Quand le citoyen était musicien... Flûte, aulos et participation publique dans la Cité grecque
Frédéric Ramel
Une constante de la pensée politique consiste à définir la Cité antique démocratique comme une société holiste qui impose la participation politique. L’article montre, avec une méthode empruntée à la sociologie musicale, que si certaines pratiques musicales (la flûte et l’aulos) reflètent bien l’implication du citoyen dans les affaires publiques, à partir du 5e siècle, une rupture apparaît. Elle se caractérise par le recours croissant à des techniciens de la musique dans la tragédie, une forme de désengagement des citoyens quant à la pratique de l’instrument, l’apparition d’une frontière entre professionnalisation et amateurisme, et l’utilisation de l’aulos pour des commandes particulières et non seulement publiques. À partir du lien ténu entre citoyenneté et pratique musicale, on montre alors l’émergence d’une individuation partielle, qui sans aboutir à la constitution d’un Moi moderne favorise l’expression d’une certaine individualité.
Ancient democratic City is defined in political thought as a holist society which prescribes political participation. Based on a musical sociology method, this paper intends to show that several music practices in Athens and Sparta, like aulos or flute, illustrate this participative ethos, with a breaking point in the 5th century B.C. From then on, the growing use of musical specialists in tragedy, a widening discrepancy between professionals and amateurs, and the development of domestic uses of the flute evidence a form of individuation, albeit partial. If these processes do not account for the constitution of the modern self, they do express the fledgling traits of an individual identity well before christianity.
• Les pratiques musicales, reflet du holisme antique
• Pratiques musicales et tendances à l’individuation