychotropes à partir d’une étude qualitative sur la santé (N=30)
par entretien de recherche auprès de jeunes (16-25 ans) en situation de
précarité. L’analyse du corpus montre que la question des substances
psychoactives est au premier plan des préoccupations des sujets. Dans
l’activité narrative, les produits et leurs usages sont objectivés de façon
polysémique et multi-dimensionnelle comme danger, problème, réalité,
vécu, entourage, destin, souffrance, malaise, échappatoire, marchandise,
plaisir. L’analyse des significations et des fonctions associées aux dro~gues dans un contexte de précarité met en évidence un processus com~plexe de construction de relations pathogènes qui dépassent nettement le
seul registre de l’usage abusif ou addictif. Elle fait apparaître des
«troubles addictifs», au sens de relation incontrôlable de souffrance en~tre le sujet et le produit. Ces signes de malaises psychologiques, sociaux
peuvent être vus comme des «analyseurs» pertinents des relations entre
les dynamiques représentationnelles, identitaires, comportementales face
aux risques, aux conditions existentielles liées à la souffrance, aux insta~bilités des trajectoires singulières dans l’espace social et symbolique des
précarités. Les auteurs posent l’intérêt du renforcement des recherches
qualitatives sur la narrativité pour le renouvellement théorique et métho~dologique en Psychologie de la Santé.Mots-clés :
Précarité, Addiction, Méthode, Recherche qualitative.
We present here the psychosocial aspects (significations,
functions, experiences, contexts.) involved in the relation to psychoactive
drugs, from a Health Psychology’s qualitative inquiry based on research
interviewes of 30 young adults (16-25 years old) living in a precarious
context. The corpus analysis shows the question of the psychiatre drugs as
a predominant concern of the subjects. In their narrative activity, products
and uses are multidimensionaly and polysemicly objectived as danger,
problem, reality, experience, relations, destiny, suffering, uneasiness, es~cape, merchandise, pleasure. The drugs significations and associated
functions analysis in a precarious context shows a complex process of
construction of pathological relations that strongly overlay the abuse or
the addiction levels; it shows «addictive troubles» in the sense of
uncontrolable suffering relations between the subject and the product. Those
psychological and social severe discomptes can be seen as significant
«markers» of the relations between representational, behavioural and
self dynamics of risky, suffering existential conditions tied-up with instability
and personnel trajectories through a symbolical and precarious social
space. Authors emphasize the interest of narrative’s qualitative researches
to renew Health Psychology’s methodology and theory.
Les divers enjeux des rapports des sujets aux produits psychotropes s’inscrivent de façon polysémique, polémique dans le contexte français actuel. Dans
un domaine riche de recherches en sciences humaines, nous ne disposons pas
toutefois (Faugeron, 1999), d’une conceptualisation suffisamment élaborée sur
les aspects psychosociaux en jeu dans la construction du rapport à ces produits. Au cœur des objectifs prioritaires et des enjeux des politiques sanitaires
(prévention, prise en charge), les relations qu’entretiennent les individus et les
groupes avec les drogues et leurs régulations contextuelles (particulièrement
concernant les micro-contextes d’usage) et sociales constituent en tant qu’objets des chantiers conceptuels et empiriques intéressants pour la Psychologie
de la Santé.
Les contextes de précarité : enjeux sanitaires,
enjeux scientifiques
En psychopathologie des addictions, les consommations de psychotropes relèvent de multiples fragilités (dont de fréquentes co-morbidités), de dimensions
multi-factorielles parmi lesquelles le rôle de l’environnement est reconnu y
compris comme dimension de la vulnérabilité (Angel, Richard, Valleur, 2000).
Les liens entre usages à risques, toxicomanies et contextes de précarités, établis en termes de prévalence par des observations épidémiologiques et décrits
dans des recherches récentes en sciences sociales (Jamoulle, 2000; Aquatias,
2001; Facy, Dally, Rabaud, 2001), demeurent une question particulièrement
complexe. Ils recouvrent une pluralité de réalités qu’il ne convient pas de superposer au risque d’aboutir à des descriptions erronées, à des généralisations
abusives. Cette question d’actualité concernant les usages des psychotropes et
les populations précarisées est particulièrement sensible. La psychologie doit
développer des connaissances plus spécifiques et approfondies permettant de
cerner les représentations des produits, des usages et de leurs risques dans les
contextes de précarité. De même, doit être pris en compte le rôle actualisant
des expériences de vie et des situations sociales dans lesquelles prennent sens
les conduites de consommation.
