2003
Psychotropes
Sociabilités, styles musicaux et usages de substances
psychoactives à 18 ans
Stéphane Legleye
Observatoire français des drogues et des toxicomanies
(OFDT)
François Beck
Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT)
Centre de Recherche Psychotropes Santé Mentale Société (CNRS, Université Paris
5, INSERM — CESAMES)
Aujourd’hui, les niveaux d’usage de substances psychoactives en
population générale sont relativement bien documentés, notamment chez les
jeunes. L’enquête annuelle ESCAPAD, qui interroge plus de 15000 jeunes de 17 à
19 ans en métropole et dans les DOM fournit en 2001 un éclairage assez précis
sur la sociabilité amicale (soirées dans les bars, au restaurant, chez des
amis, conversations téléphoniques,etc.) et les sorties dans des concerts de
différents styles musicaux (rock, reggae, rap, techno,etc.) en isolant des
profils de sociabilités comme des profils de préférences musicales. Il est
ainsi possible de mettre en évidence les liens spécifiques qui existent entre
ces profils de sociabilités et certains usages de substances psychoactives en
les différenciant quantitativement et qua~litativement. Garçons et filles se
distinguent nettement par leurs styles de concerts et par leurs comportements
de consommation. La discothèque est le lieu de sortie musicale le plus commun,
et sa fréquentation est asso~ciée à des ivresses plus fréquentes. L’ivresse
alcoolique est également plus fréquente parmi ceux qui sortent en concert
reggae, en fête techno ou en concert rock. En revanche elle est moins commune
parmi les amateurs de concerts rap, ou d’autres musiques. La proportion
d’usagers réguliers de cannabis est plus importante parmi les adeptes des
concerts reggae, tandis que l’usage d’ecstasy est plus répandu parmi les jeunes
qui sortent souvent en fête techno, et dans une moindre mesure, dans des
concerts de reggae. Bien qu’ils les consomment plus souvent que les jeunes qui
ne sortent que très peu, les amateurs de rock s’avèrent être des consomma~teurs
plus modérés de ces substances.
Mots-clés :
Épidémiologie descriptive, Population générale, Adoles- cent, Psychotropes, Consommation, Musique, Sociabilité, Milieu festif, Rave, Sexe masculin, Sexe féminin.
– Uses of psychoactive substances among adolescents are
relatively well known in France. A general population survey conducted in 2001
during the Roll call day among 15000 17-19 years old included some questions
about sociability (bars, restaurants, diners with friends, phone calls,etc.)
and outings in concert (rock, reggae, rap, techno,etc.). This survey allows to
describe links between these indicators and use of licit and illicit
psychoactive substances. Results show qualitative and quan~titative differences
between life-styles. Boys and girls reveal different by their styles of
concerts and their drug uses. Nightclub is the most common place of outing, and
its frequentation is associated with more frequent drunkenness. Drunkenness is
also frequent among those who go in reggae concert, in techno parties or in
rock’n’roll concerts, but on the other hand, it is less common among the
amateurs of rap or other musics concerts. The proportion of regular users of
cannabis is more important among adolescents who go frequently in reggae
concerts, while the use of Ecstasy is more widespread among adolescents who
often go to techno parties, and to a lesser extent among the young people who
go in reggae concerts. Comparatively, the fans of rock’n’roll concerts prove to
be relatively moderate consumers of these substances.
Objectif et position du problème
En France, dans la plupart des études récentes consacrées en
totalité ou en partie à l’usage de produits psychoactifs en population
générale, le module de questions permettant de préciser la sociabilité et le
mode de vie ou la consommation de loisirs des personnes interrogées, est très
restreint. Ainsi, dans le dernier Baromètre Santé 2000, consacré aux 12-75 ans
(Guilbert
et al., 2001), il est réduit
aux deux items de l’échelle de Duke
[1] (Parkerson
et
al., 1999). Dans le volet français d’ESPAD 1999 (European School
Survey on Alcohol and Other Drugs), enquête européenne auprès des scolarisés de
14 à 19 ans (Choquet
et al., 2002;
Beck
et al., 2002a), il est réduit à
quelques activités pour lesquelles la fréquence est demandée (
jamais,
peu de
fois dans l’année,
une ou deux fois
par mois,
au moins une fois par
semaine,
presque chaque
jour)
[2].
L’enquête CADIS menée en 2000 auprès des scolarisés de 16 à 20 ans (Ballion,
2001) permet par contre des analyses fines sur les sorties (de Peretti
et al., 2003).
Le lien entre usages de produits psychoactifs et sociabilités
est pourtant très important chez les jeunes : c’est ce que permet de montrer
l’exercice 2001 d’ESCAPAD (Enquête sur la santé et les comportements lors de la
journée d’appel de préparation à la défense). Plusieurs éléments invitent en
effet à tenir compte du contexte pour mieux comprendre les usages de produits
psychoactifs. Il y a quelques années déjà, les travaux d’Alain Ehrenberg
(1991,1999) ont initié une réflexion en France sur les liens entre motivations,
contextes d’usages et conséquences des usages de drogues. L’expertise
collective Inserm sur le cannabis insiste quant à elle à plusieurs reprises sur
la nécessité de prendre davantage en compte des éléments du contexte de vie
pour augmenter la qualité des enquêtes (Inserm, 2001). Au niveau
institutionnel, les effets de telles réflexions peuvent aussi être perçus dans
la modification récente du plan triennal de la MILDT (2000) qui montre que la
dangerosité des substances et leur pouvoir addictif sont de plus en plus
considérés globalement en fonction des usages qui en sont faits et du cadre
social dans lequel ils ont lieu, et non plus simplement à partir d’une
classification des substances. Ces différents travaux soulignent ainsi
l’importance de la connaissance des préférences culturelles pour la prévention
des conduites à risque, tandis que plusieurs enquêtes ethnologiques dans les
milieux rock et rap sont en cours. De telles données qualitatives et
quantitatives ne sont pas sans conséquence sur la compréhension même des
relations entre usages de substances psychoactives et santé : les effets sur la
santé mentale de la consommation de cannabis seraient en partie médiatisés par
des éléments de l’insertion sociale et familiale des jeunes consommateurs et
donc largement atténués lorsqu’ils sont pris en compte, ce qui suggère que la
relation entre usage et santé n’est pas uniquement pharmacologique
(Peretti-Watel et al., 2002).
L’objectif de cet article est de présenter quelques résultats
qui soulignent l’intérêt de questionner plus avant les modes de vie pour mieux
comprendre les usages de substances psychoactives. Ce travail complète donc,
dans une certaine mesure, des travaux plus qualitatifs effectués dans certains
milieux festifs, en offrant la possibilité de quantifier les préférences de
sorties à 18 ans, un âge clef pour les usages de produits
psychoactifs.
