Raisons politiques
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.272463019X
184 pages

p. 97 à 116
doi: en cours

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Dossier

no 18 2005/2

2005 Raisons politiques Dossier

Les historiens chartistes au cœur de l’affaire Dreyfus

Thomas Ribémont Thomas Ribémont achève une thèse de science politique sur « L’expertise historienne dans la France contemporaine » à l’Université Paris IX Dauphine (CREDEP), sous la direction de Dominique Damamme. Rattaché au CSU (IRESCO), il enseigne à l’Université Paris XIII Nord. Il a publié plusieurs articles et co-dirige la collection « Cahiers politiques » des Éditions L’Harmattan pour laquelle il a co-édité trois ouvrages : avec Dominique Damamme, Expertise et engagement politique en 2001 ; avec Philippe Blanchard, Méthodes des sciences sociales. Innovation et renouvellement en 2003 ; avec Sylvain Meyet et Marie-Cécile Naves, Travailler avec Foucault. Retours sur le politique en 2005.
En dépit du rôle central qu’elle a joué au cours de l’affaire Dreyfus, l’École des chartes a, en définitive, fait l’objet de peu de travaux. Pourtant les historiens chartistes furent au premier rang de la bataille d’expertise qui rythma l’Affaire. Dans une institution qui compte parmi celles les plus étroitement liées à l’État, leur expertise, lors des procès Zola et Dreyfus, va directement mettre en débat la question de l’autonomie de la science historique et retraduire des fractures plus profondes qui, derrière l’unité parfois affichée, tendent, alors, à diviser le corps universitaire. Despite their pivotal role in the Dreyfus affair, precious little has been written about the historians of the École des chartes. Yet the so-called Chartistes figured prominently in the battle of the experts and the eventual acquittal of Captain Dreyfus. Moreover, despite the school’s close links to the State at the time, their opinions in the Zola and Dreyfus cases sparked debate over the question of the autonomy of historical scholarship and reflected deep rifts in the apparent unity of the École des chartes.
Bien qu’ayant joué un rôle central au cours de l’affaire Dreyfus, l’École nationale des chartes a, en définitive, fait l’objet de peu de travaux. Hormis deux articles de Bertrand Joly [1] qui donnent un bon aperçu factuel des interventions chartistes, la plupart des recherches sur la période se contentent de mentionner l’importance de l’école, préférant concentrer leur attention sur d’autres institutions qui, comme l’École Normale Supérieure ou la Sorbonne, furent, elles aussi, au cœur de la crise. « Alors que divers établissements ont fait l’objet de travaux solides, écrit Bertrand Joly [2], il n’existe pas, et on doit le déplorer, d’étude approfondie sur l’histoire de l’École, en dehors de livres d’anniversaire évidemment peu critiques [3] ».
Pourtant, les historiens chartistes furent au premier rang de la bataille d’expertise [4] qui rythma l’Affaire [5]. Dans une institution qui compte parmi celles les plus étroitement liées à l’État [6] et dans laquelle le devoir de réserve se révèle habituellement de mise, leur expertise, lors des procès Zola et Dreyfus, met directement en débat la question de l’autonomie de la science historique et semble retraduire des fractures plus profondes qui, derrière l’unité parfois affichée, tendaient à diviser le corps universitaire.
Christophe Charle a ainsi vu dans l’affrontement des universitaires pendant l’affaire Dreyfus la marque d’une coupure antérieure entre l’« ancienne classe dirigeante » en voie de restructuration et la nouvelle « élite » républicaine [7]. Plus récemment, Gérard Noiriel y décelait l’opposition entre deux modèles de savants : celui, d’une part, de « l’homme complet », défendu par les anciennes élites qui, à l’instar d’Hippolyte Taine, se révèlent favorables au cumul des fonctions politiques et savantes ; celui, d’autre part, du « spécialiste », porté par une nouvelle génération de savants qui prônent, au contraire, une conception de la science « tournée vers la production de connaissances spécialisées et “objectives” » [8].
Dans cette perspective, l’histoire est concernée au premier chef puisque c’est à elle que revient, en partie, la charge de former les « nouvelles couches », chères à Gambetta, en réunissant dans un même catéchisme républicain toutes les composantes de la société française [9]. Pour la génération de Ferry et Gambetta, l’enseignement doit ainsi, par le biais de la science historique, « faire place à la science, à la connaissance du réel et à la recherche de la vérité [10] ».
Au nom de cet impératif civique, un certain nombre d’historiens chartistes, qui prônaient jusqu’alors la séparation du savoir et du politique, sortent, au moment de l’Affaire, de leur réserve pour mettre en doute le fonctionnement de l’institution militaire. C’est sur eux que se concentre une partie de la réaction antidreyfusarde : Pour Maurice Barrès et Ferdinand Brunetière, n’étant pas journalistes ou hommes de lois, ces historiens n’ont, en effet, aucune légitimité pour demander à ce que la lumière soit faite sur cette affaire. « Ce n’était pas non plus, écrit Gérard Noiriel, des écrivains. Ils n’avaient aucune notoriété personnelle à mettre de la balance. Le seul argument qu’ils pouvaient avancer pour justifier leur prise de parole collective tenait à leur propre conception de la vérité. Elle ne consistait pas à opposer le juste et l’injuste, mais à distinguer le vrai du faux à l’aide de moyens techniques qu’ils étaient les seuls à connaître [11]. »
Le cas chartiste constitue donc une bonne illustration des tensions qui ont alors divisé la corporation historienne. Nulle part ailleurs en effet, et la réplique antidreyfusarde menée au sein de l’école par Robert de Lasteyrie en atteste, « les querelles civiques ne furent plus totalement investies dans le métier d’historien [12] ».
