2003
Psychotropes
Sorties en discothèques et usage de substances
psychoactives
Exploitation d’une enquête représentative menée auprès des
lycéens
[1]
Gaël De Peretti
École Nationale de la Statistique et de l’Administration
Economique (ENSAE)
François Beck
Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies
(OFDT),Centre de Recherche Psychotropes Santé Mentale Société (CNRS, Université
Paris 5, INSERM — CESAMES)
Stéphane Legleye
Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies
(OFDT)
La description du lien entre les sorties et l’usage de produits
psychoactifs a fait l’objet de nombreuses études, mais rarement dans le cadre
d’enquêtes en population générale. Le présent article s’attache à étudier ce
lien dans une population de lycéens de 15 à 19 ans. Il confirme l’existence
d’une corrélation positive entre la fréquence des sorties en discothèques et le
niveau d’usage et ce quels que soient l’âge, le sexe et le produit consommé. Il
montre en particulier que cette corrélation n’est pas le fait d’autres
variables de type socio-démographique ou de loisir et que le fait de sortir
fréquemment (plus d’une fois par mois) en discothèque multiplie environ par
deux la probabilité d’être un consommateur régulier de tabac, d’alcool et de
drogues par rapport à une personne qui n’y va pas ou seulement rarement, le
cannabis étant la seule exception notable. Enfin, il souligne l’importance de
la mise en place de politiques préventives au sein des discothèques. En effet,
non seulement la discothèque est le lieu privilégié des ivresses des
adolescents mais de plus, un quart des personnes qui ont conduit lors de leur
dernière sortie et qui sortent régulièrement en discothèque ont déclaré avoir
bu plus de cinq verres d’alcool au cours de la soirée.
Mots-clés :
Épidémiologie descriptive, Enquête, Milieu scolaire, Alcool, Tabac, Cannabis, Psychotropes, Rave, Conduites à risque, Sécurité routière.
Studies on the link between clubbing and drugs use are current
but few of them are conducted in the context of general population surveys. The
present article tries to describe the relationship between outings in disco and
the use of substances psychoactives among high school students aged of 15 to 19
years in France. It confirms a positive relationship between the frequency of
outings and the level of use, whatever age, gender and psychoactive products
are. It shows in particular that this relationship is not due to other
socio-demographic or leisure variables. Frequent outings (more than once per
month) in disco multiplies thereabouts by two the probability to be a regular
consumer of tobacco, alcohol and drugs. Can~nabis is the only notable
exception. Finally, it underlines the importance of developing a prevention
policy within discos. Indeed, disco appears to be the main place of drunkenness
for adolescents and, moreover, a quarter of people who rode a car after their
last outing and who go out regularly in disco have drunk at least five glasses
of alcohol during this outing.
La plupart des études récentes portant sur le lien entre
sorties et usages de drogues se concentrent sur le très médiatique milieu
festif techno (Adalf et Smart, 1997; Ingold, 1999; Fontaine
et al., 2001; Vanthournhout, 2001) et
portent moins souvent sur les discothèques. Ainsi, lors de l’enquête de
Médecins du Monde (1999) sur le milieu techno, seuls 13% des 1000 entretiens
d’un échantillon principalement recruté en free-party ou en teknival avaient
été menés en «club». Certaines études
ciblées ont été menées auprès du public des discothèques : en Angleterre, par
exemple, Measham et al. (2001) ont
montré une augmentation des consommations de produits psychoactifs autres que
l’alcool et le tabac sur la dernière décennie et le développement d’un usage
déclaré comme récréatif associé étroitement à la pratique de la danse, d’autres
études illustrant plus précisément la place particulière occupée par l’Ecstasy
dans ce contexte (Ter Bogt et al.,
2002; Allaste et Lagerspetz, 2002). Parce qu’elles sont liées aux loisirs et à
la danse, une caractéristique de ces consommations en club est qu’elles sont
souvent amplifiées au cours de vacances (Elliot et al., 1998).
Les méthodes de type ethnographique utilisées pour enquêter
auprès des clubbers ou des participants aux fêtes techno ne permettent
toutefois pas de se faire une idée précise de la fréquence de leurs
comportements d’usage, ni de les comparer de façon systématique à ceux du reste
de la population, parce qu’il ne s’agit pas d’enquêtes quantitatives en
population générale. Elles imposent ainsi certaines précautions dans
l’interprétation, qui ne sont pas toujours respectées dans les reprises
médiatiques. C’est ce qu’illustre le cas d’une étude rigoureuse menée dans
plusieurs pays européens avec la même méthodologie, qui explorait les contextes
de prise de risque liée aux consommations de produits psychoactifs et offrait
une dimension comparative utile à la prévention (Calafat
et al., 1998). Peu après la
communication des résultats, le quotidien El
Pais du 18juin 2000, s’appuyant sur l’enquête barcelonaise de cette
étude, faisait référence à un rapport officiel révélant que 41% des Espagnols
de 15-29 ans, avaient déjà pris de la cocaïne, l’article s’inquiétant par la
suite de la débauche de l’ensemble de la jeunesse espagnole, là où
l’échantillon ne comprenait que des individus rencontrés en discothèque et en
afters, dans les quartiers branchés de
Barcelone (Beck et Diaz-Gomez, 2001).
