Raisons politiques
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629922
169 pages

p. 9 à 23
doi: en cours

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Dossier

no 16 2004/4

2004 Raisons politiques Dossier

Destin de l’antilibéralisme schmittien : penser l’équilibre des pouvoirs après 1945

Sandrine Baume Sandrine Baume enseigne l’histoire des idées politiques et la philosophie politique à l’Université de Lausanne. Elle termine une thèse sur la doctrine de l’État chez Carl Schmitt, et s’intéresse, dans le cadre de sa recherche, à la pensée politique et juridique allemande des années 1920. Elle a traduit et donné l’édition de la thèse d’habilitation de Carl Schmitt, La valeur de l’État et la signification de l’individu (1914), Genève, Droz, 2003. Est paru récemment : « Entre État total et totalitarisme, une filiation controversée. La pensée politique de Carl Schmitt en discussion », Giornale di storia costituzionale, no 7, 2004.
L’antilibéralisme schmittien se traduit, après 1945, en Allemagne, dans le débat sur l’équilibre des pouvoirs, tel que celui-ci ressort de la Loi fondamentale de Bonn. Une problématique qui était déjà au cœur des controverses à Weimar et qui continue après-guerre à hanter les juristes. Sur cet aspect, des filiations avec la théorie de la Constitution de Carl Schmitt peuvent être identifiées notamment chez deux de ses élèves : Ernst Forsthoff et Werner Weber. Ceux-ci parviennent, dans le contexte nouveau de la République fédérale, à transposer l’antilibéralisme de leur « maître », notamment dans la réhabilitation de l’autorité et la méfiance à l’égard des « pouvoirs indirects ». Des contributions qui prolongent les réflexions schmittiennes sur la relation entre État et société. In postwar Germany, Carl Schmitt’s antiliberalism reemerged amidst the constitutional debate over the definition of the balance of powers in the Grundgesetz. Already a bone of contention in Weimar Germany, this issue was hotly disputed by jurists for decades after 1945. Carl Schmitt’s constitutional theory had a significant influence on two of his students in particular : Ernst Forsthoff and Werner Weber. Forsthoff and Weber succeeded in recasting their “master’s” antiliberalism within the new framework of the Federal Republic, specifically in their efforts to rehabilitate State authority and their manifest distrust of “indirect powers”. In this regard their work represents an extension of Schmitt’s reflections on the relationship between the State and society.
« Maintenant, cela suffit si je n’en parle qu’à quelques-uns (par ex. [Ernst] Forsthoff) »,
Carl Schmitt, 17 juillet 1948 [1]
Après 1945, l’antilibéralisme de Carl Schmitt (1888-1985), tel qu’il s’exprime durant les années 1920, a été véhiculé par certains de ses élèves. Ceci, malgré la transformation radicale du contexte politique consécutive à des événements historiques d’importance : la montée du nazisme, la fin de la République de Weimar, la Seconde Guerre mondiale, l’occupation et la partition de l’Allemagne, la création de la République fédérale. Après-guerre, il demeure chez quelques juristes, notamment allemands, un discours schmittien que nous nous proposons d’examiner dans ses accents antilibéraux. Penser la filiation entre le juriste allemand et son « école », c’est également questionner les raisons de son influence, alors même que ses compromissions avérées avec le national-socialisme ont porté sur lui et son œuvre une ombre de soupçon. En cela, nous prolongeons une interrogation de Jürgen Habermas, qui, en 1986, dans un article intitulé « Les affres de l’autonomie. Schmitt en anglais » se demande « pourquoi [il] exerce encore – quarante ans plus tard – une influence intellectuelle considérable en République fédérale [2] ». Le philosophe allemand expose quelques raisons de l’attrait que Schmitt suscite toujours. Ce sont préalablement ses compétences de juriste de droit public et ses qualités d’écrivain : un singulier alliage entre une expression claire, systématique, et une composante métaphysique. Toutefois, ce ne sont là que quelques motifs de « séduction » qui expliquent partiellement l’influence intellectuelle que Schmitt a exercée d’abord à Weimar, dans la République fédérale, sur l’ensemble du continent européen [3] et même au-delà. À ces premières raisons, s’ajoute une autre cause explicative de l’influence que Schmitt a continué d’exercer dans la République fédérale : dans les années 1920, il a opposé une résistance idéologique au désenchantement de l’État, dont il tient pour responsables les théories pluralistes, libérales et normativistes. Avec raison, Jürgen Habermas considère que le succès d’après-guerre de Schmitt résulte également de cette tentative de réhabiliter l’État, sa souveraineté, son autorité [4]. C’est dans cette brèche ouverte par Schmitt, dans les années 1920, que se glisse cet antilibéralisme d’après-guerre, activé par quelques-uns de ses « disciples » : Ernst Forsthoff, Werner Weber, Julien Freund, Günther Krauss, Luis Legaz-Lacambra, Armin Mohler, Hans Schneider, Joseph H. Kaiser [5]. S’ils demeurent fidèles à leur « maître » sur plusieurs axes théoriques, certaines de leurs prises de position, notamment à l’égard du parlementarisme, ne se traduiront plus avec la virulence qui était celle de Schmitt. Les suites tragiques du déclin de la République de Weimar n’autorisent plus une semblable rhétorique. C’est précisément cette traduction de l’antilibéralisme schmittien, d’après 1945, que nous examinerons dans la suite du texte.
 
