Suicide assisté : le mémoire des philosophes
Ronald Dworkin
Thomas Nagel
Robert Nozick
John Rawls
Thomas M. Scanlon
Judith J. Thomson
Les États peuvent protéger les individus qui prendraient la décision d’abréger leur vie de manière irrationnelle ou passagère, sans disposer de tous les éléments ou sous la contrainte, et, à cette fin, les États peuvent donc encadrer et limiter l’aide que les médecins sont autorisés à apporter à des individus exprimant le désir de mourir. Ils ne sont cependant pas en droit de refuser aux individus la possibilité de démontrer, au moyen d’une procédure raisonnable, que leur décision de mourir est véritablement éclairée, irrévocable et prise en dehors de toute contrainte. Refuser cette possibilité à des malades incurables qui souffrent le martyre ou sont condamnés à une existence qu’ils estiment insupportable ne pourrait se justifier qu’en s’appuyant sur des convictions religieuses ou éthiques concernant la valeur ou le sens de la vie elle-même. C’est une chose qu’aucun État libéral ne peut faire. Si la Cour suprême des États-Unis refusait cette possibilité aux citoyens américains, sa décision ne pourrait s’appuyer que sur un postulat lourd de conséquences : un citoyen n’aurait en fin de compte pas le droit, même théorique, de vivre et de mourir conformément à ses propres croyances religieuses et éthiques, à ses propres convictions sur les raisons pour lesquelles sa vie est précieuse et sur ce qui en fait la valeur.
States may protect individuals from irrational, ill-informed, pressured, or unstable decisions to hasten their own death. To that end, states may regulate and limit the assistance that doctors may give individuals who express a wish to die. But states may not deny people the opportunity to demonstrate, through reasonable procedures that their decision to die is indeed informed, stable, and fully free. Denying that opportunity to terminally ill patients who are in agonizing pain or otherwise doomed to an existence they regard as intolerable could only be justified on the basis of a religious or ethical conviction about the value or meaning of life itself. This, a liberal state cannot do. If the Supreme Court of the United States denies this opportunity to American citizens, its decision could only be justified by the momentous proposition that an American citizen does not, after all, have the right, even in principle, to live and die in the light of his own religious and ethical beliefs, his own convictions about why his life is valuable and where its value lies.
• Présentation du mémoire
• Le mémoire des amici curiae
— Position des amici curiae