Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4501-8
240 pages

p. 5 à 7
doi: en cours

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Éditorial

Vol. 10 2004/3-4

2004 Psychotropes
Éditorial

Rituels, initiation et thérapie

Michel Hautefeuille Praticien hospitalier au Centre médical Marmottan Rédacteur en chef de la revue Psychotropes
Dans cette nouvelle livraison, c’est au voyage que nous vous invitons :
voyages par d’autres produits vers d’autres cultures et auxquels nous consacrons notre dossier thématique, voyages vers la Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes, une planète à elle toute seule, et enfin voyage autour du monde par notre première étape de l’étude des sites de prévention présents sur l’Internet.
Nous avons donc souhaité consacrer une partie importante de ce numéro double à cette rencontre à la fois ancestrale et actuelle qui met en relation les produits, les rituels et les processus d’initiation, de même que l’utilisation thérapeutique qui pourrait en être faite. C’est un sujet qui, par certains côtés, peut revêtir des éléments polémiques. En effet, nous avons tous en tête, certaines pratiques qui, se réclamant de ces dimensions d’ordre spirituel, proposent des réponses ou des stratégies de prise en charge qui semblent plus, elles, se réclamer d’objectifs ou d’enjeux commerciaux. De telles situations sont parfois générées, ainsi que nous le décrit Patrick Deshayes au sujet de l’ayahuasca, par des malentendus, voire des quiproquos linguistiques.
La question se pose alors de savoir s’il n’est pas fondamentalement inapproprié de vouloir considérer un rite séculaire ou des pratiques ancestrales comme de possibles processus thérapeutiques. Et en quoi ces rites et ces initiations pourraient être utiles dans la prise en charge d’un patient européen tout imbibé de sa culture, de ses repères et de ses valeurs.
Comment se démarquer du quiproquo interculturel que cela pourrait engendrer ? Peut-être qu’une des réponses réside dans le fait que les souffrances psychiques sont universelles et que le fossé interculturel n’est peut-être pas aussi profond que nous aurions tendance à le croire.
Cette femme qui, durant une initiation, se met à parler la langue ypunu, dont elle ignore tout, ainsi qu’en témoigne Marion Laval-Jeantet, en fait à la fois l’expérience et la démonstration.
Mais au-delà de ces questionnements, Henri Paumelle nous montre que ce dont il s’agit, c’est de rencontre : « rencontre avec soi-même, ses dieux et ses démons » et que l’initiation représente un « processus symbolique (…) de résolution de l’angoisse dans une perspective de socialisation ».
C’est dans cette dynamique que se trouve Jean-Marie Delacroix qui témoigne de son expérience à la fois d’initié ou tout au moins d’utilisateur d’ayahuasca la nuit et de psychothérapeute le jour.
En réalité tous ces textes, toutes ces expériences relatées nous renvoient à l’incontournable réflexion sur la dépendance que Marika Moisseeff qualifie de nourricière. Dépendance qui est à la fois mécanisme d’asservissement mais aussi de libération ou, en tous cas, le véhicule d’une évolution rendue possible.
Enfin, ce voyage se termine par le témoignage d’Érick Jean-Daniel Singaïny qui, présentant un dispositif de prise en charge des toxicomanes essayant d’allier médecine moderne et médecine traditionnelle, s’interroge sur le « caractère sacré ou transcendant de la conduite toxicomaniaque ».
Dans la seconde partie de ce double numéro, nous changeons de genre et d’atmosphère pour entrer, grâce à Jean Dugarin et Chantal Gatignol dans les coulisses de la Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes où, comme le montrent les auteurs, s’opposent des logiques fort différentes qu’elles soient pharmacologiques, médicales, psychologiques, ou d’ordre éthique, politique, économique, voire de santé publique.
Puis la contribution de Susan Boyd, professeur en Sciences politiques à l’université de Victoria au Canada, nous montre que la lutte contre le droit des femmes ne se limite pas seulement, en Amérique du Nord, aux éternelles croisades anti-avortement. La drogue en fait également partie, une femme toxicomane étant généralement considérée de façon plus « péjorative » que son homologue masculin.
Suivront deux témoignages ayant pour point commun, l’intervention auprès de toxicomanes dans des cadres de contrainte, l’obligation de soins pour l’une, et le cadre pénitentiaire pour l’autre.
Enfin ce voyage se termine par le début d’un tour du monde des sites de prévention inventoriés par Anne Singer. Cette étape concerne le monde entier à l’exception de l’Europe, avant d’aborder dans nos prochains numéros les sites d’Europe à l’exception de la France et de terminer enfin par les sites de prévention dans notre pays.
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