Raisons politiques
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.272462906X
190 pages

p. 19 à 36
doi: en cours

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Dossier

no 3 2001/3

2001 Raisons politiques Dossier

Les voies du communisme

Yu-Shan Wu Ancien secrétaire général de l’Association chinoise de science politique (Taipei), Yu-Shan Wu est professeur de science politique à l’Université nationale de Taiwan. Ses recherches actuelles portent sur les transitions politiques et économiques comparées des pays socialistes, reconvertis ou en transformation. Il a publié, parmi de nombreux ouvrages, Russia in Transition : 1992-1999, a Politico-Economic Approach (Taipei, Wu-nan, 2000), « Taiwan in 2000 : Managing the Aftershocks from Power Transfer » (Asian Survey, 41 (1), janvier-février 2001, p. 40-48) et « The Chinese/Taiwanese Identity in Cross-Straits Relations » (China Affairs Quarterly, 4, avril 2001, p. 71-89).
Peu de régimes communistes ont résisté à la révolution démocratique de 1989. Parmi les survivants les plus notables, la RPC, le Viêt Nam, la Corée du Nord et Cuba forment une « bande des quatre ». Une approche en termes de « crises et séquences », répertoriant huit trajectoires de développement, permet d’expliquer la survie de ces régimes et d’évaluer leurs perspectives de démocratisation. La Chine et le Viêt Nam ont emprunté la route des réformes économiques sans libéralisation politique institutionnelle, alors que la Corée du Nord et Cuba refusent tout processus de modernisation tant économique que politique. Dans tous les cas, la captation du pouvoir par les fondateurs du régime (ou leurs descendants) est le principal obstacle à la mise en place de réformes économiques, alors que la transition du pouvoir politique aux mains de bureaucrates réalistes est le fruit d’une volonté de restructuration économique non orthodoxe. Si Pékin et Hanoi peuvent s’appuyer sur les succès des réformes de structure pour consolider la fragile légitimité de leurs régimes respectifs, Pyongyang et La Havane recourent à la répression devant un risque imminent d’effondrement de leurs systèmes. Few communist regimes survived the 1989 democratic revolution. Among the survivors, the PRC, Viêt Nam, North Korea and Cuba, or « the gang of four », are the most prominent. This article applies a « crises and sequences » approach in explaining why the « gang of four » can survive, and discussing their prospects of democracy. Eight developmental routes for leninist regimes are delineated among which China and Viêt Nam took route six, i.e. economic reform without political liberalization, while North Korea and Cuba took route five, i.e. no fundamental economic or political reform. In the four cases, the political supremacy of a first-generation revolutionary leader (or their sons) is the major block to economic reform, while transition of political power to pragmatic bureaucrats accounts for the unorthodox economic restructuring. While Beijing and Hanoi can count on impressive economic performance to buttress their fragile regime legitimacy, Pyongyang and La Habana rely more on sheer coercion and face a real possibility of imminent regime collapse.
En 1989-1991, les observateurs du communisme mondial ont été frappés de stupeur lorsqu’ils ont vu les régimes léninistes tomber comme des dominos en Europe. Ils ont alors prédit que le sort du communisme mondial était scellé et que les régimes léninistes succomberaient, dans d’autres parties du monde, à la vague de démocratisation. La réalité a contredit les analyses des plus fins observateurs, puisque les régimes communistes non-européens (à l’exception de la Mongolie) ont fait preuve d’une forte résistance et maintenu le principe de la dictature du parti [1], démentant ainsi le cri de ralliement de Ken Jowitt, qui prédisait « l’extinction », façon grands dinosaures, de toutes les « espèces de régimes léninistes » [2]. Plus de dix ans ont passé depuis l’automne 1989, date de la victoire électorale sans précédent de Solidarnosc en Pologne. En une décennie, la trajectoire des régimes communistes non-européens a divergé de leurs homologues européens. Il est donc temps d’analyser la voie empruntée par ces régimes résistants et d’évaluer leurs perspectives d’avenir démocratique.
Il existe trois types de régimes léninistes dans la mouvance de cette « vague de démocratisation » [3]. Les régimes initiateurs, tout d’abord, ont entrepris des réformes décidées au sommet de la hiérarchie du pouvoir, dans l’espoir de susciter une pression populaire susceptible d’apporter une caution aux dirigeants réformateurs face à leurs opposants conservateurs [4]. L’Union Soviétique de Mikhail Gorbatchev offre un exemple typique de ces réformes politiques engagées dans une logique instrumentale. L’idée n’était pas de démanteler le régime communiste, mais bien de le renforcer en consolidant l’emprise des réformateurs sur le pouvoir [5]. Que les réformateurs aient alors scié la branche sur laquelle ils étaient assis ne doit pas conduire à sous-estimer le fait que ce sont d’abord les réformateurs à l’intérieur du système qui ont amorcé le processus de réformes.
Le deuxième type de régimes léninistes correspond aux pouvoirs désemparés face à la marée des réformes engagées par les initiateurs, ce sont les suiveurs. Ces régimes ont renoncé à leur pouvoir sous une très forte pression populaire, comme en Tchécoslovaquie. D’autres, comme la Bulgarie, ont pris une part active au processus de transition démocratique dans l’espoir qu’ils seraient payés en retour lors de futures élections compétitives. Les suiveurs n’ont pas réprimé les partisans de la démocratie et leur résistance au phénomène de démocratisation a été minime.
Enfin, le troisième type, celui des résistants, réunit les régimes léninistes capables d’une opposition institutionnelle structurée à la demande populaire de libéralisation et de démocratisation. La République populaire de Chine (RPC), le Viêt Nam, la Corée du Nord et Cuba forment cette « bande des quatre » [6], composée exclusivement de régimes communistes non-européens [7].
Pourquoi le sort des régimes résistants a-t-il divergé de celui des initiateurs et des suiveurs ? Quels sont les facteurs qui permettent d’expliquer la résistance des « quatre » au mouvement mondial de démocratisation ? Qu’est-ce qui explique leur survie, voire, dans certains cas, leur prospérité ? Les facteurs qui ont mis ces régimes à l’abri de l’effondrement mondial du léninisme, il y a douze ans, peuvent-ils encore les préserver à l’horizon des années 2000 ?
 