De telles contributions empiriques passent par la mise en relation entre les
connaissances du sens commun qui façonnent les expériences des individus
dans et par leur « place sociale » (Popay, Williams, Thomas, Gatrell, 1998): il
s’agit de mettre l’accent sur les effets de la position occupée par les individus
et les groupes dans la structure sociale à la fois en termes économiques, symboliques et spatiaux. Étayée plus avant par l’épistémologie des représentations
sociales, cette démarche d’articulation entre constructions individuelles et éléments micro – et macro-contextuels constitue une voie pour analyser la pensée
sociale dans le domaine de la santé et de la maladie (Morin, Apostolidis, 2002),
pour étudier les correspondances entre les récits de psychologie du sens commun et les postures et actions du sujet psychosocial, agent et acteur historiquement, culturellement et socialement situé.
Nous présentons ici les aspects psychosociaux (significations, fonctions, contextes d’actualisation, expériences) mis en lumière dans le rapport aux psycho-tropes à partir d’une étude qualitative sur la santé par entretien de recherche
auprès de jeunes en situations de précarité (Apostolidis & Eisenlhor, 1999)
[1].
Les observations faites à partir de cette recherche n’ont pas pour vocation d’être
généralisées, ni d’être appliquées à tous les jeunes précaires, population hétérogène et difficile à cerner à partir des seuls critères socio-économiques. Mais
on peut atteindre l’objectif méthodologique de transférabilité (Rouan, Pedinielli,
2001) pour contribuer à la critériologie de l’addiction en Psychologie de la
Santé.
L’échantillon se compose de 30 jeunes de 16 à 25 ans (5 ont moins de 18 ans,
14 de 18 à 20 ans et 11 de 21 à 25 ans; âge moyen=20,10). Il comprend
14femmes (âge moyen=19,78) et 16 hommes (âge moyen=20,37), rencontrés à Marseille et dans ses environs par l’intermédiaire de différentes structures. Le mode d’échantillonnage sur place a été choisi pour pallier les difficultés
particulières d’accès à cette population et les obstacles à la réalisation des entretiens. La campagne des entretiens s’est déroulée en plusieurs étapes : inventaire des structures en contact avec des jeunes en situations de précarité et/ou
d’exclusion sociale, présentation de l’enquête aux responsables et demande de
participation (41 structures sollicitées), sélection de différents types de structures pour favoriser la diversité des lieux de prise de contact (centres d’accueil
de jour, foyers d’hébergement, associations de prévention, centres sociaux,
centres de formation), réalisation des entretiens sur place avec des jeunes ayant
accepté de participer à la recherche
[2]. La règle était de réaliser au maximum
3entretiens par site. Les entretiens ont été réalisés dans 13 structures différentes (2 foyers, 4 associations de prévention, 2 centres sociaux, 3 structures d’accueil, 2 associations d’aide). Le recrutement a été opéré de façon progressive
et ciblée afin de diversifier les profils individuels selon certains critères : le
logement (6 ont leur propre logement, 11 des solutions provisoires, 13 sont
sans logement), les ressources (12 déclarent n’avoir aucune ressource),
l’emploi (12 exercent des petits « boulots », 18 sont sans emploi), la formation
(18 sont sans diplôme). Nous n’avons eu que deux refus de participation à
l’enquête. L’échantillon obtenu permet de situer, et ce dans une certaine diversité, la place sociale des interviewés dans des situations de précarité.
Les entretiens ont été réalisés selon une procédure de non-imposition de la
problématique santé (Demazière, Dubar, 1997). La recherche a été présentée
comme une enquête sur les problèmes et les valeurs des jeunes aujourd’hui et
la consigne initiale fut : « Je réalise une enquête qui porte sur les valeurs, projets et problèmes que peuvent avoir les jeunes aujourd’hui, et sur leur opinion
personnelle. Je ne commencerai pas en vous posant des questions précises, ce
que je voudrais c’est que vous me disiez ce qui est important pour vous ». À la
fin de l’entretien, l’interviewer induisait certains thèmes à partir d’un guide
préétabli (représentations et comportements associés à la santé, craintes vis-à-vis des maladies et gestion des risques, modes d’accès et expériences du système de soins, perceptions et usages des produits psychotropes, alimentation,
éléments biographiques et trajectoire sociale). D’une durée moyenne d’une
heure trente, ces entretiens ont fait l’objet d’une retranscription intégrale.
Nous avons réalisé une analyse de contenu thématique, au niveau horizontal (codage, décompte fréquentiel, évocation spontanée/après induction,
analyse typologique, liens entre thèmes) et au niveau vertical (logiques
subjectives d’énonciation, implication). Parallèlement, le corpus a été soumis
à une analyse lexicographique à l’aide d’ALCESTE : ce logiciel permet de
mettre en évidence les traces des mondes lexicaux qui caractérisent l’activité
discursive des sujets (Reinert, 1999). Les principaux axes thématiques dégagés par ces deux analyses (thématique, mondes lexicaux) ont fait l’objet d’une
analyse sélective et approfondie visant à étudier les raisonnements médiatisés
par les configurations et la variété des constructions discursives. Les extraits
d’entretiens présentés ici illustrent les fréquences thématiques significatives et
restituent les propos qui étayent notre analyse de la singularité de certaines
trajectoires individuelles.
