Judith Butler et la fabrique discursive du sexe
Bruno Ambroise
Reprenant à son compte l’idée de la performativité introduite par J. L. Austin dans sa philosophie du langage, J. Butler propose une conception ultra-constructiviste de la sexualité humaine en renversant le rapport de dépendance genre/sexe. Elle va contester que la division sexuelle soit biologiquement fondée et montrer que celle-ci n’est jamais qu’une construction performative : elle ne serait alors que la conséquence d’un discours normatif qui réalise la sexualité en prétendant la décrire. Ce texte entend montrer que si certains énoncés peuvent bien être performatifs et faire ce qu’ils disent, cela nécessite qu’un certain nombre de conditions soient remplies que J. Butler tend le plus souvent à oublier et qui empêchent qu’on puisse jamais considérer que la performativité ait une efficacité sur la réalité biologique, même si elle peut certainement réaliser la définition sociale des identités sexuelles.
J. Butler adopts the notion of performativity introduced by J. L. Austin in his philosophy of language, and proposes an ultra-constructivist conception of human sexuality in which she dismantles the idea that gender is dependent on sex. She contests the notion that sexual division is founded in biology, holding that it is, rather, performatively constituted and, therefore, merely the result of a normative discourse which manufactures sexuality while claiming to describe it. This paper aims to demonstrate that, while certain statements may, indeed, be performative – and thus do what they say – such performativity is contingent on a number of conditions which J. Butler generally tends to overlook. These conditions mean that it is impossible to view performativity as affecting biological reality, even if it can certainly generate the social definition of sexual identity.
• La génération performative de la réalité sexuelle selon J. Butler
• Définition et conditions de la performativité
• Possibles et impossibles performatifs
• Conclusion