Loin de nous l’idée d’épuiser, ici, le sujet. L’analyse mériterait de plus amples développements ainsi que l’étude systématique des dossiers personnels des protagonistes de l’Affaire, pour une part, classés dans les sous-séries F7 et Mi des Archives nationales, mais dont beaucoup demeurent conservés dans d’autres dépôts (cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, bibliothèque de l’Institut, ministère des Affaires étrangères, Préfecture de Police de Paris, notamment). Tout juste tenterons-nous de saisir les facteurs susceptibles d’expliquer l’engagement des chartistes dans l’Affaire, pour voir comment se sont structurés, à travers leurs expertises, les débats ayant trait à l’autonomie de leur discipline et, par voie de fait, à leur fonction sociale. De telles questions ne sont, on s’en doute, pas sans effets sur la pratique même de l’histoire. Aussi tâcherons-nous, au regard de l’École des chartes, d’émettre quelques hypothèses relatives à l’impact des mobilisations historiennes sur le métier d’historien.
 
L’engagement des historiens chartistes : affiliations politiques, effets de génération et réseaux de sociabilité ?
 
 
Sur le plan politique, on ne peut, à la veille de l’affaire Dreyfus, que constater la relative diversité de l’école. Parmi les chartistes politiquement situés – les parlementaires notamment – on trouve aussi bien des hommes de droite proches des mouvements royalistes tels Jules Delahaye [13] ou Vincent Audren de Kerdel [14], des modérés de centre droit comme Louis Passy [15] et de centre gauche (Gabriel Hanotaux [16]), que des boulangistes (Jean Argeliès [17]) et un groupe de radicaux autour de Charles Beauquier [18], Édouard Philipon [19], Camille Pelletan [20] et Armand Rendu [21]. Chez les non parlementaires, on note des disparités similaires. Arthur Giry peut ainsi, sans difficulté, être classé à gauche [22], tandis que Paul Meyer [23] semble proche des progressistes, tout comme Marcel Fournier [24] lié, pour sa part, à Waldeck-Rousseau. De même, Roger Martin du Gard peut difficilement être rangé à droite. En revanche, le vicomte Olivier de Romanet [25] ne fait pas mystère de ses positions conservatrices et André Duquesnoy de Boissandré [26] est une figure bien connue des polémistes antisémites. L’image d’une école intrinsèquement conservatrice, véhiculée par toute une partie de l’historiographie, si elle reste globalement justifiée, appelle donc certaines nuances. En outre, une étude biographique des chartistes les plus en vue au cours de l’Affaire et dont on connaît avec certitude les opinions, révèle les mêmes lignes de fracture au sein même de chaque camp.
Pour les dreyfusards, Paul Meyer est à placer, on l’a dit, parmi les progressistes ; Arthur Giry, et les frères Molinier affichent leurs idées avancées tandis que Gaston Paris et Charles Bémont sont, sans conteste, des républicains convaincus. Camille Bloch [27], Marcel Fournier, Édouard Philipon, Louis Lucipia [28] sont tous des hommes de gauche directement investis en politique. En revanche, Paul Viollet [29], catholique fervent, proche du milieu juridique qui constitue un vivier important pour l’antidreyfusisme [30], est un homme marqué à droite. Le cas de Camille Pelletan est, quant à lui, plus complexe. Radical avancé [31], on l’a dit, il est d’abord antidreyfusard [32] affiché, mais devient dreyfusard, probablement après les aveux du colonel Henry.
Dans le camp adverse, si la majorité des chartistes est marquée à droite [33], certaines exceptions sont, là aussi, à souligner [34]. Beaucoup des antidreyfusards sont des royalistes convaincus, voire militants, comme Vincent Audren de Kerdrel, Amédée de Ghaisne de Bourmont [35], ou Jules Delahaye. D’autres sont des antisémites notoires (André Duquesnoy de Boisandré, Jules Soury [36]) ou ont des sympathies pour les rédacteurs de la Libre parole, tel Robert Huard [37]. Il y a, en revanche, différents degrés dans le conservatisme [38]. Ainsi, Robert de Lasteyrie, député modéré de la Corrèze, est sans doute moins marqué à droite que Paul Viollet. On trouve enfin, en la personne de Gabriel Hanotaux, un antidreyfusard de gauche proche de la mouvance ferryste [39].
En définitive, bien que la majeure partie des dreyfusards se rattache aux courants de gauche et que les antidreyfusards soient, pour la plupart, proches des mouvements réactionnaires et/ou orléanistes, il existe néanmoins des contrastes qui supposent que l’engagement des chartistes ne soit pas uniquement fonction de l’appartenance politique. D’autres facteurs sont évidemment à prendre en considération si l’on veut comprendre la dynamique des mobilisations chartistes pendant l’« Affaire ».
