Raisons politiques
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629612
176 pages

p. 49 à 64
doi: en cours

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Dossier

no 9 2003/1

2003 Raisons politiques Dossier

Guerre et économie : le libéralisme et la pacification par le marché

Alexis Dalem Doctorant en science politique à l’IEP de Paris (Pensée politique), Alexis Dalem est également diplômé de la London School of Economics and Political Science. Ses recherches actuelles portent sur la légitimation de l’Union européenne.
La thèse libérale de la pacification par le développement de l’économie de marché fait résolument partie du corpus des idées politiques « bien connues ». Pourtant, si l’on s’intéresse aux auteurs qui sont supposés l’avoir défendue, notamment au 18e siècle, force est de constater que leurs développements sont le plus souvent elliptiques et, lorsqu’ils sont plus consistants, ambigus, voire contradictoires. À biens des égards, il s’agit d’une thèse introuvable. The ‘peaceful market economy’ thesis seems to be a ‘well-known’ political idea. It is supposed to have been strongly put forward by liberal authors during the 18th century. But most of these authors only mention the thesis very briefly, and with very few arguments. The few authors who study the thesis more at length tend, on the other hand, to be much more sceptical about its validity. In every respect, the ‘peaceful market economy’ thesis seems untraceable.
À propos de la violence et de la guerre, on évoque souvent la thèse dite libérale selon laquelle le développement de l’économie de marché devrait progressivement réduire la fréquence et l’intensité des conflits, à la fois à l’intérieur des sociétés et dans les relations internationales. Cette idée est énoncée, sous des formes diverses, chez de nombreux auteurs depuis le 16e siècle, de Bodin à Rawls et au-delà. Pour Bodin, le commerce est utile parce qu’il met à notre disposition des biens dont nous ne disposerions pas sans lui, et parce qu’il nous permet « de communiquer et d’entretenir une bonne amitié » avec les étrangers comme avec nos voisins [1]. Quatre siècles plus tard, citant Montesquieu, John Rawls explique qu’une « société commerciale » tend naturellement à la paix, parce qu’elle favorise le développement de vertus pacifiques chez ses membres, mais aussi et surtout parce qu’elle est plus apte à les « satisfaire ». Et il affirme que les « peuples satisfaits » ne se font pas la guerre [2].
Selon la lecture proposée ici, on peut classer les auteurs qui ont affirmé le rôle pacificateur du marché en trois catégories. Chez Bodin, Rawls et la majorité de ceux qui la défendent, la thèse est mentionnée brièvement, le plus souvent comme une sorte d’évidence suscitant un vague espoir, et sous la forme d’une digression peu argumentée. D’autres, comme Say ou Cobden, ont cru profondément à cette idée mais sur un mode soit utopique, soit idéologique, c’est-à-dire sans la discuter vraiment. Enfin, des auteurs comme Montesquieu, Smith ou Constant lui ont consacré des développements plus argumentés. Mais leurs positions sont alors complexes et nuancées. Contrairement à une idée reçue, leurs contributions ne se réduisent pas à penser une sorte de progression asymptotique vers la paix grâce au marché. Au final, on trouve la thèse chez les auteurs qui ne la discutent pas et on ne la trouve pas – ou très atténuée – chez ceux qui l’approfondissent. À biens des égards, il ne semble pas abusif de prétendre que « la thèse de l’économie de marché pacifique » (peaceful market economy thesis) est une thèse introuvable.
À cela il y a des raisons qui tiennent à la nature même de la thèse de la pacification par le marché. Les trois sens qu’elle recouvre peuvent être confondus chez certains auteurs, mais leur logique propre reste distincte :
  •  l’habitude de commercer et la pratique du marché provoquent des transformations psychologiques et sociales qui entraînent la pacification des mœurs ;
  •  le développement de l’économie de marché provoque la généralisation du mode de raisonnement économique ; or la rationalité économique répugne à l’usage de la force ;
  •  les acteurs ne changent pas fondamentalement, mais l’économie de marché en accroissant l’interdépendance entre les hommes et entre les États diminue l’intérêt qu’ils ont de recourir à la violence. Le développement d’un secteur du réel (le secteur productif et marchand) entraîne une modification de la structure des intérêts qui décourage l’usage de la force.
Les deux premiers sens ne sont pas très faciles à distinguer, car le mode de rationalité dominant au sein d’une société fait partie de ses mœurs. En fait, pour Montesquieu ou Smith, le développement du commerce est contemporain d’un changement psychologique : le dégoût spontané pour la violence lié à la disparition des vertus guerrières. Ce n’est pas un effet direct de la nouvelle rationalité économique. Il y a donc bien une distinction entre ces deux sens, le premier étant un sens plutôt « faible » et non controversé. Tout le monde reconnaît au 18e siècle que les vertus guerrières s’atténuent. Les deux composantes problématiques de la thèse sont les deux derniers sens.
