Raisons politiques
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629329
190 pages

p. 81 à 93
doi: en cours

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Dossier

no 5 2002/1

2002 Raisons politiques Dossier

Des ennemis, un ennemi : l’amalgame hitlérien

Pierre Ayçoberry Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Marc Bloch de Strasbourg, Pierre Ayçoberry a publié dernièrement La société allemande sous le IIIe Reich (1933-1945) (Paris, Le Seuil, 1998, coll. « L’univers historique » et « Points-Histoire ») et « Der Bolschewik », dans Étienne François, Hagen Schulze (dir.), Deutsche Erinnerungsorte, Munich, Verlag C. H. Beck, 2001, t. 1.
Le fantasme du Juif universel, maître à la fois du capitalisme occidental et du bolchevisme oriental, a été développé par Hitler à partir de 1919-1920 et n’a cessé ensuite, jusqu’à ses derniers jours, de légitimer ses expressions de haine et sa politique de génocide. Ce discours sur la menace de l’ennemi unique, éternel et omniprésent, n’aurait pu être transposé dans la pratique s’il n’avait été adopté par les trois types d’antisémites allemands, les activistes de la force brutale, les conservateurs plus ou moins réticents et les penseurs-bourreaux SS. Hitler’s fantastic ideas on the devilish role of the Jew in world history as master of Western Capitalism and Asiatic Bolshevism were probably impressed on him during the revolutionary weeks of spring 1919 in Munich and never left his mind afterwards until his death. That they could eventually be put into practice was due to the partnership of three mainstreams of German antisemitism, viz. rowdies fot physical action, conservatives for more or less reluctant complicity, and the super-elite of SS academics for « scientific » legitimation and mass execution.
« Ennemi total, guerre totale, État total » : le politologue Carl Schmitt résumait ainsi, en 1937, la visée du régime national-socialiste, précisant que de ces trois termes le deuxième, la guerre, déterminait le troisième, l’État, mais tenait, à son tour, sa signification du premier, l’ennemi [1]. La guerre totale avait déjà été théorisée, depuis quelque temps, par Ludendorff et l’État total par les penseurs du fascisme italien ; attribuer la même épithète au premier terme, c’était l’élever au rang de force historique unifiée, omniprésente et d’autant plus angoissante. Plus simplement, c’était résumer le travail d’amalgame auquel Hitler et ses aides s’étaient livrés pour regrouper en une seule figure les ennemis supposés du peuple allemand.
C’est que, de 1914 à 1918, les nationalistes, dans l’exaltation initiale puis dans la lassitude de la guerre d’usure, n’avaient pas réussi à proposer à leur opinion publique une image unifiée du camp adverse. S’agissant de la France, les racistes avaient bien dénoncé son caractère « hybride », les plus offensifs allant jusqu’à la barbariser complètement en dénonçant les crimes sadiques de ses « Nègres » et de ses « Mongols », illustrés par des cartes postales à l’usage d’un public naïf. Mais les théoriciens les plus influents, ceux qui, comme Thomas Mann, se drapaient dans les « idées de 1914 », avaient préféré transposer leur sentiment de supériorité sur le plan culturel, opposant la Kultur allemande à la Zivilisation occidentale, et présenter l’« ennemi héréditaire » de l’Ouest comme un malade de raffinement plutôt que comme un démon de cruauté. Le bureau de presse officiel n’avait-il pas lui-même, en 1916, mis en garde les journalistes contre une vision exagérément haineuse de l’ennemi qui, selon lui, risquait d’aboutir à des appels à l’extermination, contraires à la « pureté » des intentions allemandes ? [2]
L’image stéréotypée de l’ennemi de l’Est n’était guère plus cohérente. Depuis le 16e siècle, de multiples auteurs avaient rangé le Russe parmi les Asiaten, ce qui conduisait à lui dénier, non seulement toute appartenance à l’Europe et à la civilisation, mais aussi toute cohésion ethnique : certains insistaient sur la part du « sang » germanique, qui aurait dominé pendant les périodes glorieuses de l’histoire russe, d’autres sur le métissage avec des Finnois ou des Mongols, cause de décadence et de barbarie. En 1914, les rumeurs d’atrocités commises en Prusse orientale par les soldats du tsar avaient encore noirci cette vision de l’Est menaçant. En revanche, les événements de 1917 étaient venus en troubler la netteté, car la nouvelle Russie paraissait ambiguë : par ses démarches de paix, elle devenait objectivement alliée de l’Allemagne contre les Occidentaux, tandis que par ses projets révolutionnaires, elle menaçait l’ordre mondial et l’ordre intérieur.