Le premier niveau, sans doute le plus évident, que rappelle Bertrand Joly, tient aux effets de génération au sein même de l’école [40]. Ainsi, Paul Meyer (promotion 1861) côtoie régulièrement Gaston Paris et Paul Viollet (promotion 1862), et l’on peut supposer que le ralliement de ce dernier à la cause dreyfusarde doit beaucoup à son amitié avec les deux philologues [41]. De même, les liens de camaraderie entre Arthur Giry (promotion 1870) et Auguste Molinier (promotion 1873) peuvent expliquer le soutien qu’ils se témoignent tout au long de la crise, les affinités de promotion jouant aussi dans le camp adverse, comme semble en attester le cas d’Émile Couard et de Gabriel Hanotaux, tous deux issus de la promotion 1880.
Reste qu’il n’y a pas d’automaticité à ce type de relation : bien qu’ils appartiennent à la même promotion, Auguste Molinier et Robert de Lasteyrie ne s’en sont pas moins durement affrontés [42]. Le facteur « génération », s’il ouvre certaines pistes, ne suffit donc pas à expliquer le ralliement des chartistes à l’une ou l’autre des causes.
Les réseaux d’interconnaissance semblent, en revanche, avoir eu une influence plus nette. Sans les citer tous, on remarque ainsi que les liens qui se forment autour de la Revue historique et de la IVe section de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE) [43] ont eu une incidence forte sur la mobilisation des chartistes dreyfusards. Gabriel Monod, bien que critique à l’égard de l’École des chartes, y a noué des amitiés, que la naissance de la Revue historique n’a pas remises en cause. On trouve ainsi un nombre non négligeable de chartistes – Paul Meyer, Arthur Giry, Charles Bémont [44] notamment – qui participent de près ou de loin à la revue [45], et Monod co-dirige avec Paul Meyer et Gaston Paris, alors administrateur du Collège de France, la Revue critique d’histoire et de littérature. Or, par l’intermédiaire de Bernard Lazare, Gabriel Monod a eu accès, avant ses collaborateurs, aux documents sur lesquels repose la condamnation de Dreyfus, et, il ne fait aucun doute, comme le montre leur correspondance, qu’il les a alors informés de ses conclusions. Aussi peut-on suivre Madeleine Rebérioux lorsqu’elle affirme que « le directeur de la Revue historique a joué un rôle de premier plan dans l’engagement dreyfusiste des historiens en raison de son rayonnement moral, de sa position universitaire et de ses relations [46]. » De ce point de vue, le changement d’opinion d’Étienne Charavay, sous l’influence conjuguée de Monod et d’Anatole France, est symbolique du poids dont peut se prévaloir le ténor de l’EPHE [47].
Toutefois, si une grande partie des historiens chartistes dreyfusards se retrouve autour de ces réseaux de sociabilité (revues, EPHE, Collège de France), on doit se garder, là encore, de toute systématisation abusive. L’exemple de Gabriel Hanotaux, très lié à Gustave Monod et Gaston Paris, puis très hostile, montre que l’Affaire a aussi brouillé des amitiés et fait éclater des relations qui semblaient pourtant fortes.
Dans le camp adverse, l’Institut pourrait avoir joué un rôle similaire à celui de la Revue historique et de l’EPHE pour les chartistes dreyfusards. Dans une lettre du 16 août 1898 adressée à Joseph Reinach, Gaston Paris souligne ainsi que les antidreyfusards y sont très majoritaires [48]. En outre, réunis autour de François Coppée, Jules Lemaître et Ferdinand Brunetière, ils semblent particulièrement virulents. Si l’on excepte une minorité dreyfusarde, représentée par Arthur Giry, Gaston Paris, Paul Meyer, Paul Viollet, Léopold Delisle, Émile Duclaux ou encore Anatole France, on ne peut que constater le poids écrasant de la Ligue de la Patrie française [49] chez les académiciens. L’Institut a, sans conteste, fonctionné comme un des meilleurs réseaux antidreyfusards [50]. Toutefois, sur le plan strictement quantitatif, le nombre des académiciens au sein de chaque camp est relativement équivalent à l’intérieur de l’école. En effet, sur les douze chartistes recensés siégeant Quai Conti, seuls cinq sont des antidreyfusards avérés ; six, en incluant Gabriel Monod, sont des dreyfusards, l’opinion de Louis Passy n’étant pas connue.
Il paraît donc préférable, là encore, de se garder de toute conclusion trop tranchée : les réseaux d’interconnaissance, s’ils ont joué un rôle évident, ne suffisent pas à eux seuls à expliquer les engagements des chartistes dans l’Affaire.
