Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4202-7
220 pages

p. 163 à 184
doi: 10.3917/psyt.093.0163

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Vol. 9 2003/3-4

2003 Psychotropes

Sorties en discothèques et usage de substances psychoactives

Exploitation d’une enquête représentative menée auprès des lycéens  [1]

Gaël De Peretti École Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE) François Beck Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT),Centre de Recherche Psychotropes Santé Mentale Société (CNRS, Université Paris 5, INSERM — CESAMES) Stéphane Legleye Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT)
La description du lien entre les sorties et l’usage de produits psychoactifs a fait l’objet de nombreuses études, mais rarement dans le cadre d’enquêtes en population générale. Le présent article s’attache à étudier ce lien dans une population de lycéens de 15 à 19 ans. Il confirme l’existence d’une corrélation positive entre la fréquence des sorties en discothèques et le niveau d’usage et ce quels que soient l’âge, le sexe et le produit consommé. Il montre en particulier que cette corrélation n’est pas le fait d’autres variables de type socio-démographique ou de loisir et que le fait de sortir fréquemment (plus d’une fois par mois) en discothèque multiplie environ par deux la probabilité d’être un consommateur régulier de tabac, d’alcool et de drogues par rapport à une personne qui n’y va pas ou seulement rarement, le cannabis étant la seule exception notable. Enfin, il souligne l’importance de la mise en place de politiques préventives au sein des discothèques. En effet, non seulement la discothèque est le lieu privilégié des ivresses des adolescents mais de plus, un quart des personnes qui ont conduit lors de leur dernière sortie et qui sortent régulièrement en discothèque ont déclaré avoir bu plus de cinq verres d’alcool au cours de la soirée. Mots-clés : Épidémiologie descriptive, Enquête, Milieu scolaire, Alcool, Tabac, Cannabis, Psychotropes, Rave, Conduites à risque, Sécurité routière. Studies on the link between clubbing and drugs use are current but few of them are conducted in the context of general population surveys. The present article tries to describe the relationship between outings in disco and the use of substances psychoactives among high school students aged of 15 to 19 years in France. It confirms a positive relationship between the frequency of outings and the level of use, whatever age, gender and psychoactive products are. It shows in particular that this relationship is not due to other socio-demographic or leisure variables. Frequent outings (more than once per month) in disco multiplies thereabouts by two the probability to be a regular consumer of tobacco, alcohol and drugs. Can~nabis is the only notable exception. Finally, it underlines the importance of developing a prevention policy within discos. Indeed, disco appears to be the main place of drunkenness for adolescents and, moreover, a quarter of people who rode a car after their last outing and who go out regularly in disco have drunk at least five glasses of alcohol during this outing.
La plupart des études récentes portant sur le lien entre sorties et usages de drogues se concentrent sur le très médiatique milieu festif techno (Adalf et Smart, 1997; Ingold, 1999; Fontaine et al., 2001; Vanthournhout, 2001) et portent moins souvent sur les discothèques. Ainsi, lors de l’enquête de Médecins du Monde (1999) sur le milieu techno, seuls 13% des 1000 entretiens d’un échantillon principalement recruté en free-party ou en teknival avaient été menés en «club». Certaines études ciblées ont été menées auprès du public des discothèques : en Angleterre, par exemple, Measham et al. (2001) ont montré une augmentation des consommations de produits psychoactifs autres que l’alcool et le tabac sur la dernière décennie et le développement d’un usage déclaré comme récréatif associé étroitement à la pratique de la danse, d’autres études illustrant plus précisément la place particulière occupée par l’Ecstasy dans ce contexte (Ter Bogt et al., 2002; Allaste et Lagerspetz, 2002). Parce qu’elles sont liées aux loisirs et à la danse, une caractéristique de ces consommations en club est qu’elles sont souvent amplifiées au cours de vacances (Elliot et al., 1998).
Les méthodes de type ethnographique utilisées pour enquêter auprès des clubbers ou des participants aux fêtes techno ne permettent toutefois pas de se faire une idée précise de la fréquence de leurs comportements d’usage, ni de les comparer de façon systématique à ceux du reste de la population, parce qu’il ne s’agit pas d’enquêtes quantitatives en population générale. Elles imposent ainsi certaines précautions dans l’interprétation, qui ne sont pas toujours respectées dans les reprises médiatiques. C’est ce qu’illustre le cas d’une étude rigoureuse menée dans plusieurs pays européens avec la même méthodologie, qui explorait les contextes de prise de risque liée aux consommations de produits psychoactifs et offrait une dimension comparative utile à la prévention (Calafat et al., 1998). Peu après la communication des résultats, le quotidien El Pais du 18juin 2000, s’appuyant sur l’enquête barcelonaise de cette étude, faisait référence à un rapport officiel révélant que 41% des Espagnols de 15-29 ans, avaient déjà pris de la cocaïne, l’article s’inquiétant par la suite de la débauche de l’ensemble de la jeunesse espagnole, là où l’échantillon ne comprenait que des individus rencontrés en discothèque et en afters, dans les quartiers branchés de Barcelone (Beck et Diaz-Gomez, 2001).
En France, d’autres types d’études quantitatives permettent d’évaluer l’importance des comportements d’usage de produits psychoactifs de la population en rapport avec les sociabilités et les sorties musicales. Une étude de l’Institut de Recherches Scientifiques sur les Boissons (IREB, 1996) a montré certains résultats sur le lien entre consommations d’alcool et sorties dans les bals ou en boîte de nuit. Ils reposent sur l’exploitation d’une enquête longitudinale menée en 1985,1990 et 1995 auprès d’une population de 159 hommes âgés de 23 à 28 ans en 1985 et d’une enquête rétrospective menée en 1995 auprès de 387 hommes du même âge. Cette étude montre que, sans surprise, les boissons alcoolisées sont le plus fréquemment consommées à l’occasion de sorties dans les boîtes de nuit, bals et fêtes (69% des personnes qui sont sorties en boîte ou assimilés ont consommé des boissons alcoolisées), à l’occasion de repas entre amis (88%), au restaurant (80%) et au café (68%). Elle montre aussi qu’un tiers des jeunes hommes se rendant en discothèque n’y boivent pas d’alcool, alors que ce comportement d’abstinence est plus rare au cours des repas. Plus précisément, les boissons consommées diffèrent selon les circonstances et les âges de la vie. Si le vin est évidemment le produit le plus consommé au cours des repas et la bière dans les cafés, le whisky arrive en tête dans les discothèques (34% des jeunes hommes déclarent en boire) devant la bière 31%. Dans la tranche d’âge inférieure (18-23 ans), lorsque ces individus avaient été interrogés en 1990, ils avaient cité avant tout les cocktails alcoolisés (39%) puis les spiritueux « blancs » (vodka et gin à 31%), la bière (30%), le whisky n’arrivant qu’en quatrième position (27%) parmi les consommations d’alcool en discothèque. Par rapport aux études précédentes, elle interroge un échantillon issu de la population générale, ce qui permet de comparer le comportement de ceux qui sortent en boîte à celui des autres. Cependant, si les résultats de cette étude sont très détaillés sur les types de boissons alcoolisées consommées, ils ne concernent que les hommes et reposent sur des échantillons de taille assez faible.
Il s’agit donc ici de chercher à cerner les liens entre sorties en discothèques et usages de substances psychoactives à partir d’un échantillon de lycéens qui, s’il n’est pas complètement représentatif de l’ensemble des adolescents français, constitue une base de travail intéressante pour une approche générale du phénomène.
 