« Crises et séquences » : une approche révisée
 
 
Amitai Etzioni explique la cohésion de toute organisation humaine par trois principaux types de contrôle : physique, matériel et symbolique [8]. L’État, organisation politique suprême, exerce lui aussi les pouvoirs coercitif, utilitaire et normatif pour garantir l’obéissance de ses membres. La coercition étatique est fondée sur des organisations spécialisées qui monopolisent la violence, comme la police et l’armée. Le pouvoir utilitaire étatique s’exerce principalement par le biais de la performance économique du gouvernement et de pactes implicites ou explicites passés avec la société (comme les pactes corporatistes). Le pouvoir normatif de l’État dépend largement, aujourd’hui, de sa capacité à satisfaire aux principes de la démocratie et du nationalisme, le premier requérant la participation politique populaire alors que le second exige la congruence de la communauté politique et de la communauté nationale.
La stabilité politique est assurée si l’État détient des moyens de contrôle suffisants et s’il exerce avec succès ces pouvoirs de manière à susciter l’obéissance de ses membres. La coercition étatique peut perdre sa légitimité. Le pouvoir utilitaire de l’État peut s’affaiblir après une forte dépression. Son pouvoir normatif peut totalement disparaître après un putsch militaire ou lorsqu’une armée d’occupation étrangère installe un gouvernement fantoche. Quatre types de crise peuvent surgir du fait de l’incapacité de l’État à exercer ses pouvoirs répressif, utilitaire ou normatif : des crises de coercition, des crises économiques, des crises de participation et des crises nationalistes [9].
Trois questions fondamentales concernent les régimes léninistes confrontés à la vague de démocratisation du début des années 1990 : la survie politique de ces régimes a-t-elle été dépendante du sort de l’URSS ; ces régimes ont-ils été confrontés à une crise économique ; si oui, qui, des réformateurs ou des conservateurs, dominait alors la scène politique ? En fonction des réponses, il est possible de dresser un tableau des huit trajectoires de développement potentiel des régimes léninistes, allant de l’effondrement total à la survie politique.
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Parcours des régimes résistants
 
