Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4501-8
240 pages

p. 231 à 233
doi: en cours

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Divers

Vol. 10 2004/3-4

Dictionnaire des drogues et des dépendances Richard Denis, Senon Jean-Louis, Valleur Marc – Paris, Larousse/ Sejer, 2004,626p.

Sept ans après que les premiers travaux furent initiés, et cinq ans après sa première parution, voici la nouvelle édition du Dictionnaire des drogues et des dépendances. Il rassemble la réflexion de professionnels de différents horizons. Ouvrage collectif, il traduit la volonté des auteurs de transmettre l’information le plus simplement et clairement possible, mais aussi de faire part des interrogations qui traversent la société sur la question des drogues et des dépendances.
Ce dictionnaire propose, tant aux lecteurs « novices » qu’aux « experts » de l’univers des drogues, des réflexions à la fois théoriques et pragmatiques sur divers concepts. Qu’est-ce que le dopage ? Qu’est-ce qu’être dépendant ? À quel(s) objet(s) se rapporte la dépendance ?
Qu’est-ce que l’accoutumance ?... sont autant de questions qui interpellent et alimentent nombre de débats actuels.
Au-delà d’une approche conceptuelle et théorique, les auteurs abordent les drogues illicites (cocaïne, cannabis, héroïne, ecstasy, etc.) et les drogues licites (alcool, tabac, médicaments psychotropes, etc.) en rappelant leur caractère universel et transculturel, mais aussi en soulignant les problématiques sociales (criminalisation, précarisation), psychiatriques (notion de comorbidité), somatiques (hépatite, sida) associées à leur consommation et aux risques (overdose, encéphalopathie) liés au mode d’usage ou à l’abus. S’il est vrai que les représentations autour du terme de la dépendance sont majoritairement rattachées aux drogues, les auteurs complètent les définitions, déjà abordées en 1999, sur les addictions sans drogue (Internet, jeu vidéo) et attirent l’attention du lecteur sur ces dépendances dans un monde où l’informatique et le virtuel font partie de notre quotidien. Toute personne ne devient cependant pas dépendante soulignent les auteurs à la lumière de la clinique et en évoquant la complexité des trajectoires.
S’ils font référence au contexte économique, politique et social présent, ceux-ci retracent également l’évolution des représentations des drogues, de la personne dite dépendante et du terme addiction au travers de l’étude de diverses disciplines comme la communication (presse, publicité), les arts (peinture, cinéma, théâtre, bande dessinée), la socio-logie, la philosophie, la psychanalyse, la musique, etc. Cet éclairage pluridisciplinaire et cette approche transversale permettent d’analyser la prégnance des comportements et des conduites de dépendance sous toutes leurs formes, à travers les siècles et dans toutes les sociétés. S’y ajoute une approche économique, législative et politique qui permet au lecteur de saisir toute la complexité du problème ainsi que les enjeux et orientations sur un plan national et européen. Il est important de souligner le choix des auteurs d’introduire de nouvelles entrées dans le champ du biologique, du juridique ou du social.
Réflexion constructive sur les comportements de dépendance, reflet des consommations et pratiques addictives anciennes et actuelles, ce dictionnaire aborde et traduit avec objectivité, sans jugement de valeur, l’intérêt et les interrogations que soulève le phénomène des drogues et des dépendances dans le monde citoyen, des professionnels de la santé, du social et du politique.
Emmanuelle Picot

Drogues et dépendances aux drogues : comment rapprocher la recherche, les politiques et les pratiques de terrain ? Richard Hartnoll – Strasbourg, Éditions du Conseil de l’Europe, octobre 2004. L’ouvrage peut être commandé à : http ://book.coe.int. ou par courriel à : pompidou. group@ coe. int.

Dans cet ouvrage, Richard Hartnoll revient sur vingt années de recherches et de surveillance des phénomènes liés aux drogues en Europe dans le cadre du Groupe Pompidou. Membre de ce collectif depuis son origine au début des années 1980, puis responsable du secteur de l’épidémiologie à l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) de 1995 à 2002, il s’appuie sur une expérience considérable. Il choisit pour angle d’attaque l’interaction entre les actions politiques, les travaux scientifiques et les mises en œuvre effectives sur le terrain. Ce texte a servi de base aux discussions de la dernière conférence du Groupe Pompidou sur la recherche en matière de drogues qui s’est tenue à Strasbourg les 6 et 7 avril 2004.
Avant d’apporter des réponses à la difficile question posée en titre à cet ouvrage, l’auteur revient sur les concepts fondamentaux en jeu (épidémiologie, paradigme, modèle, qualité…) en fournissant un éclairage rendu nécessaire par la diversité des disciplines mobilisées pour l’étude des toxicomanies, en forme de proposition pour une culture commune. Il s’agit ainsi d’éviter toute « tricherie sémantique » ainsi que tout malentendu. Les présupposés et considérations morales qui président aux travaux entrepris ne peuvent et ne doivent être ni implicites ni gommés, mais au contraire clairement explicités. Il évoque également les acquis d’une recherche qui fut très productive, avec notamment la mise en place et la pérennisation d’un dispositif européen d’enquêtes en milieu scolaire, une réflexion nourrie de nombreuses expériences sur les estimations de prévalence des usages problématiques de drogues ou encore une structuration de la recherche qualitative.
Avec des termes très clairs, Richard Hartnoll parvient à éviter l’écueil d’un ouvrage trop théorique en offrant une dimension pragmatique à son propos et en émaillant le texte d’exemples. Loin d’être un testament, cette somme permet de faire le point sur les acquis épidémiologiques récents d’une recherche pour laquelle la production de données doit toujours s’accompagner d’une réflexion approfondie sur leur utilisation et qui doit désormais intégrer l’élargissement de l’Union européenne. Si l’ouvrage manque d’une analyse approfondie du rôle joué par les médias, qui pourtant occupent une place centrale entre opinion publique et décision politique, avec l’enjeu d’une vulgarisation/simplification des messages issus de la recherche, il fait globalement le constat d’un manque d’intégration des éléments d’analyse de la situation dans le processus d’élaboration des réponses politiques. Son propos s’achève sur les enjeux que se doivent de relever les chercheurs et les commanditaires de la recherche pour progresser et découvrir de nouvelles approches afin d’aborder des problèmes paraissant jusqu’à présent insurmontables. Il en appelle à l’imagination et la créativité tout autant qu’à la science. C’est en permettant à la recherche de travailler dans la continuité sur le longterme et dans l’interdisciplinarité tout en bénéficiant d’une certaine indépendance que les résultats pourront être interprétés dans leur complexité et pleinement pris en compte dans la conception de politiques. Au final, le lecteur bénéficie à la fois de toute l’expérience de Richard Hartnoll et du recul qu’il possède désormais, pour avoir quitté ses fonctions à l’OEDT il y a deux ans, recul qui fait souvent défaut à ceux d’entre nous qui sont encore investis dans la production de données sur les drogues.
François Beck
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