Or leur distinction recoupe celle établie par Pierre Demeulenaere [3] concernant la définition de ce qui est propre à l’action économique. Ce peut être, selon les auteurs, une certaine forme (par exemple le souci de la maximisation de l’utilité) ou un certain domaine (par exemple, la production et l’échange des biens et des services). Demeulenaere élabore cette distinction à partir de l’opposition entre Leibniz (l’économique relève du principe de maximisation de l’avantage et de minimisation du coût concernant toutes les activités concevables) et Quesnay (tout ce qui est économique gravite autour de l’agriculture). Pour ce qui concerne la thèse de l’économie de marché pacifique, le deuxième sens concerne bien une certaine « forme » (la rationalité) et le troisième un certain « domaine » du réel (la modification de la structure des intérêts sociaux).
Nous proposons d’étudier ici les contradictions internes à la thèse qui expliquent pourquoi celle-ci est « introuvable ». Au 18e siècle, elle a été surtout pensée dans son troisième sens. Or, dans ce sens, la pacification rendue possible par le développement de l’économie de marché ne peut être que limitée. Le second sens, qui émerge à partir du 19e siècle, permet une affirmation plus radicale, mais finit par se révéler contradictoire.
 
Guerre et féodalisme
 
 
Albert Hirschman a tenté de faire l’histoire de l’origine de la thèse de l’économie de marché pacifique [4]. Selon lui, elle serait issue du rapprochement de deux principes distincts : la passion compensatrice et la réhabilitation de l’intérêt. Tous deux auraient convergé chez des penseurs comme Montesquieu, Sir James Steuart et John Millar, qui auraient défendu l’idée que le marché et le commerce sont intrinsèquement pacifiques – parce que fondés sur le jeu de l’intérêt, qui tiendrait en respect les autres passions –, avant que cette idée ne fût discréditée par Adam Smith. Mais alors qu’Hirschman affirme que Smith vient ruiner la croyance dans les effets pacificateurs du marché, celui-ci est en général tenu comme le représentant majeur de cette tradition. En fait, et ce sera le cœur de l’interprétation proposée ici, les auteurs libéraux du 18e siècle voient dans le développement de l’économie de marché l’annonce de la fin du féodalisme. En cela, ils pensent tous que le marché aura des effets pacificateurs car le féodalisme produit selon eux la guerre et la violence [5]. Mais ils n’affirment pas que le marché mènera à la paix perpétuelle. C’est dans son rapport au féodalisme que le marché est efficace. Il ne s’agit que d’une évolution historique contingente et, par conséquent, non généralisable.
La passion et l’intérêt
Hirschman note avec raison que le principe de la passion compensatrice a eu un succès considérable aux 17e et 18e siècles, à tel point qu’à l’époque des Lumières, il avait acquis le statut d’une idée reçue. Spinoza en a donné une formulation canonique : « Un sentiment ne peut être contrarié ou supprimé que par un sentiment contraire et plus fort que le sentiment à contrarier » [6]. Face à l’impuissance de la raison, les passions ne peuvent être domptées que par d’autres passions et les vices par d’autres vices. Il s’agit, comme l’écrit Hume, de sélectionner et de favoriser les vices « qui nuisent le moins à la société » [7]. C’est alors qu’intervient la réhabilitation de l’intérêt. La doctrine de l’intérêt, écrit Hirschman, est accueillie comme « une véritable promesse de salut », car « on reconnaît en lui à la fois la passion de l’amour de soi ennoblie et maîtrisée par la raison, et la raison orientée et animée par l’amour de soi » [8]. Sa force est d’être une passion, qui ne souffre pas de l’impuissance de la raison, mais une passion « raisonnable », dont les deux principales caractéristiques sont la prévisibilité et la constance.
Mais pour que l’intérêt pût jouer directement un rôle pacificateur, il lui aurait fallu une qualité supplémentaire, l’innocuité. Hirschman veut nous convaincre que certains penseurs, et notamment Montesquieu, ont cru sans réserve à cette innocuité. La lecture des textes infirme cette thèse. Montesquieu ne pense pas que l’intérêt soit en lui-même bénéfique. Seuls certains effets de sa poursuite, dans certaines circonstances, peuvent l’être. On observe bien, au 18e siècle, une modification du statut de l’intérêt, mais elle n’est pas aussi radicale que le dit Hirschman. En effet, si l’intérêt reste fondamentalement un vice, il peut cependant être utile dans la mesure où il rend les comportements prévisibles. Hirschman s’étonne de ne trouver nulle part de justification du profond retournement, qu’il croit déceler, de l’attitude face à l’intérêt. S’il ne trouve pas de justification, c’est précisément parce que ce retournement n’a pas eu lieu.
