Nynorsk et bokmål : aux origines du bilinguisme en Norvège
Emmanuelle Vignaux
L’apparition d’une deuxième langue officielle en Norvège trouve son origine dans les luttes pour l’indépendance au 19e siècle, face au Danemark, puis à la Suède. Une partie des élites norvégiennes se fait l’écho des populations vivant dans les zones périphériques pour revendiquer avec succès une autonomie culturelle face à un centre assimilé à un relais de l’occupant danois. Grâce à leur position privilégiée au sein des institutions centrales, les représentants de la périphérie parviennent à imposer une nouvelle langue, le nynorsk, épurée des scories danoises (et créée de toutes pièces par un instituteur). Ni expression d’un régionalisme vindicatif ni attribut ethnique d’un séparatisme territorial, le nynorsk illustre une revendication territorialement diffuse bien que périphérique.
The emergence of a second language in Norway can be traced back to the independence struggles in the 19th century, against Denmark and then Sweden. A part of the Norwegian elites echoed the populations living in peripheral areas, to claim successfully a cultural autonomy against a centre associated to the Danish occupant’s relay. Thanks to their privileged position within the central institutions, those representatives of the periphery managed to impose a new language, the Nynorsk, purified from the Danish elements (and created by a teacher). Neither an expression of aggressive regionalism, nor an ethnic attribute of territorial separatism, Nynorsk expresses a claim which is territorially spread, though peripheral.
• Les transformations linguistiques en Norvège pendant l’Union de Kalmar
— L’absence d’un référent écrit
— La domination culturelle du Danemark
• La structuration du système de partis
— Le bipartisme naissant et le clivage centre-périphérie
— L’acceptation d’un second standard linguistique
— Les enjeux politiques actuels
• L’affirmation d’une distinction culturelle
— Des contrastes géographiques frappants
— Le nynorsk, marqueur identitaire