En France, d’autres types d’études quantitatives permettent
d’évaluer l’importance des comportements d’usage de produits psychoactifs de la
population en rapport avec les sociabilités et les sorties musicales. Une étude
de l’Institut de Recherches Scientifiques sur les Boissons (IREB, 1996) a
montré certains résultats sur le lien entre consommations d’alcool et sorties
dans les bals ou en boîte de nuit. Ils
reposent sur l’exploitation d’une enquête longitudinale menée en 1985,1990 et
1995 auprès d’une population de 159 hommes âgés de 23 à 28 ans en 1985 et d’une
enquête rétrospective menée en 1995 auprès de 387 hommes du même âge. Cette
étude montre que, sans surprise, les boissons alcoolisées sont le plus
fréquemment consommées à l’occasion de sorties dans les boîtes de nuit, bals et
fêtes (69% des personnes qui sont sorties en boîte ou assimilés ont consommé
des boissons alcoolisées), à l’occasion de repas entre amis (88%), au
restaurant (80%) et au café (68%). Elle montre aussi qu’un tiers des jeunes
hommes se rendant en discothèque n’y boivent pas d’alcool, alors que ce
comportement d’abstinence est plus rare au cours des repas. Plus précisément,
les boissons consommées diffèrent selon les circonstances et les âges de la
vie. Si le vin est évidemment le produit le plus consommé au cours des repas et
la bière dans les cafés, le whisky arrive en tête dans les discothèques (34%
des jeunes hommes déclarent en boire) devant la bière 31%. Dans la tranche
d’âge inférieure (18-23 ans), lorsque ces individus avaient été interrogés en
1990, ils avaient cité avant tout les cocktails alcoolisés (39%) puis les
spiritueux « blancs » (vodka et gin à 31%), la bière (30%), le whisky
n’arrivant qu’en quatrième position (27%) parmi les consommations d’alcool en
discothèque. Par rapport aux études précédentes, elle interroge un échantillon
issu de la population générale, ce qui permet de comparer le comportement de
ceux qui sortent en boîte à celui des autres. Cependant, si les résultats de
cette étude sont très détaillés sur les types de boissons alcoolisées
consommées, ils ne concernent que les hommes et reposent sur des échantillons
de taille assez faible.
Il s’agit donc ici de chercher à cerner les liens entre sorties
en discothèques et usages de substances psychoactives à partir d’un échantillon
de lycéens qui, s’il n’est pas complètement représentatif de l’ensemble des
adolescents français, constitue une base de travail intéressante pour une
approche générale du phénomène.
Présentation de l’enquête
Cette enquête a été menée de janvier à mai2000, sur un
échantillon total de 6231 lycéens scolarisés dans 14 lycées d’enseignement
général et technique, dans 9 lycées polyvalents et dans 10 lycées
professionnels de l’enseignement public (Ballion, 2001). La passation, d’une
durée de 50 minutes, a eu lieu pendant une heure de cours. Il s’agissait d’une
enquête par auto-questionnaire, mode de collecte privilégié pour
l’interrogation des jeunes en France (Beck, Peretti-Watel, 2001) comme à
l’étranger (Smit et al., 2002; Hibell
et al., 2000), notamment en l’absence
de méthodes sophistiquées et coûteuses telles que l’utilisation d’ordinateurs
portables et de systèmes audios (Turner et
al., 1998; Rodgers et al.,
1999).
Dans chaque établissement a été tiré un échantillon de classes
stratifié par filière et par niveau. Le sondage s’est fait par grappe (tous les
élèves de chacune des classes étant interrogés), chaque établissement ayant été
tiré aléatoirement parmi 15 départements
[2] sélectionnés par choix raisonné, selon
leur taille et afin d’être bien répartis sur le territoire national. Le plus
souvent, la passation de l’auto-questionnaire a été assurée par un membre du
personnel médical (infirmière scolaire), à défaut de quoi il était remplacé par
un conseiller principal d’éducation ou par le professeur principal. Les
consignes invitaient toutefois clairement le proviseur à éviter au maximum ce
cas de figure.
Six établissements ont refusé l’enquête, invoquant à chaque
fois une situation de conflit entre les différentes catégories du personnel et
le ministre de l’époque, Claude Allègre. Comme dans les autres enquêtes en
milieu scolaire effectuées en France à la fin des années quatre-vingt-dix
(Ballion, 1998; de Peretti et Leselbaum, 1995 et 1999; Choquet
et al., 2000), aucun remplacement n’a
été effectué pour ces établissements et aucun redressement n’a été réalisé sur
cet échantillon. Le taux d’absentéisme, relevé par la personne assurant la
passation, atteint 7% dans l’ensemble des lycées. Par ailleurs, 1% des
questionnaires ont été récupérés vierges ou jugés inexploitables (c’est-à-dire
comprenant de trop nombreuses incohérences ou plus de la moitié des questions
non répondues). Cette enquête était présentée aux lycéens comme une « enquête
sur la scolarité et les loisirs des lycéens ». L’échantillon de départ contient
51,3% de garçons et 48,7% de filles. Ils sont pour la plupart nés entre1980
et1984 (seuls 3,2% d’entre eux sont nés avant 1980 et 1,2% après 1984). Tous
les résultats présentés ici s’appuieront sur cette population d’individus nés
entre1980 et1984, les plus jeunes (n=75) et les plus vieux (n=198) ayant des
caractéristiques trop atypiques
[3]. Par convention, l’âge a été déterminé par la formule
1999 – (année de naissance), aussi, à l’instar des enquêtes en milieu scolaire
menées en France, appellerons-nous « les 15 ans » les lycéens nés en 1984.
