Questions de pharmacologie générale. Il n’y a pas de simple pharmakon
Bernard Stiegler
Nous vivons dans une société capitaliste dont la caractéristique essentielle est qu’elle constitue une économie libidinale qui vise à capter la libido des individus pour attirer leur investissement sur les objets de la consommation. Dans cette situation, les jeux, notamment les jeux d’argent, sont un cas particulièrement pervers de ce qui est la loi générale du marketing. Cette question se pose aujourd’hui d’une façon gravissime dans la mesure où le capitalisme, en exploitant l’économie libidinale, a fini par la détruire. Cela conduit à la désindividuation des êtres humains, et donc à une forme de contrôle social. L’étude philosophique du pharmakon (à la fois remède et poison) montre que toute société est addictive, qu’il y a de bonnes et de mauvaises addictions, qu’il y a même des addictions nécessaires, et que tout est jeu. Elle ouvre des perspectives philosophico-politiques intéressantes : la nécessité de développer l’individuation des êtres humains, les technologies de l’esprit, une organologie et une sociothérapie.Mots-clés :
jeu, philosophie, pharmacologie, sociologie, psychoanalysis, libido, désir, pulsion, individuation, contrôle social, surmoi, sublimation, théorie, loi, addiction, dépendance, politique, troubles du comportement, télévision, internet.
The essential feature of our capitalist society is that it builds up a libidinal economy, which aims to capture the libido of individuals in order to attract them toward hyper-consumption. In this situation, games (and particularly gambling for money) are an especially perverse case of the general rule of marketing. This is presently becoming a very serious problem because capitalism, by exploiting the libidinal economy, has ended up destroying it. This leads to the des-individuation of human beings, and hence, to a new form of social control. The philosophical study of the pharmakon – which is a remedy and a poison at the same time – shows that any society is addictive, that there are good and bad addictions, that there are even necessary addictions, and that everything is a game. This opens interesting philosophico-political perspectives: the need to develop the human being individuation, as well as technologies of the mind, an organology and a sociotherapy.Keywords :
game, philosophy, pharmacology, sociology, psychoanalysis, libido, desire, drive, individuation, social control, superego, sublimation, theory, law, addiction, dependency, policy, behavioural disorders, television, internet.
• Pourquoi ai-je travaillé sur ces questions ?
• Pourquoi en ai-je fait l’objet d’un combat politique ?
• Le déclin du rêve américain
• L’individuation et le pharmakon
• Il y a des addictions nécessaires
• La sociopathologie
• La télévision exploite nos pulsions
• Le jeu est une technique, donc un pharmakon
• Marketing, hyperconsommation et désindividuation
• Jouer avec le feu
• Pour le développement d’une organologie
• Une critique (positive) de la psychanalyse
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