L’équilibre des pouvoirs en débat : la perspective antilibérale
 
 
Afin de mesurer l’intensité et la nature du lien qui se noue entre Schmitt et l’école qu’il « engendre », nous nous rapporterons à un débat qui porte sur un objet équivalent, à Weimar et dans la République fédérale. À l’instar des années 1920, après 1945, les juristes réfléchissent et s’achoppent sur la forme à donner à la structure du pouvoir. L’expérience d’un régime totalitaire incite les constitutionnalistes à repenser l’équilibre entre les organes de l’État. C’est dans ce débat que nous tenterons de retrouver une filiation schmittienne, qui sera évaluée au travers de la problématique générale de l’équilibre des pouvoirs. Chez les élèves de Schmitt, cette thématique inclut d’autres aspects dans lesquels on reconnaîtra l’empreinte du « maître » : l’anthropologie négative, l’ordre, l’autorité, le danger du pluralisme et de l’accroissement des structures intermédiaires.
Préalablement, revenons sur quelques aspects des discussions qui ont accompagné l’entrée en vigueur de la Constitution de Weimar concernant les formes du « régime parlementaire », sur lesquelles Schmitt s’est abondamment exprimé et où il manifeste son antilibéralisme. Ces controverses portaient, entre autres, sur la définition d’un organe susceptible de contrebalancer le Reichstag et notamment sur les prérogatives à conférer au Président du Reich, conçu comme un contrepoids au pouvoir législatif [6]. Par ses observations, Schmitt prolonge les débats et les controverses des constituants de Weimar sur le rôle du Président du Reich. Ses propositions constituent une réaction à l’équilibre des pouvoirs, tel qu’il est ressorti des délibérations de l’Assemblée. Rédigé par Schmitt alors que la République de Weimar affronte sa dernière crise, Der Hüter der Verfassung (« Le gardien de la Constitution ») (1931) est orienté vers une revalorisation du rôle du Président du Reich, vers un accroissement de ses prérogatives. Les discussions que Schmitt mène sur l’État total, comme ses considérations sur le gardien de la Constitution, tendent à réhabiliter l’exécutif, à son sens très menacé par la prééminence du Parlement, la multiplication et la structuration des organisations partisanes. Toute sa doctrine de l’État des années 1920 incline vers la sortie d’un système acéphale où les pouvoirs se contrebalancent, sans que s’établisse de position de commandement. Afin d’évaluer la fidélité des élèves envers leur « maître », esquissons, à grands traits, les principales prises de position de Schmitt concernant la répartition des pouvoirs à Weimar. Le juriste allemand souhaite restituer une position de pouvoir au Président du Reich, en lui conférant notamment des « attributs dictatoriaux ». Cette revalorisation de l’exécutif coïncide avec une tentative de contrer la prééminence du législatif, accrue par la multiplication des organisations intermédiaires et des partis politiques dans les années 1920. Schmitt voit dans la structuration croissante des organisations intermédiaires, une source possible de « confusion » entre les pouvoirs législatif et exécutif qui se réaliserait au détriment du second. Selon Schmitt, un État pluraliste, un « État de partis » offre aux organisations intermédiaires la possibilité d’influer sur la formation de la volonté de l’État. Cela représente la première prémisse d’une indistinction entre État et société (ou entre pouvoirs législatif et exécutif). Dans sa réflexion sur l’équilibre des pouvoirs, Schmitt s’inquiète de l’importance croissante que prend le législatif, mais redoute également que la justice se substitue à un exécutif, à son sens, défaillant : il accorde le statut de gardien de la Constitution non pas à une Haute Cour de justice, mais au Président du Reich, qui est, selon lui, le seul garant de l’unité politique.
Après avoir rappelé les réformes que Schmitt appelle de ses vœux à Weimar, exposées notamment dans Der Hüter der Verfassung – le texte qui synthétise le mieux ses travaux des années 1920 – considérons la manière dont ces lignes doctrinales sont reprises par ses élèves. L’antilibéralisme de ceux-ci s’inspire explicitement de la théorie schmittienne de l’État. Il se traduit notamment par leur méfiance à l’égard des corps intermédiaires, du parlementarisme et par leur attachement à l’autorité. Pour illustrer cet héritage, nous nous concentrerons plus particulièrement sur deux élèves, juristes – Ernst Forsthoff et Werner Weber – qui réélaborent la théorie schmittienne de l’État et de la Constitution. Précisons que l’influence que Schmitt exerce, postérieurement à 1945, dépasse largement ces deux élèves emblématiques ; elle s’étend géographiquement au-delà de la République fédérale et rencontre des courants doctrinaux multiples : à titre d’exemple, la « nouvelle droite » des années 1980-1990 [7], une certaine gauche qui cherchera également chez Schmitt des arguments à opposer au parlementarisme, d’essence libérale [8]. Plutôt que de dresser un tableau nécessairement approximatif de l’« école » schmittienne, nous avons choisi d’examiner en détail la trajectoire idéologique qui permet à la filiation schmittienne d’« honorer » son héritage antilibéral, dans le contexte nouveau de la République fédérale. Ceci, chez des élèves de Schmitt qui ont une connaissance fine de l’œuvre de leur « maître » et qui réalisent de véritables transpositions doctrinales. À titre d’exemple, comment passe-t-on de Théorie de la Constitution (1928) de Carl Schmitt à Rechtsstaat im Wandel (L’État de droit en mutation) (1964) de Ernst Forsthoff ? La réponse à cette question, esquissée dans cet article, formule une définition de l’antilibéralisme qui constitue, à notre sens, le cœur de cette filiation.