 
Les trajectoires 5 ou 6 de ce tableau correspondent aux régimes résistants. Elles ne contiennent, ni l’une ni l’autre, la variable des crises nationalistes car la survie politique de ces régimes ne dépend pas de l’Union Soviétique. Cela ne signifie pas que ces régimes n’aient pas, lors de leur création, reçu une aide massive de Moscou. Il est très difficile de concevoir la victoire des Partis communistes chinois et vietnamien, lors de leurs guerres civiles respectives, sans une aide de l’URSS, sans parler de l’accession au pouvoir des communistes nord-coréens ou cubains. Cependant, les régimes des trajectoires 5 et 6 ont fait le choix politique de garder leurs distances par rapport au « grand frère » soviétique ; ils ont fait appel au nationalisme, mené des politiques étrangères fondées sur l’auto-affirmation ou la défiance et sont, dans certains cas, entrés en conflit direct avec Moscou. Leur conversion réussie en régimes national-communistes a renforcé leur position intérieure, dans la mesure où ils se sont approprié l’un des fondements classiques de la légitimité politique, le nationalisme. Le contraste est net avec les régimes qui, ayant emprunté les trajectoires 1 à 4, ont souffert pendant toute leur histoire d’être des satellites de l’Union Soviétique [10].
La dépendance à l’égard de l’URSS ne constitue pas la cause unique des crises nationalistes. Dans les pays résistants, le problème des minorités nationales, comme le séparatisme tibétain en Chine par exemple, constitue un enjeu politique récurrent. Ces problèmes n’ont cependant pas eu de conséquences majeures sur la légitimité générale de ces régimes, car les minorités nationales y représentent une faible proportion de la population. En outre, Gorbatchev guidant son pays vers la sortie du communisme, il était nécessaire pour les régimes résistants de prendre leurs distances avec l’URSS. Ces pays ayant préservé l’indépendance de l’armée et des forces de sécurité, la décision prise par Gorbatchev de retirer les forces soviétiques des pays satellites et son refus de défendre les régimes communistes confrontés à des soulèvements populaires n’ont pas vraiment réduit la capacité coercitive des régimes résistants. L’effondrement de l’Union Soviétique n’a pas provoqué de « crise de coercition » dans ces régimes comme ce fut le cas en RDA et en Tchécoslovaquie, où la présence de l’Armée rouge et le soutien des forces de sécurité soviétiques étaient nécessaires à la survie même du pouvoir en place. Les régimes résistants ont survécu au choc démocratique du début des années 1990 grâce à leur éloignement par rapport à l’épicentre du séisme politique [11].
Si leur autonomie a réduit la vulnérabilité de ces régimes à deux niveaux – la rhétorique nationaliste et la logique répressive – elle ne les a pas protégés de la crise qui a ébranlé les économies planifiées. Dans tous les pays résistants, les défauts inhérents aux systèmes centralisés ont abouti, malgré les progrès économiques, à une stagnation de la croissance. La trajectoire 8 ne peut plus être empruntée. Le ralentissement économique la confronte à deux dangers : une faible capacité à s’intégrer aux échanges concurrentiels internationaux et un faible niveau de consommation intérieure minant à terme la légitimité du régime. À la différence de la RDA et de la Tchécoslovaquie, qui obtenaient des résultats économiques satisfaisants, tous les régimes résistants ont connu de réelles crises et ont dû concevoir des réformes structurelles. Le rapport de force entre les leaders réformateurs et conservateurs sur les questions économiques s’est révélé une variable déterminante pour l’avenir de ces régimes.
En Corée du Nord et au Viêt Nam, la question d’une remise en cause de l’économie planifiée était un sujet tabou avant 1989. Après, les deux pays ont été confrontés à des crises économiques accélérées par la perte du soutien matériel de l’Union Soviétique ou de ses satellites est-européens. La restructuration économique y est devenue une nécessité, alors que les principes de l’économie dirigiste planifiée et la notion socialiste de droits de la propriété n’avaient jamais été remis en cause. Dans cette configuration, un pouvoir est confronté à une insatisfaction sociale croissante et tend à s’appuyer plus largement sur une logique nationaliste. Les gouvernants conservent le pouvoir coercitif qui leur permet de s’assurer l’obéissance des gouvernés, notamment en s’autorisant de la lutte contre les influences étrangères. À long terme cependant, la stratégie n’est pas viable car la gravité de la crise et la violence de la pression sociale peuvent rendre vain le recours du pouvoir à des moyens coercitifs. L’effondrement du régime semble être inéluctable dans les cas appartenant à la trajectoire 5.
Le Viêt Nam et la Chine ont emprunté la trajectoire 6. Dans ce cas, les leaders réformateurs, dominants au sein de l’appareil, sont généralement capables d’imposer leur volonté aux tenants de la ligne dure. Les mesures audacieuses permettant le passage du système à une forme de capitalisme et à une privatisation partielle de l’économie améliorent de manière significative les conditions de vie de la population et mettent le pouvoir à l’abri d’une opposition sociale trop massive.
La comparaison des deux types de stratégies expérimentés par des régimes communistes indépendants permet de souligner que la différence majeure des trajectoires de ces régimes se situe au niveau de l’adoption des réformes structurelles de l’économie planifiée. Le recours à la sociologie des élites permet d’identifier les raisons d’une telle différenciation des parcours politiques. On observe en effet une corrélation forte entre la position dominante des réformateurs au sein du pouvoir et la mise en application d’un programme structurel de réformes. En revanche, l’absence de rénovation économique provient de la faible capacité de négociation du camp des réformateurs politiques ou de la place des économistes au sein du pouvoir.
Les moments de succession politique sont déterminants dans le parcours historique de ces régimes. La survie physique et politique des leaders révolutionnaires et charismatiques obère toute chance pour un régime de s’engager dans une voie nouvelle. Selon la gravité de la crise économique, on peut envisager un temps de survie plus ou moins long, mais l’effondrement est certain. À l’inverse, dans le cas où le dirigeant suprême meurt alors que le régime est confronté à une crise économique, le pouvoir peut justifier la réorientation de son agenda politique. Celui-ci passe alors de la trajectoire 5 à la trajectoire 6.
 
