Psychotropes
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804154486
116 pages

p. 5 à 7
doi: 10.3917/psyt.132.0005

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Éditorial

Vol. 13 2007/2

2007 Psychotropes Éditorial

Éditorial.

La réduction des risques : une approche unique pour des dommages différents ?

Michel Hautefeuille Praticien hospitalierCentre médical Marmottan17-19 rue d’Armaillé - F 75017 Paris
La réduction des dommages, plus communément appelée et labellisée en France sous les termes de réduction des risques (Rdr), fait partie du paysage de l’intervention en toxicomanie depuis une quinzaine d’années maintenant. Il ne faut pas pour autant estimer que cet acquis soit définitif. La Rdr fait partie de ces notions dont il faut sans cesse réaffirmer l’importance, réinterroger la pertinence afin de l’adapter au plus près des demandes et des situations dont nous savons qu’elles sont très évolutives. À ce sujet, nous pouvons penser qu’un certain nombre de pistes n’ont pas été en France, assez, voire même véritablement, explorées. Le dossier que nous proposons dans ce numéro de juin 2007 se propose d’apporter quelques éléments à cette réflexion qui doit être permanente.
Ainsi l’article de Jean-Yves Trépos témoigne de deux aspects de la politique néerlandaise en termes de réduction des dommages à travers un centre d’injection d’une part, et un centre de distribution contrôlée d’héroïne d’autre part, structures toutes deux situées dans la ville de Maastricht. Bien que la création de ce type de structures par les pouvoirs publics correspond bien souvent à une volonté politique de masquer un phénomène (un bon toxicomane, serait-ce un toxicomane invisible ?), ou de dissimuler une population en grande difficulté, évitant ainsi les débordements tels que ceux pouvant survenir dans « les scènes ouvertes » (3 000 personnes par jour, sans travail social au temps de la scène ouverte de Maastricht), il n’en demeure pas moins qu’elles permettent aussi « une démarche de recouvrement de l’estime de soi » qui justifie que l’on puisse parler « d’entreprise d’empowerment… démarche visant à diminuer chez quelqu’un l’emprise externe d’une personne ou d’un produit, pour favoriser, à partir de critères qui ne sont pas définis a priori, l’émergence de la puissance d’être soi ». Structure d’aide et de restauration du lien social pour la première, la seconde, le centre de distribution contrôlée d’héroïne, s’inscrit dans une dimension de soin et demande un niveau d’exigence plus élevé.
Bien que différentes (la première relevant d’un traitement militant, la seconde d’un traitement techniciste), mais évidemment complémentaires, ces deux types de structures, intégrées dans le réseau de soin néerlandais (dont l’étude ne fait pas l’objet de cet article) cherchent à leur manière à répondre à cette question qui se pose avec insistance à nos sociétés : « Que veut-on faire du consommateur de drogues illicites ? »
Ce questionnement traverse également l’article d’Emmanuelle Hoareau consacré à une recherche-action dans les milieux festifs technos. L’auteure y distingue deux tendances : la tendance rave privilégiant la légalité et, par voie de conséquence, le respect des normes de sécurité, et la tendance free plus inscrite dans la clandestinité. Ces deux tendances se différencient également par le fait que la présence de dispositifs préventifs est plus ancienne et plus systématique dans la tendance free. Cette partition du milieu festif techno est importante car nous savons que la perception du risque est éminemment liée au contexte dans lequel se pratique l’usage. Cette étude se propose d’aborder cette articulation entre la définition du cadre et la prise de risque d’une part et, d’autre part, « d’observer l’impact de cette définition et de la présence du dispositif préventif sur le rapport aux risques induits par l’usage ».
Le troisième article pourrait paraître, à première vue, hors sujet. Cependant, la prise en charge précoce d’enfants porteurs du syndrome d’alcoolisation fœtale telle que rapportée par Stéphanie Toutain et coll. permet d’une part de réduire les handicaps ou à tout le moins d’éviter le sur-handicap. D’autre part, les auteurs montrent que ce type de prise en charge et d’accompagnement constitue un mode d’accès aux soins pour les mères amenées à parler de leur alcoolisme et à prendre ou reprendre contact avec les services d’alcoologie.
Nous complétons ce numéro par trois autres contributions.
La première est celle de Marylène Cardénal et coll. qui nous proposent une comparaison des états motivationnels rencontrés, d’une part chez les toxicomanes et, d’autre part, chez les anorexiques. Basé sur la théorie du renversement psychologique de Smith et Apter (ce dernier cosignant cet article), cet article propose un bref rappel de ce que sont les états motivationnels. Puis, dans le cadre d’une étude sur 150 patients répartis en trois groupes (groupe témoins, groupe toxicomanes et groupe anorexiques restrictives), les auteurs mettent en évidence des différences significatives. Ainsi, pour les toxicomanes et les anorexiques, seule la composante autique est commune à ces deux groupes, traduisant ainsi le fonctionnement addictif sous-jacent de ces deux populations. Les différences traduites par les autres composantes mettraient en évidence deux types d’addictions : « celles organisées autour de la recherche de sensations, l’impulsivité, la recherche du danger et celles centrées sur l’évitement des sensations, la maîtrise pathologique de soi, l’absence de goût du danger », rejoignant ainsi les travaux de Pédinelli ou de Fernandez et Sztulman.
La deuxième contribution est celle de Guillaume Barbalat, qui étudie l’addiction installée sous l’angle d’une pathologie du choix. Entre deux possibilités, le sujet addict ferait le choix « de vivre dans le présent une situation-récompense au risque d’en être pénalisé dans le futur » plutôt que d’en faire le sacrifice. Certains réseaux neurocérébraux seraient plus particulièrement mobilisés, réseaux dont le dysfonctionnement pourrait expliquer, selon l’auteur, cette problématique.
Pour terminer, Anne Singer a repris son bâton de pèlerin pour nous faire découvrir les sites de prévention de Russie et d’Europe centrale, accessibles sur le Net. Nous tenons à souligner à la fois la difficulté de cette entreprise et la qualité du travail réalisé. En effet, les nouvelles distributions géopolitiques de cette partie du monde, le tri nécessaire entre sites actualisés ou sites en voie d’abandon, et enfin les problèmes de langue (les sites offrant une section en anglais étant relativement rares, quant aux sections en français, il ne faut même pas y penser) rendent ce type de recherche particulièrement longue et ardue. Merci donc à l’auteur d’avoir fait pour nous ce travail.
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