L’état d’exception et les silences de la loi
Nicolas Fischer
David Smadja
La notion d’exception juridique est habituellement associée à des situations extrêmes de violence politique. Il est cependant possible de la penser comme un simple moment logique, constitutif du droit comme ordre discursif, et en même temps extérieur à lui. L’exception surgit ainsi dans le fonctionnement quotidien du droit, sous la forme d’un point aveugle que la logique du discours juridique ne parvient jamais à réduire. Cette contribution tente d’analyser ce désarroi du système juridique à travers deux cas dans lesquels il se dévoile : la rétention administrative des étrangers, et le débat contemporain en matière de bio-technologies. Elle cherche pour finir à tirer quelques conclusions sur la recomposition de la pensée juridique et politique face à ces cas limites.
The notion of judicial exception is usually associated with extreme, violent political situations. It may nonetheless be conceived as a simply logic moment, both fundamental and unreachable for law as an order of speech. In that sense exception lays at the very root of the law, and appears to be a blind point of the judicial system at the same time. The purpose of this article is to analyse this disarray of judicial speech as it appears in two contemporary situations : the administrative detention of aliens, and the current debate on biotechnologies. It finally examines how the political and judicial thought are bound to recompose facing those new problems.
• La rétention administrative : un dispositif juridique « vide de droit »
— Le centre de rétention, lieu juridique introuvable
• La chosification de la personne physique dans les situations biotechnologiques
— Face à l’exception : différence de contenu, identité de rapport
— Par-delà la crise du langage : éléments pour une pensée transversale du politique