Données
L’enquête ESCAPAD a été conçue par l’OFDT et est réalisée
grâce au concours de la Direction Centrale du Service National (DCSN); elle est
annuelle (son premier exercice date de 2000). ESCAPAD interroge tous les
appelés présents une semaine donnée lors de la journée d’appel de préparation à
la défense (JAPD) qui remplace le Service National. Les dates de la passation
(24 et 28mars 2001) ont été choisies en concertation avec la DCSN, de façon à
éviter les examens et les vacances scolaires, susceptibles d’entraîner le
recrutement d’un nombre anormalement important de jeunes dont les situations
seraient particulières. ESCAPAD interroge une proportion non négligeable de
jeunes non scolarisés tout en bénéficiant d’un mode de collecte similaire à
celui des enquêtes en milieu scolaire; par ailleurs, la procédure de
convocation de la DCSN, qui limite les chances que les jeunes convoqués
résidant dans une même commune se retrouvent dans la même salle, garantit une
excellente confidentialité. Le questionnaire est élaboré pour qu’un
consommateur mette à peu près le même temps à le renseigner qu’un non
consommateur, afin d’éviter de rendre visible la différence entre eux durant la
passation
[3].
Le taux de participation aux JAPD est de l’ordre de 90%,
sachant que ce ratio (nombre de présents sur le nombre de convocations)
sous-estime la réalité : les appelés sont convoqués à plusieurs dates, et ont
donc plusieurs opportunités de régulariser leur situation s’ils ne sont pas
venus à la première convocation. La JAPD est de fait quasi obligatoire : les
participants se voient remettre un certificat dont la présentation est
nécessaire à l’inscription aux examens ou contrôles soumis à l’autorité
publique (permis de conduire, baccalauréat, examens universitaires…). Bien sûr,
certaines personnes déclarées « définitivement inaptes » sur présentation d’une
carte d’invalidité ou d’un dossier médical (maladie, handicap…) obtiennent le
certificat sans participer à la journée, mais elles représentent à peine 1% des
convoqués en 2001.
Les 24 et 28mars 2001,245 centres JAPD ont été mobilisés pour
recevoir 15582 jeunes. Les 293 questionnaires pour lesquels le sexe ou l’année
de naissance n’étaient pas renseignés ont été écartés de l’analyse, et 100
autres questionnaires ont été exclus parce que des non réponses ne permettaient
pas de définir un usage au cours de la vie pour au moins deux produits parmi le
tabac, l’alcool et le cannabis. Après ce filtrage, l’échantillon exploitable
atteint 15189 adolescents dont 12512 nés en 1983 (8888 filles et 3624
garçons
[4]).
Les taux de non réponse sont très faibles, ne dépassant pas
3% ou 4%, sauf aux questions concernant les fréquentations d’événements
musicaux, où il s’établit entre 1,8% pour les « sorties en boîte, en
discothèque » et 9% pour les deux derniers items (autre style de musique et «
fêtes techno, rave, freeparty et teknival »): une partie de ces non réponses
pourrait résulter d’une défiance face à un possible amalgame entre usage de
produits psychoactifs et sorties musicales, mais, la question étant située en
fin de questionnaire, il est aussi possible que les refus soient dus à la
lassitude, assimilable à une réponse négative sincère (« non je n’ai pas
participé, je ne suis pas concerné »), ou encore à la difficulté de se
reconnaître dans la liste des styles de musique proposés.
Bien que l’enquête ait également eu lieu dans les DOM
[5], seuls les résultats de la
métropole sont traités dans le présent article.
Indicateurs
Les indicateurs utilisés pour mesurer les usages de
substances psychoactives sont : l’expérimentation, qui désigne le fait d’avoir
déjà consommé un produit au moins une fois au cours de sa vie, l’usage
quotidien de tabac (au moins une cigarette par jour au cours des trente
derniers jours), l’usage régulier d’alcool ou de cannabis (plus de 10 fois au
cours des trente derniers jours). Sont également utilisées, pour les douze
derniers mois, les ivresses régulières (plus de10) et la consommation
d’Ecstasy, substance emblématique des pratiques festives techno.
Les indicateurs utilisés pour préciser le mode de vie
rapportent, d’une part des éléments de sorties grâce à la fréquence au cours de
l’année des sorties en concerts (cinq grandes familles de styles musicaux
différents), en discothèque et comme spectateurs de rencontres sportives; de
l’autre, des éléments de sociabilité plus courante grâce à la fréquence des
contacts amicaux, téléphoniques (sur ligne fixe ou portable), dans les bars, en
soirée chez des amis, et en extérieur. En plus de l’examen de chacune de ces
questions séparément, des typologies des sorties et des sociabilités, obtenues
par des classifications ascendantes hiérarchiques sur chacun de ces deux
ensembles de questions, sont présentées et utilisées.
Méthodes
statistiques
Les résultats sont présentés par sexe, les différences étant
testées à l’aide du Chi
[2] de Pearson; par souci de clarté, les significativités
ne sont pas précisées dans le texte, mais toutes les différences signalées sont
significatives (sauf mention contraire) au seuil 0,05 et le plus souvent au
seuil 0,001. Outre ces analyses, des régressions logistiques et des
classifications ascendantes hiérarchiques ont été utilisées. Les calculs ont
été effectués à l’aide des logiciels SAS V8.1 pour les tableaux croisés et les
régressions logistiques, et SPAD V5 pour les classifications.
La classification ascendante hiérarchique (CAH) est une
méthode qui vise à regrouper les individus à partir de leurs réponses à un
ensemble de questions : le but est de les regrouper en classes (appelées aussi
« profils ») homogènes, mais très différentes les unes des autres (en agrégeant
au fur et à mesure les individus qui se « ressemblent » le plus, jusqu’à
obtenir un petit nombre de classes). Pour caractériser chaque classe, il suffit
ensuite de comparer son profil au profil moyen. Comme les autres méthodes
d’analyse des données, la classification a un inconvénient majeur : elle met en
évidence les liaisons statistiques multiples existant entre un grand nombre de
variables, mais ne permet pas de mesurer ni de corriger des « effets de
structure ». Les modèles statistiques de régression permettent justement de
démêler ces effets, c’est-à-dire de mesurer l’influence d’une variable sur une
autre « toutes choses égales par ailleurs », en contrôlant le niveau des autres
variables introduites dans le modèle.
Usages de substances psychoactives
à 18 ans en métropole
Le tabac
À 18 ans, les filles sont un peu plus fréquemment
expérimentatrices (80,7%, contre 78,7% pour les garçons), mais l’usage
quotidien se révèle être un comportement légèrement plus masculin (42,8%
vs 41,1% pour les filles). Les fumeurs
quotidiens, filles ou garçons, déclarent fumer à peu près le même nombre de
cigarettes par jour, le tiers fumant plus de dix cigarettes par jour. Les
écarts entre les sexes sont minimes, le tabac restant le produit psychoactif
pour lequel les usages sont les moins sexuellement différenciés.
L’alcool
À 18 ans, l’usage d’alcool est plus masculin. Si l’écart
entre les sexes est faible pour l’expérimentation (93,3% des garçons contre
91,9% des filles), il augmente avec la fréquence de consommation : les filles
sont ainsi quatre fois moins nombreuses que les garçons à déclarer un usage
régulier (4,4 % vs 16,6%). Cette
différence se retrouve logiquement pour l’ivresse : à 18 ans, les garçons
déclarent ainsi plus souvent avoir déjà été ivres au cours de leur vie (65,0%
contre 49,9%) ou au cours des 12 derniers mois : 57,6% contre 39,8% l’ont été
au moins une fois, 11,0% contre 2,8% l’ont été au moins dix fois (ivresses
régulières).