Aussi faut-il, en parallèle, chercher du côté des rapports que les historiens de l’École des chartes entretiennent avec leur discipline et leur fonction sociale. Analysant d’autres corporations et institutions, Christophe Charle émettait ainsi l’hypothèse selon laquelle les mobilisations savantes au cours de l’affaire Dreyfus auraient en partie retraduit la tension antérieure existant entre les « anciennes classes dirigeantes » en pleine mutation et les nouvelles « élites républicaines ». Proches de la mouvance orléaniste, les premières revendiqueraient la possibilité pour le savant issu des classes privilégiées d’exercer à la fois un magistère scientifique mais aussi un rôle dans la gestion des affaires publiques. C’est, pour reprendre l’analyse de Gérard Noiriel, le modèle de « l’homme complet », à la fois journaliste, essayiste, savant et acteur politique, que tenteraient de promouvoir ces classes qui ont « une position faite et le loisir de cultiver leur esprit [51] ». Les partisans des « nouvelles élites », quant à eux, se positionneraient en en faveur d’une classe dominante ouverte aux « classes ouvrières ». Faisant valoir, dans ce cadre, la séparation du savant et du politique, ils assigneraient à l’université – c’est du moins l’esprit des réformes de l’instruction publique des années 1880 – la mission « de former des savants chargés de détruire les préjugés religieux au nom de la Raison [52] ». C’est alors le principe de spécialisation des tâches et de l’autonomie scientifique qui est retenu. Ainsi, si « les notables défendaient l’idéal des “hommes complets”, hérité de la philosophie des Lumières, les dirigeants du nouveau régime fabriquent un corps de spécialistes qui assument et revendiquent la division du travail intellectuel et la séparation des fonctions. Désormais la philosophie, la littérature, l’histoire (et plus tard la sociologie) constituent des cursus nettement séparés, obligeant les étudiants à choisir leur voie très tôt. Chacune de ces disciplines se restructure autour de son principe propre, ce qui contribue à la redéfinition de l’identité professionnelle des universitaires. À présent, ils se définissent avant tout comme “historiens”, “philosophes”, “sociologues” [53]. » D’où l’émergence d’une tension entre autonomisation des disciplines – et/ou des savoirs – et hétéronomie constitutive à l’égard du pouvoir politique qui expliquerait que tout en s’appuyant sur la séparation du savant et du politique, les « élites républicaines » inventent de nouvelles passerelles entre les deux univers. Reste cependant que, comme l’a montré Christophe Charle, pour les tenants de ces nouvelles élites, la politique professionnelle, représentée par la détention de mandats législatifs ou par une activité militante marquée, est de moins en moins compatible avec des carrières universitaires de plus en plus spécialisées [54].
Jusque là peu visibles au sein de l’école en raison des liens étroits que celle-ci entretient avec l’État, les tensions décrites plus haut resurgissent avec l’affaire Dreyfus. Comme l’a montré Pierre Bourdieu, dans les périodes de crise, « les ajustements routiniers » n’allant plus de soi, la réflexivité des acteurs sur leurs pratiques se trouve clairement sollicitée [55]. Aussi la bataille d’expertises que se livrent les chartistes des deux camps engage-t-elle directement la manière dont ces derniers envisagent leur fonction sociale, en opposant les tenants de l’autonomie de la discipline – l’histoire pouvant, au nom de la vérité scientifique éprouvée, devenir une des armes de la vigilance critique –, à ceux pour qui la raison d’État et le « respect de la chose jugée » imposent une vérité que la science n’a pas vocation à remettre en cause. De ce point de vue, il n’est donc guère surprenant que les controverses qui secouent l’École des chartes se focalisent sur la légitimité de spécialistes rattachés à un corps universitaire à intervenir comme experts en dehors de leur champ professionnel propre. C’est à ce titre, semble-t-il, que la lutte entre chartistes s’articule principalement autour des questions de méthode et de compétence légitime.
 
L’expertise chartiste au regard de l’autonomie scientifique : le procès Zola et le procès en révision de Dreyfus devant le conseil de guerre de Rennes
 
 
Les 19 et 21 janvier 1898, suite à la publication de J’accuse !, le général Billot puis les trois experts nommés au procès Esterhazy (Edmond Belhomme, Pierre Varinard et Émile Couard) portent plainte contre Émile Zola. Subséquemment, ce dernier se met en quête d’experts rompus à l’examen des écritures et présentant d’indéniables garanties de compétence et d’indépendance. Outre Gabriel Monod, déjà acquis à sa cause et qui est passé comme auditeur libre sur les bancs de l’École des chartes, les chartistes Paul Meyer, Arthur Giry, Fernand Bournon, Émile et Auguste Molinier sont parmi les premiers auxquels il s’adresse pour leur demander d’expertiser les reproductions du bordereau existantes. Ces derniers, dont deux (Fernand Bournon, Émile Molinier) ont déjà signé les deux adresses de soutien à Zola publiées dans L’Aurore [56] – le « manifeste des intellectuels » –, acceptent la mission que leur propose le romancier. Non sans quelques réticences : tous exigent de pouvoir faire connaître leurs conclusions à la cour d’assises quand bien même celles-ci seraient défavorables à Dreyfus.
Entre 1898 et l’arrêt de la Cour de cassation en date du 12 juillet 1906 qui innocente définitivement le capitaine, leurs expertises et leurs interventions se multiplient. Particulièrement visibles dans la période la plus vive de la crise, c’est-à-dire au moment du procès Zola (7 février-23 février/31 mars-2 avril 1898) et du procès en révision devant le conseil de guerre de Rennes (7 août 1899-9 septembre 1899), celles-ci engagent les principaux facteurs qui jusqu’alors n’avaient pas ou peu été discutés au sein de l’École des chartes : la compétence professionnelle dont attestent les titres scientifiques et la reconnaissance des pairs, la méthode critique garante de l’autonomie scientifique, et la fonction civique et nationale de l’histoire.