Présentation de l’enquête
 
 
Cette enquête a été menée de janvier à mai2000, sur un échantillon total de 6231 lycéens scolarisés dans 14 lycées d’enseignement général et technique, dans 9 lycées polyvalents et dans 10 lycées professionnels de l’enseignement public (Ballion, 2001). La passation, d’une durée de 50 minutes, a eu lieu pendant une heure de cours. Il s’agissait d’une enquête par auto-questionnaire, mode de collecte privilégié pour l’interrogation des jeunes en France (Beck, Peretti-Watel, 2001) comme à l’étranger (Smit et al., 2002; Hibell et al., 2000), notamment en l’absence de méthodes sophistiquées et coûteuses telles que l’utilisation d’ordinateurs portables et de systèmes audios (Turner et al., 1998; Rodgers et al., 1999).
Dans chaque établissement a été tiré un échantillon de classes stratifié par filière et par niveau. Le sondage s’est fait par grappe (tous les élèves de chacune des classes étant interrogés), chaque établissement ayant été tiré aléatoirement parmi 15 départements [2] sélectionnés par choix raisonné, selon leur taille et afin d’être bien répartis sur le territoire national. Le plus souvent, la passation de l’auto-questionnaire a été assurée par un membre du personnel médical (infirmière scolaire), à défaut de quoi il était remplacé par un conseiller principal d’éducation ou par le professeur principal. Les consignes invitaient toutefois clairement le proviseur à éviter au maximum ce cas de figure.
Six établissements ont refusé l’enquête, invoquant à chaque fois une situation de conflit entre les différentes catégories du personnel et le ministre de l’époque, Claude Allègre. Comme dans les autres enquêtes en milieu scolaire effectuées en France à la fin des années quatre-vingt-dix (Ballion, 1998; de Peretti et Leselbaum, 1995 et 1999; Choquet et al., 2000), aucun remplacement n’a été effectué pour ces établissements et aucun redressement n’a été réalisé sur cet échantillon. Le taux d’absentéisme, relevé par la personne assurant la passation, atteint 7% dans l’ensemble des lycées. Par ailleurs, 1% des questionnaires ont été récupérés vierges ou jugés inexploitables (c’est-à-dire comprenant de trop nombreuses incohérences ou plus de la moitié des questions non répondues). Cette enquête était présentée aux lycéens comme une « enquête sur la scolarité et les loisirs des lycéens ». L’échantillon de départ contient 51,3% de garçons et 48,7% de filles. Ils sont pour la plupart nés entre1980 et1984 (seuls 3,2% d’entre eux sont nés avant 1980 et 1,2% après 1984). Tous les résultats présentés ici s’appuieront sur cette population d’individus nés entre1980 et1984, les plus jeunes (n=75) et les plus vieux (n=198) ayant des caractéristiques trop atypiques [3]. Par convention, l’âge a été déterminé par la formule 1999 – (année de naissance), aussi, à l’instar des enquêtes en milieu scolaire menées en France, appellerons-nous « les 15 ans » les lycéens nés en 1984.
 