Puis, après la débâcle de l’armée allemande et les combats de rues de 1918-1919, apparut sur les dessins de presse et les affiches électorales le spectre affreux du bolchevik, arborant sous le bonnet pointu de l’Armée rouge une figure plus ou moins bestiale. Sur un plan plus théorique, les doctrinaires de droite insistèrent tantôt sur la continuité entre le despotisme des tsars et celui de Lénine, tantôt sur l’influence plus récente de l’élément juif. Cette deuxième interprétation était évidemment la plus effrayante, par la combinaison des deux fantasmes de l’Asiatique et du Juif ; la première, au contraire, laissait entrevoir les chances d’une entente entre les deux pays victimes des impérialismes occidentaux. Les combattants des Corps francs, eux-mêmes, éprouvaient face à la « marée rouge » un étrange complexe de répulsion et de fascination : quelques années plus tard, Ernst von Salomon saluait encore dans l’adversaire « cette foi unique qui formait ces hordes où s’entremêlaient soldats et paysans… qui de ces loques humaines forgeait des héros ». Parmi les socialistes, enfin, les clivages entre majoritaires, indépendants et spartakistes se reflétaient dans les diverses images des bolcheviks et, plus généralement, des Russes : ainsi, lorsque Lénine se fut déconsidéré aux yeux des majoritaires en dissolvant la Constituante, ceux-ci reprirent les vieux clichés de la psychologie des peuples, Kautsky, par exemple, remplaçant le terme marxiste de « despotisme asiatique » par celui de « socialisme tatar », à connotation bien plus inquiétante.
Si l’on ajoute, à ce tableau déjà confus, qu’il était difficile de qualifier les Britanniques, tantôt porteurs de valeurs germaniques à travers leur Empire, tantôt perfides concurrents, il apparaît qu’il était impossible, à la fin de la Grande Guerre et dans les mois qui suivirent, de « trouver une définition fédératrice de l’ennemi » [3]. Il manquait sur les tribunes publiques un de ces hommes que Nietzsche avait appelés les « terribles simplificateurs ».
C’est précisément ce rôle que Hitler revendiqua dans Mein Kampf : « Un trait de génie d’un grand chef est de toujours laisser entendre que des ennemis, même très éloignés les uns des autres, appartiennent à une seule et même catégorie, car chez les faibles et les indécis, se savoir des ennemis différents éveille bien trop aisément un doute quant au bien-fondé de leur propre cause » [4]. D’où lui vint l’idée de cet amalgame des deux menaces, celle de la finance internationale et celle du bolchevisme, en un seul ennemi, le Juif éternel ?
De 1940 à 1970 environ, il était fort à la mode parmi les chercheurs de découvrir dans l’enfance d’Adolf Hitler des traumatismes qui auraient engendré, par la suite, sa judéophobie [5]. Aujourd’hui, on admet généralement avec Ian Kershaw que « les explications d’ordre psychologique qui invoquent des fantasmes sexuels et un complexe de persécution… ne sont en fin de compte que pures spéculations » [6], puisqu’elles ne peuvent procéder que par simple inférence, allant des comportements bien attestés de l’âge mûr aux expériences supposées des premières années.
En dépit des apparences, les années viennoises sont entourées d’une obscurité comparable ; car tout ce qui en a été dit par l’intéressé dans Mein Kampf était biaisé par le besoin de mettre en valeur la précocité de sa vocation. Les souvenirs des témoins prouvent, au contraire, qu’il n’était pas encore bien assuré dans son antisémitisme, et encore moins dans sa philosophie de l’histoire. Le soldat, puis caporal Hitler ne semble pas non plus avoir éprouvé d’hostilité particulière envers les Juifs. Quant à la grande scène d’illumination à l’hôpital de Pasewalk en novembre 1918, elle relève du souvenir déformé en mythe ; la fameuse conclusion, « Je décidai de faire de la politique », anticipe d’au moins dix-huit mois et dramatise à l’excès (nuit de larmes…) une vocation qui devait se déclarer bien plus simplement.
L’expérience décisive en la matière fut le spectacle de la République des conseils à Munich (hiver et printemps 1919) : là, un militaire désœuvré, prédisposé par les désillusions de sa jeunesse, puis soumis à diverses propagandes ciblées, pouvait se laisser obnubiler par le rôle des intellectuels juifs dans le mouvement révolutionnaire et en tirer des conclusions politiques, puis toute une « conception du monde ». On peut aujourd’hui reconstituer la genèse de cette extrapolation : en septembre 1919, apparut le premier texte qui plaidait pour un antisémitisme « rationnel », c’est-à-dire prenant ses distances par rapport aux simples bagarreurs ; ensuite, dans le sillage des discours de Gottfried Feder sur l’« esclavage du prêt à intérêt », la dénonciation du capitalisme de rapine des Juifs ; enfin, mais pas avant juillet 1920, sous l’inspiration du Balte Rosenberg et, sans doute, des Protocoles des Sages de Sion, la dénonciation simultanée du judaïsme, du marxisme, du bolchevisme et de leurs projets de domination mondiale [7].
