Le professeur de parodie
Martha Nussbaum
La principale idée de Judith Butler, qu’elle partage avec beaucoup de féministes, est que le genre est un artifice social. Mais elle se sépare des féministes constructivistes antérieures, qui s’appuyaient toutes sur des idées telles que le refus de la hiérarchie, l’égalité, la dignité, l’autonomie, ou le traitement de la personne comme une fin pour guider l’action politique concrète. Elle est encore moins disposée à élaborer une notion normative positive : comme Michel Foucault, elle est catégoriquement opposée à des concepts normatifs comme la dignité humaine, ou le traitement de l’humanité comme une fin, au motif qu’ils sont intrinsèquement despotiques. Comme nous érotisons les structures de pouvoir qui nous oppriment, et que nous ne pouvons donc trouver le plaisir sexuel qu’à l’intérieur de leurs frontières, il nous faut abandonner l’espoir d’un changement durable d’ordre matériel ou institutionnel, et nous tourner vers la seule option qui nous reste : la subversion parodique.
The main idea put forward by Judith Butler – and one which is shared by many feminists – is that gender is a social artifice. However, Butler stands apart from the earlier constructivist feminists, who based their approach on such notions as equality, dignity, autonomy, the rejection of hierarchy and the treatment of the person as an end guiding concrete political action. She is even less inclined to develop a positive normative notion ; like Michel Foucault, she is categorically opposed to normative concepts such as those of human dignity and of the treatment of humanity as an end, which she views as intrinsically despotic. Since we eroticise the power structures which oppress us, and can, therefore, find sexual pleasure only within their bounds, we must abandon any hope of durable material or institutional change and turn to our only remaining option – subversive parody.