Consommation de substances psychoactives
 
 

Tableau 1
Usage de produits psychoactifs chez les lycéens de 15 à 19 ans
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Tableau 1 Usage de produits psychoactifs chez les lycéens de 15 à 19 ans TABAC N’a jamais Ancien fumeur Fumeur Moins de 10 Plus de 10 fumé occasionnel par jour par jour Filles 37,6 % 15,7 % 14,9 % 19,4 % 12,4 % Garçons 40,3 % 14,8 % 14,5 % 17,2 % 13,3 % CANNABIS Jamais Au moins une fois Au moins une fois Plus de dix fois dans dans sa vie dans l’année le mois (régulier) Filles 64,3 % 35,7 % 28,5 % 5,4% Garçons 53,3 % 46,7 % 38,8 % 13,7 % ALCOOL Jamais Occasionnellement Régulièrement Filles 32,5 % 62,1 % 5,4% Garçons 26,9 % 57,5 % 15,6 % IVRESSE (AU COURS DES 12 DERNIERS MOIS) Aucune fois 1 ou 2 fois 3 à 9 fois 10 fois et + (régulières) Filles 57,8 % 25,6 % 13,4 % 3,3% Garçons 43,9 % 23,1 % 20,2 % 12,9 % AUTRES DROGUES (AU COURS DES 12 DERNIERS MOIS) Jamais dans sa vie Aucune fois 1 ou 2 fois Plus de 3 fois dans l’année dans l’année dans l’année Filles 89,4 % 7,2% 1,6% 1,8% Garçons 85,6 % 7,9% 2,0% 4,5% Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

Les prévalences observées sont généralement inférieures aux résultats de l’enquête ESPAD menée en 1999 auprès des jeunes scolarisés de France métropolitaine, en particulier pour l’expérimentation des produits (tabac 77,5%, alcool 90,6% et cannabis 47,2%). Les différences constatées sur le tabac et l’alcool peuvent en partie s’expliquer par la formulation des questions dans l’enquête CADIS2000. Toutefois, les niveaux de consommation régulière restent relativement proches de ceux d’ESPAD, comme de ceux mesurés dans une enquête menée en 1998 auprès des lycéens parisiens (de Peretti et Leselbaum, 1999) pour le tabac (50,9% de non fumeur et 34,1% de fumeurs réguliers), l’alcool (28,3% de non consommateurs et 9,1% de consommateurs réguliers) et le cannabis (49,5% des garçons et 37,3% des filles ont expérimenté le cannabis, 34,4% des lycéens ont fumé au moins une fois dans l’année et 9% au moins dix fois dans le mois).
 
Les loisirs des lycéens
 
 
Parmi les loisirs des lycéens hors de leur domicile, aller en discothèque est une activité courante. La sortie la plus fréquente est le cinéma (95,7% s’y rendent au moins de temps en temps et 56,0% au moins une fois par mois) devant les cafés et les promenades en ville [4] (91,3% s’y rendent au moins de temps en temps et 68,6% au moins une fois par mois). Viennent ensuite, les fêtes chez des amis (89,1% s’y rendent au moins de temps en temps et 51,3% au moins une fois par mois), puis la fréquentation des boîtes de nuit (60,5% s’y rendent au moins de temps en temps et 32,1% au moins une fois par mois). Seuls quatre lycéens sur dix ne sont pas concernés par cette activité. Les autres sorties proposées dans le questionnaire (musée, expositions, théâtre, opéra, concert, maison de jeunes) sont nettement plus rares. Il faut noter que 14,9% de l’échantillon citent un autre type de sortie.
Parmi ces activités, certaines, telles que la fréquentation des musées ou des expositions ou encore celle du théâtre ou de l’opéra, sont plutôt féminines (respectivement 33,3% vs 22,6% et 22,7% vs 10,7%), d’autres impliquent plus souvent les garçons : la fréquentation des maisons de jeunes concerne 36,1% des garçons vs 25,3% des filles.

Tableau 2
Fréquentation des discothèques selon le sexe (% en ligne)
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Tableau 2 Fréquentation des discothèques selon le sexe (% en ligne) Garçon Fille Total Effectif total Jamais, rarement 38,0 % 41,6 % 39,8 % 2252 De temps en temps 27,7 % 29,1 % 28,4 % 1605 Une fois par mois 13,1 % 12,2 % 12,7 % 716 Plus d’une fois par mois 21,1 % 17,1 % 19,1 % 1080 Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

Enfin, certaines activités sont peu sexuées : c’est le cas des fêtes chez des amis (31,9% des garçons déclarent aller à des fêtes chez des amis plus d’une fois par mois contre 26,4% des filles) ou des sorties en discothèque (21,1% des garçons déclarent aller en discothèque plus d’une fois par mois contre 17,1% des filles).

Tableau 3
Fréquentation des discothèques selon l’âge (% en ligne)
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Tableau 3 Fréquentation des discothèques selon l’âge (% en ligne) 15-16 ans 17 ans 18-19 ans Total Jamais, rarement 49,3 % 34,8 % 28,8 % 39,8 % De temps en temps 28,5 % 30,3 % 26,0 % 28,4 % Une fois par mois 9,2% 16,0 % 15,1 % 12,7 % Plus d’une fois par mois 13,0 % 18,9 % 30,1 % 19,1 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

L’effet de l’âge sur la fréquentation des discothèques est important. Plus les lycéens sont âgés, plus leurs sorties en discothèque sont fréquentes : environ la moitié des 15-16 ans s’y rend au moins de temps en temps, c’est le cas de plus des deux tiers des 18-19 ans. Cet écart se concentre essentiellement sur les jeunes qui pratiquent cette activité plus d’une fois par mois : 22,2% des 15-16 ans sont dans ce cas contre 45,2% des 18-19 ans. Cette constatation invite à la prudence : il s’agira de ne pas confondre l’effet de la fréquence des sorties avec celui de l’âge.
 