Consommation de substances psychoactives
Tableau 1
Usage de produits psychoactifs chez les lycéens de 15 à 19
ans
Tableau 1 Usage de produits psychoactifs chez
les lycéens de 15 à 19 ans TABAC N’a jamais Ancien fumeur Fumeur Moins de 10
Plus de 10 fumé occasionnel par jour par jour Filles 37,6 % 15,7 % 14,9 % 19,4
% 12,4 % Garçons 40,3 % 14,8 % 14,5 % 17,2 % 13,3 % CANNABIS Jamais Au moins
une fois Au moins une fois Plus de dix fois dans dans sa vie dans l’année le
mois (régulier) Filles 64,3 % 35,7 % 28,5 % 5,4% Garçons 53,3 % 46,7 % 38,8 %
13,7 % ALCOOL Jamais Occasionnellement Régulièrement Filles 32,5 % 62,1 % 5,4%
Garçons 26,9 % 57,5 % 15,6 % IVRESSE (AU COURS DES 12 DERNIERS MOIS) Aucune
fois 1 ou 2 fois 3 à 9 fois 10 fois et + (régulières) Filles 57,8 % 25,6 % 13,4
% 3,3% Garçons 43,9 % 23,1 % 20,2 % 12,9 % AUTRES DROGUES (AU COURS DES 12
DERNIERS MOIS) Jamais dans sa vie Aucune fois 1 ou 2 fois Plus de 3 fois dans
l’année dans l’année dans l’année Filles 89,4 % 7,2% 1,6% 1,8% Garçons 85,6 %
7,9% 2,0% 4,5% Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.
Les prévalences observées sont généralement inférieures aux
résultats de l’enquête ESPAD menée en 1999 auprès des jeunes scolarisés de
France métropolitaine, en particulier pour l’expérimentation des produits
(tabac 77,5%, alcool 90,6% et cannabis 47,2%). Les différences constatées sur
le tabac et l’alcool peuvent en partie s’expliquer par la formulation des
questions dans l’enquête CADIS2000. Toutefois, les niveaux de consommation
régulière restent relativement proches de ceux d’ESPAD, comme de ceux mesurés
dans une enquête menée en 1998 auprès des lycéens parisiens (de Peretti et
Leselbaum, 1999) pour le tabac (50,9% de non fumeur et 34,1% de fumeurs
réguliers), l’alcool (28,3% de non consommateurs et 9,1% de consommateurs
réguliers) et le cannabis (49,5% des garçons et 37,3% des filles ont
expérimenté le cannabis, 34,4% des lycéens ont fumé au moins une fois dans
l’année et 9% au moins dix fois dans le mois).
Parmi les loisirs des lycéens hors de leur domicile, aller en
discothèque est une activité courante. La sortie la plus fréquente est le
cinéma (95,7% s’y rendent au moins de temps en temps et 56,0% au moins une fois
par mois) devant les cafés et les promenades en ville
[4] (91,3% s’y rendent au moins de temps en
temps et 68,6% au moins une fois par mois). Viennent ensuite, les fêtes chez
des amis (89,1% s’y rendent au moins de temps en temps et 51,3% au moins une
fois par mois), puis la fréquentation des boîtes de nuit (60,5% s’y rendent au
moins de temps en temps et 32,1% au moins une fois par mois). Seuls quatre
lycéens sur dix ne sont pas concernés par cette activité. Les autres sorties
proposées dans le questionnaire (musée, expositions, théâtre, opéra, concert,
maison de jeunes) sont nettement plus rares. Il faut noter que 14,9% de
l’échantillon citent un autre type de sortie.
Parmi ces activités, certaines, telles que la fréquentation des
musées ou des expositions ou encore celle du théâtre ou de l’opéra, sont plutôt
féminines (respectivement 33,3% vs
22,6% et 22,7% vs 10,7%), d’autres
impliquent plus souvent les garçons : la fréquentation des maisons de jeunes
concerne 36,1% des garçons vs 25,3%
des filles.
Tableau 2
Fréquentation des discothèques selon le sexe (% en
ligne)
Tableau 2 Fréquentation des discothèques selon
le sexe (% en ligne) Garçon Fille Total Effectif total Jamais, rarement 38,0 %
41,6 % 39,8 % 2252 De temps en temps 27,7 % 29,1 % 28,4 % 1605 Une fois par
mois 13,1 % 12,2 % 12,7 % 716 Plus d’une fois par mois 21,1 % 17,1 % 19,1 %
1080 Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.
Enfin, certaines activités sont peu sexuées : c’est le cas des
fêtes chez des amis (31,9% des garçons déclarent aller à des fêtes chez des
amis plus d’une fois par mois contre 26,4% des filles) ou des sorties en
discothèque (21,1% des garçons déclarent aller en discothèque plus d’une fois
par mois contre 17,1% des filles).
Tableau 3
Fréquentation des discothèques selon l’âge (% en
ligne)
Tableau 3 Fréquentation des discothèques selon
l’âge (% en ligne) 15-16 ans 17 ans 18-19 ans Total Jamais, rarement 49,3 %
34,8 % 28,8 % 39,8 % De temps en temps 28,5 % 30,3 % 26,0 % 28,4 % Une fois par
mois 9,2% 16,0 % 15,1 % 12,7 % Plus d’une fois par mois 13,0 % 18,9 % 30,1 %
19,1 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.
L’effet de l’âge sur la fréquentation des discothèques est
important. Plus les lycéens sont âgés, plus leurs sorties en discothèque sont
fréquentes : environ la moitié des 15-16 ans s’y rend au moins de temps en
temps, c’est le cas de plus des deux tiers des 18-19 ans. Cet écart se
concentre essentiellement sur les jeunes qui pratiquent cette activité plus
d’une fois par mois : 22,2% des 15-16 ans sont dans ce cas contre 45,2% des
18-19 ans. Cette constatation invite à la prudence : il s’agira de ne pas
confondre l’effet de la fréquence des sorties avec celui de l’âge.