Lors de la 7e audience du procès Zola, le 13 février 1898, le témoignage d’Émile Couard pose, de ce point de vue, un premier type d’argument. Émile Couard, historien paléographe antidreyfusard de l’École des chartes et expert officiel près le tribunal de Seine-et-Oise, place en effet d’emblée sa déposition sur le terrain de la compétence professionnelle, dissociant la pratique de l’universitaire de celle de l’expert :
Ce n’est pas du tout comme ancien élève de l’École des chartes que je me suis occupé de cette affaire ; car, à l’École des chartes, on ne s’occupe jamais des écritures du 19e siècle. Je me suis occupé de cette affaire parce que, depuis dix ans, je m’occupe librement et d’une façon indépendante d’expertises en écritures [57].
À ses yeux, l’historien universitaire ne peut donc se prévaloir de sa fonction et de ses qualifications pour intervenir en dehors de son laboratoire. Comme Maurice Barrès et Ferdinand Brunetière le feront par voie de presse, Émile Couard met ainsi en avant le principe de la séparation des fonctions afin d’invalider la démarche des historiens dreyfusards. Pour obtenir la révision du procès et la réhabilitation de Dreyfus, ces derniers sont contraints de sortir de leur domaine de compétence spécifique.
La lutte pour la légitimation des compétences devient ainsi l’un des enjeux centraux de l’intervention historienne dans l’enceinte judiciaire. C’est pourquoi, lorsqu’il doit introduire Paul Meyer, Maître Labori commence par égrener ses titres et ses fonctions universitaires : « Je voudrais d’abord répéter à MM. les jurés que M. Meyer est directeur de l’École des chartes, membre de l’Institut, professeur au Collège de France [58] ». Pour l’avocat dreyfusard, il s’agit, en jouant sur l’effet de titre, de souligner que la qualité de l’expert ne dépend pas de sa désignation comme tel officiellement : seule la compétence reconnue par les pairs selon les règles de la cooptation offrirait les garanties d’une expertise scientifiquement éprouvée et indépendante. L’utilisation qui est faite du titre professionnel hors de son contexte social normal sert ainsi aux chartistes dreyfusards comme « argument d’autorité contre une autre autorité judiciaire ou politique [59] ». Derrière le procédé, c’est donc bien la question de l’autonomie de l’histoire comme science qui est posée. Pour les dreyfusards, l’historien peut légitimement intervenir parce qu’il est un historien certifié et que, en conséquence, ses conclusions se font au nom de la science qui, par principe, est coupée du politique. C’est pourquoi, dans leurs dépositions, les témoins chartistes favorables à Dreyfus insistent tous sur la longue pratique du métier d’historien qui les habilite à rendre les conclusions de leurs expertises devant la Cour. Ainsi, Auguste Molinier qui succède à la barre à Paul Meyer :
Messieurs les jurés, il y a déjà vingt-cinq ans que je vis au milieu des manuscrits ; il m’est passé entre les mains des milliers de chartes, pièces de toute époque, depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours […]. J’ai pour ainsi dire contracté un tact spécial, si bien que, à des signes presque imperceptibles pour d’autres j’arrive à reconnaître l’identité des écritures ou à dater exactement les manuscrits [60].
De même Émile Molinier disqualifie-t-il les conclusions des experts du procès Esterhazy en montrant que la reconnaissance scientifique constitue la légitimité première pour intervenir dans le cadre d’une procédure portant sur l’authentification de document.
Pour moi, la similitude est absolument complète entre l’écriture du bordereau et l’écriture du commandant Esterhazy. Je dirai même que si un savant, si, un érudit, trouvant dans un volume de la Bibliothèque nationale, dans un de ces volumes que nous consultons si souvent, accolé à des lettres du commandant Esterhazy, l’original du bordereau, il serait pour ainsi dire disqualifié s’il ne disait pas que le bordereau et la lettre sont de la même écriture, sont de la même main, ont été écrits par le même personnage [61].
Malgré la tentative de délégitimation des témoins orchestrée par les parties civiles [62], le débat glisse donc inévitablement vers le terrain de la science, posant ainsi, au cœur de l’enceinte judiciaire, la question de la méthode. « Globalement, écrit Vincent Duclert, l’affrontement des experts officiels et des historiens dreyfusards se réalise moins sur le terrain des résultats que sur celui de la méthode qui venait d’être puissamment réarmé par le manuel de Langlois et Seignobos [63]. » Ce constat n’a en définitive rien de surprenant. Pierre Bourdieu a montré comment la construction de l’autonomie d’un champ artistique ou intellectuel se faisait en partie par imposition au monde judiciaire et/ou politique de normes intellectuelles [64].
Il ne fait d’ailleurs aucun doute que les dreyfusards ont voulu inscrire le procès Zola dans cette perspective. Quelques jours avant l’ouverture de celui-ci, Paul Meyer explique par exemple, dans L’Aurore du 26 janvier 1898, que, d’un point de vue strictement méthodologique, l’étude du fac-similé du bordereau ne pose pas de difficultés, ajoutant qu’« il faut être le dernier des ignorants pour prétendre qu’il saute aux yeux que l’écriture du bordereau et l’écriture de Dreyfus sont identiques [65] ». Le combat sur les conditions de la critique s’articule ainsi directement avec celui, judiciaire et politique, mené en faveur du capitaine.