Liens entre fréquentation des discothèques et usage de substances psychoactives
 
 
Avant de commenter plus précisément les liens qui peuvent exister entre sorties en discothèque et consommation de produits psychoactifs, il faut préciser que les comportements de consommation ne sont pas contextualisés dans cette enquête, c’est-à-dire qu’il n’est pas possible de connaître le lieu de consommation. Une question sur l’ivresse permet toutefois de circonstancier le dernier épisode, la discothèque faisant partie des modalités de réponse proposées aux jeunes.
Statut tabagique et fréquentation des discothèques

Tableau 4
Usage actuel de tabac selon la fréquentation des discothèques (% en ligne)
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Tableau 4 Usage actuel de tabac selon la fréquentation des discothèques (% en ligne) Jamais, rarement De temps en temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total N’a jamais fumé 53,0 % 36,1 % 29,1 % 20,1 % 38,9 % Ancien fumeur 14,2 % 17,7 % 14,6 % 14,6 % 15,3 % Fumeur occasionnel 13,6 % 15,9 % 16,8 % 13,6 % 14,6 % Moins de 10 par jour 12,3 % 19,3 % 23,6 % 26,4 % 18,4 % Plus de 10 par jour 7,0% 11,1 % 15,9 % 25,3 % 12,8 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

L’usage de tabac est fortement corrélé avec la fréquentation des discothèques : plus elle est régulière, plus le niveau de consommation de tabac est élevé. Ce lien est plus fort chez les filles (V de Cramer [5] de 0,17 pour les garçons et 0,19 pour les filles): elles sont plus nombreuses à fumer au moins occasionnellement dès lors qu’elles sortent plus d’une fois par mois (69,1% pour les filles contre 62,0% pour les garçons).
Consommation de boissons alcoolisées et fréquentation des discothèques

Tableau 5
Usage actuel de boissons alcoolisées selon la fréquentation des discothèques
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Tableau 5 Usage actuel de boissons alcoolisées selon la fréquentation des discothèques par sexe (% en ligne) Jamais, rarement De temps en temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total Garçons Expérimentation Usage régulier 60,6 % 7,6% 78,6 % 11,8 % 81,9 % 22,2 % 84,4 % 30,4 % 73,4 % 15,5 % Filles Expérimentation Usage régulier 51,4 % 2,4% 73,7 % 4,7% 79,5 % 5,5% 88,2 % 13,8 % 67,7 % 5,4 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

L’usage de boissons alcoolisées est également très lié à la fréquentation des discothèques : parmi ceux qui n’y vont pas ou rarement, seuls 5,0% consomment de l’alcool régulièrement alors qu’ils sont presque un quart parmi ceux qui y vont plus d’une fois par mois.
Plus que dans le cas du tabac, les comportements d’usage de boissons alcoolisées apparaissent fortement sexués. Pour l’expérimentation, l’écart entre les filles et les garçons se réduit en fonction des fréquences de sortie en boîte, voire s’inverse : les filles qui sortent plus d’une fois par mois ont plus fréquemment expérimenté l’alcool que les garçons se trouvant dans le même cas (88,2% contre 84,4%). Mais la répartition des usages plus fréquents est très différente. La fréquence de consommation d’alcool des filles n’augmente pas beaucoup avec la fréquence de sortie en discothèque : si près de 5% de celles qui sortent de temps en temps en discothèque boivent de l’alcool régulièrement, ce n’est le cas que de 13,8% de celles qui s’y rendent plus d’une fois par mois. Chez les garçons, le lien est plus fort : 11,8% des garçons qui vont de temps en temps en discothèque boivent régulièrement de l’alcool, contre 30,4% parmi ceux qui s’y rendent plus d’une fois par mois.

Tableau 6
Fréquence des ivresses au cours des douze derniers mois selon la fréquentation
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Tableau 6 Fréquence des ivresses au cours des douze derniers mois selon la fréquentation des discothèques par sexe (% en ligne) Jamais, rarement De temps en temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total Garçons Au moins 1 fois 10 fois et plus 38,3 % 6,5% 55,8 % 8,0% 71,8 % 14,3 % 78,2 % 29,1 % 56,2 % 12,8 % Filles Au moins 1 fois 10 fois et plus 27,4 % 1,6% 44,8 % 2,8% 52,4 % 1,8% 66,1 % 8,8% 42,3 % 3,2 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