Restait à expliquer ce paradoxe presque indéfendable, la prétendue communauté d’origine et de projet entre la ploutocratie capitaliste et son ennemi radical, le bolchevisme révolutionnaire : ce fut l’objet de certaines pages de Mein Kampf où « la rhétorique s’élève à des hauteurs méta-historiques » (S. Friedländer). De fait, aucun procédé n’y est négligé pour mettre en évidence l’action négative des Juifs à travers l’histoire. Ni la métaphore : « Si le Juif… remporte la victoire sur les peuples de ce monde, son diadème sera la couronne mortuaire de l’humanité ». Ni les éclairages contrastés : tantôt le Juif apparaît comme doué de capacités surhumaines, tantôt il est censé se comporter comme un animal ou, pire, comme un bacille porteur de contagion. Ni l’évocation mystique : « En me défendant contre le Juif, je combats pour défendre l’œuvre du Seigneur » [8]. Ici, de nouveau, Hitler a pu s’inspirer d’un folliculaire comme Dietrich Eckart, qui dénonçait le rôle révolutionnaire des Juifs depuis Moïse et Paul de Tarse et réclamait leur destruction totale : « Il faut les brûler » [9]. Mais peu importent ces recherches en paternité des mots qui tuent.
Les historiens s’accordent ensuite sur la véritable fixation que Hitler a opérée le reste de sa vie sur le péril juif : lors même que des nécessités tactiques lui imposaient de placer la lutte contre les Juifs après d’autres priorités, il était loin de freiner le zèle de ses collaborateurs enragés comme Goebbels ou de contenir ses propres hantises [10]. Celles-ci allaient jusqu’à reconstruire à sa guise un passé tout proche et connu de tous, comme en témoigne l’étonnante histoire de la prophétie à répétition. Le 30 janvier 1939, il proclama : « J’ai toujours été prophète, et la plupart du temps on m’a tourné en dérision… Je veux être à nouveau prophète : si la juiverie financière internationale, en Europe et à l’extérieur, devait parvenir à plonger une fois de plus les nations dans une guerre mondiale, il en résulterait non pas la bolchevisation de la terre et donc la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement de la race juive en Europe ! ». Or, deux ans plus tard exactement, il reprit mot pour mot la même phrase, mais en la datant du 1er septembre 1939, de façon à associer directement la promesse d’anéantissement avec le déclenchement de la guerre ; et ce lapsus ou cette erreur intentionnelle devait se reproduire plusieurs fois par la suite. Ce type de processus maniaque peut prêter à toutes sortes de diagnostics : dans son analyse phénoménologique, Ernst Nolte note les apparitions récurrentes d’une angoisse permanente devant les pathologies modernes, transposée en haine de l’agent réputé pathogène, le Juif ; plus attentif aux circonstances, le biographe Ian Kershaw détecte dans le discours de 1941 une menace discrète à l’usage des Anglo-Saxons et, peut-être, le reflet de discussions internes sur l’utilisation des Juifs comme otages ; s’attachant spécialement aux visées de l’orateur, J. P. Stern perçoit plutôt un appel du « prophète » à tous les membres de la communauté populaire, leur rappelant que la cohésion intérieure et la lutte internationale étaient indissociables [11].
Désormais, donc, les trois grandes puissances traditionnellement accusées d’encercler l’Allemagne, ces trois menaces, se réduisaient à une seule, la conspiration juive mondiale, renforcée au fil des années par l’adjonction des États-Unis. Parmi ces complices, lequel était le plus dangereux, quel était celui que devrait viser prioritairement la contre-offensive ? Le soldat Hitler s’était battu presque uniquement contre les Anglais. Cela ne l’empêcha pas, dans les premières années de l’après-guerre, de dénoncer la France comme l’auteur principal de la « honte » de Versailles, comme un pays à la fois haïssable et méprisable parce que « négrifié » et « enjuivé ». Dès 1924, cependant, dans les chapitres de politique étrangère de Mein Kampf, la Russie passait au premier rang et la France n’était plus qu’un obstacle à éliminer avant l’offensive majeure vers l’Est. À plusieurs reprises ensuite, lors de ses conférences avec les généraux, Hitler affirma que loin de se laisser impressionner par sa puissance militaire apparente, il comptait profiter soit de la faiblesse de ses hommes politiques, soit de ses divisions internes, susceptibles d’aboutir un jour à une guerre civile. Et quand, confirmant ses prévisions plutôt que les appréhensions de l’état-major, l’armée française fut écrasée en juin 1940, le voisin occidental ne fut plus pour, son vainqueur, qu’une sorte de colonie à exploiter, en attendant un traité de paix qui le réduirait au rang d’une « Suisse agrandie », vivant du tourisme et de la mode [12].