Montesquieu
Selon Montesquieu, « le commerce guérit des préjugés destructeurs ; et c’est presque une règle générale, que partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces » [9]. Mais cette thèse ne s’applique pas aux rapports entre individus comme elle s’applique aux rapports entre nations. « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix … Mais si l’esprit de commerce unit les nations il n’unit pas de même les particuliers. » [10] Cette restriction est importante. Le commerce « unit » les nations parce qu’il leur permet de se connaître mieux et parce qu’il accroît ce que l’on appellerait aujourd’hui l’interdépendance.
Pour ce qui est des rapports entre particuliers, l’« esprit de commerce » aurait plutôt tendance à désunir : « Nous voyons que dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique de toutes les actions humaines et de toutes les vertus morales : les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour de l’argent » [11]. Pourtant, cette influence délétère s’exerce en même temps qu’une autre : « L’esprit de commerce entraîne avec soi celui de frugalité, d’économie, de modération, de travail, de sagesse, de tranquillité, d’ordre et de règle » [12]. Ainsi, le commerce modifie la structure des intérêts sociaux : les vertus morales s’estompent, mais leur perte est compensée par le renforcement d’autres vertus.
L’effet direct de l’esprit de commerce sur les mœurs est donc ambigu et il dépend, de surcroît, des lois du pays. Comment expliquer dès lors le paragraphe sur les « mœurs douces » ? Il est très significatif que lorsque Montesquieu traite des transformations psychologiques et morales liées au commerce, la cause qu’il donne de ces transformations n’est pas le commerce lui-même, mais l’« esprit de commerce ». Au contraire, dans le paragraphe sur les « mœurs douces », il est question du commerce et non plus de son esprit. Faire la distinction entre « esprit de commerce » et « commerce » est capital.
Si l’« esprit de commerce » ne mène pas à la paix, l’effet direct du commerce, en revanche, est de limiter l’arbitraire des gouvernements. Ou plutôt, dans les nations commerçantes, les gouvernements découvrent qu’il est de leur intérêt de favoriser le commerce et, pour ce faire, d’éviter les « grands coups d’autorité » : « Ce qu’on appelait autrefois des coups d’État ne serait aujourd’hui, indépendamment de l’horreur, que des imprudences » [13]. Ainsi, le principal effet bénéfique du commerce s’exerce sur les gouvernements, qui, par intérêt, limitent leur propre arbitraire. « Et il est heureux pour les hommes d’être dans une situation où, pendant que leurs passions leur inspirent la pensée d’être méchants, ils ont pourtant intérêt de ne pas l’être. » [14] Le commerce favorise le règne de la loi et c’est à ce point qu’il a, en second lieu, un effet sur les mœurs. Montesquieu est moins préoccupé par la violence que les particuliers peuvent s’infliger entre eux que par celle que les princes et les gouvernements peuvent faire subir à leurs sujets ou par celle que les États emploient les uns contre les autres, à savoir la guerre. Dans ces deux derniers cas, Montesquieu valorise clairement l’effet du commerce, parce qu’il est pacificateur, tandis que dans le premier cas il insiste sur l’ambiguïté de ses effets.
En d’autres termes, la thèse de Montesquieu relève du troisième sens identifié dans l’introduction. C’est le développement d’un domaine du réel (le commerce et l’économie marchande) qui a des effets pacificateurs et non en premier lieu le développement d’un nouvel « esprit ».
Smith
Selon Hirschman, Adam Smith viendrait mettre fin à l’espoir d’une rationalisation du politique par l’économique, en affirmant l’autonomie de la vie économique. « En deçà d’une large marge de tolérance, le progrès politique – du moins au niveau de ses instances les plus élevées – n’est ni une condition nécessaire ni un effet probable du développement économique. Selon cette interprétation … le politique est le domaine de la “folie des hommes”, alors que l’économie ressemble au jardin de Candide, en ce sens qu’on peut y travailler utilement et la faire fructifier, à la seule condition que la “folie” politique n’excède pas certaines limites assez larges et souples. » [15] Cette thèse est pour l’essentiel erronée. À l’inverse, il est tout aussi faux de voir en Adam Smith le père incontestable de la thèse selon laquelle l’harmonie naturelle des intérêts devrait conduire à la paix.
Les sentiments de Smith à l’égard du progrès matériel et économique sont ambivalents. Il regrette l’affaiblissement de certaines vertus traditionnelles, comme le courage et les vertus guerrières, et le « rétrécissement des intelligences », tous deux liés à l’esprit commercial [16]. Ici, et contrairement à ce que prétend Hirschman, Smith est très proche de Montesquieu, qui exprimait des réserves analogues. Mais l’argument le plus sérieux en faveur de la thèse d’Hirschman est ailleurs. « La violence et l’injustice de ceux qui gouvernent les hommes sont un mal ancien, pour lequel j’ai bien peur que la nature des choses humaines ne comporte pas de remède. » [17] Il est clair que Smith n’envisage pas que l’intérêt suscite directement une rationalisation de l’action des gouvernants. On peut admettre en ce sens qu’il est moins optimiste que Montesquieu. Mais il ne faudrait pas exagérer l’importance de cette citation. Il reste que La richesse des nations est un traité d’économie politique dont tous les arguments concourent à proposer une réforme politique. Quel intérêt y aurait-il à proposer des réformes s’il n’y avait aucun espoir de les faire appliquer par ceux qui en ont le pouvoir ? Il y a là une ambiguïté qu’Hirschman refuse de voir.
