L’ayahuasca, liane des dieux, liane de la mort
Psychothérapie et chamanisme
Jean-Marie Delacroix
Ils participent, la nuit, dans l’obscurité, à d’étranges
cérémonies, en absorbant une plante d’une amertume effrayante qui leur ouvre la
porte des mondes invisibles. Ils sont accompagnés par quelques chamans qui,
toute la nuit, vont chanter des invocations et pratiquer d’étranges rituels
avec de la fumée et des parfums. Le jour, ils continuent le traitement
chamanique et travaillent. Pendant un mois, ils vont participer deux ou trois
fois par semaine à un autre type de rituel: une psychothérapie de groupe selon
les conceptions post-freudiennes auxquelles on se réfère en Europe et en
Amérique du Nord. Cela se passe en Amazonie péruvienne, à Takiwasi, centre de
réhabilitation pour toxicomanes qui a la particularité d’utiliser les
traitements chamaniques locaux et traditionnels, basés sur l’utilisa~tion de
«plantes sacrées», et notamment d’une plante psycho-trope: l’ayahuasca.
L’auteur a participé à cette expérience comme patient la nuit et comme
psychothérapeute le jour. Dans cet article, il se pose plusieurs questions:
peut-on concilier deux types de traitement aussi différents que le chamanisme
et la psychothérapie de groupe à l’occidentale et ce, avec des toxicomanes?
Est-il possible ou souhaitable de mettre des patients en contact, dans le même
temps, avec deux types de traitement qui s’appuient sur une logique, une
culture et un paradigme si différents, voire opposés? Et quel est le résultat?
Cet article présente un début de réflexion sur ces thèmes à partir d’une
expérience vécue en 1998.
Mots-clés :
ayahuasca, psychothérapie, thérapie de groupe, chama, nisme, initiation, Amazonie.
They partook, in the dark of night, in strange ceremonies where
the ingestion of a frighteningly bitter plant opened doors to invisible worlds.
A few shamans were among them, chanting invoca~tions all night long and
implementing strange rituals involving smoke and perfumes. During the day, they
carried on with the shamanic treatment and they worked. For a month, they
participate in another type of ritual taking place two to three times a week: a
group therapy, as it is known to the post-Freudian school in vogue in Europe
and North America. Such experiments take place at Takiwasi, a drug
rehabilitation centre in the Peruvian Amazon where local traditional shamanic
treatments based on psychotropic «sacred plants», especially ayahuasca, are
used. The author was part of the experiment, at night as patient, and in the
day time as therapist. The paper asks several questions. Can two treatments so
different from one another as are shamanism and western-style group therapy be
made to work together, especially with drug abusers? Is it possible, or indeed
desirable, to bring patients into simultaneous contact with two types of
treatment that rely on radically different or even opposed, logics, cultures
and paradigms? For what outcome? The paper presents incipient reflections on
those issues based on an experiment in 1998.
• Introduction à l’usage de l’ayahuasca en thérapie
• Le cadre de l’expérience
• Mon questionnement de thérapeute dans ce contexte
• Mes approches thérapeutiques de référence : La gestalt-thérapie et
le psychodrame
• Le déroulement des sessions
• Chronologie des thèmes du groupe péruvien
• Réflexions sur l’expérience
— 1 Sur le processus
thérapeutique
— 2 Sur la cohésion et le fond
groupal
— 3 Sur la capacité à être dans la
conscience et le continuum de l’expérience
— 4 Sur l’ouverture de
l’organisme
• Conclusion
• Bibliographie