2004
Psychotropes
Le centre APTE : vers une prise en charge globale des
addictions
Bruno Didier
Thérapeute au centre APTE
Depuis 1994, le centre APTE accueille des toxicomanes et des
alcooliques dans le même lieu et relève le défi de les soigner ensemble dans
les mêmes groupes de thérapie et avec le même programme de traite~ment.
Inspirée par le modèle du Minnesota, cette prise en charge de deux dépendances,
réputées parfois incompatibles, mérite que l’on s’y attarde. La compréhension
de cette approche nécessite un bref historique du mo~dèle de traitement et de
la genèse du centre Apte. Cette thérapie, innovante en France, nous en apprend
davantage sur les points communs de ces deux addictions. L’article met en avant
l’importance des groupes d’en~traide dans ce type de traitement et partage
réflexions et remarques clini~ques autour de celui-ci.
Mots-clés :
Dépendance, Addiction, Entraide, Thérapie de groupe, Abstinence, Programme, Prise en charge.
APTE (Aide et Prévention des Toxico-dépendances par
l’Entraide), association à but non lucratif( loi de 1901) utilise un modèle
thérapeutique d’origine américaine appelé Hazelden ou modèle
du Minnesota.
Créée en 1993, l’association a ouvert le centre de soins de
Bucy-le-Long en avril1994. Le projet annoncé était le traitement conjoint des
dépendances à l’alcool ou aux drogues dans le même lieu, dans les mêmes groupes
de parole et avec la même approche clinique. Dans le contexte de l’époque, le
défi fut de démontrer la possibilité de considérer l’addiction globalement
plutôt que de distinguer la toxicomanie de l’alcoolisme. D’abord centre
expérimental, le centre APTE a obtenu l’accréditation en mai2003.
Le centre accueille hommes et femmes majeurs ayant un problème
de dépendance à une substance modifiant le comportement.
Il peut être question de dépendance à une ou à plusieurs
substances. L’alcool, les différentes drogues et la plupart des médicaments
ayant une influence sur le psychisme forment l’ensemble de ces
substances.
Les conditions d’admission
Les futurs patients doivent répondre à des critères de
compatibilité au traitement proposé. Les demandes de personnes ne répondant pas
aux critères (DSM-IV) des addictions et celles qui présentent des co-morbidités
trop lourdes sont écartées. L’abstinence de médicament (neuroleptique,
anti-dépresseur…) préconisée dans le traitement peut présenter certains risques
qui empireraient la situation des personnes les plus fragiles.
Les patients ne peuvent théoriquement effectuer que deux
séjours à Apte mais un troisième est possible lorsque les deux premiers n’ont
pas été accomplis complètement. L’équipe estime qu’au-delà de deux séjours, le
patient qui n’a pas pu se maintenir abstinent doit trouver ses réponses
ailleurs et que la méthode à montré ses limites avec lui. Dans ce cas, une
orientation peut être proposée lorsqu’il y a demande.
La prise en charge administrative
La prise en charge administrative se fait sur deux modes
distincts en fonction du type de dépendance pour lequel le patient est
admis.
Pour les patients toxicomanes (12 places), Apte tient lieu de
Centre de Soins Conventionné Spécialisé et l’accueil est conforme à la loi de
1970 (gratuité, anonymat). Pour les patients alcooliques (8 lits), le cadre
juridique change et APTE devient une Maison de Santé Médicale.
Si le concept d’addiction montre une réelle cohérence théorique
et clinique, il n’est pas encore intégré administrativement et juridiquement.
Il a donc été nécessaire de faire appel à ces deux modes d’accès aux soins pour
parvenir à une prise en charge globale des dépendances aux produits.
Dans les deux cas la durée du séjour est identique : 8
semaines.
L’objectif est double. D’abord, il est nécessaire d’atteindre
l’abstinence de toutes les substances précitées afin d’accélérer les processus
de rétablissement physique et psychologique. Ensuite, accéder à une qualité de
vie interne suffisante pour parvenir au maintien de l’abstinence et à la
poursuite des progrès en vue de la sortie. Les patients qui ont développé le
plus de ressources personnelles ont vu leur réinsertion d’autant
facilitée.