Ernst Forsthoff (1902-1974) [9] peut être considéré comme l’élève de Schmitt le plus important et le plus influent des premières années de la République fédérale [10]. Sa formation très imprégnée des réflexions schmittiennes, ses orientations doctrinales, son tempérament polémique, l’étendue de sa bibliographie en font un « disciple » tout désigné. En 1933, Forsthoff édite « Der totale Staat », dont la terminologie et l’antilibéralisme s’inspirent de Carl Schmitt :
« L’État total est l’opposé de l’État libéral ; c’est l’État dans sa vaste plénitude par opposition à l’État libéral rendu vide de contenu, minimalisé et annihilé par sa fragmentation, c’est-à-dire à cause des garanties juridiques déterminées par des lois relevant d’intérêts particuliers. [11] »
Si Forsthoff emprunte à Schmitt le concept d’État total et l’antilibéralisme qui lui est consubstantiel, il va au-delà des contours que Schmitt donne à cette notion. Selon Forsthoff, l’État total représente une transition doctrinale vers le national-socialisme et a, en outre, une composante raciale et antisémite, qui n’était pas incluse dans l’acception schmittienne de ce concept [12]. Les compromissions de Forsthoff avec le national-socialisme ont également été celles de Schmitt. Toutefois, si la notion d’État total, telle qu’il la reformule, compromet la carrière de Forsthoff d’après-guerre, cette même notion a été pour Schmitt un obstacle à son intégration dans les milieux nationaux-socialistes [13]. Excepté les divergences sur le contenu du concept d’État total, on peut affirmer sans imprudence que de l’un de ses premiers écrits, « Der totale Staat » (1933), à son dernier texte publié, « Einiges über Geltung und Wirkung der Verfassung » (« Quelques considérations sur la validité et les effets de la Constitution ») (1973), Forsthoff témoigne à Schmitt une fidélité idéologique : sa compréhension de l’État et de la Constitution est restée au long de sa carrière durablement imprégnée de son héritage schmittien. Celui-ci se traduit notamment, chez le juriste, dans sa critique du libéralisme, sa valorisation de l’autorité et dans la réhabilitation de la souveraineté de l’État. Ce statut d’élève, auquel Forsthoff peut prétendre, en considérant la proximité doctrinale des deux auteurs, Schmitt le confirme dans un extrait de son journal (17 juillet 1948) – Glossarium –, où il considère Forsthoff comme un des rares contemporains à avoir saisi le sens de son œuvre [14].
Comme pour Ernst Forsthoff, Werner Weber (1904-1976) côtoie Carl Schmitt d’abord durant les années de la République de Weimar. Son œuvre, bien que moins ample que celle de Forsthoff, permet d’établir des filiations avec Schmitt, ceci dès ses premiers textes, notamment « Der Ausschluss wirtschaftlicher Unternehmer vom Parlamentsmandat » (« L’exclusion des entrepreneurs économiques des mandats parlementaires »). Dans cet écrit de 1931, Weber reprend les arguments de Schmitt tels qu’ils apparaissent dans Der Hüter der Verfassung et s’interroge sur la pertinence d’une législation qui exclurait les entrepreneurs économiques des mandats parlementaires. Il dénonce, à la suite de Schmitt, l’inconséquence d’une telle mesure qui n’écarterait qu’une petite fraction, tout en laissant le Parlement « captif » de nombreux autres groupes d’intérêts économiques [15]. Les textes ultérieurs, tels que Spannungen und Kräfte im westdeutschen Verfassungssystem (Tensions et forces du système constitutionnel de l’Allemagne de l’Ouest) (1951) et Die Verfassung der Bundesrepublik in der Bewährung (La Constitution de la République fédérale mise à l’épreuve) (1957) traduisent les affinités de l’auteur avec la théorie schmittienne de la Constitution. La filiation doctrinale qui lie Weber à Schmitt se laisse également lire dans Glossarium. Deux occurrences sont consacrées, dans ce journal, à Weber, dont une confirme son statut d’élève, non sans une certaine ambiguïté d’ailleurs. Schmitt y envisage Weber comme celui qui perpétue un combat et une réflexion sur les orientations de la Constitution, dans lesquels le « maître » ne semble plus avoir la force de s’engager : « À la lecture de la Loi fondamentale de Bonn, l’hilarité du vieux sage me gagne. La violence avec laquelle Weber critique cette œuvre m’effraie. Bella gerant alii [Que d’autres fassent la guerre] [16] » (20 juillet 1949).
Après la Seconde Guerre mondiale, Schmitt perd ses positions institutionnelles, pour se replier à Plettenberg, dans un « exil intérieur [17] » qui donnera lieu à de nombreuses publications, orientées pour une grande part vers le droit international. Ainsi, les observations sur la Loi fondamentale de Bonn seront « déléguées » à ses disciples, qui dans les années 1950, disposent d’ancrages institutionnels : en 1951, Forsthoff recouvre son poste de professeur à l’Université de Heidelberg et Weber, en 1949, obtient une chair à la Faculté de droit de Göttingen [18]. Dans les discussions ayant trait à la Constitution et à l’équilibre des pouvoirs que celle-ci promeut, la filiation schmittienne prend tout son sens, puisque le « maître » s’est effacé : dans ce débat, il n’est représenté que par ses élèves [19]. Plutôt que de répertorier toutes les affinités qui lient les « disciples » à leur « maître », nous examinerons la question de la distribution des pouvoirs comme un prisme privilégié pour identifier des continuités entre Schmitt et son « école ». Révélatrices à cet égard, l’édition et la traduction de L’Esprit des lois que publie Forsthoff en 1951 (Vom Geist der Gesetze). Son introduction expose les raisons pour lesquelles il se livre à cet exercice, alors même qu’il n’est ni dix-huitièmiste, ni véritablement historien des idées. Un bref examen de celle-ci nous permet de comprendre les motivations qui l’ont conduit à porter ce texte à la connaissance du public germanophone [20] et de saisir les leçons que Forsthoff a retenues de ses fréquentations avec Schmitt sur la question de l’équilibre des pouvoirs.
 
