Leo Strauss devant la modernité juive
Pierre Bouretz
Rares sont les philosophes qui racontent leurs années d’apprentissage. Rédigeant à la fin de sa vie une autobiographie intellectuelle, Leo Strauss rapporte comment un jeune Juif élevé dans l’Allemagne des années 1920 a conçu la question philosophique qui orienta ses premiers travaux et nourrit sans doute toute son œuvre. Devant la limite du politique découverte dans l’engagement sioniste, le défi de la théologie appréhendé à travers Spinoza, la difficulté du retour au judaïsme illustrée par Hermann Cohen et Franz Rosenzweig, Strauss en vient à se demander si les Lumières sont nécessairement modernes, découvre Maimonide et construit sa critique de ce qu’il perçoit comme l’autodestruction de la raison. Ainsi est née une pensée qui ne s’est jamais détachée du conflit entre Jérusalem et Athènes.
Rare are the philosophers who reveal the mysteries of their intellectual education. Leo Strauss, in his autobiography, recounts how a young Jew educated in the Germany of the 1920’s discovers simultaneously politics and philosophy and theology through the frustrations of the Zionist movement, the critic of Spinoza and the critic of Hermann Cohen’s reading of Spinoza. The “self-destruction of reason” in the Enlightenment, the discovery of Maimonides and the questionable challenge to established theology (Spinoza) raises the question of the modernity of Enlightenment. Is Enlightenment necessarily modern ? Leo Strauss’ thought evolves in the permanent tension between Jerusalem and Athens.
• Le politique en question : sur une dialectique du sionisme
• Face au théologique : les conditions de possibilité du retour
• Loi et raison : des Lumières aux Lumières