La politisation du structuralisme. Une crise dans la théorie
Frédérique Matonti
Au milieu des années 1960, le structuralisme (en tout cas les productions intellectuelles étiquetées comme telles) est à la fois une théorie consacrée par le monde intellectuel et par le grand public cultivé et synonyme d’avant-garde politique. Or, les textes originaires des « auteurs cardinaux », Jakobson, Lacan, Lévi-Strauss, sont apolitiques, ne serait-ce que par démarcation d’avec la figure et la production de Sartre. Comment la politique est-elle advenue au structuralisme ? Après avoir rappelé les conditions sociales et politiques de cette politisation, l’article s’intéresse aux « prises » qu’offrent les textes et les carrières des fondateurs pour cette opération, avant d’examiner comment la réception, notamment des productions d’Althusser et de Barthes, permet cette requalification du structuralisme.
In the mid-1960s, structuralism (or at least texts labelled as such) was at once a theory widely acclaimed by intellectuals and the educated public, and a movement associated with the political avant-garde. But it appears that the texts of the “founding fathers” of structuralism (Jakobson, Lacan, Levi-Strauss) are apolitical, if only by contrast with the life and works of Jean-Paul Sartre. How did politics come to permeate structuralism ? After retracing the socio-political context of the process, this article pinpoints “handholds” for this politicization in the writings and careers of those “founding fathers”. It then proceeds to examine how the reception of Althusser and Barthes’works in particular led to this reinterpretation of structuralism.
• Mondes de l’art et mondes intellectuels
• 1966 : un « repère central »
• Trajectoires des producteurs « cardinaux »
• Citations croisées
• Apolitisme et prises pour la politisation
• La politique vient au structuralisme
• Barthes/Brecht
• Althusser : le retour à Marx