En fait, l’entreprise théorique de Smith vise avant tout à montrer qu’il faut circonscrire l’action des gouvernants à l’intérieur de certaines limites. Mais cette limitation de l’action politique est elle-même politique. C’est parce qu’il se méfie de la rationalité des gouvernants qu’il envisage le problème du point de vue des bornes et des limites à apporter au pouvoir. Mais comment ces limitations adviennent-elles ?
Le principal effet politique du développement du commerce envisagé par Adam Smith est l’affaiblissement de la noblesse, qui permit « l’introduction de l’ordre et du bon gouvernement et, avec eux, de la liberté et de la sécurité des individus » [18]. Le commerce, qui mit à la disposition des riches une masse considérable de biens à acheter, a transformé les nobles de féodaux en consommateurs. Ainsi, au lieu d’entretenir autour d’eux un nombre important de domestiques, suivants et autres clients dévoués à leur cause, pouvant se transformer à l’occasion en une petite armée, les nobles sont devenus des citadins inoffensifs consacrant leurs revenus à l’acquisition de « quelques broches en diamant ou d’autres choses aussi frivoles et inutiles … Les grands propriétaires devinrent incapables d’interrompre le cours régulier de la justice et de perturber la paix du pays … Un gouvernement réglé fut établi à la ville comme à la campagne, personne n’y ayant plus assez de pouvoir pour le perturber » [19]. Par ce biais détourné, le commerce a favorisé le règne de la loi et la paix civile. La conclusion est claire : le développement du commerce décourage l’arbitraire des puissants parce qu’il leur offre des satisfactions matérielles qui les détournent de la recherche du pouvoir pour lui-même. Il est donc faux d’affirmer que Smith ne voit plus dans l’intérêt un moyen de contenir la violence. Seulement ce que Smith a en vue est un intérêt matériel plutôt frivole, qui ne correspond guère à l’intérêt réel des nobles, et qui n’est en aucune manière facteur de rationalité. Pour Smith, le commerce ne rationalise pas par lui-même, mais il détourne de la violence. La rationalisation qu’il provoque est tout à fait involontaire et ne repose pas sur la conversion improbable des puissants.
Encore n’est-ce là qu’une partie de la solution de Smith. Pour ce qui est de la politique commerciale et de la politique étrangère, la transformation du politique suit un chemin différent. La solution qu’envisage Smith est la conséquence de son interprétation de la politique gouvernementale. Celle-ci est une combinaison résultant du conflit entre les différents intérêts présents dans la société. Dans toute société civilisée, explique-t-il, il y a trois « ordres » : ceux qui vivent de la rente foncière (les nobles), ceux qui vivent d’un salaire (les ouvriers), ceux qui vivent du profit (les marchands et les industriels) [20]. Les intérêts des deux premiers sont, en gros, conformes à ceux de la société dans son ensemble. À l’inverse, les intérêts des troisièmes y sont opposés : ils cherchent à restreindre la concurrence et à augmenter démesurément leurs profits. Malheureusement, étant les plus actifs, ils parviennent à influencer de manière décisive l’action des gouvernements. Le mercantilisme et l’impérialisme en sont la conséquence. L’important est donc que les deux autres ordres fassent entendre leurs voix. Pour cela, il faut au moins qu’ils soient conscients de leurs intérêts et Smith s’assigne la tâche précise de les éclairer. La pacification des relations internationales, qui passe par la suppression des politiques bellicistes, mercantilistes et colonialistes, n’est donc possible que si à l’intérieur de la société les différents ordres établissent un rapport de force qui évite qu’une minorité utilise l’action gouvernementale pour son intérêt particulier et exclusif.
On prend ici la mesure de l’imbrication du politique et de l’économique chez Smith. Le développement du commerce international est conditionné par une évolution politique qui modifie le jeu des influences au sein des gouvernements. Hirschman ignore cet aspect. Il est d’ailleurs significatif que dans Les passions et les intérêts, il ne mentionne pas la théorie smithienne du commerce international. Selon Smith, le commerce « devrait être naturellement pour les nations comme pour les individus, un lien de concorde et d’amitié, mais il est devenu la source la plus féconde de haines et de querelles » [21]. Le commerce est naturellement pacifique, mais pour faire advenir cette « nature », il faut une transformation politique. Il faut montrer aux deux premiers ordres quels sont leurs intérêts réels pour qu’ils les défendent dans l’arène politique. C’est seulement une fois que le commerce a été ainsi libéralisé qu’il peut avoir des effets pacificateurs. Smith n’accorde qu’une confiance modérée aux effets spontanés du commerce et insiste beaucoup plus sur l’interdépendance et la complémentarité économique qu’il institue et sur la nécessité de l’équilibre des forces.