Liens entre fréquentation des discothèques et usage de substances
psychoactives
Avant de commenter plus précisément les liens qui peuvent
exister entre sorties en discothèque et consommation de produits psychoactifs,
il faut préciser que les comportements de consommation ne sont pas
contextualisés dans cette enquête, c’est-à-dire qu’il n’est pas possible de
connaître le lieu de consommation. Une question sur l’ivresse permet toutefois
de circonstancier le dernier épisode, la discothèque faisant partie des
modalités de réponse proposées aux jeunes.
Statut tabagique et fréquentation
des discothèques
Tableau 4
Usage actuel de tabac selon la fréquentation des
discothèques (% en ligne)
Tableau 4 Usage actuel de tabac selon la
fréquentation des discothèques (% en ligne) Jamais, rarement De temps en temps
Une fois par mois + d’une fois par mois Total N’a jamais fumé 53,0 % 36,1 %
29,1 % 20,1 % 38,9 % Ancien fumeur 14,2 % 17,7 % 14,6 % 14,6 % 15,3 % Fumeur
occasionnel 13,6 % 15,9 % 16,8 % 13,6 % 14,6 % Moins de 10 par jour 12,3 % 19,3
% 23,6 % 26,4 % 18,4 % Plus de 10 par jour 7,0% 11,1 % 15,9 % 25,3 % 12,8 %
Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.
L’usage de tabac est fortement corrélé avec la fréquentation
des discothèques : plus elle est régulière, plus le niveau de consommation de
tabac est élevé. Ce lien est plus fort chez les filles (V de Cramer
[5] de 0,17 pour les garçons et
0,19 pour les filles): elles sont plus nombreuses à fumer au moins
occasionnellement dès lors qu’elles sortent plus d’une fois par mois (69,1%
pour les filles contre 62,0% pour les garçons).
Consommation de boissons
alcoolisées et fréquentation des discothèques
Tableau 5
Usage actuel de boissons alcoolisées selon la fréquentation
des discothèques
Tableau 5 Usage actuel de boissons
alcoolisées selon la fréquentation des discothèques par sexe (% en ligne)
Jamais, rarement De temps en temps Une fois par mois + d’une fois par mois
Total Garçons Expérimentation Usage régulier 60,6 % 7,6% 78,6 % 11,8 % 81,9 %
22,2 % 84,4 % 30,4 % 73,4 % 15,5 % Filles Expérimentation Usage régulier 51,4 %
2,4% 73,7 % 4,7% 79,5 % 5,5% 88,2 % 13,8 % 67,7 % 5,4 % Source: CADIS 2000,
exploitation OFDT.
L’usage de boissons alcoolisées est également très lié à la
fréquentation des discothèques : parmi ceux qui n’y vont pas ou rarement, seuls
5,0% consomment de l’alcool régulièrement alors qu’ils sont presque un quart
parmi ceux qui y vont plus d’une fois par mois.
Plus que dans le cas du tabac, les comportements d’usage de
boissons alcoolisées apparaissent fortement sexués. Pour l’expérimentation,
l’écart entre les filles et les garçons se réduit en fonction des fréquences de
sortie en boîte, voire s’inverse : les filles qui sortent plus d’une fois par
mois ont plus fréquemment expérimenté l’alcool que les garçons se trouvant dans
le même cas (88,2% contre 84,4%). Mais la répartition des usages plus fréquents
est très différente. La fréquence de consommation d’alcool des filles
n’augmente pas beaucoup avec la fréquence de sortie en discothèque : si près de
5% de celles qui sortent de temps en temps en discothèque boivent de l’alcool
régulièrement, ce n’est le cas que de 13,8% de celles qui s’y rendent plus
d’une fois par mois. Chez les garçons, le lien est plus fort : 11,8% des
garçons qui vont de temps en temps en discothèque boivent régulièrement de
l’alcool, contre 30,4% parmi ceux qui s’y rendent plus d’une fois par
mois.
Tableau 6
Fréquence des ivresses au cours des douze derniers mois
selon la fréquentation
Tableau 6 Fréquence des ivresses au cours
des douze derniers mois selon la fréquentation des discothèques par sexe (% en
ligne) Jamais, rarement De temps en temps Une fois par mois + d’une fois par
mois Total Garçons Au moins 1 fois 10 fois et plus 38,3 % 6,5% 55,8 % 8,0% 71,8
% 14,3 % 78,2 % 29,1 % 56,2 % 12,8 % Filles Au moins 1 fois 10 fois et plus
27,4 % 1,6% 44,8 % 2,8% 52,4 % 1,8% 66,1 % 8,8% 42,3 % 3,2 % Source: CADIS
2000, exploitation OFDT.
Sans surprise, ce lien se retrouve avec l’ivresse : ceux qui
vont le plus rarement en boîte sont cinq fois moins nombreux que ceux qui y
vont plusieurs fois par mois à avoir connu des ivresses régulières (plus de dix
au cours des douze derniers mois). Le profil de ceux qui vont le plus souvent
en boîte est très varié : un cinquième déclare des ivresses régulières, le
reste se répartissant de façon à peu près égale dans les trois autres
catégories de fréquences (le profil le plus commun est celui des lycéens ayant
été ivres une à deux fois au cours de l’année).
Comme les usages d’alcool, les comportements d’ivresses sont
fortement sexués : 56,2% des garçons déclarent avoir été ivres au cours de
l’année contre 42,3% des filles, les écarts étant d’autant plus importants que
la fréquence des ivresses augmente. Ainsi parmi les garçons qui sortent plus
d’une fois par mois en boîte, plus d’un quart a connu 10 ivresses ou plus au
cours de l’année contre seulement un douzième des filles.
