La musique « dégénérée » sous l’Allemagne nazie
Laure Schnapper
La politique musicale nazie reflète une opposition manichéenne, typique des totalitarismes, entre œuvres jugées conformes à l’idéologie du régime et celles qui ne l’étaient pas : d’un côté la musique « allemande », de l’autre la musique « dégénérée », dont l’absence de définition précise permettait d’interdire tout ce qui semblait suspect. Une œuvre était acceptée à condition que son auteur ne fût ni juif ni opposant au régime, la musique étant, en l’absence de paroles, peu dangereuse en soi. Le langage musical devait aussi répondre à un idéal de clarté et de sensibilité, et l’opéra mettre en scène les symboles archétypaux de l’idéologie nazie (puissance, courage et supériorité raciale). Si le public resta peu convaincu par ce répertoire néo-wagnérien, cette politique suscita un appauvrissement artistique durable en Europe longtemps après la guerre, de nombreux artistes ayant été anéantis physiquement ou artistiquement.
The Nazi attitude towards music grossly contradicted itself, and as often totalitarian regimes, works in conformity with their ideology to those that were not. “German music”, as opposed to “degenerate music” (a term never precisely defined) was enough to outlaw any suspected music. In order for a musical work to be accepted, its author could not be Jewish nor oppose the regime, being that music in itself – especially without lyrics – was not considered dangerous. Musical language was to also reflect an ideal of clarity and sensitiveness, where the opera acted out the symbolic virtues of nazi ideology, such as force, courage, and racial superiority. Despite the audiences’ lack of taste for this neo-wagnerian repertory, such a policy has long-lastingly weakened European creativity since numerous artists had been physically or artistically destroyed.
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