Apte est avant tout un centre de soins d’une capacité d’accueil
de 20lits, établi dans le village de Bucy-le-long, près de Soissons. Le lieu
est divisé en 8 chambres de deux à trois lits et des salles spécifiques sont
réservées à chaque activité (sport, groupe de thérapie, etc.). La majeure
partie des activités a lieu sur place. Seules les consultations de médecins
spécialistes, les sorties du weekend, la fréquentation des groupes de pairs et
le sport en piscine ont lieu à l’extérieur.
Il existe aussi une antenne parisienne où ont lieu les
entretiens préalables à l’admission et les groupes de suite.
Pour l’essentiel, l’équipe est composée de thérapeutes, d’une
équipe médicale (médecin généraliste, infirmiers, psychiatre), d’une
masseuse-relaxologue et d’une animatrice sportive.
Dans les années quarante, l’idée d’une thérapeutique nouvelle,
appuyée sur les groupes AA, intéresse plusieurs groupes de psychiatres
américains, et particulièrement ceux du Minnesota. En 1946, l’hôpital de Center
City commence à mettre en place cette conception des soins et ouvre le centre
Hazelden en 1949. Pioneer House, à Minneapolis, démarre les premières thérapies
pour malades alcooliques en 1948. C’est l’équipe de Nelson Bradley qui, dès
1950, propose le Minnesota program au Willmar State Hospital. Le modèle est
révolutionnaire pour l’époque. Les portes sont ouvertes. Les alcooliques sont
séparés des malades mentaux et d’anciens alcooliques sont formés en tant que
counsellors, thérapeutes spécialisés dans le traitement de la dépendance à
l’alcool. Quelques années plus tard, ce modèle de traitement s’est étendu à la
dépendance aux drogues et aux addictions sans drogue (Spicer, 1993).
Apte a souhaité transposer le modèle de soin Hazelden ou modèle
du Minnesota dans le système des pensées et des valeurs françaises et
laïques.
Entièrement financée par des fonds publics, Apte a fortement
écarté les aspects chrétiens et lucratifs de son modèle américain privé. Ici,
l’accès aux soins est le même pour tous, quelle que soit la condition sociale
du demandeur. Le rapport au patient n’est pas, à la différence des fondations
privées que sont les centres de type Hazelden anglo-saxons, un rapport de
clientèle. L’avenir du centre ne dépendant pas de ses patients, l’équipe
thérapeutique reste indépendante dans ses décisions au sujet de chaque personne
accueillie. Cette « indépendance » financière est peut-être la plus grande
différence avec le modèle d’origine. C’est en tout cas une spécificité majeure
d’Apte au regard de ses équivalents étrangers.
Une grande partie des options théoriques de ce modèle trouve
ses origines dans les groupes de pairs nord américains que sont les Alcooliques
Anonymes (AA) et Narcotiques anonymes (NA).
La dépendance est abordée comme une maladie. C’est une relation
pathologique à un objet qui focalise l’essentiel des désirs et des pensées. Les
conséquences de cette maladie sont physiques, mentales et spirituelles.
Physiquement, la consommation de substance accroît la fatigue, altère certaines
fonctions et dans certains cas extrêmes, entraîne la mort. Les conséquences
mentales sont liées au déclenchement de comorbidités et surtout à l’aspect
obsessionnel de l’envie de consommer qui prend le pas sur le bon sens le plus
élémentaire. Spirituellement, les personnes sont affectées dans le sens où
elles ne parviennent plus à agir conformément à leur propre système de valeur.
Beaucoup de honte et de culpabilité remontent lors des récits liés à des vols
et des violences, notamment envers les personnes qui leur étaient les plus
chères. L’idée de maladie peut surprendre mais elle a le mérite de signifier
aux dépendants la nécessité de se soigner. De plus l’idée d’être « malade » est
souvent plus acceptable que le regard social majoritaire qui les évoquait comme
des vicieux, des pervers, porteurs d’une tare ou comme des pauvres malheureux
incapables d’avoir de la volonté et de la dignité.
C’est aussi une thérapie qui s’appuie d’abord sur l’entraide
entre les dépendants. Cela peut paraître un non-sens mais c’est souvent entre
eux que les interactions sont les plus fructueuses. La parole de pairs
positifs, dans une démarche de rétablissement crédible, est souvent mieux
entendue que celle du professionnel.