Dans ce cadre, les experts antidreyfusards et les accusateurs doivent, à leur tour, prouver l’inanité de la démarche de leurs homologues dreyfusards. D’où l’utilisation d’un second type d’argument visant à limiter la portée de la méthode chartiste. Dans sa déposition du 13 février 1898, Émile Couard récuse ainsi la validité d’une expertise fondée sur la reproduction d’un original : « quand j’étais élève à l’École des chartes, on nous enseignait un principe qui a sa place marquée partout, et c’est celui-ci ; on nous disait : quand vous aurez à vous occuper d’un document, exigez toujours la production de ce document, car toute reproduction peut être inexacte ou incomplète [66] ». Ici, au-delà du problème lié à la reproduction des documents, c’est la capacité de la méthode chartiste à analyser des écritures contemporaines qu’il remet en cause :
Les journaux, déclare-t-il le 16 février alors qu’il est confronté à Paul Meyer, ont rapporté que j’avais déclaré qu’à l’École des chartes on ne s’occupait pas d’écritures… Eh bien ! Si, on s’occupe d’écritures, on s’occupe des écritures à peu près jusqu’au 17e siècle, quelquefois on pousse jusqu’au commencement du 18e ; or l’écriture que nous avions à examiner est une écriture de 1894 en ce qui concerne le bordereau, et de 1897 en ce qui concerne l’écriture du commandant Esterhazy […]. Si j’ai la plus grande admiration pour M. Paul Meyer, professeur de langue romane, je suis obligé d’avouer qu’en matière d’écritures du 19e siècle, il est comme l’enfant qui passe dans la rue, c’est-à-dire qu’il est d’une naïveté charmante. Voilà ce que je déclare, parce qu’il ne s’est pas initié aux méthodes par lesquelles on saisit une écriture fausse, ni aux méthodes par lesquelles on saisit une écriture simulée [67].
De la part d’un chartiste, la démonstration pourrait prêter à sourire si elle ne soulevait un enjeu historiographique plus profond. En effet, alors que la question de l’unité nationale, très liée à la perception de la Révolution française, resurgit avec l’Affaire, il s’agit pour les antidreyfusards de montrer que la période qui s’étend de « la Révolution à nos jours », ne peut constituer un domaine légitime de la science historique. Retournant contre ceux qui les ont faites leurs les préconisations de Gabriel Monod voulant que la distance du temps permettent aux historiens d’échapper aux passions du présent, les chartistes antidreyfusards refusent à l’histoire le nom de science dès lors qu’elle s’applique à la période contemporaine. La protestation des chartistes orchestrée à partir du 18 février 1898 par Robert de Lasteyrie, regrettant que ses « très savants confrères ne se soient pas enfermés dans la réserve qui [lui] paraît commander à tous ceux qui n’ont pas de plus sérieux moyens d’informations [68] », et qui aboutit à la publication dans L’Éclair du 22 février de la même année au « manifeste des chartistes », ne dit pas autre chose. On n’est pas loin, on le voit, de l’argument de Brunetière récusant à l’histoire la légitimité de se faire valoir comme science [69].
En réponse, les historiens dreyfusards se réfèrent à nouveau à la méthode et à sa portée universelle. Paul Meyer affirme ainsi que c’est parce qu’elle a été éprouvée dans l’étude des documents anciens que la méthode critique enseignée à l’École des chartes peut s’appliquer à des objets contemporains. Ce faisant, il rappelle qu’Émile Couard s’est familiarisé à la pratique de l’expertise sur la base de ses acquis chartistes. Aussi, ce dernier, en disqualifiant la formation qu’il a reçue, se discrédite-t-il en tant qu’expert.
La façon dont nous étudions les anciennes écritures, souligne Meyer, si variées selon les temps et les lieux, forme peu à peu notre esprit à l’observation. Nous devenons capables de comparaisons, d’appréciations, de remarques, qui échapperaient à des personnes qui ne sont point occupées de ce genre d’études.
M. Couard, qui a suivi les cours de l’École à une époque où l’enseignement de la paléographie ne se faisait pas avec une extension tout à fait aussi grande qu’aujourd’hui, M. Couard, n’a pas non plus appris l’art de l’expertise à l’École des chartes […].
Ce qui importe, en pareille matière, c’est de posséder une préparation générale que l’École des chartes donne certainement, et d’avoir l’esprit critique, ce qui ne s’obtient pas si facilement. Le titre d’expert n’est qu’une faible garantie [70].
Rappelant que le titre d’expert est d’une légitimité moindre comparée au savoir académique certifié, Paul Meyer va cependant plus loin. En insistant sur la notion d’« esprit critique », il insiste en effet sur la véritable portée de la méthode historienne : celle-ci est une propédeutique civique qui enseigne, à ceux qui s’y adonnent, le culte de la vérité et de la justice. Dans cette perspective, écrit Madeleine Rebérioux, « la pratique historique est […] d’elle-même civique : elle crée l’homme libre [71]. » Aussi les chartistes dreyfusards réaffirment-ils le biais civique qui les poussent à intervenir dans le prétoire : la pratique de leur discipline en dehors des institutions universitaires répondant, en définitive, à un devoir citoyen.
En y réfléchissant bien, en réfléchissant à la gravité de questions de justice et de légalité qui dominent tout ce débat, déclare au procès Zola Arthur Giry, j’ai pensé qu’il était de mon devoir de sortir de ma réserve habituelle pour faire l’examen qu’on me demandait, afin d’essayer, dans la mesure de mes forces, d’aider à la manifestation de la vérité [72].