Présupposé anthropologique et compréhension de la Constitution
 
 
Forsthoff souligne combien la pensée libérale s’est éloignée, au 19e siècle, de ses auteurs de référence, notamment Montesquieu. Il considère que la « théorie de la Constitution » (« Verfassungslehre ») exposée par Montesquieu dans L’Esprit des lois, se distingue des théories constitutionnelles des 19e et 20e siècles, parce que celles-ci ne considèrent plus la « nature humaine » (« Menschenbild ») avec ses vertus et ses vices. Seule la partie rationnelle est désormais envisagée, à l’image de l’orientation que prennent les études de Max Weber [21]. Nous n’évaluons pas ici la justesse de l’interprétation par Forsthoff de L’Esprit des lois, nous considérons celle-ci uniquement comme révélatrice de son héritage schmittien. Forsthoff dénonce l’éviction de considérations anthropologiques dans la réflexion sur la structure et la répartition des pouvoirs. Cette absence d’attention à la « nature humaine » conditionne, à son sens, la réflexion sur le pouvoir et la Constitution. Lorsque Forsthoff parle d’un déni anthropologique, il songe davantage aux vices qu’aux vertus, c’est-à-dire à cette part nocive de la nature humaine qui appelle des structures de pouvoir, une instance de décision, que la pensée libérale ignore [22]. Bien que cela n’apparaisse pas explicitement dans le texte, on peut lui reconnaître, sur cet aspect, une filiation avec Schmitt dans sa réfutation de l’anthropologie optimiste libérale, de la dénégation de la part problématique du genre humain. Cette perspective anthropologique a des conséquences sur les orientations que prennent les Constitutions, notamment libérales bourgeoises. Selon Forsthoff, depuis le 19e siècle, seuls deux aspects prédominent : la participation de la masse à la formation de la volonté de l’État et la garantie des libertés individuelles. Implicitement, Forsthoff, à l’instar de Schmitt, déplore que l’accent ne soit mis que sur la restriction du pouvoir étatique et non sur son exercice.
Forsthoff, dans son introduction à L’Esprit des lois, montre la distance qui sépare Montesquieu des théoriciens de l’État du 19e et du 20e siècles. Ceux-ci ont perdu de vue leur objet, c’est-à-dire les origines anthropologiques de toute « association politique » (l’État). Ses remarques visent notamment les théories positivistes (Paul Laband) et celles du droit pur de l’École de Vienne (Hans Kelsen) qui, dans leur formalisme, ont occulté cette dimension. Forsthoff considère que, dans l’entre-deux-guerres, seuls Carl Schmitt et Rudolf Smend (1882-1975) sont parvenus à restaurer un lien entre les théories de l’État (et de la Constitution) et un présupposé anthropologique qui ne soit pas uniquement celui de la rationalité de l’individu. Dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, la prise en compte de la composante anthropologique se concilie, chez Schmitt et Forsthoff, dans une forme d’anti-individualisme (antilibéral). Forsthoff, à la suite de Schmitt, réhabilite le politique, le pouvoir, en soulignant dans son introduction à L’Esprit des lois, la nécessité de ne pas considérer exclusivement la Constitution comme une garantie du respect des libertés. Elle doit intégrer un principe « politique » qui institue une autorité. Réfléchir à l’équilibre des pouvoirs, c’est également penser l’institution d’une position de commandement et pas seulement les freins à l’exercice du pouvoir. Selon Forsthoff, on ne peut en comprendre la nécessité que si l’on considère la part nocive du genre humain, celle de ses passions destructrices.
 