Le cannabis
L’usage de cannabis est lui aussi sexuellement différencié
: si l’écart entre les sexes est relativement faible pour l’expérimentation
(55,7% des garçons et 45,2% des filles), l’usage régulier (10 fois et plus par
mois) est trois fois plus fréquent parmi les garçons (19,7%
vs 6,9%).
Les autres produits psychoactifs
À 18 ans, l’expérimentation d’autres produits psychoactifs
est nettement plus rare. Les champignons hallucinogènes, le poppers, les
produits à inhaler et l’ecstasy ont chacun été expérimentés par environ 5% des
jeunes, et l’expérimentation des amphétamines, du LSD, de la cocaïne, de
l’héroïne ou du crack est encore plus rare (entre 0,6% et 2% des jeunes les ont
déjà essayés). Ces expérimentations sont toujours plus fréquentes parmi les
garçons, exceptée celle des médicaments psychotropes : 31,1% des filles et
12,4% des garçons déclarent en avoir déjà pris (sans que l’on puisse déterminer
si elle correspond à une prescription médicale ou non).
Tableau 1
Expérimentation des principaux produits
psychoactifs
Tableau 1 Expérimentation des principaux
produits psychoactifs illicites à 18 ans (% en ligne) Cannabis Médicaments
psychotropes* Champignons hallucinogènes Poppers Produits à inhaler Ecstasy
Amphétamines LSD Cocaïne Héroïne Crack Filles 45,2% 31,1% 2,5% 3,4% 3,7% 2,7%
1,2% 1,3% 1,3% 0,8% 0,6% Garçons 55,7% 12,4% 6,9% 5,7% 5,8% 5,0% 2,5% 2,3% 2,5%
1,0% 1,0% *Intitulé utilisé dans le questionnaire: «médicaments pour les nerfs,
pour dormir». Source: ESCAPAD 2001, OFDT.
Toutes les consommations au cours de l’année sont rares, à
l’exception de celles de l’alcool, du tabac et du cannabis et de celle des
médicaments psycho-tropes (8,6% des garçons et 25,2% des filles). Ainsi, 3,9%
des garçons et 2,1% des filles ont déclaré avoir pris de l’ecstasy au cours des
douze derniers mois, toutes les prévalences d’usage des autres substances étant
inférieures à 3% pour les deux sexes confondus.
La sociabilité : lieux de
rencontre et usages du téléphone
Dans l’enquête ESCAPAD, les occasions de contacts amicaux
hors sorties musicales ou sportives au cours des douze derniers mois sont
précisées à partir des fréquences rapportées pour les événements suivants :
passer du temps au téléphone (en distinguant le téléphone fixe du portable),
sortir dans les bars ou en soirée, ainsi que dans les lieux publics ouverts
(les modalités de réponse étant : jamais, moins
d’une fois par mois, au moins une fois
par mois, au moins une fois par
semaine, chaque jour ou
presque). L’analyse montre que les lieux et les moyens de rencontre,
de discussion et d’échanges des garçons et des filles sont relativement
différenciés.
Téléphone portable et ligne fixe
La sociabilité féminine se caractérise par un usage plus
important du téléphone, fixe ou portable. Ainsi, au cours des douze derniers
mois, 64,1% des filles interrogées ont passé du temps avec leurs ami(e)s au
téléphone portable au moins une fois par semaine, et 35,5% chaque jour ou
presque, contre respectivement 58,0% et 30,3% des garçons. De même, 66,6% des
filles ont eu des échanges amicaux au moins une fois par semaine sur ligne
fixe, et 30,6% tous les jours ou presque, contre 53,1% et 21,5% des
garçons.
Les lieux de rencontre
Les rencontres amicales dans les bars et les pubs sont
partagées par les deux sexes : 39,0% des garçons et des filles déclarent s’y
rendre avec leurs amis au moins une fois par semaine. Par contre, les soirées
entre amis (chez des amis ou chez soi) sont plus fréquentes parmi les garçons :
47,5% (contre 37,0% des filles) déclarent avoir participé à de telles soirées
au moins une fois par semaine au cours de l’année. Il en va de même du temps
passé en extérieur (dans la rue ou les parcs): 67,2% des garçons déclarent
avoir passé du temps avec des amis dans des lieux publics ouverts au moins une
fois par semaine, contre 56,4% des filles.
À la fin de l’adolescence, la sociabilité des filles trouve
donc un peu moins souvent place que celle des garçons dans des lieux
susceptibles d’échapper au contrôle des adultes : les soirées privées (à son
domicile ou chez des amis) et les lieux publics ouverts.
Tableau 2
Sociabilité au cours des 12 derniers mois à 18 ans (% en
ligne)
Tableau 2 Sociabilité au cours des 12
derniers mois à 18 ans (% en ligne) Au téléphone portable Au téléphone fixe
Dans un café, un bar, un pub En soirée chez vous ou chez eux Dehors (dans la
rue ou les parcs) Filles Garçons Au moins une fois Chaque jour Au moins une
fois Chaque jour par semaine ou presque par semaine ou presque 64,1 35,5 58,0
30,3 66,6 30,5 52,9 21,4 38,9 10,6 39,1 10,5 36,7 8,1 47,0 12,3 56,4 30,6 67,0
40,6 Lecture: 64,1 % des filles interrogées déclarent passer du temps avec des
amis au moins une fois par semaine au cours de l’année, et 35,5 % le font
presque chaque jour. Source: ESCAPAD 2001, OFDT
Trois profils de sociabilité
Une classification ascendante hiérarchique, réalisée sur un
échantillon standardisé sur le sexe
[6], a permis de distinguer trois dominantes majeures de
sociabilité à partir des réponses obtenues à ces différentes
questions.
-
« Sociabilité intense
»: le premier profil rassemble 41% des jeunes, autant de filles que
de garçons. Ces jeunes cumulent les contacts amicaux : plus des huit dixièmes
disent avoir des communications téléphoniques amicales plusieurs fois par
semaine, au téléphone fixe ou portable; plus de sept sur dix sortent entre amis
dans les bars ou en soirée plusieurs fois par semaine, et plus de huit sur dix
passent du temps entre eux dans des lieux publics ouverts avec la même
fréquence.
-
« Sociabilité modérée et
centrée sur le téléphone »: le deuxième profil regroupe 33% des
jeunes, plus souvent des filles (56,2%). L’usage du téléphone est un peu plus
rare que dans le premier type, en particulier l’usage quotidien du téléphone
portable (21% contre 43%), mais le téléphone fixe reste le principal lien avec
les amis : huit sur dix l’utilisent chaque semaine. En effet, au cours de la
semaine, moins d’un sur cinq a passé du temps avec des amis dans un bar ou en
soirée, à peine plus du tiers dans des lieux publics ouverts.
-
« Sociabilité faible et
de visu »: le troisième profil regroupe 26% des jeunes (plus souvent
des garçons : 56%), et se distingue du précédent par des rencontres et des
contacts plus rares. L’usage du téléphone fixe au cours de la semaine y est
exceptionnel (moins de 2%), et à peine plus d’un sur quatre a utilisé un
téléphone portable. Les contacts, quand ils existent, ont donc essentiellement
lieu de visu: au cours de la semaine,
un jeune sur sept est allé dans un bar avec des amis, moins d’un sur cinq s’est
rendu à une soirée, et quatre sur dix ont passé du temps dans des lieux publics
ouverts.