L’analyse de contenu permet de dégager trois axes thématiques d’organisation
spontanée des discours : les conditions matérielles et sociales d’existence (la
privation et l’absence des perspectives d’intégration sociale par le travail), le
sida et les drogues. Ces trois axes, étroitement associés et imbriqués dans les
raisonnements, structurent la « posture discursive » adoptée par la grande majorité des interviewés. La question des drogues (produits illicites et licites),
leurs usages, leurs motifs, leur étendue et banalisation dans leur environnement de vie, leurs conséquences psychologiques, sanitaires et sociales, sont
des points abordés de façon spontanée et récurrente : 27 interviewés évoquent
cette thématique sans induction de l’interviewer.
L’analyse des entretiens avec ALCESTE a mis en évidence quatre classes
stables de vocabulaire portant sur 73,11 % des énoncés du corpus. La première
classe (35,72% d’énoncés) concerne l’univers des relations intimes entre les
deux sexes, les risques qui pèsent sur la vie sexuelle, principalement le sida, et
les problèmes liés à la contraception. La deuxième (34,79% d’énoncés) englobe les thèmes de l’insertion professionnelle et des démarches administratives pour accéder à des droits (formation, sécurité sociale, papiers d’identité).
La troisième (19,56% d’énoncés) fait référence aux usages de drogues en relation avec le malaise psychologique et social lié aux expériences et aux conditions de vie dans des situations de précarité. Enfin, la quatrième (9,93 %
d’énoncés) porte sur le thème des « besoins primaires » (manger, se laver, dormir), moyens de survie au quotidien et garants de la « bonne santé » dans des
parcours d’errance.
Les résultats de ces deux analyses montrent la place et l’importance de
l’objet drogue : d’une part, il s’agit d’un thème spontanément évoqué et récurrent, d’autre part il organise un champ qui articule l’usage de substances au
vécu de la précarité. Partant de ces constats, nous avons centré notre analyse
sur cet axe thématique. Les produits, leurs fonctions, leurs usages et abus sont
abordés de façon polysémique et multidimensionnelle : principalement, en tant
que danger, problème, réalité, vécu, entourage, destin, souffrance, malaise,
échappatoire, marchandise, plaisir. En filigrane de la diversité des modes d’appréhension et des perspectives singulières posées, il faut noter la déclaration
récurrente d’une prise de position personnelle quant à l’usage ou au non-usage.
Les interviewés parlent donc des drogues en tant que consommateurs, réguliers ou occasionnels, en tant que non-consommateurs, ou bien en tant qu’exconsommateurs. Les occurrences de focalisation des discours sur les drogues
montrent un phénomène qui revêt des multiples enjeux et facettes aux niveaux
individuels, relationnel et social et qui suscite l’expression d’une prise de position. Les drogues s’inscrivent de façon complexe et multiple dans les expériences individuelles et sociales des interviewés, à la fois comme un objet
« privé » (la relation du sujet aux produits) et comme un objet « public » (l’entourage, l’environnement social et les produits).
Il serait réducteur et erroné de superposer les différentes approches individuelles. Mais dans le même temps, l’analyse des formes d’expression que
médiatisent l’appréhension des drogues et les significations qui leur sont associées, met en évidence un univers d’images et de réalités analogues quoique
racontées à partir de perspectives aussi singulières que différentes. D’une certaine façon, les propos sur les drogues renvoient à une forme de « communauté
d’expériences » qui traverse en tant que référent les discours recueillis, leur
conférant de surcroît le statut de récit (Adam, 1984), c’est-à-dire une narration
vectorisée par la poursuite d’un but qui importe au narrateur, ici ses conditions
de vie.
L’objet drogue est utilisé comme un référentiel structurant pour parler de
soi, des autres, de la vision du monde et des façons de se l’approprier. Une
double posture énonciative, commune à des degrés divers à tous les entretiens,
articule la modalité de l’expérience personnelle des substances en tant qu’acteur de sa consommation ou de sa non-consommation (discours à la première
personne), à celle de l’expérience sociale en tant qu’observateur de la consommation des autres (discours à la troisième personne), de son environnement et
de ses conditions d’existence. À l’interface de ce qui est dit et exprimé à la
première et à la troisième personne, la trame de la plupart des discours prend
une forme narrative décrite par le concept de « soi transactionnel » (Bruner,
2000), mettant en relation le sujet, les produits, les autres et l’action sur le
monde.