Revalorisation de la composante « politique »
 
 
Les mélanges (« Festschrift ») rédigés en l’honneur de Schmitt, notamment ceux de 1959, nous offrent, dans quelques-uns de leurs fragments, des illustrations de la persistance d’un débat sur l’équilibre des pouvoirs. À cet égard, on relèvera l’article de Werner Weber, intitulé « Die Teilung der Gewalten als Gegenwartsproblem » (« La séparation des pouvoirs : problème d’aujourd’hui ») qui demeure très fidèle aux arguments de Théorie de la Constitution (1928), tout en s’ajustant aux circonstances historiques d’après-guerre. Ce texte de 1959 peut-être envisagé comme un modèle de transposition de l’antilibéralisme schmittien, c’est la raison pour laquelle nous lui accordons une large place. Les propositions et conclusions de « Die Teilung der Gewalten als Gegenwartsproblem » s’inspirent explicitement de l’antilibéralisme de Schmitt, tel qu’il se traduit dans ses considérations sur la Constitution et son « gardien ». Révélateur à cet égard, Weber s’appuie également sur L’Esprit des lois, pour signifier la distance prise avec la doctrine de Montesquieu, trahie, comme pour Forsthoff, par la pensée libérale des 19e et 20e siècles.
Selon Werner Weber, l’exigence de répartition des pouvoirs (« Gewaltenteilungsforderung »), exposée chez Montesquieu, procède de deux sources : « libérale » et « politique ». La composante libérale garantit, par la balance des pouvoirs, le respect des libertés individuelles, alors que l’élément « politique » conçoit l’exercice du pouvoir, la forme de l’État. À l’instar de Forsthoff, Weber considère les récentes interprétations du principe de répartition des pouvoirs de Montesquieu comme insatisfaisantes : le principe libéral a progressivement éclipsé la composante politique. Seule la préservation des droits et non l’élément politique, celui de l’exercice du pouvoir, est envisagé. En cela, Weber suit fidèlement son « maître ». Dans Théorie de la Constitution (1928), Schmitt considérait les composantes « libérale » et « politique » comme les deux attributs nécessaires de la Constitution des États bourgeois. Le principe libéral préserve les droits individuels et l’élément politique sert à définir la forme du gouvernement [23]. Toutefois, Schmitt démontrait, dans son ouvrage de 1928, que la progression du libéralisme coïncide avec la quasi-éclipse du second principe : « La tendance propre de l’État de droit bourgeois vise […] à refouler le politique, à limiter par une série de normations toutes les manifestations de la vie de l’État et à transformer toute l’activité de l’État en compétences, c’est-à-dire en pouvoirs rigoureusement circonscrits, limités en principe [24] ». Trente ans plus tard, Weber déplore, dans « Die Teilung der Gewalten als Gegenwartsproblem », que le libéralisme, dans sa version récente, oublie la composante « politique » de la Constitution, celle qui règle l’exercice du pouvoir et sa « forme ». La notion de « politique » doit être ici comprise dans une acception schmittienne : elle est orientée vers la garantie de l’ordre public, dont l’exécutif a la responsabilité.
 