Sans surprise, ce lien se retrouve avec l’ivresse : ceux qui vont le plus rarement en boîte sont cinq fois moins nombreux que ceux qui y vont plusieurs fois par mois à avoir connu des ivresses régulières (plus de dix au cours des douze derniers mois). Le profil de ceux qui vont le plus souvent en boîte est très varié : un cinquième déclare des ivresses régulières, le reste se répartissant de façon à peu près égale dans les trois autres catégories de fréquences (le profil le plus commun est celui des lycéens ayant été ivres une à deux fois au cours de l’année).
Comme les usages d’alcool, les comportements d’ivresses sont fortement sexués : 56,2% des garçons déclarent avoir été ivres au cours de l’année contre 42,3% des filles, les écarts étant d’autant plus importants que la fréquence des ivresses augmente. Ainsi parmi les garçons qui sortent plus d’une fois par mois en boîte, plus d’un quart a connu 10 ivresses ou plus au cours de l’année contre seulement un douzième des filles.
Les effets de l’âge sont plus délicats à décrire. Chez les garçons, les ivresses régulières sont plus fréquentes parmi les plus âgés en particulier pour ceux qui sortent régulièrement en boîte (17,3% pour les 15-16 ans, 23,5% pour les 17 ans et 28,0% pour les 18-19 ans). Cependant, du fait de la faiblesse des effectifs, les écarts ne sont pas toujours significatifs (au seuil de 10%). Cette tendance ne se retrouve pas chez les filles : plus elles sont âgées et plus elles sortent en boîte mais moins ces sorties semblent liées à des consommations d’alcool ou à des ivresses. En effet, parmi celles qui sortent régulièrement en boîte, la part des filles ayant connu trois ivresses [6] ou plus au cours de l’année décroît avec l’âge (33,7% pour les 15-16 ans, 27,2% pour les 17 ans et 23,7% pour les 18-19 ans). Une fois encore, la faiblesse des effectifs ne permet pas toujours de conclure à des écarts significatifs (au seuil de 10%). Enfin, il faut préciser que les consommations n’étant pas contextualisées, les consommations d’alcool et donc les ivresses n’ont pas forcément lieu en discothèque. Toutefois, la probabilité que ce soit effectivement le cas est forte.
Lieux d’ivresse
Une autre question sur l’ivresse permettait de circonstancier le dernier épisode. Parmi les lycéens qui ont déjà connu l’ivresse, le dernier endroit où un tel événement s’est produit est avant tout la discothèque : presque un quart (23,6%) la citent alors que 14,8% citent leur domicile, 13,6% la rue, un parc ou un autre endroit en plein air et 12,2% un bar (seuls 2,6% citent leur lycée). Plus les jeunes sortent en discothèque, plus la probabilité que leur dernière ivresse ait eu lieu en discothèque est importante. Environ 42% de ceux qui sortent plus d’une fois par mois en boîte ont cité la discothèque comme dernier lieu d’ivresse, alors qu’inversement, la discothèque est le lieu de la dernière ivresse de près de 30% des jeunes qui déclarent des ivresses régulières. Ainsi, la discothèque ne serait pas seulement un lieu de consommation d’alcool mais aussi un lieu d’ivresse.
Consommation de drogues illicites et fréquentation des discothèques

Tableau 7
Usage de cannabis selon la fréquentation des discothèques
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Tableau 7 Usage de cannabis selon la fréquentation des discothèques par sexe (% en ligne) Jamais, rarement De temps en temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total Garçons Au moins 1 fois Dont 10 fois et dans l’année plus dans le mois (régulier) 26,4 % 9,0% 37,6 % 12,1 % 48,8 % 14,2 % 55,2 % 22,6 % 38,5 % 13,4 % Filles Au moins 1 fois Dont 10 fois et dans l’année plus dans le mois (régulier) 19,9 % 4,8% 28,4 % 4,3% 33,8 % 6,9% 45,4 % 7,6% 28,4 % 5,4 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

Alors qu’un tiers des 15-19 ans a déjà consommé au moins une fois du cannabis au cours de l’année, c’est le cas de la moitié de ceux qui sortent plus d’une fois par mois en discothèque. Le lien entre fréquence de consommations et de sorties apparaît plus fort chez les garçons que chez les filles. Ainsi, plus d’un cinquième des garçons qui sortent plus d’une fois par mois en discothèque a fumé du cannabis de façon régulière, soit environ trois fois plus que les filles.
L’usage des autres substances psychoactives est rare. Afin de pouvoir résumer l’ensemble des informations et décrire simplement la population, nous avons créé un indicateur synthétique à partir des consommations déclarées d’amphétamines, de LSD, d’ecstasy, de cocaïne, de crack, d’héroïne, et de produits à inhaler. Cet indicateur distingue quatre classes d’usagers :
  • Individus n’ayant consommé aucune substance au cours de leur vie;
  • Individus ayant expérimenté l’une de ces substances mais n’en ayant pas consommé dans l’année;
  • Individus ayant consommé l’une de ces substances dans l’année mais aucune plus de deux fois;
  • Individus ayant consommé au moins l’une de ces substances trois fois et plus dans l’année.
Cet indicateur privilégie la fréquence d’usage d’un même produit plutôt que l’usage exceptionnel de nombreux produits : il isole donc plutôt des individus qui ont dépassé le stade de l’expérimentation, même si les niveaux d’usages en question restent bas (il n’est bien sûr pas question de parler d’abus ou de dépendance avec un tel indicateur).
Les comportements de consommation sont, comme souvent, différents selon le genre. Les garçons sont plus souvent expérimentateurs (14,2% contre 10,5%) ou consommateurs dans l’année (6,3% contre 3,3%). Cet écart entre les genres est important en particulier parmi les lycéens qui ont consommé plus de trois fois la même substance pendant l’année (4,3% contre 1,7%).

Tableau 8
Usage d’autres produits psychoactifs illicites au cours des douze derniers mois
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Tableau 8 Usage d’autres produits psychoactifs illicites au cours des douze derniers mois selon la fréquentation des discothèques (% en ligne) pour les garçons Jamais, rarement De temps en temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total Jamais dans sa vie 91,6 % 88,4 % 80,2 % 75,6 % 85,8 % Aucune fois dans l’année 5,2% 8,1% 11,1 % 10,2 % 7,8 % 1 ou 2 fois 0,8% 1,1% 3,1% 4,8% 2,0 % 3 fois et plus 2,5% 2,5% 5,6% 9,3% 4,3 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

L’usage des autres substances psychoactives est lié à l’intensité de la fréquentation des discothèques chez les garçons. Ainsi, parmi les garçons qui vont plus d’une fois par mois en discothèque, près d’un quart a déjà expérimenté l’une de ces substances au cours de sa vie contre moins de 11,6% pour ceux qui y vont de temps en temps. De même, plus de 9% des garçons qui vont plus d’une fois par mois en discothèque ont pris au moins trois fois une substance illicite autre que le cannabis au cours de l’année, contre 2,5% parmi ceux qui s’y rendent de temps en temps.