Les sorties : concerts,
discothèques et rencontres sportives
Des profils de sortie contrastés
À 18 ans, environ une fille sur deux et deux garçons sur
trois déclarent avoir assisté comme spectateur à au moins une rencontre
sportive au cours des douze derniers mois, tandis que le lieu de sortie
musicale le plus fréquenté est la
discothèque: près des trois quarts s’y sont
rendus au moins une fois au cours de l’année (plus d’un sur dix déclare s’y
être rendu au moins une fois par semaine)
[7]. Ces résultats sont proches de ceux obtenus dans
l’enquête auprès des lycéens CADIS 2000 (Ballion, 2001).
Ce sont les concerts de musique
reggae, ragga, dub et
rap, hip-hop qui sont les plus
fréquentés (un jeune sur cinq y est allé au moins une fois dans l’année). Les
concerts de rock, hard rock ont attiré
près d’un jeune sur sept au cours de l’année, et la catégorie
autre style de musique près d’un quart
(cette catégorie composite regroupe sans doute essentiellement les concerts de
funk, soul, R’n B, et variété, mais aussi musique classique et jazz). Pour les
filles, c’est cette catégorie « indéterminée » qui a rencontré le public le
plus nombreux. Les fêtes techno
(rave, free-party et
teknivals) ont attiré plus d’un jeune
sur six au cours des douze derniers mois. Comme pour les autres styles musicaux
proposés, la différence entre les sexes est due pour une grande part aux
individus qui s’y rendent au moins une fois par mois, proportion presque double
chez les garçons. Les catégories de sorties musicales les plus féminines sont
donc la discothèque et la catégorie
composite des concerts d’« autres musiques
»; tandis que les plus masculines sont les concerts
rap, hip-hop ou
rock, hard rock et les
fêtes techno: cependant, aucune n’est
exclusivement masculine ou féminine (tableau).
Tableau 3
Sorties au cours des 12 derniers mois à 18 ans (% en
ligne)
Tableau 3 Sorties au cours des 12 derniers
mois à 18 ans (% en ligne) Type de sortie déclaré À une rencontre sportive En
boîte, en discothèque En concert: Rap, hip-hop Rock, hard rock Reggae, ragga,
dub Autre style de musique À une fête techno (rave, free-party, teknival)
Filles Garçons Au moins une fois Au moins une fois Au moins une fois Au moins
une fois dans l’année par mois dans l’année par mois 47,3 13,9 65,6 28,6 73,0
35,1 71,1 37,1 17,4 3,3 26,5 8,3 12,3 2,0 17,2 4,4 21,2 4,5 25,7 7,2 28,9 4,5
19,7 5,2 13,4 3,9 19,1 7,3 Lecture: 47,3% des filles interrogées déclarent
avoir assisté à une rencontre sportive au cours de l’année, et 13,9 % au moins
une fois par mois. Source: ESCAPAD 2001, OFDT
Lors de l’enquête sur l’Analyse du comportement sexuel des
jeunes (ACSJ) menée en 1994, Lagrange et
al. (1997) avait également sondé les lycéens sur leurs préférences
musicales, obtenant les résultats suivants:
Tableau3bis Quel genre de musique
aimez-vous ? (plusieurs réponses possibles,%) Rock Soul Reggae Sixties Heavy
metal Variété française House/techno Rap, ragga Jazz Classique New-wave Pop
folk Punk Raï Zook Hip-hop Salsa 28,7 27,2 21,5 14,8 14,1 12,7 12,6 12,3 11,4
6,7 6,2 4,7 3,0 2,9 2,4 1,0 0,7 Source: ACSJ 1994, Lagrange et Lhomond
(dir.)
La précision de cette liste rend certainement mieux compte
des styles prisés par les adolescents mais la décennie qui s’est écoulée depuis
l’ACSJ a vu naître ou se développer des courants tels que le hip-hop, le R’n’B,
ou encore, dans une moindre mesure, le reggae et les musiques électroniques. On
retrouve tout de même la prépondérance de styles tels que le rock ou le reggae.
Six profils de sorties
Une classification ascendante hiérarchique réalisée sur
l’échantillon standardisé sur le sexe permet de résumer les sorties musicales
en six profils tranchés. Elle confirme qu’il existe de nettes préférences qui
se traduisent par la rareté des fréquentations de certaines sorties et souligne
aussi qu’à 18 ans, les filles sont moins nombreuses que les garçons à sortir
(elles sont majoritaires dans le profil « sorties
rares») ou qu’elles fréquentent beaucoup plus souvent que les
garçons les concerts d’autres styles de
musique (il est d’ailleurs raisonnable de faire l’hypothèse que ces
concerts sont moins turbulents que la plupart des autres événements musicaux
proposés dans le questionnaire).
- Dominante « rock et cumul de concerts »: ce profil
réunit 11,6% des enquêtés, un peu plus souvent des garçons que des filles
(56,4%). Ces jeunes apprécient tout particulièrement les concerts
rock, hard rock: tous s’y sont rendus
au moins une fois dans l’année (contre 15% dans l’ensemble de l’échantillon),
près d’un quart plus d’une fois par mois (contre 3% dans l’ensemble). Ils
cumulent d’autres sorties musicales, surtout le reggae et la catégorie
autres styles de musique. En revanche,
ils ne sont pas plus nombreux que les autres à s’être rendus en
discothèque.
- Dominante « rap, reggae et discothèque »: ce profil
regroupe 11,4% des jeunes interrogés (62,0% de garçons), qui ont une nette
préférence pour les concerts de musique rap ou reggae. Tous se sont rendus dans un concert ou
un sound system rap, hip-hop (contre
22% dans l’ensemble de l’échantillon), plus d’un tiers plus d’une fois par mois
(contre 5% dans l’ensemble); les quatre cinquièmes ont assisté à un concert
reggae, plus d’un sur cinq plus d’une
fois par mois. Ils sont aussi plus nombreux à être allés en
discothèque ou à avoir assisté à une
rencontre sportive.
- Dominante « fêtes techno et discothèque »: ce profil
rassemble 5,9% des enquêtés (60,2% de garçons), qui manifestent un intérêt
marqué pour les fêtes techno. Au cours de l’année, tous s’y sont rendus au
moins une fois
- (contre 15% dans l’ensemble), et près de 80% plus d’une
fois par mois
- (contre 6%). Presque tous sont aussi allés en
discothèque au moins une fois dans
l’année, et près de 80% au moins une fois par mois. Ils fréquentent aussi les
concerts reggae,
rap, ou les
autres styles de musique. En revanche,
ils assistent rarement à des rencontres sportives.
- Dominante « rencontres sportives et discothèque »: ce
profil réunit 12,6% des jeunes interrogés, surtout des garçons (66,5%). Tous
ces jeunes ont assisté à des rencontres sportives au moins une fois par mois au
cours de l’année (contre 21% dans l’ensemble de l’échantillon). Leur seule
sortie musicale assidue se fait en discothèque, où ils sont un peu plus nombreux
que l’ensemble de l’échantillon à se rendre au moins une fois par mois. En
revanche, ils fréquentent plus rarement les différents styles de concert
proposés dans le questionnaire.