Défiance à l’égard des pouvoirs intermédiaires : l’État délimité au gouvernement
 
 
Werner Weber témoigne une loyauté à l’antilibéralisme schmittien sur un autre aspect qui est celui de son appréciation négative des groupes d’intérêt. Ses considérations sur les pouvoirs indirects [25] s’articulent à la problématique de la répartition des pouvoirs et à la théorie de la Constitution : dans « Die Teilung der Gewalten als Gegenwartsproblem », Weber examine l’impact de la démocratie de masse et de partis (« parteienstaatliche Massendemokratie ») sur l’équilibre des pouvoirs dans l’Allemagne de la République fédérale. Dans ses développements raisonnent encore les arguments que Schmitt oppose aux doctrines pluralistes, exposées chez Harold Joseph Laski (1893-1950). Selon Weber, les groupes d’intérêt, notamment les partis politiques, dominent non seulement le Parlement, mais parviennent également, en raison de leur force croissante, à infléchir la volonté du gouvernement. Il redoute que les décisions politiques ne reviennent à cette interface influente : les comités de partis, les coalitions partisanes. Nous retrouvons ici un argument schmittien, transposé à la situation de l’Allemagne de la République fédérale.
Dans l’article qu’il signe en 1959, Weber oppose deux formes de répartition des pouvoirs, celle qu’il pense relever de Montesquieu et une, plus contemporaine, qui résulte de la pluralité des pouvoirs indirects que sont les partis politiques, les partenaires sociaux et les associations économiques qui, dans leur rivalité, forment des équilibres fragiles. Cet équilibre horizontal de type pluraliste inspire à Weber, comme à Schmitt, une extrême méfiance, parce qu’il est labile, incertain, précaire : il induit potentiellement l’anéantissement de l’État et constitue une négation du pouvoir politique [26]. Selon Werner Weber, la concurrence désordonnée entre les groupes d’intérêt menace le fonctionnement de l’État. En revanche, la répartition des pouvoirs dans son sens classique – soit l’institutionnalisation de la séparation des pouvoirs – constitue, pour l’auteur, un bouclier face à la force croissante des groupes d’intérêt [27]. Toute l’argumentation de Werner Weber tend à démontrer, à la suite de Schmitt, que remettre le pouvoir, la formation de la volonté de l’État aux groupes intermédiaires, c’est, à moyen terme, anéantir l’État et son autorité. Weber, comme Schmitt, dénonce l’illusion libérale et pluraliste d’une communauté qui s’assurerait la paix de manière durable sans l’intervention d’une autorité au-dessus de toutes les autres entités sociales. La pérennité d’un État, selon Weber, dépend de sa capacité à garantir l’ordre public, la sûreté. Quelle en est sa traduction constitutionnelle pour Weber ? Ce sont les dispositions qui permettent d’instaurer la situation d’exception, de concentrer provisoirement les pouvoirs aux mains de l’exécutif et qui, à son sens, font défaut dans la Loi fondamentale de Bonn [28]. La définition de l’État de Weber est celle de Schmitt : le cœur même de l’État se situe dans l’exécutif, qui est au service de l’unité politique, c’est-à-dire de l’ordre public. Sans un exécutif fort qui comprend la fonction présidentielle, le gouvernement et une administration, l’État ne peut pas subsister face à la démocratie de masse ou de partis. La réflexion que mène Weber sur l’équilibre des pouvoirs vise à réhabiliter l’autorité de l’État, qu’il pense menacée par les structures intermédiaires, par les multiples interfaces entre État et société. Une méfiance caractéristique de la rhétorique antilibérale. Weber partage avec Forsthoff le souci de la réhabilitation de la composante « politique », dans sa réflexion sur la Constitution et l’équilibre des pouvoirs. En cela, il est un lecteur attentif de Théorie de la Constitution (1928). Weber considère avec inquiétude, dans ses développements sur l’équilibre des pouvoirs, les formations de la société civile. Sans un contrepoids, celles-ci menacent l’autorité de l’État, parce qu’elles dissolvent, selon lui, la distinction entre pouvoirs législatif et exécutif. Ce sont les conclusions que Schmitt établit dans ses considérations sur l’État total, remises au goût du jour par Weber.
 