En fait, l’homme ne change pas. Ce qui change, c’est la configuration de la société. On constate l’apparition d’un domaine propre et relativement autonome par rapport au pouvoir politique. C’est cette autonomie relative du domaine économique qui induit en retour des modifications politiques.
Constant
Constant est lui aussi tenu pour un partisan acharné de la thèse de l’économie de marché pacifique. Il écrit dans De l’esprit de conquête et de l’usurpation : « Nous sommes arrivés à l’époque du commerce, époque qui doit nécessairement remplacer celle de la guerre, comme celle de la guerre a dû nécessairement la précéder » [22]. Pourtant, sa position est elle aussi plus nuancée. « La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d’arriver au même but : celui de posséder ce que l’on désire. » Entre les deux moyens possibles et équivalents, les « modernes » choisiront de préférence le commerce car « le but unique des nations modernes, c’est le repos ». Constant affirme donc que les nations modernes ont perdu goût à la guerre. Mais que les peuples n’aient plus goût à la guerre ne signifie en rien que la guerre doive disparaître.
Au contraire, il se produit, selon Constant, une évolution concomitante très dangereuse. Les individus ont de plus en plus tendance à se replier sur la sphère privée et à fuir devant les responsabilités politiques. Cela contribue à accroître l’indépendance des gouvernants, qui sont de moins en moins surveillés par les gouvernés. Constant vient remettre en cause la thèse de Smith qui voyait dans le développement de l’économie de marché la promesse du développement de ce que l’on appellerait aujourd’hui une société civile capable de contrôler et de modérer l’action des gouvernants. Il montre au contraire que la société marchande surmultiplie les possibilités de domination. L’entreprise napoléonienne est le témoignage le plus dramatique de cette évolution. C’est en utilisant le thème de l’intérêt que Napoléon a pu justifier ses guerres. Il a réussi à gagner à sa cause les milieux économiques. L’égoïsme mène à la guerre tout autant qu’il peut en écarter.
Probablement sans en avoir pleinement conscience [23], Constant vient ruiner la croyance libérale en une pacification par le jeu du marché. Il montre l’ambivalence du développement de l’économie de marché eu égard à la question de la paix et de la violence.
Avec Montesquieu, Smith et Constant, il faut bien constater que la thèse libérale de la pacification par l’économie de marché se trouve donc, au début du 19e siècle, triplement niée par les auteurs libéraux eux-mêmes. Aucun n’affirme que le développement de la rationalité économique marchande aura des effets directement pacificateurs.
 
Guerre et rationalité
 
 
Le 19e siècle présente un tableau plus contrasté et une innovation importante. Ricardo et James Mill s’intéressent peu au problème de la violence et de la guerre. À propos des relations internationales, ils ne pensent pas que le commerce détourne de la guerre [24]. John Stuart Mill est l’un des premiers à remarquer que dans les échanges internationaux, les termes de l’échange peuvent être, de façon durable, défavorables à certains pays, du fait de niveaux d’industrialisation différents [25]. Cela ne l’empêche pas, par ailleurs, d’affirmer que la liberté du commerce favorise concrètement la paix [26]. Le contact entre les nations induit par le commerce est, selon lui, un puissant moyen de pacification. Mais c’est la thèse rationaliste qui constitue la principale innovation. On la trouve, dans un premier temps, en France, chez Jean-Baptiste Say et en Grande-Bretagne, au sein de l’École de Manchester.
Selon Jean-Baptiste Say, « on finira par comprendre qu’il n’est point dans l’intérêt des nations de se battre » [27]. On « finira par comprendre », dit Say, et c’est bien une affaire de « compréhension », c’est-à-dire de réflexion. Say n’hésite pas à dire que « toutes les nations sont amies par la nature des choses, et deux gouvernements qui se font la guerre ne sont pas moins ennemis de leurs propres sujets que de leurs adversaires ». Il va donc beaucoup plus loin que les penseurs du siècle précédent. Selon lui, la guerre est irrationnelle et le développement de la rationalité économique permettra une éradication de la guerre. Pour lui, il faut désarmer, car loin de prévenir les conflits, les armées importantes les appellent, dans la mesure où chaque pays se voit engagé dans une course aux armements. Ce cosmopolitisme utopique le rapproche de l’École de Manchester (Manchester creed), dont William Cobden est le représentant le plus connu. « Je vois dans le libre-échange le principe qui agira sur la société humaine comme le principe de gravitation agit sur l’univers physique – en rapprochant les hommes, en écartant les antagonismes de race, de religion et de langage, et en nous unissant par les liens de la paix éternelle. » [28] L’École de Manchester a contribué activement à populariser cette thèse. Mais c’est, chez eux, une thèse idéologique, qui ne se fonde sur aucun argument sérieux. C’est une foi dans le libéralisme.