Le binôme des « pragmatiques » : les cas de la Chine et du Viêt Nam
 
 
Le Parti communiste chinois (PCC) a été fondé par la Troisième Internationale en 1921. Staline exerçait un important contrôle sur le PCC, même après le triomphe de Mao par l’intermédiaire du courant internationaliste, au cours de la Longue Marche. L’établissement de la République populaire en 1949 n’a pas réellement altéré cette relation, Mao reconnaissant explicitement à Staline le statut de grand inspirateur de la Révolution.
Les années 1960 ont connu le grand schisme sino-soviétique, la Révolution culturelle chinoise et les hostilités armées entre les deux pouvoirs communistes à Zhenbaodao. En exportant le style révolutionnaire chinois dans le monde, Mao a défié les deux superpuissances mondiales en même temps, en les accusant respectivement de pratiquer l’impérialisme (États-Unis) et le révisionnisme (Union Soviétique). Même avec la mort de Mao en 1976 et l’ascension politique de Deng Xiaoping dans les années 1980, la RPC a systématiquement poursuivi une politique étrangère autonome et indépendante.
Pour des raisons qui tiennent à la géographie, les communistes vietnamiens ont été moins inquiétés par leur tuteur soviétique que par leur patron chinois. Cependant, la guerre prolongée avec les Vietnamiens du Sud et les Américains a obligé Hanoi à entretenir de bonnes relations à la fois avec Pékin et avec Moscou, ce qui explique les manœuvres prudentes de Ho Chi Minh, longtemps pris entre les deux modèles communistes hégémoniques. L’identité nationaliste du Parti des Travailleurs vietnamiens a été principalement forgée à travers le mouvement de résistance conduit par le Viêt minh contre les Japonais lors de la seconde guerre mondiale, la guerre contre les colonisateurs français au début des années 1950, la conquête du Sud en 1975 et l’invasion du Cambodge en 1978. Les Vietnamiens ont finalement rompu avec le grand frère chinois et combattu l’Armée populaire de libération lors de la « guerre punitive » de 1979. Aucun autre régime communiste n’a mené autant de guerres contre les puissances mondiales pendant une période aussi longue et enregistré autant de victoires. Le Parti communiste du Viêt Nam (PCV, rebaptisé en 1976) a ainsi acquis une légitimité nationale inégalée dans le monde communiste.
Les dimensions nationalistes des Partis communistes chinois et vietnamien n’ont pas mis leurs économies dirigistes à l’abri des défauts inhérents au modèle. Dans le cas chinois, les carences du système ont été aggravées par l’égalitarisme maoïste, un ascétisme de principe et une obsession de l’autosuffisance. Les campagnes politiques et les famines qui ont pu en résulter n’ont pas empêché le Grand Timonier de poursuivre des politiques radicales jusqu’à la Révolution culturelle. À sa mort en 1976, l’économie nationale était au bord de l’effondrement. Les revenus ruraux avaient stagné depuis le milieu des années 1950 et des grèves commençaient à se multiplier dans le secteur industriel. Le bref interrègne de Hua Guofeng n’a donné lieu à aucun changement du système. À l’inverse, la conquête du pouvoir par Deng Xiaoping en 1978 a entraîné une restructuration en profondeur du système.
La République socialiste du Viêt Nam récemment établie (1975) a, elle aussi, expérimenté la faillite du système. La guerre prolongée a d’abord sévèrement atteint le Nord comme le Sud. L’embargo américain a ensuite paralysé le commerce extérieur vietnamien et interdit à Hanoi l’accès aux échanges et aux investissements internationaux. La collectivisation de l’agriculture au Sud et l’appropriation par l’État de son industrie peu après l’unification a répandu sur l’ensemble du territoire les défauts propres au système soviétique. La répression des Vietnamiens d’origine chinoise a conduit à l’exil des boat people et terni la réputation internationale du Viêt Nam. L’économie étant au bord de l’effondrement, la nécessité de sa refondation s’est imposée au régime. Comme en Chine, les réformes vietnamiennes ont été engagées à partir de 1979. Elles présentent certaines caractéristiques communes. Dans l’agriculture, le système des contrats a été progressivement établi, qui fixe le quota de marchandises versé à l’État en échange du libre usage par les paysans de leur production excédentaire. De petites entreprises familiales ont été autorisées. Des réformes des prix, autrefois totalement fixés par l’État, ont été engagées. Au début des années 1980, la modernisation a été accélérée en RPC, alors que le Viêt Nam connaissait une reprise en main des conservateurs, jusqu’en 1986 [12]. Dans la deuxième moitié des années 1980, les réformateurs vietnamiens ont eu recours à une réforme politique de type gorbatchévien (la politique du Doi Moi), en partie due à l’influence de l’URSS dont le Viêt Nam avait été de plus en plus dépendant après la guerre sino-vietnamienne [13]. En réalité, la Doi Moi n’a été appliquée que pendant quatre ans (1987-1991) et a pris fin du fait de l’inquiétude politique des dirigeants à Hanoi à la suite de l’effondrement du bloc soviétique et de la fin de la carrière politique du Gorbatchev vietnamien, Nguyen Van Linh. Bien que la RPC et le Viêt Nam aient emprunté la cinquième trajectoire, le Viêt Nam a fait un détour historique par la septième voie. Comprenant le danger, le PCV est rapidement revenu à la trajectoire initiale d’une « réforme économique sans réforme politique », incarnée par le régime chinois. Ce recul stratégique a permis de préserver le régime sous sa forme communiste.
Les cas chinois et vietnamien démontrent l’importance de la succession politique intergénérationnelle pour l’adoption de réformes économiques structurelles. La mort de Mao et celle de Ho ont été une « bénédiction » pour le PCC et le PCV. Sans un transfert de pouvoir des dirigeants révolutionnaires de la première génération, fidèles à l’idéologie utopiste du parti, à leurs successeurs pragmatiques, l’orientation du régime en faveur des réformes aurait été pratiquement impossible à organiser. En RPC, le pragmatique Deng a lancé et dirigé une audacieuse réforme visant le passage de l’économie chinoise à une forme d’économie de marché qui a éloigné la menace d’une crise économique majeure. Au Viêt Nam, les réformateurs originaires du Sud conduits par Nguyen Van Linh ont combattu les anciens révolutionnaires (Truong Chinh, Le Duan, etc.) dans les années 1980. Bien que privés du soutien de Ho, les conservateurs étaient en mesure de retarder le processus de réforme, parce que Nguyen n’avait pas le prestige de Deng et que le leadership vietnamien fonctionnait selon un mode collectif. Cette réalité explique le détour du Viêt Nam par la septième trajectoire et la mise à l’épreuve des réformateurs malgré un soutien populaire [14].
 