- Dominante « autre style »: ce profil rassemble 12,7%
des enquêtés, surtout des filles (70,7%). Ces jeunes ont une nette préférence
pour les autres styles de musique:
tous (contre 24%) s’y sont rendus au moins une fois dans l’année, près d’un sur
cinq au moins une fois par mois (contre 5%).
- S’ils sont presque aussi nombreux que les autres à
mentionner d’autres sorties au moins une fois dans l’année, ils s’avèrent
beaucoup moins concernés pour des niveaux de fréquentation plus
élevés.
- « Sorties rares » : ce dernier profil regroupe près
d’un jeune sur deux
- (45,9%), un peu plus souvent des filles (54,7%) que des
garçons. Il se caractérise par la rareté de ces sorties, en particulier pour
les concerts et les événements sportifs. La sortie la moins rare reste ici la
discothèque: ils sont à peine plus de
six sur dix à déclarer y être allés cette année, contre
- 72% dans l’ensemble de l’échantillon, et un individu
sur quatre s’y est rendu au moins une fois par mois (contre 36% dans
l’ensemble).
Liens entre sorties, sociabilités
et usages de produits psychoactifs
Par souci de concision, seules les consommations de quelques
substances seront présentées. La sociabilité permet d’opposer nettement les
jeunes qui cumulent les contacts amicaux, téléphoniques ou non (c’est-à-dire le
profil « sociabilité intense »), aux autres, qui se distinguent soit par une
sociabilité modérée centrée sur le téléphone, soit par une sociabilité
relativement faible de visu
(Tableau4). À l’exception du tabac pour lequel les différences sont plus
faibles en raison d’une consommation plus large, les écarts atteignent un
facteur deux à quatre suivant les substances et culminent pour la consommation
d’ecstasy au cours des douze derniers mois.
Tableau 4
Profils de sociabilité et consommations de produits
psychoactifs (% en ligne)
Tableau 4 Profils de sociabilité et
consommations de produits psychoactifs (% en ligne) Profil de sociabilité
«Sociabilité intense» «Sociabilité modérée et centrée sur le téléphone»
«Sociabilité faible de visu » Tabac quotidien 59,6*** 39,2 27,4 Alcool régulier
16,2*** 6,6 6,6 Ivresses régulières (>10 / an) 11,7*** 3,5 3,7 Cannabis
régulier 22,3*** 7,6 6,7 Ecstasy 12 mois 6,2*** 1,2 1,7 *, **, ***, ns: le test
du χ2 compare (au seuil de significativité 0.05,0.01,0.001 et non
significatif), les prévalences de consommation des trois profils de sociabilité
entre eux. L’échantillon est standardisé sur le sexe. Source: ESCAPAD 2001,
OFDT.
De la même façon, les consommations des jeunes des différents
profils de sorties sont très différenciées. À l’exception de la consommation
régulière de cannabis, plus fréquente au sein du profil
rap, reggae, discothèque, c’est le
profil fêtes techno, discothèque qui
présente les prévalences les plus élevées, en particulier pour l’ecstasy. Du
point de vue des consommations, le profil rock,
cumul occupe une position médiane relativement proche du profil
rap, reggae, discothèque, dont il se
distingue néanmoins par une plus grande rareté des consommateurs quotidiens de
tabac et réguliers de cannabis.
Tableau 5
Profils de sorties et consommations de produits psychoactifs
(% en ligne)
Tableau 5 Profils de sorties et
consommations de produits psychoactifs (% en ligne) Profil de sorties Rock,
cumul Fêtes techno, discothèque Rap, reggae, discothèque Rencontres sportives,
discothèque Autres styles Sorties rares Ensemble Tabac quotidien 47,1 71,9 66,4
36,8 33,5 40,0 44,6 Alcool régulier 16,9 28,4 15,2 12,3 6,1 6,1 10,5 Ivresses
régulières (>10 / an) 13,3 18,4 12,4 5,2 4,0 3,7 6,9 Cannabis régulier 18,6
30,5 33,9 7,8 6,4 8,3 13,3 Ecstasy 12 mois 3,5 22,9 5,1 0,8 1,0 1,0 3,0
L’échantillon est standardisé sur le sexe. Source: ESCAPAD 2001, OFDT
Existe-t-il un effet propre à
chaque type de sortie sur l’usage de produits psychoactifs ?
Toutes les sorties ou presque étant statistiquement liées à
des consommations de produits psychoactifs, il importe de mesurer la relation
entre une sortie donnée et un usage de psychoactif donné en contrôlant les
autres sorties, pour neutraliser les facteurs de confusion. Ces mesures «
toutes choses égales par ailleurs » sont faites à l’aide de régressions
logistiques distinguant les filles des garçons, qui présentent des
caractéristiques de sorties et d’usages de produits psychoactifs très
différentes. Pour interpréter les résultats d’une régression logistique, on a
recours à la notion anglo-saxonne d’« odds ratio » (OR). Supposons, par
exemple, que l’on s’intéresse à l’influence des sorties amicales sur les
ivresses régulières parmi les garçons (Tableau6): l’odds ratio associé à la
modalité « est allé dans un café, un bar, un pub au moins une fois par mois »
vaut 2,24. La convention d’interprétation que nous utiliserons sera la suivante
: toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire une fois contrôlés les effets
des autres sorties amicales, un garçon qui est allé au moins une fois par mois
dans un café, un bar, un pub a 2,24 fois plus de chances d’avoir connu des
ivresses régulières qu’un garçon qui n’y est pas allé. Précisons qu’il n’y a
pas en français de traduction bien stabilisée pour « odds ratio » (l’Office
Québécois de la Langue française
[8] propose « rapport de cotes », appellation qui s’avère
peu usitée en France). Il faut simplement garder à l’esprit qu’il ne s’agit ni
d’une probabilité, ni d’un rapport de probabilités.
Tableau 6
Odds ratios ajustés pour les ivresses régulières suivant les
rencontres amicales
Tableau 6 Odds ratios ajustés pour les
ivresses régulières suivant les rencontres amicales Au cours de l’année, avoir
passé du temps avec des ami(e)s au moins une fois par mois Dans un café, un
bar, un pub : oui Réf : non En soirée chez soi ou chez des amis: oui Réf : non
Dehors (dans la rue, dans les parcs) : oui Réf : non Filles odds ratio IC 95 a
3,45*** 2,52 4,72 -1- 2,36*** 1,76 3,16 -1- 1,26 ns 0,94 1,70 -1- Garçons odds
ratio IC 95 a 2,24*** 1,76 2,85 -1- 3,03*** 2,32 3,95 -1- 1,26 ns 0,95 1,68 -1-
*, **, ***, ns: le test du χ2 compare (au seuil de significativité
0.05,0.01,0.001 et non significatif), les prévalences de consommation des trois
profils de sociabilité entre eux. a: intervalle de confiance à 95 %. Source:
ESCAPAD 2001, OFDT
Pour les filles comme pour les garçons, les ivresses
régulières (plus de 10 au cours des 12 derniers mois) ne s’avèrent pas
significativement liées à la fréquence du temps passé dans des lieux publics
ouverts; en revanche, elles sont très liées aux autres types de sorties
amicales, soit dans les bars, soit entre amis (avec un OR dépassant 2). Pour
les filles, ce sont surtout les sorties dans les bars qui comptent (avec un OR
atteignant 3,45), tandis que ce sont surtout les soirées entre amis pour les
garçons (OR=3,03).