La souffrance comme étiologie
du recours aux drogues
Les images associées aux drogues (mal-être, déchéance, mort, exclusion, sida,
violence, prostitution) illustrent la prédominance (20 sujets sur 30) d’une conception très négative, chargée d’implication personnelle très affective qui concerne la qualification de sa vie, de sa survie ou de celles des autres. Les sujets
mettent en relation le malaise psychologique (angoisse, ennui, déprime), les
conditions d’existence et les privations du quotidien (de toit, de repas, de « besoins primaires »), le manque de perspectives d’intégration sociale (absence
de travail), la dégradation des liens familiaux, l’autodestruction, la maladie, la
marginalité et le recours aux drogues (fonction du pharmakon décrite par Le
Poulichet, 2000). Seulement 7 interviewés associent usage du produit et bénéfices et jouissance, essentiellement pour le cannabis (rêve, détente, plaisir, soins)
et sous certaines conditions d’usage.
«Tellement qu’ils sont déprimés, ils savent même plus quoi faire, ils font
même plus attention à eux, ils font plein de tort aux autres, les petits, ils passent, ils voient une personne qui fume, déjà ceux qui font pas attention surtout
du sida, parce que surtout aussi avec des filles qui fument le shit, qui se droguent, qu’ils savent pas qu’est-ce qu’ils font». (Femme, 18 ans)
«La drogue, c’est causé par le manque de travail, d’occupations, d’études, de formation» (Homme, 20 ans).
«J’en connais beaucoup moi qui vivent au foyer et qui ont pas de boulot,
c’est le problème numéro un parce que, sans boulot, ils ne peuvent pas vivre,
ils ne peuvent pas manger, ils ne peuvent rien faire et puis en deuxième lieu, ça
serait de, comment dire, d’essayer de faire réagir les jeunes par rapport à la
drogue» (Femme, 19 ans).
L’étiologie naïve, dimension narrative caractéristique des discours de « maladiedumalade » (Pedinielli, 1993), est ici repérable : le recours aux substances est principalement associé aux souffrances des conditions de vie et/ou à
certains événements douloureux qui façonnent, marquent d’un stigmate l’existence des individus (Goffman, 1973). Ce type d’explication très prégnant, y
compris dans les discours de plus jeunes
[3], fonctionne comme un opérateur
logique et symbolique pour penser autant les motifs du recours (soulagement,
réduction de l’angoisse, oubli), que les conséquences individuelles et sociales
(déchéance, violence, désintégration sociale) au regard de l’expérience et de la
réalité dans lesquelles ils objectivent leur monde (chômage, instabilité, privation, galère, ruptures biographiques, exclusion). La « causalité circulaire »
(Windisch, 1982) qui s’en dégage, fondée sur la co-existence et sur l’interdépendance des raisons psychologiques et sociales, amène à penser son propre
vécu et le risque (passé, actuel, futur) sous le prisme de la proximité, de la
vulnérabilité et de la condition. Elle s’exprime au travers d’une conception du
« devenirdrogué », figure familière et spectre d’une altérité possible, basée
sur un équilibre incertain et fragile entre facteurs dispositionnels (responsabilité individuelle, volonté), situationnels (rencontres, présence ou absence de
support familial, événements traumatiques) et sociaux (difficultés matérielles,
environnement déclassé, racisme, valeurs).
Cette construction, fondée sur une logique « oui, la drogue c’est mauvais,
mais…», inclut un fort sentiment de menace, vécu dans et par l’expérience
sociale. Les espaces de socialisation (quartier, rue, structures) et les relations
interpersonnelles et sociales (membres de la famille, proches, gens du quartier,
mauvaises fréquentations) sont décrits comme des circonstances à risque (passées, actuelles, potentielles ou redoutées) par rapport aux produits et à leurs
conséquences.
Drogues et environnement de vie
Plus encore que le champ de la consommation (expérimentation, usage, abus,
toxicomanie), c’est la façon dont les interviewés utilisent la thématique des
drogues pour décrire et apprécier leur environnement social qui paraît la plus
constitutive de leur rapport aux produits. L’expérience sociale des drogues
(la consommation des autres, la banalisation et la visibilité quotidienne) prend
une part importante dans ce qui est raconté (scènes ordinaires de consommation
ou de commerce, états d’âme et défis, itinéraires de rue, proximité et
connaissance de drogués). Cette expérience sociale des drogues omniprésentes
dans l’environnement exprime un profond malaise identitaire et social.
Différents récits et raisonnements mettent en lumière les aspects psychosociaux
(significations, identité, normes) que médiatise la référence aux drogues dans
la construction du soi et de ses horizons socio-temporels, ainsi que dans le
marquage de son territoire social d’appartenance, de socialisation et d’action
des interviewés.
Les situations vécues par rapport à la banalisation des produits et l’observation de l’accroissement de leurs usages confrontent les individus à des réalités subies et perçues comme menaçantes et incertaines, tant pour eux-mêmes
que pour les autres. Cette confrontation, et notamment le statut « normalisé »
de la drogue dans leur environnement de vie, interroge constamment leurs critères de perception et d’appréciation des produits et de leurs conséquences.
