Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4499-2
142 pages

p. 125 à 127
doi: en cours

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Divers

Vol. 10 2004/1

MIEL C., Hypnose et toxicomanie : la remobilisation des processus de pensée,Psychotropes, 2003,9 (1), 95-108.

C’est avec un certain plaisir que j’ai vu apparaître l’article « Hypnose et toxicomanie » dans la table des matières de Psychotropes.
Le sourire de contentement que je manifestais était celui de l’hypnothérapeute que je suis, de l’enseignant d’hypnose ericksonienne et de thérapie brève (École de Palo Alto) également.
Lire, écrit de la main même de l’auteur, psychologue, manifestement psychanalyste, et vraisemblablement thérapeute familial, que l’hypnose a une vocation psychothérapique et qu’il « l’élève au rang de l’efficacité des psychotropes » a un effet jubilatoire, quand on connaît l’état d’esprit des « gardiens du temple » de la psychothérapie française qui s’est si bien illustrée dans la défense des privilèges qu’elle s’est octroyée sans se soucier un seul instant d’une validation scientifique.
Mais lire cet article pose aussi question. L’auteur ne pratique-t-il pas une certaine confusion des genres ? Cet article passe plus de temps à décrire les mécanismes du conflit intra-psychique qu’à parler de ceux qui régissent le processus hypnotique thérapeutique. Et mon sourire se fige quelque peu en un rictus discret et poli devant cette confusion : comment peut-on mélanger l’inconscient ericksonien et l’inconscient freudien ?
Peut-on mélanger deux corps totalement insolubles, l’huile et l’eau ? Apparemment l’auteur s’en tire par une recette qui doit s’appeler une mayonnaise, mais le liant ne prend pas, il le dit bien. Pas étonnant, il est confus, l’auteur du résultat obtenu : sa recette qui se dit ericksonienne est en fait celle d’une hypnose traditionnelle basée sur le phénomène de suggestion directe dont on connaît le peu d’efficacité et surtout l’incompatibilité avec l’écosystème psychique, l’absence de respect aussi.
Et mon sourire poli se déforme en une mimique de stupeur quand je lis que l’induction est complexe, que la métaphore est compliquée et que le patient ne peut utiliser cette approche.
Mais de quoi parle-t-il ? Sa mayonnaise est totalement indigeste, pour ne pas dire complètement ratée. Je ne sais où l’auteur a appris ou vaguement lu quelque chose sur l’hypnose, si sa formation a été faite par des gens compétents ou par des gens qui font de la petite recette d’hypnose traditionnelle, mâtinée d’Erickson, en y ajoutant une pincée de comportementalisme, ça ne peut pas faire de mal, n’est-ce pas ! Et une grosse louche de psychothérapie d’inspiration analytique, et voilà, le tour est joué... mais ça ne passe pas et ça ne marche pas !
Erickson se plaisait à dire que notre inconscient était intelligent et qu’il fallait lui faire confiance dans le processus de recherche de solutions et de guérison. De façon cynique, j’ajouterai : encore faut-il bien le nourrir, de bonnes lectures, de bonnes pratiques et de concepts clairs et limpides.
Je ne sais de quelles nourritures l’auteur s’est enrichi, je crains qu’il ait goûté et usé d’une nourriture un peu trop indigeste qu’il n’a pas digéré ou métabolisé tant physiquement que psychiquement. Je lui conseille désormais de lire un peu plus attentivement le menu de ce qu’il consomme pour enrichir son savoir et son savoir-faire.
Pour utiliser l’hypnose il y a des bons usages qu’il faut intégrer dans la thérapie. D’abord avoir confiance en son patient et en ses ressources, lui expliquer de façon simple la pratique de l’hypnose et de l’auto-hypnose. Ne pas mélanger les concepts « Pourquoi je me drogue ? Ou comment je fais pour guérir ?». Dans le premier cas c’est long et douloureux, avec un pourcentage d’échecs notable, dans le deuxième cas, c’est plutôt du domaine de plaisir, du ludique et surtout c’est bref : ne vaut-il pas mieux se shooter à l’hypnose qu’à la coke ?
Les patients que j’ai eu le plaisir d’accompagner dans cette approche ont vite laissé tomber les mélanges et l’alcool : ils préféraient planer dans une transe où ils s’auto-induisaient et travaillaient tout seuls leurs propres métaphores issues de leur appareil psychique pendant la transe, la transformant et induisant, sans hétéro- ou autosuggestion, leur propre changement.
Mais pour cela, il faut bien sûr sortir des recettes et des idées reçues, des limitations que le thérapeute crée lui-même pour lui et son patient.
Être créatif en quelque sorte, et cela n’est pas donné à ceux qui restent figés dans des concepts un tantinet surannés.
Alors, cher Collègue, vous changez de recette ou comme le dit si bien Paul Watzlawick, vous préférez le changement type I, c’est-à-dire un peu plus de la même chose qui ne marche pas ?
Avez-vous goûté un jour au changement type II ? Vous verrez comme c’est suave, plaisant, diététique et nourrissant. Vous êtes invité permanent !
Victor SIMON
Directeur d’enseignement d’hypnose, Université Paris V — Necker, Centre Pluralis — Paris.
Émail: victor. simon@ hypnose. org
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