Face à la Grande-Bretagne, ni les stéréotypes traditionnels ni les intuitions personnelles du Führer ne permettaient de bâtir une stratégie précise. Si l’on attribuait la réussite de ses bâtisseurs d’empire à leurs qualités « germaniques », il devenait possible d’envisager avec eux un partage du monde, Albion gardant la maîtrise des mers et l’Allemagne gagnant celle du continent européen : d’où les offres de rapprochement des années 1930, les appels de l’automne 1939 à un prompt retour à la paix, le manque de conviction pour déclencher le débarquement à l’été 1940 [13]. Mais, d’un autre côté, les considérations raciales venaient réduire à néant ces illusions : seule l’influence des Juifs sur les milieux politiques anglais pouvait expliquer la défaite des appeasers en 1938 ou le rapprochement ultérieur avec l’Union Soviétique. Parfois, même, lorsque cette anglophobie prédominait sur son grand projet oriental, Hitler se laissait aller à des visions grandioses de domination des mers du globe après une lutte suprême contre les Anglo-Saxons, rêveries qui entraînèrent même, quelque temps, une priorité inattendue pour les armements navals [14].
En revanche, face aux peuples de l’Union Soviétique, Hitler n’avait pas de difficulté à adopter les clichés les plus convenus. D’après lui, les Slaves, étant voués de toute éternité à se laisser dominer en vertu de l’équivalence bien connue Slawen – Sklawen, étaient simplement passés en 1917 des maîtres allemands aux maîtres juifs-bolcheviks ; ceux-ci étaient facteurs de dynamisme dans la mesure où ils entraînaient les masses vers la conquête du monde, mais aussi, par nature, facteurs de corruption, donc d’affaiblissement de l’Union Soviétique comme grande puissance. D’où cette sous-estimation surprenante de l’adversaire lors de l’invasion de 1941, partagée d’ailleurs par les militaires à partir d’autres considérations. Cet optimisme parut ébranlé dès l’automne, quand ces peuples prétendument inférieurs manifestèrent des vertus militaires : fallait-il donc établir une hiérarchie entre eux, par exemple, entre les Grands Russes et les autres ? On aurait pu alors – c’était la thèse de Rosenberg – jouer sur leurs rivalités pour renforcer la mainmise allemande. Mais le Führer ne pouvait se laisser enfermer dans ces contradictions : pour lui, tous les Soviétiques devaient être considérés comme des sous-hommes et, comme tels, maintenus dans l’ignorance : « Les connaissances en lecture et en écriture des Russes, des Ukrainiens, des Kirghizes, etc. [notons l’imprécision délibérée de l’ethnographe amateur] ne pourraient que nous être préjudiciables ». Cela pour maintenir l’orthodoxie raciste officielle. Cependant, le soir, en petit comité, le Führer exprimait parfois son admiration pour Staline, ce nouveau Pierre le Grand, ce grand meneur d’hommes qui avait réussi à secouer la tutelle malfaisante des Juifs et à rendre toute sa vigueur à son peuple [15]. Aveu révélateur de l’écroulement de toute sa construction idéologique, confirmé in extremis, en mars 1945, par ce bilan de la guerre qu’a rapporté Speer : « Le peuple [allemand] s’étant montré le plus faible, c’était donc aux peuples de l’Est, plus forts, qu’appartiendrait exclusivement l’avenir » [16].