Les effets de l’âge sont plus délicats à décrire. Chez les
garçons, les ivresses régulières sont plus fréquentes parmi les plus âgés en
particulier pour ceux qui sortent régulièrement en boîte (17,3% pour les 15-16
ans, 23,5% pour les 17 ans et 28,0% pour les 18-19 ans). Cependant, du fait de
la faiblesse des effectifs, les écarts ne sont pas toujours significatifs (au
seuil de 10%). Cette tendance ne se retrouve pas chez les filles : plus elles
sont âgées et plus elles sortent en boîte mais moins ces sorties semblent liées
à des consommations d’alcool ou à des ivresses. En effet, parmi celles qui
sortent régulièrement en boîte, la part des filles ayant connu trois
ivresses
[6] ou plus au
cours de l’année décroît avec l’âge (33,7% pour les 15-16 ans, 27,2% pour les
17 ans et 23,7% pour les 18-19 ans). Une fois encore, la faiblesse des
effectifs ne permet pas toujours de conclure à des écarts significatifs (au
seuil de 10%). Enfin, il faut préciser que les consommations n’étant pas
contextualisées, les consommations d’alcool et donc les ivresses n’ont pas
forcément lieu en discothèque. Toutefois, la probabilité que ce soit
effectivement le cas est forte.
Lieux d’ivresse
Une autre question sur l’ivresse permettait de
circonstancier le dernier épisode. Parmi les lycéens qui ont déjà connu
l’ivresse, le dernier endroit où un tel événement s’est produit est avant tout
la discothèque : presque un quart (23,6%) la citent alors que 14,8% citent leur
domicile, 13,6% la rue, un parc ou un autre endroit en plein air et 12,2% un
bar (seuls 2,6% citent leur lycée). Plus les jeunes sortent en discothèque,
plus la probabilité que leur dernière ivresse ait eu lieu en discothèque est
importante. Environ 42% de ceux qui sortent plus d’une fois par mois en boîte
ont cité la discothèque comme dernier lieu d’ivresse, alors qu’inversement, la
discothèque est le lieu de la dernière ivresse de près de 30% des jeunes qui
déclarent des ivresses régulières. Ainsi, la discothèque ne serait pas
seulement un lieu de consommation d’alcool mais aussi un lieu d’ivresse.
Consommation de drogues illicites
et fréquentation des discothèques
Tableau 7
Usage de cannabis selon la fréquentation des
discothèques
Tableau 7 Usage de cannabis selon la
fréquentation des discothèques par sexe (% en ligne) Jamais, rarement De temps
en temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total Garçons Au moins 1 fois
Dont 10 fois et dans l’année plus dans le mois (régulier) 26,4 % 9,0% 37,6 %
12,1 % 48,8 % 14,2 % 55,2 % 22,6 % 38,5 % 13,4 % Filles Au moins 1 fois Dont 10
fois et dans l’année plus dans le mois (régulier) 19,9 % 4,8% 28,4 % 4,3% 33,8
% 6,9% 45,4 % 7,6% 28,4 % 5,4 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.
Alors qu’un tiers des 15-19 ans a déjà consommé au moins une
fois du cannabis au cours de l’année, c’est le cas de la moitié de ceux qui
sortent plus d’une fois par mois en discothèque. Le lien entre fréquence de
consommations et de sorties apparaît plus fort chez les garçons que chez les
filles. Ainsi, plus d’un cinquième des garçons qui sortent plus d’une fois par
mois en discothèque a fumé du cannabis de façon régulière, soit environ trois
fois plus que les filles.
L’usage des autres substances psychoactives est rare. Afin de
pouvoir résumer l’ensemble des informations et décrire simplement la
population, nous avons créé un indicateur synthétique à partir des
consommations déclarées d’amphétamines, de LSD, d’ecstasy, de cocaïne, de
crack, d’héroïne, et de produits à inhaler. Cet indicateur distingue quatre
classes d’usagers :
- Individus n’ayant consommé aucune substance au cours de
leur vie;
- Individus ayant expérimenté l’une de ces substances mais
n’en ayant pas consommé dans l’année;
- Individus ayant consommé l’une de ces substances dans
l’année mais aucune plus de deux fois;
- Individus ayant consommé au moins l’une de ces substances
trois fois et plus dans l’année.
Cet indicateur privilégie la fréquence d’usage d’un même
produit plutôt que l’usage exceptionnel de nombreux produits : il isole donc
plutôt des individus qui ont dépassé le stade de l’expérimentation, même si les
niveaux d’usages en question restent bas (il n’est bien sûr pas question de
parler d’abus ou de dépendance avec un tel indicateur).
Les comportements de consommation sont, comme souvent,
différents selon le genre. Les garçons sont plus souvent expérimentateurs
(14,2% contre 10,5%) ou consommateurs dans l’année (6,3% contre 3,3%). Cet
écart entre les genres est important en particulier parmi les lycéens qui ont
consommé plus de trois fois la même substance pendant l’année (4,3% contre
1,7%).
Tableau 8
Usage d’autres produits psychoactifs illicites au cours des
douze derniers mois
Tableau 8 Usage d’autres produits
psychoactifs illicites au cours des douze derniers mois selon la fréquentation
des discothèques (% en ligne) pour les garçons Jamais, rarement De temps en
temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total Jamais dans sa vie 91,6 %
88,4 % 80,2 % 75,6 % 85,8 % Aucune fois dans l’année 5,2% 8,1% 11,1 % 10,2 %
7,8 % 1 ou 2 fois 0,8% 1,1% 3,1% 4,8% 2,0 % 3 fois et plus 2,5% 2,5% 5,6% 9,3%
4,3 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.