Le binôme des « dogmatiques » : la Corée du Nord et Cuba
 
 
Les régimes communistes nord-coréen et cubain sont très nationalistes, nonobstant leur adhésion proclamée au marxisme-léninisme. Celui qui fut longtemps le dirigeant suprême du Parti des travailleurs de la Corée du Nord, Kim Il Sung, a d’abord été un combattant de la guérilla contre les Japonais dans la Mandchourie chinoise. Il reçut une formation d’officier dans l’Armée rouge et dirigea une unité coréenne sous la tutelle de l’URSS en vue de la constitution d’une péninsule coréenne communiste à la fin de la guerre. Kim Il Sung fut finalement choisi par Moscou pour être le Premier ministre du nouveau régime communiste nord-coréen. Il devait donc sa position à Staline.
Après la mort du « petit père des peuples », Kim Il Sung, prenant ses distances avec Moscou, commença à affirmer son emprise personnelle sur le régime nord-coréen. La doctrine du juche (indépendance), façonnée par des idéologues comme Hwang Chang Yop, était systématiquement mise en avant par le régime. Pyongyang recevait une aide massive de Moscou, mais la stratégie de Kim Il Sung pour s’assurer cette aide était de naviguer entre l’Union Soviétique et la RPC. Cette stratégie de bascule n’échoua qu’au moment de la Révolution culturelle, lorsque les communistes chinois s’adonnèrent à la politique révolutionnaire et attaquèrent la personne de Kim Il Sung.
L’Union Soviétique n’a jamais pu contrôler la Corée du Nord comme elle l’a fait pour les satellites est-européens. En fait, Moscou fut manipulé de telle manière que l’URSS apporta même son soutien à l’aventure guerrière de Kim Il Sung en 1950 qui visait à unifier la Corée. Ce dernier imposa de la même manière le principe de la succession dynastique, acceptée non sans réticence par les Soviétiques et les Chinois au nom de l’important rôle de pivot que jouait Pyongyang dans la région. Le régime de Kim Il Sung pouvait revendiquer l’identité révolutionnaire acquise par la victoire contre les Américains et par la doctrine du juche [15]. Le grand leader affermissait ainsi sa légitimité nationaliste.
De la même manière que Kim Il Sung, Fidel Castro a toujours été un dirigeant communiste nationaliste. Juriste devenu guérillero, il avait mené le Mouvement du 26 juillet qui renversa le régime autoritaire de Fulgencio Batista en 1959. L’invasion de la Baie des Cochons et les sanctions des États-Unis contre la Cuba communiste donnèrent à Castro tous les outils nécessaires à la stimulation du nationalisme cubain (voire du tiers-mondisme) contre l’hégémonie du pays voisin, dont Cuba avait été historiquement un État client [16]. Castro mit rapidement au point sa propre version du communisme (fidelismo) [17], et parvint à garder une certaine distance vis-àvis de son principal patron, l’URSS [18]. Bien que très dépendant de Moscou [19], Castro parvenait à présenter Cuba comme un pays du Tiers Monde luttant contre le monde développé, et non comme un satellite soviétique [20]. Le prestige dont il jouissait dans le Tiers Monde et le rôle de tête de pont pour l’expansion de l’influence soviétique joué par Cuba donnaient à Castro des ressources puissantes pour contrer la pression exercée par Moscou en faveur d’une conformité plus grande. Il apparaissait donc aux yeux des dirigeants du Kremlin davantage comme un CeauÅŸescu ou un Tito que comme un Husak ou un Kadar [21]. En défiant avec succès les Yankees tout en gardant son indépendance par rapport aux Soviétiques, le régime fidelista pouvait se faire gloire de son credo nationaliste devant le peuple cubain.
Bien sûr, le nationalisme ne pouvait pas mettre la Corée du Nord et Cuba à l’abri de la crise dans laquelle l’économie dirigiste de type soviétique devait inéluctablement les plonger. L’économie centralisée et planifiée de la Corée du Nord lui permit dans un premier temps, dans les années 1950 et 1960, d’atteindre une forte croissance, dépassant celle du Sud. Mais l’épuisement inévitable de la dynamique économique eut pour conséquence la diminution de la croissance dès les années 1970. L’économie du Nord parvint tant bien que mal à se maintenir dans les années suivantes, principalement grâce aux relations particulières qu’entretenait Pyongyang avec Moscou et ses satellites. Mais, en 1991, l’aide soviétique et les concessions commerciales prirent fin. En 1992, la Chine continentale annonça elle aussi la fin des « tarifs amicaux » pratiqués dans ses relations commerciales avec la Corée du Nord. D’importantes inondations aggravèrent la situation. L’économie du pays connut une croissance négative. La production de céréales obtint le plus mauvais résultat de la décennie en 1993. L’industrie fonctionnait à la moitié de ses capacités. Dès 1994, des céréales furent importées des États-Unis et d’autres pays pour prévenir une famine à grande échelle. La Corée du Nord est manifestement à la veille d’un désastre économique majeur et les tentatives du régime pour rembourser la totalité de sa dette extérieure ont encore renforcé la crise économique.