Réhabilitation de l’autorité : l’héritage antilibéral accompli
 
 
Forsthoff et Weber témoignent leur fidélité à Schmitt dans leur effroi devant la vacuité de l’autorité. Dans un article intitulé « Das politische Problem der Autorität » (« Le problème politique de l’autorité ») (1956), Forsthoff réexamine la question de l’autorité et de son déclin. Il constate les paradoxes dans lesquels l’État contemporain est saisi. Si l’autorité constitue le cœur de l’État, l’avènement de l’État de droit bourgeois coïncide avec une éclipse de celle-ci. Pire, les Constitutions démocratiques cherchent à éradiquer cette composante de l’autorité. Forsthoff évoque les « prérogatives » du Président qui, à Weimar, était élu par l’ensemble du peuple allemand et doté d’attributs dictatoriaux, alors que la Loi fondamentale de Bonn n’en fait plus un Président plébiscitaire et ne lui laisse que de faibles attributions. Ce que Charles Eisenmann confirme, en 1950, en rappelant que les Constituants de Bonn ont cherché, en priorité, à écarter la menace de la « dictature présidentielle » :
« On a voulu extirper le danger d’un seul homme acquérant une prépondérance excessive, arrivant même à concentrer entre ses seules mains à peu près tout le pouvoir. En bref : le danger de cette “dictature présidentielle” durable, qui, dans les années trente, avait fait place bientôt à la dictature tout court. […] Quel que soit le jugement absolu qui convienne à son personnage, il est certain que, comparé au Président du Reich, le Président de la Fédération n’est qu’une ombre déchue [29]. »
Après 1945, la fonction présidentielle, telle qu’elle est définie à Weimar, devient presque une référence pour Forsthoff, alors que Schmitt la considérait, dans les années 1920, comme fragile, en raison notamment du dualisme de l’exécutif (ou exécutif bicéphale) et du mécanisme de contrepoids qui s’exerçait entre le Parlement et le Président du Reich. Selon Forsthoff, la seule autorité reconnue, dans la République fédérale, est celle de la norme, énoncée par le législatif. L’autorité conférée par la Loi fondamentale revient au Parlement, qui est, à son sens, indue, tant celui-ci ne se hisse pas à la hauteur des attentes qu’il suscite. Les doutes, hérités des décennies précédentes, sur les compétences des parlementaires, sur la rationalité de la légitimité démocratique fragilisent, selon l’auteur, cette autorité. Cet antiparlementarisme n’est pas sans évoquer les textes que Schmitt publie dans les années 1920. Pour Forsthoff, le fait que l’État moderne ne produise plus véritablement d’autorité institutionnalisée explique peut-être l’aura dont jouit le pouvoir judiciaire [30]. Une conclusion qui s’inspire de Der Hüter der Verfassung. Pour Weber, le déficit d’autorité résulte du pluralisme, de la multiplication des groupes d’intérêt, en particulier celle des partis politiques [31], qui ravissent à l’État sa prééminence et l’obligent à de continuelles concessions. La fragmentation du pouvoir entre de nombreux acteurs sociaux ne se réalise qu’au prix d’un affaiblissement de l’État et vide de son sens le principe de séparation des pouvoirs [32]. Celui-ci n’est pas orienté, selon l’interprétation de Forsthoff, vers l’extinction de l’autorité de l’exécutif, mais vers sa constitution.
La filiation schmittienne, perceptible chez Forsthoff et Weber, s’accomplit dans leur antilibéralisme qui se traduit dans une conception particulière de l’équilibre des pouvoirs. Celle-ci milite pour une doctrine de l’État qui ne soit pas qu’une théorie négative, c’est-à-dire de limitation de sa sphère d’intervention. Cet antilibéralisme est également tangible dans la méfiance envers les groupes de pression et surtout dans l’idée selon laquelle la paix ne peut être assurée de manière durable par une harmonisation des intérêts entre groupes sociaux. Ce scepticisme à l’égard des formations de la société civile confine à une forme d’antiparlementarisme [33]. Forsthoff et Weber opposent au « déclin de l’État » la nécessité de la réhabilitation d’une position de commandement qui, à leur sens, fait défaut dans la Loi fondamentale de Bonn. Ainsi, en rejoignant les conclusions que Schmitt établit à Weimar, ses deux élèves deviennent des emblèmes de l’antilibéralisme d’après 1945. â—†
 