L’usage des autres substances psychoactives est lié à
l’intensité de la fréquentation des discothèques chez les garçons. Ainsi, parmi
les garçons qui vont plus d’une fois par mois en discothèque, près d’un quart a
déjà expérimenté l’une de ces substances au cours de sa vie contre moins de
11,6% pour ceux qui y vont de temps en temps. De même, plus de 9% des garçons
qui vont plus d’une fois par mois en discothèque ont pris au moins trois fois
une substance illicite autre que le cannabis au cours de l’année, contre 2,5%
parmi ceux qui s’y rendent de temps en temps.
Tableau 9
Usage d’autres produits psychoactifs illicites au cours des
douze derniers mois
Tableau 9 Usage d’autres produits
psychoactifs illicites au cours des douze derniers mois selon la fréquentation
des discothèques (% en ligne) pour les filles Jamais, rarement De temps en
temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total Jamais dans sa vie 91,7 %
90,3 % 89,3 % 83,0 % 89,5 % Aucune fois dans l’année 5,7% 6,4% 9,0% 11,0 % 7,2
% 1 ou 2 fois 0,9% 1,6% 1,2% 3,7% 1,6 % 3 fois et plus 1,8% 1,8% 0,6% 2,3% 1,7
% Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.
Le lien entre la consommation des autres substances
psychoactives et l’intensité des sorties en discothèque est moins sensible chez
les filles (probablement à cause de la taille des effectifs, les filles étant
moins consommatrices de ces substances que les garçons). En fait, seules les
filles qui sortent plus d’une fois par mois ont un comportement de consommation
significativement différent des autres catégories. En effet, 17% d’entre elles
ont expérimenté au cours de leur vie une de ces substances contre environ 10%
pour les autres catégories. Cependant, les écarts entre les filles qui sortent
beaucoup en discothèque et les autres sont moins importants que dans le cas des
garçons.
Les paragraphes précédents nous ont permis de mettre au jour
les liens qui pourraient exister entre la consommation d’un produit psychoactif
et l’intensité de la fréquentation des discothèques. Cependant, un simple tri
croisé entre deux variables peut cacher des effets de structure liés à d’autres
variables plus significatives. Les modèles statistiques de régression
permettent de démêler de telles situations, en mesurant l’influence d’une
variable sur une autre « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire en
tenant compte des autres variables introduites dans la régression : elles font
ainsi disparaître les « effets de structure ».
L’objectif des modèles suivants est de contrôler s’il existe
un réel effet de la fréquentation des discothèques sur le niveau de
consommation des produits psychoactifs. Les usages modélisés sont :
- être un consommateur quotidien de tabac;
- être un consommateur régulier d’alcool;
- avoir été ivre plus de dix fois au cours des douze
derniers mois;
- consommer régulièrement du cannabis;
- avoir consommé une substance psychoactive illicite autre
que le cannabis plus de trois fois au cours des douze derniers mois;
- Les variables explicatives retenues sontde deux types
:
- socio-démographiques : le sexe, l’âge, la profession du
chef de famille, la nationalité de l’élève, la nationalité du chef de famille,
la taille de la commune du lycée;
- fréquence des loisirs : sport, cinéma, café ou promenade
en ville, concert, maison des jeunes, sorties dans les théâtres, opéra,
ballets, musées ou exposition, et enfin discothèque.
Les résultats présentés mesurent l’association, toutes choses
égales par ailleurs, entre une fréquence de sortie en discothèque et un usage
de produit psychoactif. Cette mesure se fait par l’intermédiaire de la notion
d’«odds ratio».
Tableau 10
Modélisations logistiques des usages de produits
psychoactifs
Tableau 10 Modélisations logistiques des
usages de produits psychoactifs selon la fréquence de sorties en discothèque
(odds ratio) Tabac quotidien (n =1 613) Alcool régulier (n = 530) Ivresses
régulières (n = 389) Cannabis régulier (n = 468) Autres substances (n = 235) De
temps en temps 1,64 [1,38; 1,94] 1,54 [1,14 ; 2,07] N.S. N.S. N.S. Environ une
fois par mois 1,87 [1,50; 2,32] 1.91 [1,36 ; 2,70] N.S. N.S. N.S. Plus d’une
fois par mois 2,34 [1,91; 2,87] 2,40 [1,77 ; 3,30] 1,91 [1,36; 2,69] N.S. 2,21
[1,46; 3,34] Dans chaque régression, la taille de l’échantillon est de 5 221 ;
n correspond au nombre d’individus effectivement consommateurs réguliers du
produit cité. «N.S.» signifie non significatif. Lecture: le fait d’aller plus
d’une fois par mois en boîte multiplie par 2,40 les chances qu’a un individu
d’être un consommateur régulier d’alcool par rapport à un individu qui ne sort
jamais ou rarement en discothèque (correspond au cas le plus fréquent au sein
de notre échantillon).
Ainsi, la fréquence des sorties en discothèque est fortement
liée au fait d’être un consommateur régulier de tabac ou d’alcool. Ce lien est
d’autant plus fort que la fréquence augmente. En revanche, la fréquence des
sorties en discothèque n’influence pas le fait d’être un consommateur régulier
de cannabis ou d’avoir été régulièrement ivre sauf, dans ce dernier cas, pour
les individus qui sortent en discothèque plus d’une fois par mois. Enfin,
l’usage d’autres substances psychoactives illicites (amphétamines, LSD,
ecstasy, cocaïne, crack, héroïne ou produits à inhaler), est deux fois plus
fréquent parmi les individus qui sortent plus d’une fois par mois en
discothèque comparativement à ceux qui ne s’y rendent que rarement ou jamais.