L’économie néoclassique
Après une grande popularité dans la seconde moitié du 19e siècle, l’idée d’une pacification par le marché a connu une éclipse bien compréhensible avec la première guerre mondiale. Depuis la seconde guerre mondiale, les thèses libérales ont été reprises dans le cadre de l’étude des relations internationales [29]. Contre les néoréalistes et les néomercantilistes, les libéraux, qu’ils soient de tendance cosmopolite [30] ou théoriciens de l’interdépendance [31], ont réaffirmé qu’il existe bien un rapport inversement proportionnel entre le développement du commerce et le risque de déclenchement des guerres. Mais c’est la théorie économique néoclassique qui nous occupera ici, du fait de la rupture qu’elle représente pour la question de la rationalité économique.
Le geste théorique fondateur de l’économie néoclassique a consisté à distinguer de façon radicale les domaines politiques et économiques. L’économiste se propose d’étudier l’homo œconomicus et, par définition, exclut les autres dimensions de l’existence humaine [32], en se concentrant sur les « actions logiques ». « Nous étudierons les actions logiques, répétées, en grand nombre, qu’exécutent les hommes pour se procurer les choses qui satisfont leurs goûts. » [33] Ainsi, en elle-même, l’économie pure n’a rien à dire sur le rapport entre économie et violence, parce qu’elle en rejette la question hors de son domaine d’étude. Mais si Pareto présente la séparation de l’économique et du politique comme un présupposé méthodologique, son intention est en réalité de dévaloriser le politique, domaine des actions non logiques dont les conflits et la violence sont la manifestation. Le geste parétien est en fait normatif. L’économie pure substitue, par le biais de la théorie des optima, l’équilibre pacifique du marché aux conflits politiques. L’économie néoclassique parétienne croit bien en la pacification par le marché, et ce, dans sa version rationaliste (second sens).
La guerre est un jeu à somme nulle, dans lequel les vainqueurs gagnent aux dépens des vaincus. Au contraire, le marché, où chacun s’engage dans des transactions volontaires, est un jeu à somme positive. Une fois l’équilibre atteint, le bien-être global est accru et chacun se trouve dans une position optimale. Ainsi, du point de vue de l’économie politique internationale, l’économie néoclassique affirme que le marché, lorsqu’il est parfaitement concurrentiel, est une force de paix parce qu’il rend l’échange – mécanisme d’allocation fondée sur une participation volontaire – plus désirable que le conflit. Tout cela est bien connu. La stratégie argumentative des néoclassiques est alors la suivante : il faut rendre le marché aussi concurrentiel que possible pour que les prévisions de la théorie puissent se réaliser. Pour la « nouvelle économie politique », qui se fonde sur ces présupposés, ce sont les comportements anticoncurrentiels, des acteurs politiques en particulier, qui sont générateurs de violence [34]. L’école du public choice est sans doute l’expression la plus accomplie de cette tendance. Selon James Buchanan, un de ses fondateurs, le rôle de l’économiste est de découvrir « ce que les gens veulent », à travers la mise à jour de la « structure de leurs valeurs individuelles ». La conclusion à laquelle il aboutit est que le libéralisme est le plus conforme à ces valeurs, parce que c’est un mode d’organisation qui garantit que les rapports sociaux soient mutuellement bénéfiques. Les dysfonctionnements du marché et donc la violence sont les conséquences inévitables des distorsions introduites par les intérêts économiques particuliers, les lobbies divers et l’État, qui fonctionne selon une logique de maximisation de son pouvoir [35].
L’école du choix rationnel
Mais à propos de la question de la violence, la doctrine des optima parétiens mène à un paradoxe. Une fois l’équilibre atteint dans un marché parfaitement concurrentiel, plus personne ne peut tenter d’accroître sa dotation sans que celle d’un autre ne s’en trouve diminuée. À l’équilibre, le marché devient un jeu à somme nulle. Mais rien ne garantit que l’optimum du marché corresponde au niveau de revenu souhaité par les participants. On peut alors s’attendre à ce que, mus par leur intérêt individuel, ils aient recours à des moyens extérieurs au marché, et notamment à la force, s’ils souhaitent encore accroître leur dotation [36]. A fortiori, lorsque la concurrence n’est pas parfaite, ceux qui se trouvent toujours, du fait de ces distorsions, parmi les perdants, peuvent être tentés de recourir à la violence pour pallier les inconvénients du marché. Cela explique que l’économie néoclassique ait donné naissance à une seconde tendance, en fait institutionnellement proche de la précédente, mais conceptuellement bien distincte, qui s’attache cette fois à intégrer la violence dans le calcul économique. Plutôt que de considérer que l’économique exclut par définition la violence, elle établit qu’il existe deux types de stratégie : soit améliorer ses propres performances, soit tenter de limiter celles de ses concurrents ou adversaires. Cette seconde stratégie est celle du conflit, qui peut être violent. Pour l’économiste, « un individu rationnel ayant à prendre une décision choisira la voie du conflit dès lors que cela représente le moyen le plus efficace dans un monde où les ressources sont limitées » [37]. Selon cette perspective, dite du choix rationnel, la violence peut être rationnelle, ce qui constitue une modification radicale du paradigme libéral. Le conflit est ainsi décrit comme une sorte d’« industrie » au sein de laquelle les agents économiques sont en concurrence.