L’économie cubaine n’a jamais été très florissante après la révolution de 1959 [22]. Le lien entre Fidel Castro et les masses populaires est une contrainte lourde : le charisme du Líder Máximo légitime le régime, mais sa tendance à intervenir personnellement à tous les niveaux, en imposant ses propres « Plans spéciaux », empêche la mise en œuvre ordonnée des programmes de développement [23]. Les décisions de Fidel sont souvent prises selon l’inspiration du moment, ce qui rappelle le lyrisme révolutionnaire de Mao et produit les mêmes catastrophes. Cuba ayant été de plus en plus dépendant de l’aide économique de l’URSS, la disparition de cette dernière s’est révélée désastreuse. Le tarif préférentiel offert par Moscou depuis 1964 était déterminant pour l’équilibre économique du pays [24]. Dès 1991, l’île ne put tout simplement plus produire et vendre du sucre en quantités suffisantes pour faire face à ses besoins pétroliers compte tenu des prix du marché. Le taux de croissance commença de chuter et le chômage d’augmenter de manière alarmante. Afin de conjurer la crise imminente, Castro s’investit dans un projet d’intégration latino-américaine sollicitant l’investissement étranger. Peu de résultats ont été obtenus jusqu’à aujourd’hui. La gravité de la situation économique provoqua rapidement des troubles sociaux et politiques. À la fin de l’année 1993, la fille de Castro fit une demande d’asile aux États-Unis d’où elle critiqua ouvertement le régime de son père. L’année suivante, le malaise économique et social se traduisit par des manifestations contre le gouvernement, d’une ampleur inédite à Cuba depuis trente-cinq ans. Certaines restrictions furent levées pour les candidats à l’exil et des milliers de personnes mirent le cap sur les États-Unis, dans le plus vaste exode depuis l’« escadrille de la liberté » de Mariel en 1980. En 1998, Castro autorisa le pape Jean-Paul II à visiter l’île pour la première fois. Ces mesures d’ouverture très limitées n’ont pas amélioré la situation de la population cubaine de façon substantielle.
Les désastres économiques des régimes nord-coréen et cubain n’ont pas conduit les pouvoirs en place à introduire des réformes favorables à un passage progressif à une économie de marché. La domination politique des conservateurs représente, selon nous, l’explication principale de l’absence de réformes. Kim Il Sung ayant été le Staline de la Corée du Nord, le constructeur de l’économie dirigiste du pays et son protecteur idéologique, l’adoption de mesures détruisant son modèle était inenvisageable. En 1994, son fils, Kim Jong Il, le « Cher Dirigeant », succéda au « Grand Dirigeant ». Le transfert du pouvoir s’opérait au sein de la même famille, selon une formule inédite jusque-là de « socialisme héréditaire ». Le jeune Kim, fidèle à son père, avait entrepris de réprimer de la manière la plus sévère toute velléité politique non orthodoxe [25]. Quelques réformes économiques, de portée limitée, ont consisté en la création de Zones économiques spéciales pour attirer les capitaux étrangers [26]. Sur le plan politique, Kim Jong Il organisa un sommet avec le président de la Corée du Sud, Kim Dae Jung, en juin 2000. Ces mesures s’inscrivent dans la continuité du plan forgé par le vieux Kim [27]. Son fils n’a introduit en 2001 aucune rupture favorable à une réforme structurelle et à une ouverture au monde extérieur. La logique du « socialisme dynastique » a privé la Corée du Nord de tout espoir d’une réforme économique radicale. Le pays emprunte encore à ce jour la cinquième trajectoire, qui mène à l’explosion ultime.
Cuba se situe sur la même trajectoire que la Corée du Nord. Dans la mesure où Fidel Castro demeure le dirigeant suprême incontestable, aucune perspective de succession politique ne semble voir le jour. Fidel n’était pas un communiste déclaré au moment où il a conquis le pouvoir politique. Mais la confrontation avec les États-Unis et l’alliance avec l’Union Soviétique au début des années 1960 ont mis Cuba dans le camp du socialisme international [28]. Cuba est aussi devenu une forteresse socialiste en Amérique latine et Castro un éminent dirigeant du Tiers Monde, désireux d’exporter la Révolution. Alors même qu’il était réaliste sur le plan politique, Castro a si longtemps joué le rôle de leader socialiste du Tiers Monde qu’aucune crise économique n’a pu le convaincre de lancer des réformes économiques structurelles. Dans les années 1990, malgré une tentative de recours aux capitaux étrangers et l’autorisation de petites entreprises, l’attitude du gouvernement à l’égard de ces éléments exogènes à l’économie socialiste d’État n’était pas encourageante. L’économie cubaine continue donc de se détériorer alors que Fidel croit toujours tenir le cap du socialisme.
 