Entre-temps, l’amalgame de base entre Juifs de la finance et Juifs de la révolution s’était largement diffusé. On pourrait à nouveau se référer, ici, aux interprétations psycho-historiques de la judéophobie, appliquées non plus à un individu, mais à une génération : certains héritiers plus ou moins directs de Freud ont détecté, dans l’enfance des Allemands parvenus à l’âge adulte en même temps que le nazisme parvenait au pouvoir, des traumatismes qui auraient engendré masochisme et sadisme – d’où la coïncidence, non fortuite, avec les affects du Führer [17]. Mais, largement hypothétiques, ces descriptions collectives souffrent de la même faiblesse que les psycho-histoires individuelles. En outre, elles n’ont pas résisté à la contre-épreuve : lorsque les sociologues de l’École de Francfort ont étudié les familles américaines, ils y ont retrouvé la même structure « autoritaire » qu’ils avaient crue spécifique des familles allemandes…
La contagion des obsessions de Hitler se comprendra mieux si l’on distingue entre les diverses tendances, les divers styles, pourrait-on dire, de l’antisémitisme dans l’Allemagne de Weimar. La tendance la plus visible était celle que ses adversaires et même parfois ses alliés appelaient Radauantisemitismus, l’antisémitisme tapageur des bandes de jeunes voyous, bientôt encadrés dans les SA. Plus répandu, l’antisémitisme des milieux conservateurs, essentiellement rhétorique et hostile par distinction à l’action physique et que, pour cette raison, Ulrich Herbert baptise « antisémitisme passif » tandis que Saul Friedländer préfère l’épithète « culturel ». Enfin, celui des corporations étudiantes réunies dans le deutscher Hochschulring, qui ne se contentaient pas d’exclure les Juifs de leurs rangs, mais publiaient toute une littérature sur leur rôle pernicieux dans la décadence des vraies valeurs : un antisémitisme simultanément raciste, extrémiste et élitiste, plus distingué que le premier et plus activiste que le deuxième [18].
On a déjà vu que la polémique antijuive avait été mise sous le boisseau par Hitler dans ses campagnes électorales de 1932-1933 : sans doute pensait-il que les antisémites « passifs » risqueraient d’être choqués s’il étalait trop sur la place publique la violence de ses haines ; quant aux deux autres catégories, il était sûr, non seulement de leurs votes, mais de leur adhésion. Tout au long des années de paix 1933-1939, le pouvoir, c’est-à-dire, outre le Führer plutôt en retrait, tantôt l’un tantôt l’autre de ses compagnons et, principalement, Goebbels et Goering, devait flatter alternativement ces trois tendances, manipulant la violence physique des SA, calmant, par des textes juridiques, les inquiétudes des conservateurs et, en fin de compte, favorisant la montée en puissance des SS, héritiers des étudiants extrémistes. C’est ainsi que pour intimider les Juifs et les pousser à l’émigration, les SA furent périodiquement invités à déclencher des violences « populaires ». Les deux premières fois, la situation fut vite reprise en mains, en février 1933 par le boycott officiel et à l’automne 1935 par les lois de Nuremberg ; le pouvoir rassurait ainsi les antisémites modérés de la haute administration, de l’armée et de l’économie. Mais, la troisième fois, lors du pogrom de novembre 1938, le retour à l’ordre ne s’effectua que par de nouvelles violences, des rafles vers les camps de concentration et des amendes massives ; pourtant les bonnes gens qui s’étaient indignés des atteintes portées aux biens ne s’inquiétèrent plus guère du sort des personnes. Le contraste est frappant entre la « cécité » (U. Herbert) qui entoura, jusqu’à la fin, la persécution, puis la déportation des Juifs, et les protestations de 1941 contre l’assassinat des malades mentaux, ressentis, eux, comme des proches, même par certains membres du parti.
Cependant, la troisième tendance antisémite, celle du racisme radical et élitiste, s’emparait de différents centres de contrôle. Ses serviteurs prolétariens ou déclassés, les « SS Têtes de Mort », remplacèrent très vite les SA comme gardiens des camps de concentration. Leur formation idéologique était quasi nulle, tout au plus leur avait-on appris que parmi les prisonniers soumis à leur autorité les uns, politiques, étaient des adversaires dangereux et les autres (les Juifs et, plus tard, les Slaves) des sous-hommes innés. Aussi auraient-ils pour tâche de faire fonctionner l’appareil des camps en utilisant les compétences des premiers et de réduire les seconds à la condition de morts-vivants, autrement dit, de faire apparaître dans les faits les degrés hiérarchiques déterminés a priori par l’idéologie [19]. Leurs propres chefs et, d’une façon générale, les rangs intermédiaires, officiers des Waffen-SS militarisés, cadres moyens des diverses polices et des services administratifs, n’avaient guère profité non plus, lors de leurs années de formation dans les Junkerschulen, d’un enseignement théorique approfondi. Ils devaient être surtout frappés par ses aspects négatifs, conformes au pessimisme historique de leur chef : le monde passé et présent leur était présenté comme infesté d’ennemis politiques (les Rouges et les Marxistes), raciaux (Noirs, Juifs, Tsiganes, dégénérés), pervers (homosexuels, asociaux) ; par conséquent, leur tâche serait d’abord d’établir des classifications préparatoires à une épuration qu’ils pouvaient prévoir sans fin, mais dont les justifications « scientifiques » leur échappaient [20].