NOTES
 
[1] Carl Schmitt, Glossiarum. Aufzeichnungen der Jahre 1947-1951, Eberhard Freiherr von Medem (dir.), Berlin, Duncker & Humblot, 1991, p. 179, nous traduisons.
[2] L’article a été publié pour la première fois dans Babylon. Beiträge zur jüdischen Gegenwart, I, Francfort, Verlag Neue Kritik, 1986, p. 108-119. Jürgen Habermas, « Les affres de l’autonomie. Schmitt en anglais », in Écrits politiques, Paris, Flammarion, 1999, p. 176.
[3] À noter l’« hommage » que Raymond Aron rend à Schmitt, dans ses Mémoires, Paris, Julliard, 1983, p. 650.
[4] Jürgen Habermas, op. cit., p. 177.
[5] Ces auteurs ont signé un ou plusieurs articles dans les mélanges rédigés en l’honneur des soixante-dixième et quatre-vingtième anniversaires de Schmitt : Hans Barion, Ernst Forsthoff, Werner Weber (dir.), Festschrift für Carl Schmitt zum 70. Geburtstag dargebracht von Freunden und Schülern, Berlin, Duncker & Humblot, 1959, et Hans Barion, Ernst-Wolfgang Böckenförde, Ernst Forsthoff, Werner Weber (dir.), Epirrhosis. Festgabe für Carl Schmitt, Berlin, Duncker & Humblot, 1968, 2 vol.
[6] Sur ce débat, voir Max Weber, « The President of the Reich » (1919), in Peter Lassmann, Ronald Speirs (dir.), Political Writings, Cambridge, Cambridge University Press, p. 304-308, 1994. Voir également la traduction française, parue récemment, Max Weber, « Le Président du Reich », in Œuvres politiques (1895-1919), Paris, Albin Michel, 2004, p. 503-507.
[7] Concernant la réception de Carl Schmitt par la « nouvelle droite » italienne, se rapporter aux travaux de Ilse Staff, Staatsdenken im Italien des 20. Jahrhunderts. Ein Beitrag zur Carl Schmitt-Rezeption, Baden-Baden, Nomos Verlagsgesellschaft, 1991, notamment p. 230-253.
[8] Voir en particulier les développements de Ellen Kennedy sur les relations entre Schmitt et l’école de Francfort, « Carl Schmitt and the Frankfurt School », Telos, 1987, p. 37-66.
[9] Pour la bibliographie complète de Ernst Forsthoff, se rapporter aux mélanges rédigés à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire : Roman Schnur (dir.), Festschrift für Ernst Forsthoff zum 70. Geburtstag, Munich, C. H. Beck’sche Verlagsbuchhandlung, 1972, p. 495-538.
[10] Dirk van Laak, Gespräche in der Sicherheit des Schweigens, Berlin, Akademie Verlag, 2002, p. 240-246. Habermas fait la recension de cet ouvrage dans un article intitulé « Carl Schmitt in der politischen Geistesgeschichte der Bundesrepublik », paru pour la première fois dans Die Zeit, le 3 décembre 1993 et réédité dans Die Normalität einer Berliner Republik, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1995, p. 112-122.
[11] E. Forsthoff, « L’État total », in Enzo Traverso (dir.), Le Totalitarisme. Le xx e siècle en débat, Paris, Seuil, 2001, p. 147-148.
[12] Ibid., p. 149-150.
[13] Sandrine Baume, « Entre État total et totalitarisme, une filiation controversée. La pensée politique de Carl Schmitt en discussion », Giornale di storia costituzionale, no 7, 2004, p. 191-201.
[14] Voir supra note 1. L’édition de la correspondance (1926-1974) entre Schmitt et Forsthoff est à paraître chez Akademie-Verlag à Berlin.
[15] W. Weber, « Der Ausschluss wirtschaftlicher Unternehmer vom Parlamentsmandat », in Rechtswissenschaftliche Beiträge zum 25 jährigen Bestehen der Handels-Hochschule Berlin, Berlin, Verlag von Reimer Hobbing, 1931, p. 113-140.
[16] C. Schmitt, Glossiarum. Aufzeichnungen der Jahre 1947-1951, op. cit., p. 259, nous traduisons.
[17] Nous reprenons cette expression de Jan-Werner Müller, A Dangerous Mind. Carl Schmitt in Post-War European Thought, New Haven/London, Yale University Press, 2003, p. 3.
[18] Signe d’une carrière assez remarquée, Werner Weber est, entre 1956-1958, recteur de l’Université Georgia-Augusta de Göttingen.
[19] D. van Laak, op. cit., p. 162. Voir également la traduction récente de la lettre que Erich Kaufmann adresse à Ernst Forsthoff en 1958 dans Deutsche Rundschau, « Carl Schmitt et son école. Lettre ouverte à Ernst Forsthoff », Cités, no 17, 2004, p. 153-156.
[20] La seule traduction allemande complète de L’Esprit des lois, établie au 20e siècle, est celle de Forsthoff. Cette édition a été republiée en 1992 par J. C. B. Mohr.
[21] E. Forsthoff, « Einleitung », in Montesquieu, Vom Geist der Gesetze, Tübingen, J. C. B. Mohr, 1992, p. xxvii-xxx.
[22] Sur la relation controversée entre libéralisme et anthropologie positive, voir l’article de Bernard Manin, « Libéralisme et puissance de l’État : la critique manquée de Carl Schmitt », in Pierre Favre, Jack Hayward, Yves Schemeil (dir.), Être gouverné : études en l’honneur de Jean Leca, Paris, Presses de Sciences Po, juin 2003, p. 151-162.
[23] C. Schmitt, Théorie de la Constitution, Paris, PUF, 1993, p. 172.
[24] Ibid., p. 172.
[25] Voir les développements de Schmitt sur les pouvoirs indirects, dans Le Léviathan dans la doctrine de l’État de Thomas Hobbes. Sens et échec d’un symbole politique, Paris, Seuil, 2002 (1re éd. en allemand 1938), notamment p. 134-135. Se rapporter également à l’ouvrage de Joseph H. Kaiser – élève de Schmitt – Die Repräsentation organisierter Interessen, Berlin, Duncker & Humblot, 1956.
[26] W. Weber, « Die Teilung der Gewalten als Gegenwartsproblem », op. cit., p. 265.
[27] Ibid., p. 264.
[28] Ibid., p. 270.
[29] Charles Eisenmann, Écrits de théorie du droit, de droit constitutionnel et d’idées politiques, Paris, Éditions Panthéon-Assas, 2002, p. 485 : « Bonn et Weimar, deux Constitutions de l’Allemagne » (1950).
[30] Ernst Forsthoff, Rechtsstaat im Wandel. Verfassungsrechtliche Abhandlungen 1950-1964, Stuttgart, W. Kohlhammer, 1964, p. 109 : « Das politische Problem der Autorität ».
[31] W. Weber, op. cit., p. 261.
[32] Ibid., p. 270-271.
[33] Les critiques de Forsthoff à l’égard du parlementarisme apparaissent également dans « Das Parlament », in Der Staat der Industriegesellschaft. Dargestellt am Beispiel der Bundesrepublik Deutschland, Munich, Verlag C. H. Beck, 1971, p. 94-104.
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