Ainsi 9 interviewés, principalement des femmes, racontent leur désarroi et leur
sentiment d’impuissance face à un processus de normalisation qui tend vers la
résignation, l’acceptation de ces évolutions et la conformité à des normes locales de jugement.
«Pour eux c’est normal, c’est pas dangereux, ils se voilent la face, souvent je leur disais c’est dangereux et tout, et eux non, ils vont me dire je vais me
taper un trait, c’est comme si j’allais fumer ma cigarette quoi, c’est devenu
normal, combien de fois, j’ai entendu dans le quartier t’as pas un trait, ça se
demande maintenant, t’as pas un trait, c’est comme s’ils demandaient un joint
ou qu’ils vont allumer une cigarette, c’est grave, demander un trait, une ligne
de coke comme si c’était, je sais pas une cigarette ou un bonbon, pour eux
c’est comme ça, pour moi, y a une différence encore, le consommateur de cannabis, pour moi c’est devenu normal maintenant, de banal et justement ce qui
des fois me fait peur, c’est avant le cannabis je le voyais de la même façon et
puis maintenant la cocaïne, ca fait pareil et puis va venir un jour où on va dire
après c’est normal, et puis après, y a l’héroïne, c’est beaucoup, c’est pas pris
au sérieux, j’ai l’impression que c’est normal, c’est un peu comme ça, dans le
quartier dans la tête de tout le monde c’est normal, c’est devenu dans notre
quotidien et puis on le vit et puis c’est comme ça quoi, des fois j’entends dans
le quartier un minot de dix ans, sept ans, huit ans, il me parle, il sait c’est quoi
du shit, la cocaïne, l’héroïne, je lui demande comment ça se prend, il fait le
geste, ils sont au courant de tout, je vois à onze ans, ça y est, ils savent déjà
comment c’est, de quelle couleur c’est, ils savent tout» (Femme, 20 ans).
La contamination des plus jeunes, au travers de l’image des « minots »
qui connaissent les produits ou qui les consomment, est récurrente : 19 interviewés l’évoquent. Il s’agit d’une part signifiante du vécu restitué, y compris
par les interviewés qui se déclarent usagers. Le constat de la précocité de la
familiarisation des enfants avec les drogues sert non seulement le but d’illustrer la gravité du danger individuel et collectif, mais aussi celui de signifier la
dégradation et la relégation du cadre social d’inscription et de socialisation.
Alors, montre-t-on un corps social menacé et déclassé où la drogue prend alors
le sens d’une fatalité liée à des facteurs conjoncturels (dégradation des relations familiales, maladie) et structurels (chômage, périphérie, exclusion). La
proximité des dégâts sanitaires, directs (alcoolisme des proches, toxicomanie
par voie intraveineuse, mort par overdose de personnes connues), indirects
(personnes contaminées par le sida ou l’hépatite), et sociaux (violence, délinquance, carrière judiciaire) des drogues, vient renforcer les sentiments de menace et de déclassement. Ces fonctionnements représentationnels nous
permettent de scruter les médiations et les enjeux identitaires qui positionnent
le soi des sujets sur une place socialeet symbolique d’exclu.
« Parce qu’ils ont la majorité, les parents ils s’en foutent, tout ça, t’es
majeur, et bien tu vas régler ton problème ! C’est là où on commence l’univers
de la drogue, l’univers de l’alcool. Je pense à tous les jeunes qui sont là, qui
font, qui détruisent la vie. Je pense à eux parce que franchement leur avenir
c’est soit mourir d’une overdose parce qu’y en a beaucoup qui sont morts
d’une overdose, Y’a que ça, que des deals, si y’a un moyen pour les en sortir,
j’aimerais bien apprendre ce moyen parce que vraiment c’est une catastrophe… (je connais) deux jeunes, ils étaient plus âgés que moi, mais je les connaissais depuis toute petite, ils étaient du quartier, et ça fait mal surtout quand
on découvre lui-même le corps, c’était dans le canal, on a vu quelqu’un allongé, on a jeté des pierres, on a appelé les pompiers… » (Femme, 22 ans).