Ce niveau de la recherche « scientifique » nazie, combiné avec des activités meurtrières terriblement pragmatiques, fut investi par l’élite de l’élite, quelques centaines d’hommes issus des universités, médecins, ingénieurs et surtout juristes. Les historiens n’ont découvert leur véritable importance que récemment, tant il paraissait invraisemblable que le régime eût confié le pouvoir suprême, celui de définir les ennemis et de les éliminer, à des intellectuels. Dès le temps de paix, ils avaient peuplé les directions du Service de sécurité (SD) et de la Police de sécurité (Sipo), celle-ci coiffant, à son tour, la police politique (Gestapo) et la police criminelle (Kripo). Avec la guerre, en vue des « remembrements ethniques » à prévoir en Pologne et en Union Soviétique, ils créèrent et animèrent de multiples instituts de recherche sur les pays de l’Est, puis, soucieux de prouver la valeur éthique et pratique de leurs théories, se placèrent comme responsables régionaux de la police dans les territoires annexés ou occupés, et même comme cadres des Groupes d’intervention SS, bref, comme penseurs-bourreaux. Cependant, les recherches récentes posent à leur sujet plus de questions qu’elles n’en résolvent. Quels transferts ces personnages avaient-ils pu opérer entre leurs travaux universitaires et leur comportement ultérieur ? Ensuite, lorsqu’ils présentaient, pour justifier l’éradication des populations prétendues inférieures (Juifs, Slaves non assimilables, prisonniers de l’Armée rouge) ou dangereuses (responsables communistes, partisans) des arguments d’opportunité tels que la sécurité des troupes allemandes, leurs besoins en ravitaillement ou la lutte contre les épidémies, était-ce là simple indifférence de techniciens pour les millions de victimes ou camouflage d’idéologues qui n’osaient s’avouer les conséquences ultimes de leur pseudo-science ? Dans ce vaste magma qu’ils appelaient le « judéo-bolchevisme », quel rôle attribuaient-ils à la race et, pour déterminer celle-ci, aux facteurs biologiques que leurs laboratoires s’acharnaient à découvrir et aux facteurs prétendument « spirituels », c’est-à-dire imaginaires ? Enfin, quels étaient leurs rapports avec les chercheurs universitaires en « sciences sur l’Est », les fonctionnaires civils de l’occupation, les officiers supérieurs et généraux de la vieille école qui toléraient leurs « actions » et adoptaient le même vocabulaire ? N’y eut-il pas, en fin de compte, confluence de l’antisémitisme radical des uns avec l’antisémitisme naguère modéré des autres [21] ?
Artifice rhétorique puis slogan meurtrier, ce discours de l’ennemi unique s’est-il retrouvé dans d’autres régimes totalitaires ? Le fascisme italien, par la voix de son chef, n’a cessé de prêcher la haine salvatrice (« travailler, haïr et se taire ») et de dénoncer toutes sortes d’ennemis, les races africaines « bâtardes », les puissances européennes « ploutocratiques et réactionnaires », la « pègre rouge » en Espagne, la bourgeoisie « hédoniste et malthusienne », et enfin, à partir de 1938, les Juifs. Mais il s’agit là d’un chapelet d’injures plus que d’une construction idéologique, et l’on ne perçoit guère de tentative pour donner quelque consistance à ces fantômes en les réunissant sous une dénomination unique [22].
Les phobies staliniennes se différencient tout aussi nettement, semble-t-il, de la monomanie hitlérienne. Nicolas Werth distingue, en effet, dans les répressions déclenchées par le Père des peuples, toutes sortes de logiques différentes selon qu’elles visaient les vieux bolcheviks, les koulaks, les cadres, les « éléments socialement dangereux », c’est-à-dire les délinquants et vagabonds, les peuples « nationalistes » ou « collaborateurs », les « ennemis masqués » définis par leur passé suspect, « ex-nobles » ou « ex-mencheviks », et même, in extremis, les « sionistes ». Cette extraordinaire diversité semble irréductible à une quelconque figure d’ennemi unique, analogue au Juif éternel des nazis. Pourtant, on ne peut s’empêcher de noter certaines coïncidences de vocabulaire et de pratiques : par exemple, la criminalisation des délits commis par les « asociaux », la fureur statistique et classificatrice ou encore les accusations fondées sur un passé familial ou politique, aussi indélébile aux yeux des policiers rouges que l’hérédité raciale à ceux des policiers bruns [23]. Ces similitudes rapprochent les deux régimes policiers plutôt que les deux systèmes d’ensemble. Le discours de l’ennemi unique reste, lui, spécifiquement hitlérien. â—†
 
NOTES
 
[1] Pierre Hassner, « Par-delà l’histoire et la mémoire », dans Henry Rousso (dir.), Stalinisme et nazisme. Histoire et mémoire comparées, Bruxelles, Complexe et IHTP-CNRS, 1999, p. 368.