Pour les chartistes dreyfusards, l’expertise qu’ils pratiquent ne se réduit donc pas à son caractère technique. Dans une conjoncture critique comme celle de l’affaire Dreyfus, elle prend une dimension éthique et politique. Les responsabilités de l’historien et du citoyen se confondent, mais, alors que cette collusion des rôles servait jusqu’à présent l’unité de la discipline et de l’École, elle devient un facteur de division qui affecte, au-delà des querelles d’experts, l’ensemble de la corporation.
Quel que soit le camp considéré, l’engagement des historiens chartistes semble donc largement déterminé, pour reprendre les termes de Vincent Duclert, par la relation intellectuelle que chacun entretient avec son savoir spécifique, même si « l’appartenance personnelle à des communautés scientifiques [73] » ou les éventuelles affiliations politiques jouent un rôle de poids. Le conflit relève donc, en grande partie, des valeurs sur lesquelles reposent les liens que les historiens entretiennent avec le champ politique. Tandis que, tout en affirmant les liens qui les unissent au régime [74], les dreyfusards font de la science un instrument de la vigilance civique, leurs adversaires considèrent, au contraire, que celle-ci doit s’effacer lorsque les intérêts de l’État et l’unité nationale paraissent en cause. À cet égard, rappelle Vincent Duclert, « l’Affaire a cristallisé [au-delà des seuls cercles historiens] un conflit d’envergure entre des pratiques de savoir, entre une science “ouverte” et une science “fermée” [75] ». C’est ainsi qu’Albert Sorel défend une cause qu’il sait très certainement injuste : « Sorel, écrit Gabriel Monod en 1906, dit à Gaston Paris et à moi qu’il était d’accord avec nous sur le fond de la question, mais qu’il mettait d’autres poids dans la balance [76]. »
 
La discipline historique après l’Affaire : quelques pistes de réflexion
 
 
L’Affaire, en voyant triompher la cause révisionniste, a eu de profondes conséquences sur la pratique de l’histoire et sur la manière d’envisager la fonction sociale de l’historien. Le combat des historiens dreyfusards, en affirmant le caractère fondamentalement civique de la discipline qui, on l’a vu à travers l’expertise des historiens chartistes, réside moins dans le contenu objectif des savoirs que dans l’application de la méthode critique, ouvre l’exercice de l’histoire à d’autres acteurs que les seuls membres de la corporation. Alors que la méthode avait jusque là servi à affirmer le caractère professionnel de la discipline, elle permet aux profanes qui s’y astreignent de faire reconnaître leurs travaux. Même si l’on ne peut négliger ici le poids des réseaux normaliens et socialistes, « l’Affaire, écrit Madeleine Rebérioux, a […] révélé aux historiens dreyfusards que les universitaires patentés n’étaient pas les seuls à pouvoir faire œuvre de vérité et que l’esprit critique pouvait se forger chez d’autres que les professionnels de l’histoire [77] ». Les Preuves de Jaurès font ainsi l’objet des éloges de la Revue historique tandis que les travaux sur des philosophes (Raoul Allier, Alphonse Darlu, Élie Halévy) et des sociologues (Émile Durkheim, Célestin Bouglé, François Simiand) sur l’affaire Dreyfus sont accueillis favorablement par la frange dreyfusarde de la corporation historienne. L’Histoire de l’affaire Dreyfus que Joseph Reinach rédige en temps réel est ainsi saluée par les historiens et demeure une source essentielle pour la connaissance de l’événement. Par ce biais, les ponts qui s’établissent entre les disciplines – l’histoire, la sociologie et la philosophie, notamment – montrent que des liens qui n’étaient jusqu’à présent que ténus peuvent désormais être interrogés. Madeleine Rebérioux a, sur ce point, montré combien le débat de 1903 entre historiens et sociologues trouvait ses racines dans le moment dreyfusard.
Autre constat de taille : en appliquant les principes de la méthode historique renouvelée à un objet et à des documents présents, l’intervention des historiens dreyfusards contribue à affirmer la vocation de la discipline à traiter de la période contemporaine. « L’écriture de l’histoire implique de reconnaître le caractère historique d’un passé immédiat comme celui de l’Affaire, de lui appliquer les méthodes de lecture scientifiques et d’ouvrir les terrains de recherche [78]. » À cet égard, l’affaire Dreyfus a sans nul doute constitué un terrain de validation des avancées méthodologiques portées par l’école méthodique [79]. Elle peut ainsi être considérée comme une « mise en pratique » des instructions présentes dans des ouvrages-clés comme l’Introduction aux sciences historiques de Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, instructions qui correspondent, comme le rappelle Madeleine Rebérioux, aux mutations intellectuelles de la discipline [80]. Plus généralement, l’historicisation progressive de l’affaire Dreyfus contribue à éclairer d’autres tragédies récentes, comme les massacres en Arménie sur lesquels se penchent des historiens dreyfusards à l’exemple d’Arthur Giry ou Victor Bérard.