Cette approche reste « néoclassique » dans la mesure où elle applique une méthode quantitative d’optimisation, mais elle s’écarte des présupposés parétiens dans la mesure où elle étend le champ des actions prises en compte bien au-delà des actions logiques strictement définies. Elle a été, par exemple, appliquée à l’étude du crime [38]. Le crime a pour son auteur une « utilité », qui dépend des circonstances sociales et économiques, et il a un « coût », qui dépend de l’efficacité de la police et de la sévérité des lois. Le niveau du crime peut être décrit comme le point d’équilibre entre les deux. L’approche a été aussi appliquée au rapport entre conflit et commerce international [39]. La paix a une utilité, qui dépend du niveau du commerce, mais aussi de sa nature (question des termes de l’échange). Même si la théorie du choix rationnel a pu être utilisée par des auteurs néolibéraux pour confirmer leur doctrine de l’État minimum, elle semble plutôt accréditer la nécessité de mettre en place des politiques actives qui tendent à maximiser le coût du recours à la violence, qu’il s’agisse des rapports sociaux ou des relations internationales.
Par conséquent, si l’on définit l’action économique à partir de sa forme – la rationalité maximisatrice d’utilité –, cela mène à la conclusion que l’action stratégique est complémentaire – et non exclusive – de l’action économique. Dans certaines configurations de « marché », le concurrent se transforme en ennemi et il est rationnel que cela se produise ainsi. Si on laisse de côté le libéralisme idéologique, le libéralisme néoclassique standard aboutit à l’inclusion de la violence dans la rationalité économique. La violence n’est pas l’autre de l’économie, elle en est la continuation, pourrait-on dire, par d’autres moyens.
Une certaine lecture de la thèse libérale de l’économie de marché pacifique pourrait laisser penser que les libéraux ont cru à une incompatibilité entre le marché et la violence. On ne trouve pas cette idée chez les auteurs qui ont véritablement analysé la question. Ceux-ci ont aperçu au contraire ce que l’on peut appeler « l’équivalence fonctionnelle » entre marché et violence. C’est précisément parce que tous deux ont la même fonction, voire des ressorts psychologiques proches, que l’on peut envisager la substitution de l’un par l’autre. Il n’y a entre eux aucune incompatibilité naturelle. Dans certaines circonstances (évolution historique, transformation des mentalités ou résultat de politiques actives), la structure des coûts et des gains décourage l’usage de la force. Mais ces circonstances restent contingentes. â—†
 
NOTES
 
[1] Jean Bodin, « Réponse au paradoxe de Monsieur de Malestroit touchant l’enchérissement de toutes choses et le moyen d’y remédier » (1568), publié par Jean-Yves Le Branchu, Écrits notables sur la monnaie de Copernic à Davanzati, Paris, Alcan, 1934, t. 1, p. 118. Dans Les six livres de la République (Fayard, 1986), J. Bodin a changé d’avis et défend une position beaucoup plus protectionniste.
[2] John Rawls, The Law of Peoples, Cambridge, Harvard University Press, 1999, p. 46 (Le droit des gens, trad. de l’américain par Bertrand Guillarme, commentaires de Stanley Hoffmann, Paris, Esprit, 1998). Ils continuent, néanmoins, à faire la guerre aux « sociétés insatisfaites » et aux « États hors la loi ».
[3] Homo Œconomicus : enquête sur la constitution d’un paradigme, Paris, PUF, 1996, p. 8.
[4] Albert O. Hirschman, Les passions et les intérêts. Justifications politiques du capitalisme avant son apogée (1977), trad. de l’angl. par Pierre Andler, Paris, PUF, 2001.
[5] Voir Michael Howard, War and the Liberal Conscience, Londres, Temple Smith, 1978.
[6] Spinoza, Éthique, Paris, Gallimard, « Pléiade », 1954, livre 4, prop. 7, p. 557.
[7] David Hume, Political Essays, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, Essay 14, « Of Refinement in the Arts », p. 114, trad. de l’angl. par Gilles Robel, Essais moraux, politiques et littéraires et autres essais, Paris, PUF, 2001.