[2] Michaël Jeismann, La patrie de l’ennemi. La notion d’ennemi national en Allemagne et en France de 1792 à 1918, trad. de l’all. par Dominique Lassaigne, Paris, CNRS-Éditions, 1997, p. 261-291 ; cf. aussi George L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes, trad. de l’angl. par Édith Magyar, Paris, Hachette, 1999, p. 196-206.
[3] Michaël Jeismann, La patrie de l’ennemi…, op. cit., p. 329. Sur les images du Russe et du bolchevik, cf. Christian Baechler, L’Aigle et l’Ours. La politique russe de l’Allemagne de Bismarck à Hitler (1871-1945), Berne, Peter Lang, 2001, p. 34-51 ; Louis Dupeux, « National-Bolchevisme ». Stratégie communiste et dynamique conservatrice, Paris, Champion, 1976 ; Klaus Theweleit, Männerphantasien, t. 1, Frauen, Fluten, Körper, Geschichte, Francfort-sur-le-Main, Verlag Roter Stern, 1977, p. 88-120 ; Ernst von Salomon, Les réprouvés, trad. de l’all. par Andhrée Vaillant et Jean Kuckenburg (1931), Paris, Plon, 1951, p. 64-70 ; Peter Lösche, Der Bolschewismus im Urteil der deutschen Sozialdemokratie, Berlin, Colloquium Verlag, 1967, p. 68 et suiv.
[4] Cité par J. P. Stern, Hitler. Le Führer et le peuple, trad. de l’angl. par Suzanne Lorme, Paris, Flammarion, 1985, p. 116.
[5] Peter Loewenberg, dans « Psychohistorical Perspectives on Modern Germany » (Journal of Modern History, 47, 1975, p. 229-279), recense plusieurs dizaines de ces travaux. Cf. notamment Saul Friedländer, L’antisémitisme nazi : histoire d’une psychose collective, Paris, Le Seuil, 1971.
[6] Ian Kershaw, Hitler. Essai sur le charisme en politique, trad. de l’angl. par Jacqueline Carnaud et Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Gallimard, 1995, p. 36-37 ; et Hitler, vol. 1, 1889-1936 Hubris ; vol. 2, 1936-1945 Nemesis, trad. de l’angl. par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Flammarion, 1999 et 2000.
[7] I. Kershaw, Essai…, op. cit., p. 36-37 ; Hubris, op. cit., p. 100-126 (Vienne), p. 170-176 (Pasewalk), p. 201-239 (Munich et la suite). Même chronologie dans John Lukacs, The Hitler of History, New York, Alfred A. Knopf, 1997, chap. 2, « The Crystallisation. Vienna and/or Munich ? », p. 52-75.
[8] Passages cités par Saul Friedländer, L’Allemagne nazie et les Juifs, t. 1, Les années de persécution 1933-1939, trad. de l’angl. par Marie-France de Paloméra, Paris, Le Seuil, 1997, p. 106-109.
[9] Ernst Nolte, Der Faschismus in seiner Epoche, Munich, R. Piper, 1963, p. 404 et suiv. ; l’auteur concluait alors que chez Hitler l’antisémitisme avait précédé l’anticommunisme, thèse qu’il devait inverser totalement dans la fameuse querelle de 1987.
[10] S. Friedländer, L’Allemagne nazie et les Juifs, op. cit., p. 111-112.
[11] E. Nolte, Der Faschismus…, op. cit., p. 487 et suiv. ; I. Kershaw, Essai, op. cit., p. 154 et Nemesis, op. cit., p. 249-252 et p. 521-524 ; J. P. Stern, Hitler. Le Führer et le peuple, op. cit., p. 114-117.
[12] Eberhard Jäckel, La France dans l’Europe de Hitler, trad. de l’all. par Denise Meunier, Paris, Fayard, 1968.
[13] En revanche, l’arrêt des divisions blindées devant Dunkerque, le 25 mai, s’explique par des considérations tactiques et non, comme on avait cru, par un geste de bonne volonté vis-à-vis des Britanniques, cf. I. Kershaw, Nemesis, op. cit., p. 448.