Tableau 9
Usage d’autres produits psychoactifs illicites au cours des douze derniers mois
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Tableau 9 Usage d’autres produits psychoactifs illicites au cours des douze derniers mois selon la fréquentation des discothèques (% en ligne) pour les filles Jamais, rarement De temps en temps Une fois par mois + d’une fois par mois Total Jamais dans sa vie 91,7 % 90,3 % 89,3 % 83,0 % 89,5 % Aucune fois dans l’année 5,7% 6,4% 9,0% 11,0 % 7,2 % 1 ou 2 fois 0,9% 1,6% 1,2% 3,7% 1,6 % 3 fois et plus 1,8% 1,8% 0,6% 2,3% 1,7 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

Le lien entre la consommation des autres substances psychoactives et l’intensité des sorties en discothèque est moins sensible chez les filles (probablement à cause de la taille des effectifs, les filles étant moins consommatrices de ces substances que les garçons). En fait, seules les filles qui sortent plus d’une fois par mois ont un comportement de consommation significativement différent des autres catégories. En effet, 17% d’entre elles ont expérimenté au cours de leur vie une de ces substances contre environ 10% pour les autres catégories. Cependant, les écarts entre les filles qui sortent beaucoup en discothèque et les autres sont moins importants que dans le cas des garçons.
Les paragraphes précédents nous ont permis de mettre au jour les liens qui pourraient exister entre la consommation d’un produit psychoactif et l’intensité de la fréquentation des discothèques. Cependant, un simple tri croisé entre deux variables peut cacher des effets de structure liés à d’autres variables plus significatives. Les modèles statistiques de régression permettent de démêler de telles situations, en mesurant l’influence d’une variable sur une autre « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire en tenant compte des autres variables introduites dans la régression : elles font ainsi disparaître les « effets de structure ».
L’objectif des modèles suivants est de contrôler s’il existe un réel effet de la fréquentation des discothèques sur le niveau de consommation des produits psychoactifs. Les usages modélisés sont :
  • être un consommateur quotidien de tabac;
  • être un consommateur régulier d’alcool;
  • avoir été ivre plus de dix fois au cours des douze derniers mois;
  • consommer régulièrement du cannabis;
  • avoir consommé une substance psychoactive illicite autre que le cannabis plus de trois fois au cours des douze derniers mois;
  • Les variables explicatives retenues sontde deux types :
  • socio-démographiques : le sexe, l’âge, la profession du chef de famille, la nationalité de l’élève, la nationalité du chef de famille, la taille de la commune du lycée;
  • fréquence des loisirs : sport, cinéma, café ou promenade en ville, concert, maison des jeunes, sorties dans les théâtres, opéra, ballets, musées ou exposition, et enfin discothèque.
Les résultats présentés mesurent l’association, toutes choses égales par ailleurs, entre une fréquence de sortie en discothèque et un usage de produit psychoactif. Cette mesure se fait par l’intermédiaire de la notion d’«odds ratio».

Tableau 10
Modélisations logistiques des usages de produits psychoactifs
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Tableau 10 Modélisations logistiques des usages de produits psychoactifs selon la fréquence de sorties en discothèque (odds ratio) Tabac quotidien (n =1 613) Alcool régulier (n = 530) Ivresses régulières (n = 389) Cannabis régulier (n = 468) Autres substances (n = 235) De temps en temps 1,64 [1,38; 1,94] 1,54 [1,14 ; 2,07] N.S. N.S. N.S. Environ une fois par mois 1,87 [1,50; 2,32] 1.91 [1,36 ; 2,70] N.S. N.S. N.S. Plus d’une fois par mois 2,34 [1,91; 2,87] 2,40 [1,77 ; 3,30] 1,91 [1,36; 2,69] N.S. 2,21 [1,46; 3,34] Dans chaque régression, la taille de l’échantillon est de 5 221 ; n correspond au nombre d’individus effectivement consommateurs réguliers du produit cité. «N.S.» signifie non significatif. Lecture: le fait d’aller plus d’une fois par mois en boîte multiplie par 2,40 les chances qu’a un individu d’être un consommateur régulier d’alcool par rapport à un individu qui ne sort jamais ou rarement en discothèque (correspond au cas le plus fréquent au sein de notre échantillon).

Ainsi, la fréquence des sorties en discothèque est fortement liée au fait d’être un consommateur régulier de tabac ou d’alcool. Ce lien est d’autant plus fort que la fréquence augmente. En revanche, la fréquence des sorties en discothèque n’influence pas le fait d’être un consommateur régulier de cannabis ou d’avoir été régulièrement ivre sauf, dans ce dernier cas, pour les individus qui sortent en discothèque plus d’une fois par mois. Enfin, l’usage d’autres substances psychoactives illicites (amphétamines, LSD, ecstasy, cocaïne, crack, héroïne ou produits à inhaler), est deux fois plus fréquent parmi les individus qui sortent plus d’une fois par mois en discothèque comparativement à ceux qui ne s’y rendent que rarement ou jamais.
 