La prise de
contact
Le premier contact a généralement lieu par téléphone. Une
infirmière recueille les premières informations sur la demande et propose, le
cas échéant, un entretien préalable d’admission. Les appels sont soit
volontaires, soit induits par un proche, un professionnel ou une décision de
justice.
L’entretien préalable
d’admission
Il a lieu soit au centre de soins, soit à Paris, en fonction
de la situation géographique du demandeur. Les entretiens sont
exceptionnellement réalisés par des personnes non salariées d’Apte quand le
demandeur est domicilié dans un département d’outremer.
Suite à cet entretien, les personnes estimées incompatibles
avec le traitement sont prévenues sur le champ. En cas de doute, une décision
d’équipe est rendue dans les meilleurs délais. Les patients admis doivent
confirmer leur intention en téléphonant chaque mercredi. Cette procédure n’est
pas destinée à mesurer la motivation mais répond à des impératifs de gestion de
liste d’attente et de planification des entrées. Cette mesure est d’autant plus
utile lorsqu’un sevrage préalable est à organiser à l’arrivée au
centre.
L’attente moyenne entre cet entretien et l’admission est de 5
à 6 semaines.
L’arrivée au
centre
La première journée du patient est articulée autour de
l’équipe médicale : rencontre avec le médecin qui transmet le protocole de fin
de sevrage aux infirmiers et au reste de l’équipe.
Le nouvel arrivant est fouillé (bagage et vêtements) avant
tout contact avec les autres résidents. Il est alors présenté au groupe qui est
chargé de l’accueillir de la meilleure façon qui soit. Un patient reçoit la
tâche de lui faire visiter les lieux et de lui expliquer le
fonctionnement.
Pendant les dix premiers jours, le nouveau ne peut ni sortir
du centre, ni écrire ou téléphoner à l’extérieur. Cette disposition lui permet
de mieux s’installer dans les lieux et la thérapie. Au-delà de cette période,
un point phone est à sa disposition et il peut sortir aux heures indiquées dans
le planning. La condition de sortie est l’obligation de rester avec au moins
deux autres patients qui ont plus de dix jours de séjours.
Le nouveau est invité à participer au groupe aussitôt que
possible.
Le sevrage
Il est recommandé aux nouveaux d’arriver avec la consommation
minimum qu’il est capable de maintenir. Au-delà d’un seuil qui varie selon les
substances, il est impératif qu’un sevrage ait eu lieu avant l’admission. La
fin du sevrage se fait au centre. L’arrêt total prend effet immédiatement. Pour
soutenir cette période délicate, un suivi médical avec des régulateurs de
tension et des produits naturels à base de plante (tisanes et bains calmants)
sont proposés.
Les activités
Toutes les activités planifiées sont obligatoires. Les
dispenses sont exceptionnelles.
Le séjour est principalement axé sur les groupes de paroles
et un travail écrit suivi individuellement.
Les groupes de
thérapie
Animés par un thérapeute, les patients sont invités à revenir
sur des exemples de leur consommation qui ont eu des conséquences négatives
pour eux ou pour leur entourage. Le but est d’établir un lien entre la
consommation de produits et leur situation actuelle. Cela constitue peu à peu
un capital de souvenir que le patient peut mettre en contrepoint lorsqu’il a
envie de consommer et qu’il pense davantage aux aspects bénéfiques de sa
consommation. D’autres sujets sont aussi abordés, liés aux souvenirs qui ne
manquent pas de refaire surface (abus sexuels, violence familiale, etc.). Des
groupes à thèmes spécifiques sont mis en place dans ce but et aussi pour
maintenir la cohésion du séjour et ne pas perdre l’objectif initial de vue :
l’arrêt de la consommation et le rétablissement d’une vie acceptable. Les
groupes permettent aussi aux résidents de se confronter les uns les autres sur
leurs comportements respectifs au sein du groupe.
Le travail
écrit
Il s’agit principalement d’une batterie de questionnaires.
Tous les travaux écrits sont lus et discutés par le thérapeute avec le
patient.