[14] Andreas Hillgruber, Hitlers Strategie. Politik und Kriegführung 1940-1941, Francfort-sur-le-Main, Bernard & Graefe, 1965.
[15] Manfred Weißbecker, « “Wenn hier Deutsche wohnten”. Beharrung und Veränderung im Rußlandbild Hitlers und der NSDAP », dans Hans-Erich Volkmann (dir.), Das Rußlandbild im Dritten Reich, Cologne, Böhlau Verlag, 1994. Dernière synthèse en date, C. Baechler, L’Aigle et l’Ours…, op. cit., p. 306 et p. 374-384.
[16] Joachim Fest, Hitler, vol. 2, Le Führer, trad. de l’all. par Guy Fritsch-Estrangin, Paris, Gallimard, 1973, p. 432.
[17] Cf. les deux ouvrages mentionnés ci-dessus note 5.
[18] Ulrich Herbert, « La politique d’extermination : nouvelles réponses, nouvelles questions sur l’histoire de l’Holocauste », Revue d’histoire moderne et contemporaine, avril-juin 2000, p. 233-264 ; S. Friedländer, L’Allemagne nazie et les Juifs, t. 1, op. cit.
[19] Wolfgang Sofsky, L’organisation de la terreur. Les camps de concentration, trad. de l’all. par O. Mannoni, Paris, Calmann-Lévy, 1995.
[20] Bernd Wegner, Hitlers politische Soldaten. Die Waffen-SS 1933-1945, Paderborn, Schöningh, 1982, p. 149 et suiv. et p. 167.
[21] U. Herbert, « La politique d’extermination… », art. cité et Best. Biographische Studien über Radikalismus, Weltanschauung und Vernunft, Bonn, Dietz Verlag, 1996 ; C. Baechler, « La réorganisation de l’Europe orientale sur une base raciale (1939-1944) », dans L’Aigle et l’Ours…, op. cit., p. 345-389.
[22] Pierre Milza, Mussolini, Paris, Fayard, 1999 ; Philippe Burrin, « L’imaginaire politique du fascisme », dans Ph. Burrin, Fascisme, nazisme, autoritarisme, Paris, Le Seuil, 2000, p. 64-65.
[23] Nicolas Werth, « Logiques de violence dans l’URSS stalinienne », dans H. Rousso (dir.), Stalinisme et nazisme…, op. cit. ; cf., aussi, Pierre Hassner, cité, ibid.
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[1]
Pierre Hassner, « Par-delà l’histoire et la mémoire », dans...
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[2]
Michaël Jeismann, La patrie de l’ennemi. La notion d’ennemi...
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[3]
Michaël Jeismann, La patrie de l’ennemi…, op. cit., p. 329....
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[4]
Cité par J. P. Stern, Hitler. Le Führer et le peuple, trad....
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[5]
Peter Loewenberg, dans « Psychohistorical Perspectives on M...
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[6]
Ian Kershaw, Hitler. Essai sur le charisme en politique, tr...
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[7]
I. Kershaw, Essai…, op. cit., p. 36-37 ; Hubris, op. cit., ...
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[8]
Passages cités par Saul Friedländer, L’Allemagne nazie et l...
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[9]
Ernst Nolte, Der Faschismus in seiner Epoche, Munich, R. Pi...
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[10]
S. Friedländer, L’Allemagne nazie et les Juifs, op. cit., p...
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[11]
E. Nolte, Der Faschismus…, op. cit., p. 487 et suiv. ; I. K...
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[12]
Eberhard Jäckel, La France dans l’Europe de Hitler, trad. d...
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[13]
En revanche, l’arrêt des divisions blindées devant Dunkerqu...
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[14]
Andreas Hillgruber, Hitlers Strategie. Politik und Kriegfüh...
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[15]
Manfred Weißbecker, « “Wenn hier Deutsche wohnten”. Beharru...
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[16]
Joachim Fest, Hitler, vol. 2, Le Führer, trad. de l’all. pa...
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[17]
Cf. les deux ouvrages mentionnés ci-dessus note 5. Suite de la note...
[18]
Ulrich Herbert, « La politique d’extermination : nouvelles ...
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[19]
Wolfgang Sofsky, L’organisation de la terreur. Les camps de...
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[20]
Bernd Wegner, Hitlers politische Soldaten. Die Waffen-SS 19...
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[21]
U. Herbert, « La politique d’extermination… », art. cité et...
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Pierre Milza, Mussolini, Paris, Fayard, 1999 ; Philippe Bur...
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[23]
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