Tableau 7
Odds ratios ajustés pour l’usage régulier de
cannabis
Tableau 7 Odds ratios ajustés pour l’usage
régulier de cannabis suivant les rencontres amicales Au cours de l’année, avoir
passé du temps avec des ami(e)s au moins une fois par mois : Dans un café, un
bar, un pub : oui Réf : non En soirée chez soi ou chez des amis: oui Réf : non
Dehors (dans la rue, dans les parcs) : oui Réf : non Filles Garçons odds ratio
IC 95 a odds ratio IC 95 a 1,38*** 1,15 1,65 1,15 ns 0,95 1,39 -1- -1-4,38***
3,60 5,34 4,89*** 3,95 6,05 -1- -1-1,58*** 1,30 1,93 1,65*** 1,31 2,01 -1-
-1-*, **, ***, ns: le test du χ2 compare (au seuil de significativité
0.05,0.01,0.001 et non significatif), les prévalences de consommation des trois
profils de sociabilité entre eux. a: intervalle de confiance à 95 %. Source:
ESCAPAD 2001, OFDT
Pour les deux sexes, l’usage régulier de cannabis est surtout
lié aux soirées (OR >4,3) et, dans une moindre mesure, au temps passé en
extérieur (OR >1,5). Pour les filles, les sorties dans les bars sont
associées à une consommation régulière plus fréquente (OR=1,38), mais ce n’est
pas le cas pour les garçons.
Tableau 8
Odds ratios ajustés pour la consommation d’ecstasy
Tableau 8 Odds ratios ajustés pour la
consommation d’ecstasy au cours des 12 derniers mois suivant les rencontres
amicales. Au cours de l’année, avoir passé du temps Filles avec des ami(e)s au
moins une fois par mois : odds ratio IC 95 a Dans un café, un bar, un pub : oui
1,26 ns 0,91 1,73 Réf : non -1-En soirée chez soi ou chez des amis: oui 4,48***
3,13 6,42 Réf : non -1-Dehors (dans la rue, dans les parcs) : oui 1,11 ns 0,79
1,54 Réf : non -1-Garçons odds ratio IC 95 a 1,68*** 1,14 2,49 -1- 3,70** 2,31
5,91 -1- 1,56 ns 0,94 2,58 -1- *, **, ***, ns: le test du χ2 compare (au seuil
de significativité 0.05,0.01,0.001 et non significatif), les prévalences de
consommation des trois profils de sociabilité entre eux. a: intervalle de
confiance à 95 %. Source: ESCAPAD 2001, OFDT
Enfin, s’agissant de l’usage d’ecstasy au cours de l’année,
les résultats sont plus contrastés selon le sexe. Seules les soirées entre amis
sont associées à l’usage d’ecstasy au cours de l’année pour les filles
(OR=4,48), alors que si ce type de sortie amicale est fortement associé à
l’usage pour les garçons (OR=3,70), les autres types de sorties entre amis ont
une certaine importance (OR >1,68 pour les cafés, et, bien qu’il ne soit pas
significatif de justesse, OR=1,56 pour le temps passé en extérieur).
Tableau 9
Odds ratios ajustés pour les ivresses régulières suivant les
sorties musicales
Tableau 9 Odds ratios ajustés pour les
ivresses régulières suivant les sorties musicales Au cours de l’année, être
allé au moins une fois: En boîte, discothèque: oui Réf : non À un match : oui
Réf : non À un concert rap, hip-hop : oui Réf : non À un concert rock, hard
rock : oui Réf : non À un concert reggae, ragga, dub: oui Réf : non À un
concert autre style: oui Réf : non À une fête techno: oui Réf : non Filles
Garçons odds ratio IC 95 a odds ratio IC 95 a 1,85** 1,21 2,84 2,91*** 2,03
4,17 -1- -1-0,86 ns 0,64 1,16 0,80 ns 0,62 1,05 -1- -1-1,13 ns 0,79 1,61 0,81
ns 0,59 1,10 -1- -1-1,64** 1,13 2,38 1,67*** 1,22 2,29 -1- -1-3,80*** 2,71 5,33
2,91*** 2,17 3,92 -1- -1-0,76 ns 0,54 1,06 0,89 ns 0,65 1,22 -1- -1-2,33***
1,68 3,25 1,73*** 1,30 2,31 -1- -1-*, **, ***, ns: le test du χ2 compare (au
seuil de significativité 0.05,0.01,0.001 et non significatif), les prévalences
de consommation des trois profils de sociabilité entre eux. a: intervalle de
confiance à 95 %. Source: ESCAPAD 2001, OFDT
Pour les filles comme pour les garçons, les ivresses
régulières s’avèrent significativement plus fréquentes parmi ceux qui sont
allés en discothèque, en concerts rock, hard
rock ou reggae, ragga, dub,
ainsi qu’en fête techno. En revanche,
la fréquentation au cours de l’année des rencontres sportives, des concerts
rap, hip-hop ou d’autres styles de musique n’apparaît pas associée à des
ivresses régulières plus fréquentes. Pour les filles, c’est surtout le fait
d’être allé en concert reggae, ragga ou
dub qui s’avère discriminant (avec un OR atteignant 3,80 devant les
fêtes techno 2,33), tandis que pour les garçons les
odds ratios les plus élevés
correspondent au concert reggae, ragga,
dub, mais aussi à la fréquentation des discothèques (avec un OR de 2,91 dans les deux
cas).
Tableau 10
Odds ratios ajustés pour l’usage régulier de
cannabis
Tableau 10 Odds ratios ajustés pour l’usage
régulier de cannabis suivant les sorties musicales ou sportives Au cours de
l’année, être allé au moins une fois par mois: En boîte, discothèque: oui Réf :
non À un match : oui Réf : non À un concert rap, hip-hop : oui Réf : non À un
concert rock, hard rock: oui Réf : non À un concert reggae, ragga, dub : oui
Réf : non À un concert autre style: oui Réf : non À une fête techno: oui Réf :
non Filles odds ratio IC 95 a 1,16 ns 0,94 1,42 -1- 0,70* 0,51 0,94 -1- 1,34 ns
0,86 2,09 -1- 1,59 ns 0,92 2,73 -1- 9,09*** 6,62 12,49 -1- 0,61* 0,38 0,96 -1-
3,19*** 2,20 4,62 -1- Garçons odds ratio IC 95 a 1,63*** 1,32 2,00 -1- 0,66***
0,53 0,83 -1- 1,55* 1,08 2,21 -1- 1,64* 1,01 2,67 -1- 4,27*** 2,93 6,21 -1-
0,71 ns 0,43 1,17 -1- 1,39 ns 0,94 2,06 -1- *, **, ***, ns: le test du χ2
compare (au seuil de significativité 0.05,0.01,0.001 et non significatif), les
prévalences de consommation des trois profils de sociabilité entre eux. a:
intervalle de confiance à 95 %. Source: ESCAPAD 2001, OFDT
S’agissant cette fois de l’usage régulier de cannabis, les
résultats obtenus s’avèrent plus contrastés pour les deux sexes
[9]. Toutes sorties étant
identiques par ailleurs, cet usage est plus répandu parmi les filles qui
fréquentent les
fêtes techno
(OR=3,19), et plus encore parmi celles qui vont en concert
reggae, ragga ou dub, (OR=9,09). Parmi
les garçons, l’odds ratio est également significatif pour les concerts
reggae, ragga ou dub, mais moins élevé
(4,27). En revanche, au contraire de ce que l’on observe parmi les filles, cet
odds ratio est négligeable pour les
fêtes
techno, mais significatif pour les concerts
rock ou hard rock et
rap ou hip-hop, comme pour la
discothèque. Pour les deux sexes, la
fréquentation des
matchs et de
concerts d’autres styles de musique
est associée à un moindre usage de cannabis.