Conduite à risques…
 
 
L’enquête CADIS permet de repérer les lycéens qui, lors de leur dernière sortie, ont conduit un véhicule et consommé des boissons alcoolisées, du cannabis ou une autre substance (amphétamines, LSD, ecstasy, cocaïne, crack, héroïne et produits à inhaler). Ces précisions peuvent utilement être rapprochées des fréquences déclarées de sorties en discothèque. Le rapprochement de ces données souffre deux limites importantes : d’abord, parce que pour des raisons d’effectifs, le lien entre ces événements ne peut être étudié que pour les garçons et la consommation d’alcool; ensuite, parce que l’enquête ne permet pas de conclure stricto sensu que la dernière occasion de conduite d’un véhicule automobile après consommation d’alcool a eu lieu lors d’une sortie en discothèque. Sur ce dernier point, il est toutefois raisonnable de penser que la probabilité pour que ce soit effectivement le cas augmente avec la fréquence des sorties en discothèque déclarées.
Les individus ont été regroupés en deux catégories suivant la fréquence de leurs sorties en discothèque : ceux qui ne sortent jamais ou seulement rarement ou de temps en temps en discothèque (sous l’appellation sorties occasionnelles) et ceux qui sortent au moins une fois par mois (sous l’appellation sorties régulières).

Tableau 11
Quantités d’alcool consommées lors de la dernière utilisation d’un véhicule
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Tableau 11 Quantités d’alcool consommées lors de la dernière utilisation d’un véhicule automobile en fonction de la fréquentation des discothèques chez les garçons (% en colonne). Ont bu au moins 6 verres d’alcool Ont bu entre 3 et 5 verres d’alcool Ont bu au plus deux verres d’alcool sorties occasionnelles en discothèque 12,3 %** 10,8 % 76,9 % sorties régulières en discothèque 26,1 % 13,4 % 60,5 % *, **, ***, ns: test du Chi2 significatif pour la comparaison des deux profils colonnes resp. au seuil 0.05,0.01,0.001 et non significatif Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

Il existe un lien assez fort entre la fréquence des sorties en discothèque et les quantités d’alcool consommées lors de la dernière occasion de boire et de conduire un véhicule automobile chez les garçons : les jeunes qui sortent plus souvent sont plus nombreux que les autres à avoir bu plus de deux verres d’alcool et surtout plus de 6 verres d’alcool. Une régression logistique du même type que celles décrites précédemment (mais modélisant cette fois le fait d’avoir conduit après avoir bu plus de 6 verres d’alcool, ce qui permet d’assurer une très grande probabilité d’avoir dépassé le seuil légal d’alcoolémie) permet de préciser ce résultat. Seules deux variables ont un impact sur le fait de conduire sous l’emprise de l’alcool; la fréquence des sorties en concert et la fréquence des sorties en discothèque, cette dernière ayant l’impact le plus significatif.
Il est donc raisonnable de penser que parmi les adolescents qui utilisent un véhicule motorisé lors de leurs sorties, ceux qui vont régulièrement en discothèque ont des chances importantes de conduire avec un taux d’alcoolémie supérieur au taux légal et en conséquence de prendre des risques importants.
 
Conclusion
 
 
Les sorties en discothèque constituent une activité très courante à l’adolescence, dans la mesure où parmi les garçons et les filles âgés de 15 à 19 ans, six sur dix affirment s’y rendre au moins de temps en temps, en particulier les plus âgés d’entre eux. L’ensemble des résultats confirme le lien qui existe entre sorties en discothèque et usages de substances psychoactives, chez les lycéens de 15 à 19 ans. Plus la fréquentation est intensive, plus le niveau d’usage déclaré par l’adolescent est important. Ceci est vrai pour tous les produits observés, en particulier parmi ceux qui se rendent en boîte de nuit au moins une fois par mois. Cette exploitation de l’enquête CADIS 2000 permet encore de souligner que l’usage de cannabis reste relativement indépendant de cette forme de sociabilité nocturne, tandis que le lien le plus fort est observé pour l’alcool et l’ivresse. En particulier, il existe une très forte corrélation entre la fréquence des sorties en discothèque et la conduite de véhicule motorisé sous l’emprise de l’alcool. La nécessité d’une politique de prévention adaptée à ce milieu festif peut donc se justifier à la lumière de ces résultats, d’autant que le lieu de la dernière ivresse est, dans un quart des cas, la discothèque, cette circonstance étant la plus citée par les jeunes. Il convient de garder à l’esprit, au terme de cette étude, qu’il n’est pas question ici de relation causale entre sorties en discothèque et usages de produits psychoactifs, les deux comportements pouvant être deux facettes relativement distinctes du mode de vie des jeunes.
Reçu en avril 2003
 
