Raisons politiques
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629043
232 pages

p. 11 à 35
doi: en cours

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Dossier

no 1 2001/1

Les nouvelles formes de servitude. Penser la face sombre de l’individualisme démocratique

Paul Zawadzki
Loin de l’univocité idéologique qu’on lui prête souvent, l’œuvre de Tocqueville nous est précieuse parce qu’elle nous introduit à une forme d’anthropologie de la démocratie, dont elle problématise l’univers de manière souvent tragique. L’usage sociologique de Tocqueville par R. Aron, à qui revient le mérite de sa relecture en France, ne vise pas tant l’orthodoxie marxiste que le sociologisme durkheimien, et, plus largement, le positivisme et l’historicisme. Mais, si nous lisons Tocqueville grâce à Aron, il n’est pas certain que nous le lisions pour les mêmes raisons et surtout que nous y puisions les mêmes inspirations critiques. Aron lisait Tocqueville contre le fanatisme hitlérien ou stalinien, nous le lisons contre le scepticisme. Dès lors, relevant d’une critique interne de la démocratie, notre lecture tocquevillienne du présent s’attache à explorer ce qui, paradoxalement, et, cette fois, de l’intérieur même de l’univers démocratique, risque de compromettre les conditions de possibilité du sujet moderne, autrement dit de l’autonomie. Tocqueville’s work should not be viewed as an ideological monistic conception. It is crucial for us because it provides an access to an anthropological standpoint on democracy, which conceptualization is often of a tragical sort. The sociological use of Tocqueville by Raymond Aron, who can be credited for the renewal of Tocqueville’s readings in France, is not directed against marxist orthodoxy as much as against durkheimian sociologism and, more generally, positivism and historicism. If we read Tocqueville thanks to Aron, it is not certain that we read him for the same reasons and, more importantly, that we take from his work the same critical inspirations. Aron read Tocqueville against hitlerian and stalinian fanaticism, while we read him against scepticism. Since it is a matter of internal critique of democracy, our tocquevillian reading of the present seeks to explore what can impede the possibility of the modern subject, that is, of autonomy, but this time, and paradoxically, from the inside of the democratic social world.
• Contre le sociologisme : Tocqueville, Weber et Aron
• Faut-il craindre le fanatisme ou le scepticisme ?
• Vers l’analyse de nouvelles formes de servitude


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