Les premiers questionnaires remis à l’arrivée donnent au
patient les moyens de se récapituler sa situation actuelle et de faire un
premier bilan.
Ensuite, il doit rédiger un petit récit de vie qu’il
transposera oralement au groupe afin que celui-ci le connaisse mieux. C’est un
moment difficile. Mais, une fois passé, le patient reçoit beaucoup de retour
positif de ses pairs. Il entre alors de plein pied dans la thérapie. On
remarque à ce moment un accroissement de l’investissement personnel dans le
processus du séjour.
Les exercices suivants s’imprègnent largement des étapes
proposées par les groupes d’entraide AA et NA.
La première étape revient par écrit sur les exemples de
consommation ayant des conséquences négatives. Cela permet de réaliser autant
l’ampleur des dégâts que l’ampleur des dangers en cas de rechute. Cette étape
est la plus difficile car elle véhicule beaucoup de honte et de culpabilité.
C’est la plus difficile mais son achèvement ouvre des perspectives plus
optimistes.
La deuxième étape est basée sur l’apprentissage de la demande
d’aide au groupe et l’acquisition de la confiance dans les solutions
proposées.
La troisième étape est un exercice autour de la confiance en
appliquant honnêtement les suggestions et en lâchant prise sur les
résultats.
La quatrième étape est un travail d’introspection qui permet
au patient de mieux cerner ses points forts et ses points faibles.
La cinquième étape est un échange en tête à tête de la
quatrième étape avec une personne choisie par le patient lui-même.
Les cours
didactiques
Quotidiennement, un petit cours est dispensé aux patients par
un thérapeute ou un infirmier, en fonction du sujet du jour. Les thèmes sont
liés au processus du rétablissement, à l’identification des émotions et des
comportements, etc. Ces cours apportent de la matière aux réflexions des
patients et des réponses aux questions qu’ils se posent en terme de
rétablissement, surtout en vue de leur sortie.
Les journées
familiales
Tous les quinze jours, cette journée spécifique a pour but
d’améliorer les rapports, souvent faussés par la consommation, entre le patient
et ses proches. La journée se découpe en un cours d’information sur la
dépendance et ses conséquences dans la famille le matin et un entretien avec le
patient, ses proches et un thérapeute l’après-midi.
Les thérapeutes
Les thérapeutes sont spécifiquement formés pour travailler
dans l’esprit du modèle du Minnesota. Certains sont parfois d’anciens usagers
de substances. Dans ce cas, ils fournissent au patient en plus de leurs
compétences professionnelles, un modèle vivant d’espoir et de rétablissement,
qui « parle le même langage » et qui peut difficilement le juger moralement
(Blume, 1977). Il leur est demandé d’avoir au moins cinq années d’abstinence et
de rétablissement avant d’accéder à la formation. Dans tous les cas, les futurs
thérapeutes doivent justifier d’une formation antérieure intégrant des notions
élémentaires de psychologie et d’addictologie.
Les soins
corporels
Comme la fin du sevrage se fait sans soutien médicamenteux,
il est nécessaire de diminuer les effets gênants du sevrage par d’autres
moyens. Pour cela, l’usage de produits à base de plantes (escholzia,
passiflore, etc.) remplace avantageusement la pharmacopée ordinaire. Ces
produits sont principalement employés sous forme de bains calmants et de
tisanes relaxantes ou tonifiantes. Les effets des plantes sont plus légers que
les médicaments. Les plantes employées ont pour fonction d’amortir les effets
négatifs du sevrage sans recréer une nouvelle dépendance à un médicament. Elles
ne provoquent aucun phénomène d’accoutumance.
Une partie importante des soins corporels réside dans les
massages à visée décontractante. Ces massages peuvent être dispensés en
accompagnement du sevrage mais aussi, comme soutien lors de moments difficiles
comme l’approche de l’entretien familial ou des périodes où la parole de
somatisation liée au processus de thérapie. Ces massages individualisés vont
généralement de pair avec des séances de sophrologie effectuées en petits
groupes.
