Le Sphinx n’a pas de secret. À propos des Études de Philosophie Politique Platonicienne de Leo Strauss
Myles F. Burnyeat
Les personnages principaux des écrits de Strauss sont « les gentlemen » et « le philosophe ». Les premiers viennent, de préférence, des milieux de patriciens urbains, et ils ont de l’argent sans avoir besoin de beaucoup travailler : ils sont des idéalistes dévoués à des causes vertueuses, et éprouvent de la sympathie pour la philosophie. Aussi sont-ils prêts à être pris en main par « le philosophe » qui leur enseignera la noble leçon qu’ils ont besoin d’apprendre avant de rejoindre l’élite gouvernante. Le philosophe sait décrypter les vieux livres pour parvenir à lire, entre les lignes, le message caché des Anciens : une société juste est tellement improbable que rien ni personne ne peut faire quoi que ce soit pour la faire émerger. Le problème de la lecture straussienne des vieux livres est que toute l’histoire qu’elle raconte repose sur une base très fragile. Si Platon est effectivement l’utopiste radical que les experts voient en lui habituellement, alors il n’existe rien qui ressemble au conservatisme unanime des « classiques », ni au désastre de la perte de la sagesse des Anciens avec Machiavel et Hobbes, ni à une personne aussi qualifiée que « le philosophe » pour conseiller aux « gentlemen » de respecter « les limites de la politique ».
The leading characters in Strauss’s writing are “the gentlemen” and “the philosopher”. The former come preferably from patrician urban backgrounds and have money without having to work too hard for it: they are idealistic, devoted to virtuous ends, and sympathetic to philosophy. They are thus ready to be taken in hands by “the philosopher”, who will teach them the great lesson they need to learn before they join the governing elite. The philosopher knows to decipher old books, and reveal in them the hidden message taught by the Ancients: a just society is so improbable that one can do nothing to bring it about. The problem of the straussian reading of old books is that the story it tells us is based on shallow foundations. If Plato is the radical Utopian that ordinary scholarship believes him to be, there is no such thing as the unanimous conservatism of the “classics”, no such disaster as the loss of ancient wisdom through Machiavelli and Hobbes, no such person as “the philosopher” to teach “the gentlemen” to observe “the limits of politics”.