Tableau 11
Odds ratios ajustés pour l’usage d’ecstasy au cours de
l’année
Tableau 11 Odds ratios ajustés pour l’usage
d’ecstasy au cours de l’année suivant les sorties musicales ou sportives. Au
cours de l’année, être allé au moins une fois: En boîte, discothèque: oui Réf :
non À un match : oui Réf : non À un concert rap, hip-hop : oui Réf : non À un
concert rock, hard rock : oui Réf : non À un concert reggae, ragga, dub: oui
Réf : non À un concert autre style: oui Réf : non À une fête techno: oui Réf :
non Filles odds ratio IC 95 a 1,71 ns 0,93 3,14 -1- 0,52*** 0,35 0,77 -1- 1,18
ns 0,76 1,82 -1- 1,09 ns 0,66 1,80 -1- 3,61*** 2,35 5,54 -1- 0,44*** 0,28 0,70
-1- 20,48*** 13,33 31,47 -1- Garçons odds ratio IC 95 a 2,20* 1,09 4,45 -1-
0,82 ns 0,50 1,32 -1- 0,87 ns 0,51 1,47 -1- 1,50 ns 0,89 2,53 -1- 3,15*** 1,86
5,32 -1- 0,80 ns 0,47 1,36 -1- 8,90*** 5,53 14,31 -1- *, **, ***, ns: le test
du χ2 compare (au seuil de significativité 0.05,0.01,0.001 et non
significatif), les prévalences de consommation des trois profils de sociabilité
entre eux. a: intervalle de confiance à 95 %. Source: ESCAPAD 2001,
OFDT
Concernant les relations statistiques entre sorties et usage
d’ecstasy au cours de l’année, les résultats s’avèrent à nouveau relativement
homogènes pour les deux sexes, avec des odds ratios très élevés pour la
fréquentation des fêtes techno, loin
devant celle des concerts reggae, ragga ou
dub. Toutefois, comme pour les modèles précédents, il convient de
noter que les odds ratios significatifs tendent à être plus élevés pour les
filles que pour les garçons, à l’exception notable de ceux observés pour les
sorties en discothèque (plus élevés
pour les garçons).
Les données analysées ici ne permettent pas de mettre en
évidence que les consommations déclarées ont eu lieu lors des événements cités.
Elles ne distinguent pas non plus les différents contextes de consommations :
car si à 18 ans, l’usage régulier de cannabis est plus fréquent parmi les
jeunes que l’usage régulier d’alcool, ce dernier est également beaucoup plus
rarement consommé seul ou avant midi que le premier (Beck
et al., 2002b). Un questionnement plus
étendu sur les motivations et les effets attendus, ou bien encore les contextes
de prises des produits permettrait sans doute d’affiner les résultats.
En revanche, la distinction entre sorties entre amis (bars,
soirées à domicile et temps passé dans les lieux publics) et fréquentations
d’événements musicaux ou sportifs répond à un souci de précision. Les concerts
ou sound systems, les sorties en discothèque ou le fait d’assister à une
rencontre sportive tout comme de passer un moment entre amis dans un bar ou en
soirée sont des occasions de fête, de distraction, des moments de rupture avec
le quotidien qui permettent tout autant qu’un relâchement des tensions, une
expression souvent vive des émotions. Tous ces moments sont des occasions de
consommer de l’alcool, du tabac ou des substances illicites, mais l’intensité
et les objectifs de ces consommations peuvent varier, être plus ou moins
intenses (concerts), plus ou moins routinières (bars ou temps passé dehors), et
plus ou moins festives.
L’interrogation sur la musique a été suggérée, par le biais du
commentaire libre de fin de questionnaire, par les jeunes interrogés durant le
premier exercice d’ESCAPAD, qui ne posait qu’une seule question sur la
fréquentation des fêtes techno au cours de la vie (Beck
et al., 2000). Parmi d’autres marques
plus ou moins ostentatoires, musique et usages de produits psychoactifs sont
deux moyens de se définir et d’affirmer son identité, notamment à
l’adolescence. Mais plus généralement, ces deux pratiques ont été fréquemment
revendiquées comme des moyens d’affirmer son appartenance à une contre-culture
(Morin, 1999). L’écoute de la musique peut produire une sorte d’ivresse, une
modification de l’état de conscience modulable par l’absorption de substances
psychoactives (Fontaine et al., 2001);
de même que l’absorption de ces dernières est susceptible de modifier la
perception de la musique (Becker, 1963, Mignon, 1991). Les mouvements rock,
beatnik, hippie, puis plus récemment le mouvement techno et les raves en sont
des illustrations.
L’utilité de distinguer les styles musicaux provient du fait
que les attitudes à l’égard des substances psychoactives diffèrent d’un
mouvement musical et culturel à l’autre : si dans l’ensemble le courant reggae
valorise la consommation de cannabis et compte en son sein des représentants
qui militent pour sa dépénalisation, d’autres mouvements comme le rock, par
exemple, adoptent une attitude moins homogène, leurs différents sous-courants
exprimant parfois des opinions divergentes, de la prohibition à l’incitation à
l’usage de cannabis (Aquatias, 2002). L’image de l’alcool est plutôt contrastée
: alors que la consommation de whisky et surtout de bière fait partie
intégrante de la fréquentation du mouvement rock (ce qui est visible ici à
travers l’association concert
rock, hard
rock et ivresses régulières
[10]), l’alcool ne bénéficie pas toujours d’une image
aussi claire ou positive dans les autres courants. Quant aux mouvements plus
récents, l’un des traits marquants des manifestations techno les plus radicales
(free party, tecknivals) est peut-être l’accentuation de certaines
caractéristiques de rupture : illégalité et occupation de lieux inhabituels en
marge des centres urbains, publicité opérée par des canaux « clandestins » qui
sélectionne le public, jeux de piste pour y parvenir, absence de contrôle à
l’entrée ou de service d’ordre, public très important et durée des événements,
désir d’ivresse, voire de transe, de nombreux participants (Queudrus, 1998).
Évidemment, tous les événements techno ne correspondent pas à cette description
: il existe de nombreuses manifestations officielles, organisées, avec contrôle
et service d’ordre. Cependant, parce que la fête techno apparaît par bien des
aspects comme plus transgressive et plus idéalement festive que les autres
événements musicaux étudiés ici, il est probable que la consommation de
psychotropes y soit davantage associée (Médecins du Monde, 1999).
