Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4499-2
142 pages

p. 109 à 111
doi: en cours

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Faits cliniques

Vol. 10 2004/1

2004 Psychotropes

Un cas de primoconsommation de subutex de rue chez un jeune adulte

Xavier Aknine Médecin Généraliste, Praticien Hospitalier à temps partiel au CSST Gainville, Hôpital R. Ballanger, Aulnay S/Bois.
 
Introduction
 
 
L’augmentation régulière du nombre de patients toxicomanes substitués par le SUBUTEX® (80000 en 2003) a entraîné le développement d’un marché clandestin de rue non négligeable. Ainsi, la disponibilité accrue de ce médicament en milieu urbain et semi-rural peut être à l’origine de primoconsommations de SUBUTEX® chez des personnes non dépendantes des opiacés. On rapporte ainsi l’observation d’un jeune homme de 21 ans hospitalisé en psychiatrie à l’hôpital R. Ballanger à Aulnay (93) en juin2003.
 
Observation
 
 
S.avait été amené aux urgences par les pompiers pour intoxication médicamenteuse. Il avait ingéré un mélange de buprénorphine (SUBUTEX®), de citalopram (SEROPRAM®) et d’alcool dans un contexte d’errance et de rupture familiale. Ce jeune homme a quitté le domicile familial il y a 2 ans et s’est retrouvé SDF, dans l’incapacité de mener à terme toute démarche de réinsertion socio-professionnelle.
Il a un lourd passé familial marqué par l’absence du père, souvent éloigné du domicile du fait de sa profession (chauffeur-routier) et une mère qui s’est livrée à la prostitution depuis plusieurs années. Cette situation a conduit au placement en famille d’accueil de S. à l’âge de 10 ans et de son frère, plus jeune. À 18 ans, S.a formulé le souhait de revenir au domicile familial alors que son frère a préféré rester dans la famille d’accueil. À son retour, S.s’est trouvé rapidement en conflit avec sa mère qui le menaçait souvent d’exclusion du domicile. Seule une voisine lui apportait un soutien moral et matériel (aide financière, lessive). S.s’est alors soustrait à ce milieu familial hostile pour passer ses journées et ses nuits dehors à errer seul ou avec des amis. Ainsi, il a eu l’occasion de consommer des psychotropes de rue : il a d’abord pris du SEROPRAM® pendant plusieurs mois. L’interrogatoire ne permet pas de préciser l’effet escompté (antidépresseur ou recherche d’effet stupéfiant).
Ensuite, il sera amené à consommer du SUBUTEX® pendant 5 mois par voie sublinguale et nasale sans jamais avoir pris d’héroïne ni de codéine. En dehors de cet usage de médicaments psychotropes, il fume du cannabis sans abus (un joint par jour) et consomme de l’alcool occasionnellement. Il vit de mendicité en petit groupe.
Au fil des mois, s’installe une dépression qui l’amène à un passage à l’acte (abus de SEROPRAM®, de SUBUTEX® et d’alcool) évoquant un appel à l’aide.
Le jeune homme est donc amené aux urgences par les pompiers en état de coma stade 1 et sera hospitalisé en psychiatrie. Le surlendemain de son admission, il fugue pour se procurer du SUBUTEX® en ville. Il sera alors fait appel au médecin du centre Gainville (CSST situé dans l’hôpital) afin d’évaluer la pharmacodépendance de ce patient et de prescrire un traitement substitutif adapté. Le patient sera équilibré avec 6mg par jour de SUBUTEX® et un anxiolytique associé. Durant l’hospitalisation, le patient dénote une personnalité hystérique très marquée (mise en scène théâtrale fréquente, agitation psychomotrice, instabilité, changements de vêtements pluri-quotidiens, somatisation, difficultés à se concentrer pour suivre une conversation, logorrhée).
 
Conclusion
 
 
Ce cas clinique de primoconsommation de SUBUTEX® de rue qui a évolué vers une pharmacodépendance confirme le risque de voir se développer les conduites d’essai de ce médicament largement disponible dans les quartiers. Ce phénomène est relativement récent puisque l’AMM du SUBUTEX® remonte à 1996. Il répond à des motivations diverses : recherche de néoperceptions voisines de celles des opiacés avec un mésusage fréquemment associé (comprimé fumé, sniffé ou injecté), tentative de soulagement d’une souffrance psychique voire d’une dépression profonde dans un contexte d’errance.
Cette consommation clandestine de SUBUTEX® détourné de son usage thérapeutique se pratique généralement dans le cadre d’une polytoxicomanie associant benzodiazépines, barbituriques, alcool, amphétamines et cocaïne.
Ce phénomène est à l’origine de graves complications en terme de santé publique et mentale.
Reçu en décembre 2003
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