L’avenir des communismes
 
 
La « bande des quatre » a survécu aux premiers chocs de la révolution de 1989 grâce essentiellement à la distance prise à l’égard de l’Union Soviétique. Ils n’ont subi ni crise nationaliste ni crise de coercition, contrairement aux satellites soviétiques en Europe. Parmi ces régimes résistants, la RPC et le Viêt Nam sont parvenus à conjurer le risque de la faillite économique. La raison première de leur pragmatisme est le renouvellement d’une élite dirigeante qui a permis aux réalistes d’accéder aux positions de leadership. La Corée du Nord et Cuba, au contraire, ont adhéré fermement à l’orthodoxie communiste. Leur conservatisme est la conséquence de la stagnation de leurs élites et de la volonté de pouvoir de leurs dirigeants. L’esprit révolutionnaire de la première génération (juche et fidelismo) est sauvegardé grâce à un culte constant de la personnalité du leader dogmatique. Compte tenu des caractéristiques de ces élites, il est normal qu’aucune réforme économique de type chinois ou vietnamien n’ait été engagée et que les deux régimes soient confrontés à des crises économiques profondes.
On peut considérer qu’une réforme réelle n’interviendra en Corée du Nord et à Cuba que lorsqu’un renouvellement des dirigeants sera intervenu. Le scénario le plus probable pour le régime de Pyongyang prévoit des troubles intérieurs importants et un soulèvement social violent dans un avenir assez proche. Fidel Castro a fait de son frère cadet, Raúl, son successeur et a appelé le peuple cubain à suivre ce dernier s’il mourait. Les observateurs estiment cependant que Raúl ne sera pas capable d’exercer le pouvoir de manière aussi absolutiste que Fidel. L’éventualité d’un partage du pouvoir ferait passer Cuba d’un règne personnel charismatique vers un leadership collectif, Raúl restant le primus inter pares. En comparaison de Kim Jong Il, qui a pu consolider son emprise pendant les vingt années qui ont précédé la mort de son père, Raúl se trouve dans une situation beaucoup plus fragile ; la continuité de la ligne de Fidel n’est donc pas assurée [29]. Cuba pourrait donc avoir l’occasion de rompre avec la cinquième trajectoire et d’introduire de nécessaires réformes de structure. Cela exige cependant que les réformateurs sur le plan économique dominent le camp des conservateurs. Sinon, une ouverture politique comparable à celle qui est intervenue dans les derniers jours de l’Union Soviétique, c’est-à-dire une réforme politique engagée par les réformateurs économiques afin de faire jouer leur soutien populaire, pourrait se produire. Ce scénario déboucherait sur une démocratisation par inadvertance [30]. Les États-Unis étant prêts à profiter de la succession de Castro pour démanteler le communisme cubain, une telle réforme pourrait condamner le régime de La Havane [31] et une économie de marché pourrait être établie avec l’appui des Cubains américains [32]. C’est ce que l’on peut attendre d’un régime communiste empruntant la septième trajectoire.
Si le futur des régimes nord-coréen et cubain semble sombre, qu’en est-il du binôme des pragmatiques, les régimes chinois et vietnamien ? Ces deux pays sont aujourd’hui passés à un autoritarisme post-totalitaire [33]. Ils jouissent d’une croissance économique raisonnable et s’appuient sur une rhétorique nationaliste qui fonctionne avec succès. Les deux régimes ont fait la preuve de leur habileté à recourir à des mesures coercitives pour venir à bout des protestations sociales, ce qui laisse supposer qu’il n’y aura pas d’affaiblissement du pouvoir. Leur conversion à la démocratie devrait être beaucoup plus lente et s’apparenterait à celle qu’ont connue la Corée du Sud et Taiwan, c’est-à-dire une modernisation économique réussie conduisant des forces sociales à réclamer la démocratie comme un bien en soi et non comme un simple instrument permettant l’amélioration des conditions de vie [34]. C’est seulement alors qu’on pourra espérer un avenir démocratique pour la Chine et le Viêt Nam. â—†
(Traduit de l’anglais par Stéphanie Balme et Sandrine Lefranc)
 