Enfin, le recours à l’usage de la typologie des sorties
musicales et sportives conjointement à l’analyse des associations entre sorties
et usages de produits psychoactifs « toutes choses égales par ailleurs » se
justifie par le fait que les consommations sur les lieux festifs varient
notamment avec l’implication dans le milieu culturel. Dans son étude sur le
mouvement rock, Sylvain Aquatias a en effet montré que les consommations du
public varient selon l’âge et la classe sociale bien sûr, mais surtout selon le
degré d’implication dans le courant musical et culturel. La consommation des «
spécialistes », qui se rendent à tous les concerts et sont de très bons
connaisseurs du milieu, est généralement plus élevée que celle des « fidèles »,
un peu moins engagés dans le mouvement, ou que celle des « amateurs » ou des «
périphériques » qui le sont beaucoup moins, sans pour autant que le niveau de
consommation reflète mécaniquement l’intensité de l’implication dans la
pratique musicale (Aquatias, 2003). La définition des profils étudiés
représente probablement une partie de cet engagement mais ne permet pas de
recouper cette typologie du public rock, pour deux raisons. D’abord parce que
nos profils, à l’instar des catégories musicales retenues dans le
questionnaire, masquent des différences très importantes au sein des styles
musicaux. Le courant rock par exemple, n’est pas uniforme : il existe
d’importantes différences entre, parmi d’autres, les courants death métal,
electro rock, fusion, punk, hard rock, bad-cave, rockabilly et pop rock au sein
de la mouvance plus vaste du rock, hard
rock telle qu’évoquée ici. Ensuite, parce qu’au sein d’un
sous-courant musical précis, la nature des événements musicaux, la renommée des
groupes et les types de salles où ils se produisent ont une importance
considérable qui ne peut apparaître ici : la consommation peut être très
intense et excessive durant des concerts décevants, ou mettant en scène des
groupes de faible renommée, et quasi nulle durant des concerts attendus de
longue date, lorsque le groupe sur scène est très réputé, l’ivresse due à la
musique et l’excitation suppléant alors largement à l’ivresse des psychotropes.
Ces remarques valent bien sûr pour les autres styles de musique étudiés dans ce
rapport, tels que les musiques électroniques (Fontaine et Fontana,
1996).
Les résultats suggèrent une différenciation sexuelle des
pratiques d’usage liées aux sorties. D’une part, de façon générale, les usages
de substances psychoactives étant davantage banalisés parmi les garçons, pour
ces derniers les sorties constituent moins que pour les filles des occasions de
consommation privilégiées. D’autre part, concernant plus spécifiquement les
sorties en discothèque, il semblerait que les garçons consomment davantage
lorsqu’ils vont en boîte (avant d’y aller ou lorsqu’ils s’y trouvent), tandis
que les filles fréquenteraient plus souvent ces lieux sans y consommer de
substances psychoactives. Ce résultat n’est pas isolé : il confirme les
résultats obtenus par De Peretti et
al. (2003) lors de l’exploitation secondaire d’une enquête en milieu
scolaire. Cette étude permet de différencier ainsi qualitativement et
quantitativement les profils de sorties musicales ou de sociabilité amicale en
termes d’usages de produits psychoactifs. Il existe en effet de nettes
associations entre la consommation de certains produits et certaines formes de
sociabilités ou certaines préférences musicales, comme par exemple entre les
sorties en concerts rap, reggae et l’usage de cannabis, ou entre les sorties en
fête techno et l’usage de cannabis et de drogues de synthèse. Il est possible
d’interpréter ces associations en terme d’intensité de rupture et de type de
fêtes propres à ces différentes occasions de sorties. Ces résultats viennent
appuyer une première étude sur les préférences de consommations de produits
psychoactifs des jeunes qui suggère qu’il existe de fortes différences entre
consommateurs de cannabis ou d’alcool du point de vue de leurs insertions
scolaires (redoublement, filière professionnelle ou non) et familiales (lieu de
vie, séparation des parents) ainsi que de leurs pratiques sportives et des
violences qu’ils subissent, différences qui doivent s’interpréter en termes de
préférences culturelles et de choix de vie (Legleye
et al., 2002). La même conclusion,
étendue aux choix musicaux, peut être faite ici.
Reçu en avril 2003
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TOOP D., The Rap
Attack, London, Pluto Press, 1984.
[1]
Soit : au cours des huit derniers jours, «
vous avez rencontré des parents ou des amis au cours de
conversations ou de visites», «
vous
avez eu des activités soit de groupe soit de loisir comme des réunions, des
activités religieuses ou d’associations, comme aller…/… …/… au cinéma, faire du
sport, participer à des soirées…» (les modalités de réponses étant
pas du tout,
un peu,
beaucoup).
[2]
«
faire un tour en mobylette ou en
moto juste pour s’amuser», «
jouer à
des jeux sur ordinateurs ou des jeux vidéo», «
participer activement à un sport ou faire de l’exercice »,
« lire des livres pour le plaisir (ne pas tenir compte des livres
d’école)», «
sortir pour la soirée (en
discothèque, au café, à une fête, etc.)», « autres passe-temps (jouer d’un
instrument, chanter, dessiner, écrire, etc.)».
[3]
Pour une présentation plus détaillée, cf. Beck
et al., (2000,2002b).
[4]
Ce déséquilibre résulte d’une contrainte administrative : par
construction, le numéro de convocation des filles est plus élevé que celui des
garçons, ce qui fait qu’elles sont plutôt convoquées en fin de trimestre (ici,
fin mars).
[5]
Pour la méthodologie cf. Beck
et
al. (2002b), et les résultats, cf. Peretti-Watel
et al. (2001a, 2001b, 2001c).
[6]
Cela revient à affecter un poids plus lourd aux garçons, qui
sont moins nombreux dans l’échantillon.
[7]
Une question à choix multiple permet de connaître la fréquence
de quelques types de sorties au cours des douze derniers mois (
jamais,
moins
d’une fois par mois,
au moins une fois
par mois,
au moins une fois par
semaine). Les styles musicaux proposés sont des appellations larges
des principaux courants musicaux actuels. L’examen de la littérature sur les
consommations dans les milieux festifs, notamment techno (Fontaine
et al., 2001; Médecins du monde,
1999), rock (Aquatias, 2002) et rap (Toop, 1984) a guidé le choix de ces
catégories. Néanmoins, les catégories retenues présentent l’inconvénient d’être
vagues, surtout la catégorie « autre style de musique ».
[8]
Disponible sur
www. granddictionnaire.
com
[9]
Le choix de ne retenir ici que les individus s’étant rendus au
moins une fois par mois au cours de l’année (plutôt que tous ceux s’étant
rendus au moins une fois au cours de l’année, comme pour les ivresses
régulières) s’explique par la période retenue pour l’usage régulier de cannabis
(le mois). Ce choix augmente le contraste observé dans la mesure où il cible
des niveaux plus intensifs de sorties.
[10]
Excès en tout genre, puissance sonore, performances musicales,
dépassement de soi et abus de drogues sont fréquemment associés au milieu rock;
dans le film culte
This is Spinal Tap
(1984) le guitariste Nigel Tufnel résume cette inclination dans une réplique à
propos de la commande du volume d’un « ampli » sur mesure : « this one goes to
eleven ».