[8] A. O. Hirschman, Les passions et les intérêts…, op. cit., p. 44.
[9] Montesquieu, De l’esprit des lois, Paris, Garnier, 1973, t. II, livre 20, chap. 1, p. 2.
[10] Ibid., chap. 2, p. 3.
[11] Id.
[12] Ibid., t. 1, livre 5, chap. 6, p. 54.
[13] Ibid., t. 2, livre 21, chap. 20, p. 58.
[14] Id.
[15] A. O. Hirschman, Les passions et les intérêts, op. cit., p. 94-95.
[16] Adam Smith, Lectures on Justice, Police, Revenue and Arms, E. Cannan (ed.), Oxford, Clarendon Press, 1896, p. 257-259.
[17] A. Smith, The Wealth of Nations, Londres, Everyman’s Library, 1991, livre 4, chap. 3, part. 2, p. 435 (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Paris, PUF, 1995). Citation traduite par l’auteur.
[18] Ibid., livre 3, chap. 4, p. 363. Citation traduite par l’auteur.
[19] Ibid., p. 366-368. Citation traduite par l’auteur.
[20] Ibid., livre 1, chap. 9, conclusion, p. 231.
[21] Ibid., livre 4, chap. 3, part. 2, p. 435. Citation traduite par l’auteur.
[22] Texte édité dans Marcel Gauchet (dir.), De la liberté chez les modernes, Paris, Le Livre de Poche, 1980, p. 118.
[23] Cf. Stephen Holmes, Benjamin Constant et la genèse du libéralisme moderne, trad. de l’angl. par Olivier Champeau, Paris, PUF, 1994, p. 297-299.
[24] Voir Edmund Silberner, La guerre et la paix dans l’histoire des doctrines économiques, Paris, Sirey, 1957.
[25] John Stuart Mill, Essays on Some Unsettled Questions of Political Economy, Londres, Longmans, 1874, Essay 1, « On the Laws of Interchange between Nations ; and the Distribution of the Gains of Commerce among the Countries of the Commercial World », p. 43-45.
[26] J. Stuart Mill, Principles of Political Economy, Londres, Longmans, 1909, p. 581-582 (Principes d’économie politique, Paris, Guillaumin, 1889).
[27] Jean-Baptiste Say, Traité d’économie politique, Paris, Guillaumin, 1841, p. 485.
[28] William Cobden, Speeches on Questions of Public Policy, Londres, 1870, t. 1, p. 362-63.
[29] Cf. Edward Mansfield, Power, Trade and War, Princeton, Princeton University Press, 1994, p. 25-27.
[30] David Mitrany, The Functional Theory of Politics, Londres, Saint Martin’s Press, 1975 et John Mueller, Retreat from Doomsday : the Obsolescence of Major War, New York, Basic Books, 1989.
[31] Robert Keohane, Joseph Nye, Power and Interdependence : World Politics in Transition, Boston, Little, Brown, 1977 ; Richard Rosecrance, The Rise of the Trading State : Commerce and Conquest in the Modern World, New York, Basic Books, 1986.
[32] Vilfredo Pareto, Manuel d’économie politique, Genève, Librairie Droz, 1966, chap. 1, « Principes généraux ».
[33] Ibid., p. 145.
[34] Cf. Jean Coussy, « Économie politique internationale », dans Les nouvelles relations internationales. Pratiques et théories, Paris, Presses de Sciences Po, 1989, p. 265-269.
[35] James Buchanan, « Positive Economics, Welfare Economics and Political Economy », Journal of Law and Economics, 2, octobre 1959, p. 137.
[36] Ce paradoxe est développé par Edward H. Shaffer, « Peace, War and the Market », Canadian Journal of Economics, 21, numéro spécial, avril 1996, p. 639.
[37] Jack Hirshleifer, Economic Behaviour in Adversity, Brighton, Wheatsheaf, 1987, chap. 10, « The Economic Approach to Conflict », p. 274. Citation traduite par l’auteur.
[38] Gary Becker, « Crime and Punishment : an Economic Approach », dans Gary Becker, William Landes (eds), Essays in the Economics of Crime and Punishment, New York, National Bureau of Economic Research, 1974, p. 1-54.
[39] Solomon Polachek, « Conflict and Trade : an Economics Approach to Political International Interactions », dans Walter Isard, Charles Anderton (eds), Economics of Arms Reduction and the Peace Process, Amsterdam, Elsevier, 1992, p. 89-120 ; Raymond Dacey, « A General Model of International Interactions and Peace Economics », International Interactions, 21 (2), 1995, p. 155-180.
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A. O. Hirschman, Les passions et les intérêts, op. cit., p....
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Ibid., livre 4, chap. 3, part. 2, p. 435. Citation traduit...
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