Annexe méthodologique : Recodage des incohérences
 
 
Les questions de cette enquête relatives aux consommations de substances psychoactives sont nombreuses et cette répétition génère parfois des incohérences dans les réponses. Certaines, comme celles concernant le tabac, sont formulées de telle façon qu’elles peuvent rendre difficile la réponse d’une catégorie de personnes (par exemple celles qui n’ont jamais fumé de cigarette au cours de leur vie) et générer des non-réponses. La stratégie de recodage retenue est de tenir compte de toutes les questions répondues par l’enquêté sur un thème donné, de façon à obtenir l’idée la plus précise de ses usages de produits psychoactifs. Ainsi, toute réponse à une question concernant une substance qui suppose que l’individu y a au moins goûté est utilisée pour corriger sa réponse à la question concernant l’expérimentation du produit, le cas échéant [7]. Par exemple, les personnes qui ont déclaré ne jamais avoir fumé ou qui n’ont pas répondu à cette question alors qu’ils ont donné un âge de première cigarette ou l’âge auquel ils ont commencé à fumer quotidiennement, ou déclaré avoir essayé d’arrêter de fumer ou expliqué pourquoi elles fumaient ont été reclassées comme ayant déjà fumé mais ne fumant plus.
Pour les ivresses, l’usage de tabac, cannabis, d’amphétamines, de LSD, d’ecstasy, de cocaïne, d’héroïne et de produits à inhaler, la règle est la suivante : si l’usage mensuel déclaré est supérieur à l’usage annuel, ce dernier est porté au même niveau, de même pour les consommations annuelles et au cours de la vie. Les personnes qui ont déclaré au moins une ivresse au cours de leur vie ou un âge d’expérimentation de l’ivresse, ou donné le dernier lieu où ils ont été ivres et qui n’ont pas répondu à la question sur les boissons alcoolisées ou déclaré ne jamais boire d’alcool sont recodées en tant que buveur occasionnel. De même, tout individu qui n’a pas répondu ou déclaré qu’il ne buvait jamais à cette même question alors qu’il a répondu à une des questions concernant la consommation de vin, de bière alcoolisée, d’alcools forts, de « premix » et d’« alcopops » est recodé comme consommateur occasionnel d’alcool. Les personnes n’ayant déclaré aucune ivresse au cours de leur vie après les premiers recodages et qui ont donné un âge d’expérimentation de l’ivresse, un lieu de dernière ivresse ou un commentaire sur leur perception de cette dernière ivresse ont été recodées à une ou deux ivresses au cours de leur vie.
Enfin, les personnes qui ont déclaré n’avoir jamais fumé de cannabis et qui ont donné un âge de première expérimentation, le lieu de leur dernière consommation ou expliqué pourquoi elles fumaient du cannabis ont été recodées comme ayant fait usage de cannabis une à deux fois dans leur vie.
Les écarts entre les prévalences avant et après corrections sont plus ou moins importants selon les questions mais non négligeables. Les corrections effectuées ne peuvent qu’augmenter le nombre d’expérimentateurs d’un produit. Une approche simple pour quantifier l’impact de ces corrections est de regarder si les valeurs corrigées « sortent » de l’intervalle de confiance défini pour un produit.

Tableau 1
Intervalle de confiance à 95 % d’une proportion dans un échantillon
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Tableau 1 Intervalle de confiance à 95 % d’une proportion dans un échantillon de 2 900 individus P I.C. 10 % + 0,9% 20 % + 1,2% 30 % + 1,4% 40 % + 1,5% 50 % + 1,5% Exemple de lecture: pour une prévalence mesurée de 10 %, la vraie valeur a 95 % de chances de se trouver dans l’intervalle [10 ; 10,9].

Le seul impact « significatif » est celui de l’expérimentation d’alcool. La raison est assez simple : les réponses proposées ne permettent pas de distinguer les personnes qui n’ont jamais bu d’alcool au cours de leur vie de celles qui n’en boivent plus.

Tableau 2
Impact des corrections sur les expérimentations de substances psychoactives
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Tableau 2 Impact des corrections sur les expérimentations de substances psychoactives TABAC ALCOOL IVRESSE CANNABIS AUTRES DROGUES Filles Garçons Filles Garçons Filles Garçons Filles Garçons Filles Garçons Avant recodage 61,5 % 59,0 % 67,5 % 73,4 % 41,1 % 55,2 % 35,8 % 46,4 % 10,5 % 14,5 % Après recodage 62,5 % 60,3 % 71,0 % 77,3 % 42,2 % 56,4 % 36,5 % 47,7 % 10,6 % 14,7 % Source: CADIS 2000, exploitation OFDT.

 
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NOTES
 
[1] Remerciements à Robert Ballion pour avoir mis la base de données à notre disposition, à Patrick Peretti-Watel pour sa relecture attentive, ainsi qu’à Anne de l’Eprevier et Laurence Callard pour leur aide dans la recherche documentaire.
[2] Liste des départements : 62,01,55,67,73,14,24,33,64,37,41,75,78,92,93.
[3] Ce choix peut expliquer certains petits écarts avec les résultats présentés dans le rapport d’enquête (Ballion, 2001). De même, certaines corrections portant sur les incohérences rencontrées dans les réponses au sein d’un même questionnaire ont été appliquées et sont présentées en annexe.
[4] Cet item recouvre des évènements assez hétérogènes et aux contours flous (le concept de « promenade » n’est sans doute pas identique pour tous les répondants).
[5] Cet indicateur statistique permet de comparer l’intensité d’un lien entre deux variables qualitatives pour deux populations différentes.
[6] Ce seuil a été retenu afin d’obtenir des effectifs suffisants. Il ne faut donc pas comparer les pourcentages présentés dans ce paragraphe pour les filles et les garçons.
[7] Ce choix rejoint des consignes méthodologiques internationales et va dans le sens des recommandations les plus récentes (NIDA, 1992, Bless, 2002).
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[1]
Remerciements à Robert Ballion pour avoir mis la base de ...
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[2]
Liste des départements : 62,01,55,67,73,14,24,33,64,37,...
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[3]
Ce choix peut expliquer certains petits écarts avec les ...
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[4]
Cet item recouvre des évènements assez hétérogènes et aux ...
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[5]
Cet indicateur statistique permet de comparer l’intensité d...
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[6]
Ce seuil a été retenu afin d’obtenir des effectifs suffisan...
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[7]
Ce choix rejoint des consignes méthodologiques internationa...
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