Dans une démarche de responsabilisation de soi, il était
important qu’une implication personnelle soit demandée aux patients dans la
reconquête corporelle. L’éducatrice sportive propose des séances de tai-chi et
des exercices d’assouplissement et de remise en forme faciles à refaire seul
ensuite. En piscine, les patients peuvent apprendre à nager ou à se
perfectionner en natation. Des exercices de détente pour se « réconcilier »
avec l’eau sont également proposés.
Les autres
activités
Des activités de loisirs sont également proposées,
principalement les weekends : promenades et visites des sites des environs,
jeux de plein air et jeux de sociétés.
Chaque semaine est prévue une soirée musicale et une autre
soirée est destinée à la projection d’un film.
Après la quatrième semaine, il est possible de passer une
demi-journée en ville, accompagné de deux autres patients de plus de quatre
semaines. Cette disposition est un bon moyen d’éprouver le chemin parcouru au
centre de soins.
Les témoignages
C’est un des points essentiels du dispositif. Chaque semaine,
deux anciens patients du centre (ou autres dépendants en rétablissement)
viennent raconter leur parcours et ce qu’ils ont mis en place dans leur «
nouvelle » vie. Cela constitue un facteur important d’espoir. Les témoins
démontrent par leur seule présence que le rétablissement est possible. Le
contenu de leur témoignage permet à certains de s’identifier à des personnes
qui les ont précédés dans la même démarche qu’eux. Ils peuvent aussi prendre
les coordonnées de ces témoins avec lesquels il est préconisé de garder le
contact. Ces nouvelles relations peuvent s’avérer précieuses après la sortie.
Elles constituent parfois le début d’un nouveau réseau d’amis plus propice au
maintien des acquis que ne pourraient l’être les fréquentations d’avant le
séjour.
Les groupes
d’entraide
Pendant le séjour, les patients sont accompagnés à plusieurs
reprises dans des groupes Alcooliques Anonymes et Narcotiques Anonymes afin
qu’ils puissent prendre contact avec d’autres personnes ayant traversé des
épisodes semblables dans leur vie. L’objectif est de leur favoriser les
premiers contacts pour qu’ils puissent, une fois sortis, construire leur propre
réseau de soutien.
La sortie
Après une retraite de huit semaines dans un lieu « sûr » en
matière de substance, c’est sans doute le moment le plus délicat. Il est
généralement vécu comme le moment de vérité. Beaucoup redoutent cet instant; ce
qui, en définitive, est assez bon signe. Il serait étrange qu’une personne
devenue consciente de sa fragilité vis-à-vis des produits et des conséquences
pour elle d’une éventuelle rechute ne se fasse pas de soucis à l’idée de se
confronter de nouveau aux situations de la vie courante.
Les retours
Les dépendants sont des personnes souvent difficiles à suivre
après leur sortie. Néanmoins, Apte s’efforce de garder le contact avec ses
anciens pensionnaires. Pour cela, une fête réunissant les anciens patients a
lieu au centre de soins chaque mois de juin. Les chiffres fiables s’entendent
ici sur cinq ans. Au-delà de cinq ans, les liens conservés avec les anciens
deviennent plus aléatoires. Pourtant, il semble que cela ne soit pas forcément
en rapport avec les rechutes mais souvent avec l’évolution personnelle et les
choix de vie de chacun. Il semble qu’en moyenne un quart de ceux qui ont
terminé leur séjour n’ont jamais rechuté. Un autre quart a rechuté par la suite
mais a réussi à se récupérer sans l’aide du centre. On peut ainsi estimer
qu’environ la moitié des personnes qui ont suivi l’ensemble du programme de
soins est abstinente cinq ans plus tard.
Bien que les résultats soient incontestables, le modèle reçoit
encore beaucoup de critiques, notamment sur le concept de maladie à traiter
physiquement, mentalement et spirituellement (Spicer, 1993). Cette dimension
spirituelle a fait l’objet de nombreuses polémiques. Peut-être devrait-on
qualifier ce type de soins d’existentiels, pour en évacuer davantage les
aspects religieux, voire sectaires qui pourraient facilement s’y rattacher.
Néanmoins, le modèle du Minnesota constitue la majorité des prises en charge en
Amérique du Nord. En Europe, son succès se fait grandissant dans un grand
nombre de pays qui voient s’ouvrir de plus en plus de nouvelles
structures.
Reçu en mars 2002
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