NOTES
 
[1] Pour une fausse prédiction du sort du régime communiste chinois après les événements de Tiananmen, voir Chu-Yuan Chen, Behind the Tiananmen Massacre : Social, Political, and Economic Ferment in China, Boulder, Westview, 1990.
[2] Ken Jowitt, New World Disorder, Berkeley, University of California Press, 1992.
[3] Samuel Huntington, « Democracy’s Third Wave », dans Larry Diamond, Marc Plattner (eds), The Global Resurgence of Democracy, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1993.
[4] Pour une discussion de l’usage instrumental de la réforme politique par les élites communistes, voir Adam Przeworski, Democracy and the Market : Political and Economic Reforms in Eastern Europe and Latin America, Cambridge, Cambridge University Press, 1991.
[5] Yu-Shan Wu, « The Linkage between Economic and Political Reform in the Socialist Countries : a Supply-Side Explanation », Annals, 507, janvier 1990, p. 91-102.
[6] Il est vrai que le Laos est aussi devenu un régime résistant, capable de maintenir la dictature du parti communiste dans les années 1990. Cependant, dans la mesure où ce pays dépend entièrement du Viêt Nam, nous ne le prendrons pas en compte ici de manière séparée.
[7] Nous nous intéressons d’abord aux régimes communistes parvenus jusqu’ici à résister à la vague de démocratisation. Il est possible cependant de repérer un régime communiste qui a résisté mais échoué. Le cas le plus marquant est celui de la Roumanie. La répression ordonnée par Nicolaï CeauÅŸescu en 1989 s’est révélée vaine, mais jamais autant de sang n’a été versé dans les autres pays est-européens durant ces mois fiévreux.
[8] Amitai Etzioni, Modern Organizations, Englewood Cliffs, Prentice-Hall, 1964.
[9] Sur les bases de la théorie des crises, voir Leonard Binder, Lucian W. Pye, James S. Coleman, Sidney Verba, Joseph Lapalombara, Myron Weiner (eds), Crises and Sequences in Political Development, Princeton, Princeton University Press, 1971.
[10] Tous les régimes communistes européens n’étaient pas des satellites. La très indépendante Yougoslavie, l’Albanie prochinoise et la Roumanie nationaliste sont des régimes communistes européens plus indépendants. La distance qu’elles avaient prise avec Moscou ne les a pas protégées de l’effondrement ultime, mais leur a octroyé une marge de manœuvre plus grande par rapport à la vague de démocratisation. La Roumanie de CeauÅŸescu n’a entrepris d’y résister qu’en décembre 1989. L’Albanie de Ramiz Alia s’est conformée à la position dogmatique du Parti du Travail pendant plus d’un an et n’a cédé aux demandes des manifestants étudiants de l’Université de Tirana qu’en décembre 1990. La Serbie de Slobodan Milosevic est parvenue à survivre en stimulant le nationalisme serbe et en conduisant le pays à trois guerres vaines contre l’explosion de la Yougoslavie. Le sort de Milosevic n’a été scellé qu’avec son extradition vers La Haye en juillet 2001.
[11] Edwin A. Winckler, « Comparing Asian Transitions from Communism » dans Edwin A. Winckler (ed.), Transition from Communism in China : Institutional and Comparative Analyses, Boulder, Lynne Rienner, 1999, p. 234.
[12] Sur les programmes de réforme économique vietnamiens, voir Vu Tuan Ahn, Development in Vietnam : Policy Reforms and Economic Growth, Singapour, Institute of Southeast Asian Studies, 1994, ch. 1.
[13] La Doi Moi vietnamienne (rénovation) n’était bien sûr pas identique à la perestroïka soviétique, bien que la seconde ait inspiré la première. Pour une analyse des différences entre ces deux politiques, cf. Eero Palmujoki, Vietnam and the World : Marxist-Leninist Doctrine and the Changes in International Relations (1975-1993), Londres, Macmillan, 1997, p. 178-181.
[14] Sur les zigzags de la trajectoire des réformes vietnamiennes, cf. Yu-Shan Wu, Tsai-Wei Sun, « Four Faces of Vietnamese Communism : Small Countries’ Institutional Choice under Hegemony », Communist and Post-Communist Studies, 31 (4), décembre 1998, p. 381-399.
[15] Aiden Foster-Carter, « North Korea : The End of the Beginning », dans David S. G. Goodman (ed.), Communism and Reform in East Asia, Londres, Frank Cass, 1988.
[16] Edward Gonzalez, Cuba under Castro : The Limits of Charisma, Boston, Houghton Mifflin, 1974, p. 217.
[17] Sur les conceptions de Fidel Castro, voir Sheldon B. Liss, Fidel ! Castro’s Political and Social Thought, Boulder, Westview, 1994.
[18] Castro avait bien conscience du danger d’une infiltration par les Soviétiques des institutions qu’il avait créées. Il organisa de nombreuses purges contre les dirigeants communistes vétérans (comme Anibal Escalante) au nom des liens qu’ils entretenaient avec Moscou. Cf. Yuri Pavlov, Soviet-Cuban Alliance : 1959-1991, Coral Gables, North-South Center Press, University of Miami, 1996, p. 84.
[19] Patricia Ruffin, Capitalism and Socialism in Cuba : a Study of Dependency, Development and Underdevelopment, Londres, Macmillan, 1990, ch. 6.
[20] Après la chute de la production agricole en 1970, Cuba est devenu de plus en plus dépendant du soutien soviétique. Castro fut néanmoins capable de maintenir son indépendance au regard de Moscou tout en s’assurant de l’implication soviétique dans le développement cubain.
[21] Yuri Pavlov, Soviet-Cuban Alliance…, op. cit., p. 84.
[22] Janette Habel, Cuba : The Revolution in Peril, trad. de l’esp. par Jon Barnes, Londres, Verso, 1991, ch. 1.
[23] Edward Gonzalez, Cuba under Castro…, op. cit., p. 220.
[24] Dans les années 1980, Cuba pouvait importer 13 millions de tonnes de pétrole soviétique contre seulement 2 tonnes de sucre. En 1991, le pays ne pouvait prétendre qu’à 1,3 ou 1,4 million de tonnes de pétrole soviétique pour 1 million de tonnes de sucre. Yuri Pavlov, Soviet-Cuban Alliance…, op. cit., p. 244.
[25] Sur la personnalité et le style politique de Kim Jong Il, cf. Dae-Sook Suh, « Kim Jong Il and New Leadership in North Korea », dans Dae-Sook Suh, Chae-Jin Lee (eds), North Korea after Kim Il Sung, Boulder, Lynne Rienner, 1998.
[26] Elles ont eu jusqu’à aujourd’hui peu de résultats. Cf. Marcus Noland, « Prospects for the North Korean Economy », ibid., p. 46-47.
[27] Pour une discussion des limites du sommet de Pyongyang qui a réuni, en juin 2000, Kim Jong Il et Kim Dae Jung, cf. Samuel S. Kim, « North Korea in 2000 », Asian Survey, 41 (1), janvier-février 2001, p. 12-29.
[28] Jorge Dominguez, « Cuba since 1959 », dans Leslie Bethell (ed.), Cuba : a Short History, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, p. 96-103.
[29] Même si Raúl est non seulement profondément loyal mais aussi plus radical que son frère.
[30] Pour un scénario alternatif, cf. Andreas Pickel, « Is Cuba Different ? Regime Stability, Social Change and the Problem of Reform Strategy », Communist and Post-Communist Studies, 31 (1), mars 1998, p. 75-90.
[31] Sur l’attitude des États-Unis à l’égard de Cuba, cf. Marifeli Perez-Stable, The Cuban Revolution : Origins, Course and Legacy, New York, Oxford University Press, 1993, p. 175.
[32] Carollee Bengelsdorf, The Problem of Democracy in Cuba : between Vision and Reality, New York, Oxford University Press, 1994, chap. 8.
[33] Juan J. Linz, Alfred Stepan, Problems of Democratic Transition and Consolidation : Southern Europe, South America and Post-Communist Europe, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1996, chap. 3 et 4.
[34] Sur la possibilité pour la Chine ou le Viêt Nam d’emprunter la trajectoire prise par la Corée du Sud et Taiwan, cf. Gorden White, Riding the Tiger : The Politics of Economic Reform in Post-Mao China, Stanford, Stanford University Press, 1993 ; Robert A. Scalapino, The Last Leninists : The Uncertain Future of Asia’s Communist States, Washington, The Center for Strategic and International Studies, 1992, ch. 6.
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