Au nom de la Loi : Schoenberg et les critiques
Esteban Buch
Tout au long de sa carrière, Arnold Schoenberg fut l’objet de nombreuses attaques de la part de la critique musicale. Au-delà des aspects techniques, ce vocabulaire hostile puisait dans le registre du politique et dans celui de la déviance corporelle et psychique. Ce passage discursif entre musique et société, particulièrement fréquent à l’époque des premières œuvres atonales, tirait sa vraisemblance de concepts qui avaient une signification établie, métaphorique ou littérale, dans les deux domaines concernés. C’est le cas, surtout, de la notion de loi (Gesetz), car l’idée scientifique de loi naturelle inspirait la plupart des critiques qui assimilaient l’abandon de la tonalité à une faute politique ou morale. C’est au concept de loi musicale qu’est consacré le présent article, où sont interrogées à la fois l’efficacité rhétorique et la pertinence logique de l’analogie entre le système tonal décrit dans les traités d’harmonie, et un « système légal » tel que défini par la science juridique.
Throughout his career, Arnold Schoenberg was a regular target for music critics, who were fond of linking technical issues to a political vocabulary and to images of bodily and psychic deviance. This discursive shift between music and society was current usage by the times of the first atonal works, and was mainly grounded on concepts having an established meaning, litteral or metaphorical, in both fields. The notion of law (Gesetz), anchored in the scientific idea of natural law, was particularly instrumental in viewing the abandonment of tonality as a political or a moral fault. This paper deals with the concept of musical lawfulness, focusing on both the rhetorical impact and the logical relevance of the analogy between the tonal system, as described by treatises on harmony, and a “legal system”, as defined by the theory of law.