L’enquête CADIS permet de repérer les lycéens qui, lors de leur
dernière sortie, ont conduit un véhicule et consommé des boissons alcoolisées,
du cannabis ou une autre substance (amphétamines, LSD, ecstasy, cocaïne, crack,
héroïne et produits à inhaler). Ces précisions peuvent utilement être
rapprochées des fréquences déclarées de sorties en discothèque. Le
rapprochement de ces données souffre deux limites importantes : d’abord, parce
que pour des raisons d’effectifs, le lien entre ces événements ne peut être
étudié que pour les garçons et la consommation d’alcool; ensuite, parce que
l’enquête ne permet pas de conclure stricto
sensu que la dernière occasion de conduite d’un véhicule automobile
après consommation d’alcool a eu lieu lors d’une sortie en discothèque. Sur ce
dernier point, il est toutefois raisonnable de penser que la probabilité pour
que ce soit effectivement le cas augmente avec la fréquence des sorties en
discothèque déclarées.
Les individus ont été regroupés en deux catégories suivant la
fréquence de leurs sorties en discothèque : ceux qui ne sortent
jamais ou seulement
rarement ou
de temps en temps en discothèque (sous
l’appellation sorties occasionnelles)
et ceux qui sortent au moins une fois par mois (sous l’appellation
sorties régulières).
Tableau 11
Quantités d’alcool consommées lors de la dernière utilisation
d’un véhicule
Tableau 11 Quantités d’alcool consommées lors
de la dernière utilisation d’un véhicule automobile en fonction de la
fréquentation des discothèques chez les garçons (% en colonne). Ont bu au moins
6 verres d’alcool Ont bu entre 3 et 5 verres d’alcool Ont bu au plus deux
verres d’alcool sorties occasionnelles en discothèque 12,3 %** 10,8 % 76,9 %
sorties régulières en discothèque 26,1 % 13,4 % 60,5 % *, **, ***, ns: test du
Chi2 significatif pour la comparaison des deux profils colonnes resp. au seuil
0.05,0.01,0.001 et non significatif Source: CADIS 2000, exploitation
OFDT.
Il existe un lien assez fort entre la fréquence des sorties en
discothèque et les quantités d’alcool consommées lors de la dernière occasion
de boire et de conduire un véhicule automobile chez les garçons : les jeunes
qui sortent plus souvent sont plus nombreux que les autres à avoir bu plus de
deux verres d’alcool et surtout plus de 6 verres d’alcool. Une régression
logistique du même type que celles décrites précédemment (mais modélisant cette
fois le fait d’avoir conduit après avoir bu plus de 6 verres d’alcool, ce qui
permet d’assurer une très grande probabilité d’avoir dépassé le seuil légal
d’alcoolémie) permet de préciser ce résultat. Seules deux variables ont un
impact sur le fait de conduire sous l’emprise de l’alcool; la fréquence des
sorties en concert et la fréquence des sorties en discothèque, cette dernière
ayant l’impact le plus significatif.
Il est donc raisonnable de penser que parmi les adolescents qui
utilisent un véhicule motorisé lors de leurs sorties, ceux qui vont
régulièrement en discothèque ont des chances importantes de conduire avec un
taux d’alcoolémie supérieur au taux légal et en conséquence de prendre des
risques importants.
Les sorties en discothèque constituent une activité très
courante à l’adolescence, dans la mesure où parmi les garçons et les filles
âgés de 15 à 19 ans, six sur dix affirment s’y rendre
au moins de temps en temps, en
particulier les plus âgés d’entre eux. L’ensemble des résultats confirme le
lien qui existe entre sorties en discothèque et usages de substances
psychoactives, chez les lycéens de 15 à 19 ans. Plus la fréquentation est
intensive, plus le niveau d’usage déclaré par l’adolescent est important. Ceci
est vrai pour tous les produits observés, en particulier parmi ceux qui se
rendent en boîte de nuit au moins une fois par mois. Cette exploitation de
l’enquête CADIS 2000 permet encore de souligner que l’usage de cannabis reste
relativement indépendant de cette forme de sociabilité nocturne, tandis que le
lien le plus fort est observé pour l’alcool et l’ivresse. En particulier, il
existe une très forte corrélation entre la fréquence des sorties en discothèque
et la conduite de véhicule motorisé sous l’emprise de l’alcool. La nécessité
d’une politique de prévention adaptée à ce milieu festif peut donc se justifier
à la lumière de ces résultats, d’autant que le lieu de la dernière ivresse est,
dans un quart des cas, la discothèque, cette circonstance étant la plus citée
par les jeunes. Il convient de garder à l’esprit, au terme de cette étude,
qu’il n’est pas question ici de relation causale entre sorties en discothèque
et usages de produits psychoactifs, les deux comportements pouvant être deux
facettes relativement distinctes du mode de vie des jeunes.