Le fait de se vivre en situation d’exclusion par rapport aux problèmes
posés par les drogues se nourrit du ressenti d’abandon par la société et les
pouvoirs publics. Plusieurs interviewés expriment que, ni les campagnes d’information ni les politiques répressives ne constituent des moyens suffisants
pour lutter efficacement contre les « vraies raisons » (souffrance, chômage,
déclassement, racisme), face à l’ampleur du phénomène. Ce décalage entre
l’urgence perçue, la gravité de la réalité vécue et les réponses sociales apportées renforce le sentiment de dévalorisation, de désintégration sociale et d’opposition de places sociales, « eux-nous ». Parallèlement, il est intéressant de
signaler aussi l’évocation des attitudes exprimées face aux activités d’économie souterraine liées aux drogues (le cannabis pour l’essentiel). Si le deal est
un thème important (11 sujets) lorsque l’on parle des drogues et des autres
(jeunes du quartier), il n’est jamais abordé à la première personne. Dans le
même temps qu’une attitude de réprobation a priori s’énonce, le principe du
« oui, mais…» vient souvent moduler l’énoncé pour légitimer les activités du
deal résultant de la situation économique et sociale dans laquelle vivent les
jeunes (rupture familiale, manque de ressources, discrimination), exception
faite pour la vente aux enfants, fortement stigmatisée et dénoncée.
«La plupart des jeunes, ils ont 18 ans, ils n’ont pas de travail, ils n’ont
rien à faire, donc le seul moyen pour s’en sortir, soit ils dealent, soit ils volent» (Femme, 19 ans).
«Des fois, ils ont raison franchement d’aller voler, y’a pas de boulot, ça
joue aussi selon le racisme, c’est obligé qu’ils sont toujours en train de vendre
le shit et tout ça» (Homme, 20 ans).
S’observe ici le sens utilitaire que peuvent prendre certaines activités illégales face au manque de perspectives d’intégration sociale (Lagrange, 2000),
du point de vue d’une place sociale liée aux évolutions structurelles de la société (Apay, 2001) qui fabrique alors des repères normatifs spécifiques. Les
expériences sociales des drogues décrivent un objet polymorphe (donnée
environnementale, danger et altérité redoutée, signe de disqualification, objet
marchand), situé à l’interface des préoccupations matérielles, psychologiques,
identitaires et sociales, préoccupations référencées dans et par les conditions
d’existence des individus. Pour le chercheur, ce niveau d’analyse offre un cadre pour comprendre comment s’insèrent angoisses, significations et attentes
dans l’expérience privée des substances, ainsi que les formes d’énonciation
prises par les récits de certains parcours individuels.
Usages de drogues : ambivalences, menaces
et ressources résilientes
La composition de l’échantillon renvoie à des réalités hétérogènes concernant
les usages : 14 usagers réguliers, 4 ex-usagers, 9 abstinents, y compris par
rapport à l’alcool (6 pour motif religieux). Les hommes font plus le récit de
leurs propres usages tandis que les femmes racontent surtout ceux des autres.
Dans leur grande majorité, les interviewés ne déclarent pas être engagés dans
des modes d’usages abusifs ou d’addiction. La plupart des consommateurs,
dans une inscription d’allure polytoxicomaniaque, entretiennent des relations
« discontinues » avec l’alcool, le cannabis ou encore, les médicaments. Cette
inscription des sujets dans des usages multiples et épisodiques tend à effacer,
pour chacun, l’évaluation de la gravité de sa situation, surtout lorsqu’il s’agit
de la consommation de cannabis.
Cependant, y compris dans le cas d’usages épisodiques, l’appréhension
des substances met en lumière un ressenti de vulnérabilité personnelle et d’angoisse d’encourir de graves dangers. Certains récits, surtout ceux des femmes,
sont dominés par de fortes luttes ambivalentes à l’égard des produits et par
l’expression de sentiments d’impuissance et de peur. Sous-jacente à ce ressenti, y compris face à l’alcool, nous trouvons l’image dépréciative du « devenir drogué », telle qu’elle est construite par l’expérience sociale des personnes
et dans les contextes relationnels qui l’actualisent, et au-delà par la possible et
terrifiante dérive de la prostitution ou de la clochardisation « dont on ne revient pas » (Declerck, 2001).
«J’ai peur d’y replonger encore, il s’agit d’une fois, tu veux lutter, tu veux
dire, je sais pas si j’ai la force de dire non, mais bon j’ai pas confiance, je
pensais jamais que j’allais toucher à cette chose, dire que j’ai failli être comme
eux, après, ça y est la prostitution, la drogue, les trafics de tous les côtés, voilà
j’ai failli, j’ai mis un trait dessus, ça m’a rien apporté, même pour les anniversaires ou quoi, j’ai eu 18 ans, j’ai pris un verre de champagne, c’est tout, j’ai
peur de l’alcool, je veux pas devenir comme eux qui sont drogués, j’ai un
projet, je veux le suivre, c’est pas en buvant qu’on va devenir commissaire, je
suis décidée, j’ai des parents qui me surveillent, quand je tourne mal, ça y est,
j’ai mis une croix dessus» (Femme, 18 ans).
