2004
Psychotropes
Lettre à la rédaction
MIEL C., Hypnose et toxicomanie : la remobilisation des processus
de pensée,Psychotropes, 2003,9 (1),
95-108.
C’est avec un certain plaisir que j’ai vu apparaître l’article
« Hypnose et toxicomanie » dans la table des matières de Psychotropes.
Le sourire de contentement que je manifestais était celui de
l’hypnothérapeute que je suis, de l’enseignant d’hypnose ericksonienne et de
thérapie brève (École de Palo Alto) également.
Lire, écrit de la main même de l’auteur, psychologue,
manifestement psychanalyste, et vraisemblablement thérapeute familial, que
l’hypnose a une vocation psychothérapique et qu’il « l’élève au rang de
l’efficacité des psychotropes » a un effet jubilatoire, quand on connaît l’état
d’esprit des « gardiens du temple » de la psychothérapie française qui s’est si
bien illustrée dans la défense des privilèges qu’elle s’est octroyée sans se
soucier un seul instant d’une validation scientifique.
Mais lire cet article pose aussi question. L’auteur ne
pratique-t-il pas une certaine confusion des genres ? Cet article passe plus de
temps à décrire les mécanismes du conflit intra-psychique qu’à parler de ceux
qui régissent le processus hypnotique thérapeutique. Et mon sourire se fige
quelque peu en un rictus discret et poli devant cette confusion : comment
peut-on mélanger l’inconscient ericksonien et l’inconscient freudien ?
Peut-on mélanger deux corps totalement insolubles, l’huile et
l’eau ? Apparemment l’auteur s’en tire par une recette qui doit s’appeler une
mayonnaise, mais le liant ne prend pas, il le dit bien. Pas étonnant, il est
confus, l’auteur du résultat obtenu : sa recette qui se dit ericksonienne est
en fait celle d’une hypnose traditionnelle basée sur le phénomène de suggestion
directe dont on connaît le peu d’efficacité et surtout l’incompatibilité avec
l’écosystème psychique, l’absence de respect aussi.
Et mon sourire poli se déforme en une mimique de stupeur quand
je lis que l’induction est complexe, que la métaphore est compliquée et que le
patient ne peut utiliser cette approche.
Mais de quoi parle-t-il ? Sa mayonnaise est totalement
indigeste, pour ne pas dire complètement ratée. Je ne sais où l’auteur a appris
ou vaguement lu quelque chose sur l’hypnose, si sa formation a été faite par
des gens compétents ou par des gens qui font de la petite recette d’hypnose
traditionnelle, mâtinée d’Erickson, en y ajoutant une pincée de
comportementalisme, ça ne peut pas faire de mal, n’est-ce pas ! Et une grosse
louche de psychothérapie d’inspiration analytique, et voilà, le tour est
joué... mais ça ne passe pas et ça ne marche pas !
Erickson se plaisait à dire que notre inconscient était
intelligent et qu’il fallait lui faire confiance dans le processus de recherche
de solutions et de guérison. De façon cynique, j’ajouterai : encore faut-il
bien le nourrir, de bonnes lectures, de bonnes pratiques et de concepts clairs
et limpides.
Je ne sais de quelles nourritures l’auteur s’est enrichi, je
crains qu’il ait goûté et usé d’une nourriture un peu trop indigeste qu’il n’a
pas digéré ou métabolisé tant physiquement que psychiquement. Je lui conseille
désormais de lire un peu plus attentivement le menu de ce qu’il consomme pour
enrichir son savoir et son savoir-faire.
Pour utiliser l’hypnose il y a des bons usages qu’il faut
intégrer dans la thérapie. D’abord avoir confiance en son patient et en ses
ressources, lui expliquer de façon simple la pratique de l’hypnose et de
l’auto-hypnose. Ne pas mélanger les concepts « Pourquoi je me drogue ? Ou
comment je fais pour guérir ?». Dans le premier cas c’est long et douloureux,
avec un pourcentage d’échecs notable, dans le deuxième cas, c’est plutôt du
domaine de plaisir, du ludique et surtout c’est bref : ne vaut-il pas mieux se
shooter à l’hypnose qu’à la coke ?
Les patients que j’ai eu le plaisir d’accompagner dans cette
approche ont vite laissé tomber les mélanges et l’alcool : ils préféraient
planer dans une transe où ils s’auto-induisaient et travaillaient tout seuls
leurs propres métaphores issues de leur appareil psychique pendant la transe,
la transformant et induisant, sans hétéro- ou autosuggestion, leur propre
changement.
Mais pour cela, il faut bien sûr sortir des recettes et des
idées reçues, des limitations que le thérapeute crée lui-même pour lui et son
patient.
Être créatif en quelque sorte, et cela n’est pas donné à ceux
qui restent figés dans des concepts un tantinet surannés.
Alors, cher Collègue, vous changez de recette ou comme le dit
si bien Paul Watzlawick, vous préférez le changement type I, c’est-à-dire un
peu plus de la même chose qui ne marche pas ?
Avez-vous goûté un jour au changement type II ? Vous verrez
comme c’est suave, plaisant, diététique et nourrissant. Vous êtes invité
permanent !
Victor SIMON
Directeur d’enseignement d’hypnose, Université Paris V —
Necker, Centre Pluralis — Paris.
Émail: victor. simon@ hypnose.
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