Reçu en avril 2003
Annexe méthodologique : Recodage des incohérences
Les questions de cette enquête relatives aux consommations de
substances psychoactives sont nombreuses et cette répétition génère parfois des
incohérences dans les réponses. Certaines, comme celles concernant le tabac,
sont formulées de telle façon qu’elles peuvent rendre difficile la réponse
d’une catégorie de personnes (par exemple celles qui n’ont jamais fumé de
cigarette au cours de leur vie) et générer des non-réponses. La stratégie de
recodage retenue est de tenir compte de toutes les questions répondues par
l’enquêté sur un thème donné, de façon à obtenir l’idée la plus précise de ses
usages de produits psychoactifs. Ainsi, toute réponse à une question concernant
une substance qui suppose que l’individu y a au moins goûté est utilisée pour
corriger sa réponse à la question concernant l’expérimentation du produit, le
cas échéant
[7]. Par
exemple, les personnes qui ont déclaré ne jamais avoir fumé ou qui n’ont pas
répondu à cette question alors qu’ils ont donné un âge de première cigarette ou
l’âge auquel ils ont commencé à fumer quotidiennement, ou déclaré avoir essayé
d’arrêter de fumer ou expliqué pourquoi elles fumaient ont été reclassées comme
ayant déjà fumé mais ne fumant plus.
Pour les ivresses, l’usage de tabac, cannabis,
d’amphétamines, de LSD, d’ecstasy, de cocaïne, d’héroïne et de produits à
inhaler, la règle est la suivante : si l’usage mensuel déclaré est supérieur à
l’usage annuel, ce dernier est porté au même niveau, de même pour les
consommations annuelles et au cours de la vie. Les personnes qui ont déclaré au
moins une ivresse au cours de leur vie ou un âge d’expérimentation de
l’ivresse, ou donné le dernier lieu où ils ont été ivres et qui n’ont pas
répondu à la question sur les boissons alcoolisées ou déclaré ne jamais boire
d’alcool sont recodées en tant que buveur occasionnel. De même, tout individu
qui n’a pas répondu ou déclaré qu’il ne buvait jamais à cette même question
alors qu’il a répondu à une des questions concernant la consommation de vin, de
bière alcoolisée, d’alcools forts, de « premix » et d’« alcopops » est recodé
comme consommateur occasionnel d’alcool. Les personnes n’ayant déclaré aucune
ivresse au cours de leur vie après les premiers recodages et qui ont donné un
âge d’expérimentation de l’ivresse, un lieu de dernière ivresse ou un
commentaire sur leur perception de cette dernière ivresse ont été recodées à
une ou deux ivresses au cours de leur vie.
Enfin, les personnes qui ont déclaré n’avoir jamais fumé de
cannabis et qui ont donné un âge de première expérimentation, le lieu de leur
dernière consommation ou expliqué pourquoi elles fumaient du cannabis ont été
recodées comme ayant fait usage de cannabis une à deux fois dans leur
vie.
Les écarts entre les prévalences avant et après corrections
sont plus ou moins importants selon les questions mais non négligeables. Les
corrections effectuées ne peuvent qu’augmenter le nombre d’expérimentateurs
d’un produit. Une approche simple pour quantifier l’impact de ces corrections
est de regarder si les valeurs corrigées « sortent » de l’intervalle de
confiance défini pour un produit.
Tableau 1
Intervalle de confiance à 95 % d’une proportion dans un
échantillon
Tableau 1 Intervalle de confiance à 95 %
d’une proportion dans un échantillon de 2 900 individus P I.C. 10 % + 0,9% 20 %
+ 1,2% 30 % + 1,4% 40 % + 1,5% 50 % + 1,5% Exemple de lecture: pour une
prévalence mesurée de 10 %, la vraie valeur a 95 % de chances de se trouver
dans l’intervalle [10 ; 10,9].
Le seul impact « significatif » est celui de
l’expérimentation d’alcool. La raison est assez simple : les réponses proposées
ne permettent pas de distinguer les personnes qui n’ont jamais bu d’alcool au
cours de leur vie de celles qui n’en boivent plus.
Tableau 2
Impact des corrections sur les expérimentations de
substances psychoactives
Tableau 2 Impact des corrections sur les
expérimentations de substances psychoactives TABAC ALCOOL IVRESSE CANNABIS
AUTRES DROGUES Filles Garçons Filles Garçons Filles Garçons Filles Garçons
Filles Garçons Avant recodage 61,5 % 59,0 % 67,5 % 73,4 % 41,1 % 55,2 % 35,8 %
46,4 % 10,5 % 14,5 % Après recodage 62,5 % 60,3 % 71,0 % 77,3 % 42,2 % 56,4 %
36,5 % 47,7 % 10,6 % 14,7 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.
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[1]
Remerciements à Robert Ballion pour avoir mis la base de
données à notre disposition, à Patrick Peretti-Watel pour sa relecture
attentive, ainsi qu’à Anne de l’Eprevier et Laurence Callard pour leur aide
dans la recherche documentaire.
[2]
Liste des départements :
62,01,55,67,73,14,24,33,64,37,41,75,78,92,93.
[3]
Ce choix peut expliquer certains petits écarts avec les
résultats présentés dans le rapport d’enquête (Ballion, 2001). De même,
certaines corrections portant sur les incohérences rencontrées dans les
réponses au sein d’un même questionnaire ont été appliquées et sont présentées
en annexe.
[4]
Cet item recouvre des évènements assez hétérogènes et aux
contours flous (le concept de « promenade » n’est sans doute pas identique pour
tous les répondants).
[5]
Cet indicateur statistique permet de comparer l’intensité d’un
lien entre deux variables qualitatives pour deux populations différentes.
[6]
Ce seuil a été retenu afin d’obtenir des effectifs suffisants.
Il ne faut donc pas comparer les pourcentages présentés dans ce paragraphe pour
les filles et les garçons.
[7]
Ce choix rejoint des consignes méthodologiques internationales
et va dans le sens des recommandations les plus récentes (NIDA, 1992, Bless,
2002).