Si le support familial est présenté par 9 interviewés comme un rempart
contre les risques, la déchéance morale et sociale et la toxicomanie, la dégradation des liens familiaux, notamment le sentiment d’abandon souvent évoqué
et vécu parfois de façon douloureuse, et la dévalorisation des images parenta-les (absence de statut social, maladie, divorce) constituent des marqueurs biographiques dans nombre de parcours récités. La dislocation socio-affective des
liens élémentaires d’inscription, de socialisation et de sécurisation est reconnue comme ayant des effets dévastateurs sur les parcours (errance, prostitution) et les conduites de risque. Ce faisant, les fonctions psychologiques de
défense et d’ajustement (stratégies d’oubli et de déni) sont structurantes dans
le rapport aux produits et aux motivations associées à leurs usages, dans les
situations d’instabilité, d’incertitude et de solitude vécues.
L’analyse ALCESTE suggère que l’activité discursive des hommes les
plus âgés de l’échantillon est davantage focalisée sur les expériences et le rôle
des produits dans des moments de désarroi ou de galère. La 3
e classe en termes
d’importance dégagée par l’analyse (19,56% d’énoncés), est associée principalement aux modalités « sexe : masculin » (chi2=302,79) et « âge :21-25
ans » (chi2=425,17)
[4]. Les énoncés qui forment cet univers lexical se réfèrent
aux drogues et à leurs effets (mots significatifs
: cannabis, acide, ecstasy, shit,
héroïne, casser, détruire, se droguer) et aux vécus des sujets dans des conditions de rupture et de privation (mots significatifs :
rue, misère, galère, péter
les plombs, combat, crever, bouger, réagir, guerre)
[5]. Le récit de certaines situations extrêmes de souffrance et d’autodestruction (tentative de suicide) met en
scène des conduites ordaliques (Charles-Nicolas, 1985), au cœur même des
expériences de recours aux substances : la drogue est à la fois la scène d’exercice et la source de matériaux impliqués dans ces formes de
coping (utilisation
des drogues pour faire face à la souffrance).
« C’est un ecstasy qui m’a sauvé mon âme, mon âme intérieure, j’étais
tellement, c’était au bout de deux ans de rue, je pétais les plombs, j’étais en
rave j’avais rien pris encore, j’étais mais vraiment glauque, j’avais les lames
de cutter, je m’étais mis dans un coin et ça allait partir quoi, y’a mon collègue,
il est arrivé, il me dit ouvre la bouche, enfin non, il m’a ouvert la bouche, il m’a
foutu un ecstasy dans la bouche il savait pas que c’était un ecstasy, une demi
heure après je me suis relevé et j’ai dansé et après j’ai discuté normalement et
ça m’a, ca m’a fait saper le côté vraiment j’étais mal quoi, je dis pas que, que
c’est bien de prendre de l’ecstasy, je dis que moi dans mon expérience dans ce
contexte-là, ça m’a sauvé, pas la vie, mon esprit quoi, parce que mon esprit
était tellement, parce que, arrivé à un certain niveau tu te mets en mode d’autodestruction, tu vois, t’as rien t’as pas de thune, parce que tu peux t’en apercevoir et te l’avouer a toimême (…) parce qu’après c’est un combat interne dans
ta tête, mais pourquoi je vis, pourquoi ceci, y’a ça qui est bien mais, c’est une
vraie prise de tête, et l’ecstasy ca m’a libéré, toutes ces pensées ont disparu,
enfin ont disparu, ont été mises de côté sur le moment » (Homme, 21 ans).
Les effets résilients du recours signifiés dans ce récit comme promesses
de dégagements (immédiats ou à moyen terme), illustrent les formes que peut
prendre l’expérience de la souffrance et de l’instabilité. Elle induit sa propre
logique d’argumentation qui « se contente de ne pas être concluante » (Bruner,
2000), et projette intentions, actions et conséquences dans le champ des possibles de l’expérience concrète du quotidien et de sa maîtrise. Ces formes extrêmes d’imbrication entre conduites d’autodestruction et usages des produits,
ainsi que les jeux d’ajustement des significations qu’elles médiatisent (l’usage
ayant aussi un « effet salvateur »), nous confrontent à des réalités complexes
des précarités, intéressant la prévention et la prise en charge des souffrances
(psychiques et sociales) et des conduites à risques.
Les médiations d’ordre social, symbolique et psychologique que mettent en
jeu les significations et les fonctions associées aux drogues dans un contexte
de précarité, révèlent la construction des relations à effets pathogènes sur les
plans sanitaire, identitaire et social. Le caractère pathogène de ces relations
dépasse nettement les seuls registres de l’usage abusif et/ou addictif. Les aspects psychosociaux mis en lumière (souffrances psychiques, sentiment de
déclassement, ruptures familiales, rôle socialisant du contexte,…) illustrent
comment ce vécu pathologique s’enracine à l’interface de l’individuel et du
social. L’analyse des expériences privées et sociales des drogues fait apparaître la prédominance des troubles addictifs, au sens psychopathologique
(Pedinielli, Rouan, Bertagne, 1997), en tant que liens de souffrance entre le
sujet et le produit, objet de menace ou d’attrait, réel ou imaginaire. Ces signes
de malaise psychologique et social s’avèrent être des « analyseurs » pertinents
des relations entre les dynamiques représentationnelles, identitaires et comportementales face aux risques et aux conditions existentielles liées à la souffrance, à l’instabilité et aux trajectoires singulières dans l’espace social et
symbolique des précarités.
Les situations analysées renvoient à des réalités hétérogènes et complexes. D’autres recherches sont encore nécessaires pour approfondir l’étude des
processus psychosociaux qui fondent la spécificité des liens entre droguesprécarités. Toutefois, les aspects sanitaires, sociaux, économiques et politiques
que soulèvent ces observations, invitent à considérer avec pragmatisme et
modestie la complexité des questions que pose la prévention des conduites à
risques liées aux produits psychotropes dans les situations de précarité économique, relationnelle et sociale que vivent une partie de jeunes aujourd’hui. On
peut donc souligner qu’une action préventive limitée aux seuls déterminants
informationnels (diffusion de connaissances) ne permettra pas de répondre de
façon appropriée aux situations et préoccupations de cette population. De là, il
faut aussi (re) penser à des missions de prévention primaire ou secondaire qui
passent aussi par l’action sociale et éducative sur les déterminants sociaux,
facteurs pathogènes de vulnérabilité et d’expositionaux risques.
Conclusion : enjeux de contextualisation
pour la psychologie de la santé
Si cette recherche ne permet pas de généraliser les résultats, elle suggère que le
contexte social joue un rôle primordial dans les relations que les sujets construisent avec les drogues. Il y a là un support qualitatif de transférabilité pour
questionner les conceptualisations de l’addiction, au-delà de la seule dimension de la consommation. Les démarches compréhensives et qualitatives (Rouan,
Pedinielli, 2001), notamment celles qui s’inscrivent dans la perspective de la
narrativité (Murray, Chamberlain, 1999), apportent des connaissances sur les
processus de construction de ces objets et sur les logiques d’appropriation des
substances situées dans des contextes d’action et d’inscription sociale. En particulier, ces enjeux de connaissance sont essentiels pour la compréhension des
logiques de dépendance et de prises de risque où se dévoilent les rôles du
besoin et du contexte (Pedinielli, Rouan, 2000). Ces connaissances permettent
d’analyser les dimensions psychologiques, situationnelles et sociales mises en
jeu dans les expériences et les relations, pathologiques ou non, que construisent les sujets avec ces objets.
Sur un plan épistémologique, ces connaissances conduisent notamment à
reconsidérer :
- la complexité fondamentale de la question du sujet psychosocial (Gergen,
- 1991), agent et acteur pourvu d’intentions, inscrit constitutivement dans
un système social et symbolique,
- les paradigmes qui président son mode de connaissance du monde : rationalité et linéarité vs. polyphasie et construction.
En psychologie de la santé, le renforcement des recherches psychosociales
centrées sur l’analyse de la construction des significations et du rôle des médiations micro — et macro-contextuelles offre de possibles renouvellements
théoriques et méthodologiques (Morin, Apostolidis, 2002). Notamment, par
l’inclusion de nouveaux groupes sociaux, en situation réelle sur des terrains
sociaux difficiles, terrains d’étude toujours porteurs de nouveaux questionnements pour la recherche en psychologie (Smith, Harré, Van Langenhove, 1999).
Face à l’écart entre la prévention et la prise en charge sanitaires d’une part, et
les expériences personnelles, sociales des individus et des groupes concernés
d’autre part, ces terrains sont au cœur de la demande sociale de santé publique; ils constituent de surcroît des opportunités de contextualisation pour les
recherches qui confrontent leurs enjeux conceptuels et pragmatiques aux objectifs optimistes ou utopistes de promotion sanitaire.
Reçu en novembre 2002
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[1]
Cette recherche a été réalisée dans le cadre de l’Observatoire Régional de la Santé-PACA
avec le soutien financier des programmes « Santé des jeunes » et « Accès à la Prévention et
aux soins », pilotés par la DDASS-13 et la DRASS-PACA.
[2]
Un dédommagement de 50 francs sous forme de ticket-restaurant était proposé à chaque
personne sollicitée.
[3]
« C’est vrai que l’alcool est mauvais mais je sais pas, moi je trouve que c’est les gens qui
souffrent qui consomment de la drogue »(Femme, 16 ans).
[4]
Le chi2 d’association entre les variables identifiant les sujets et les classes est calculé à partir
d’un tableau de contingence qui croise le marquage ou non des énoncés de chaque classe et
les modalités de la variable considérée (cf. Reinert, 1986).
[5]
Le vocabulaire cité a une valeur de chi2 d’association à la classe supérieure à 10.