En définitive, « les historiens, écrit Vincent Duclert, s’honorent donc d’une œuvre triple : l’engagement individuel, la rédaction de petites brochures de combat et une mise en histoire immédiate de l’Affaire. Chaque fois, c’est opposer aux falsifications antidreyfusardes des preuves une critique systématique des documents disponibles. C’est dégager les enjeux intellectuels de l’Affaire, c’est affirmer la capacité du savoir historique à être présent dans la cité [81]. » C’est aussi envisager la possibilité d’un rôle nouveau ; celui qui, sur le mode de l’intellectuel spécifique tel que le théorisera plus tard Michel Foucault, permet d’intervenir dans la cité au nom de sa compétence propre [82].
Au-delà de ces changements fondamentaux pour la discipline, on remarque néanmoins que si l’Affaire a divisé la corporation, l’investissement national des historiens – fonction que leur assigne le régime Républicain – n’est pas fondamentalement remis en cause. Conjoncturellement débattu sur le plan des valeurs, le « légitimisme » de la discipline envers le régime et le rôle de l’histoire dans l’édification nationale ne sont pas récusés. Ainsi, les mêmes historiens, qui, en 1898, dénonçaient au nom de l’impératif de vérité le « respect de la chose jugée », n’hésiteront pas à entrer dans le combat pour la défense de la « patrie en danger » quand s’ouvrira le premier conflit mondial. Au sortir de l’affaire Dreyfus, l’hybridation des rôles – ici, scientifique et patriotique – reste admise par une large partie des historiens. â—†
 
NOTES
 
[1]Bertrand Joly, « L’École des chartes et l’affaire Dreyfus », Bibliothèque de l’École des chartes, Paris, Chartes, t. 147, 1989, p. 611-671 ; « La bataille des experts en écriture », L’Histoire, n° 173, janvier 1994, p. 36-41.
[2]Le constat date de 1989, mais il reste, en l’état, peu changé.
[3]B. Joly, « L’École des chartes et l’affaire Dreyfus », art. cité, p. 612.
[4]Pour une définition de l’expertise historienne, voir Marie-Claire Lavabre et Dominique Damamme, « Les historiens dans l’espace public », Sociétés contemporaines, n° 39, 2000, p. 5-21.
[5]Lors du procès Zola, en 1898, pas moins de sept archivistes-paléographes issus de l’École des chartes – dreyfusards ou antidreyfusards – vinrent ainsi déposer devant les assises de la Seine au Palais de justice de Paris (Étienne Charavay, Émile Couard, Paul Meyer, Arthur Giry, Auguste et Émile Molinier, Fernand Bournon).
[6]L’asservissement y est presque total puisque les débouchés qu’elle offre, souvent relatifs aux dépôts publics d’archives, échappent à toute procédure de cooptation.
[7]Christophe Charle, Naissance des « intellectuels » 1880-1900, Paris, Minuit, 1990.
[8]Gérard Noiriel, Les fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels en France, Paris, Fayard, 2005, p. 41.
[9]Voir sur ce point Olivier Dumoulin, « La professionnalisation de l’histoire en France (1919-1939), in Philippe Besnard (dir.), Historiens et sociologues aujourd’hui, journées d’études annuelles de la Société Française de Sociologie, Université Lille 1, 14-15 juin 1984, Paris, Éd. du CNRS, 1986, p. 49-51 ; G. Noiriel, « Naissance du métier d’historien », Genèses, n° 1, septembre 1990, p. 58-85 ; Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, 1996, p. 20-36.
[10]Évelyne Héry, Un siècle de leçons d’histoire. L’histoire enseignée au lycée, 1870-1970, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1999, p. 45.
[11]G. Noiriel, Les fils maudits…, op. cit., p. 54.
[12]Madeleine Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », Revue historique, avril-juin 1979, p. 425.
[13](1852-1925) : député royaliste, il porte à la tribune de la Chambre le scandale de Panama. En 1897, dans un article de la Libre parole en date du 18 novembre, il demande à ce que Matthieu Dreyfus soit fouetté en public ; voir sur ce point Joseph Reinach, Histoire de l’Affaire Dreyfus, Paris, Fasquelle, 1903-1929, t. 6, p. 454.
[14](1815-1899) : sénateur, catholique et royaliste. Son activité politique est importante et durable : rédacteur en chef du Journal de Rennes sous la Monarchie de juillet (opposition légitimiste), il est député du Morbihan sous la Seconde République. Hostile au coup d’État du 2 décembre, il se retire momentanément de la vie publique. Réélu à la chute de l’Empire, il se résout à accepter les lois constitutionnelles de 1875 alors qu’il est vice-président de l’Assemblée nationale. Il entre par la suite au Sénat et y sera réélu jusqu’à sa mort.
[15](1830-1913) : député centre droit des Andelys de 1876 à sa mort.
[16](1853-1944) : ministre des Affaires étrangères (1894-1898).
[17](1862-1914) : d’abord radical-boulangiste, puis membre de l’Union républicaine, il est député de Seine-et-Oise de 1889 à 1910.
[18](1833-1916) : député radical du Doubs de 1880 à 1914.
[19](1851-1926) : député radical de Nantua de 1885 à 1898.
[20](1846-1915) : député radical.
[21](1844-1905) : député radical de l’Oise de 1898 à 1902.
[22]Il est l’un des fondateurs de la Ligue des droits de l’Homme.
[23]Lui aussi membre de la Ligue des droits de l’Homme.
[24](1856-1907) : fondateur avec Waldeck-Rousseau du Grand Cercle républicain ; voir sur ce point Pierre Sorlin, Waldeck-Rousseau, Paris, Armand Colin, 1966, p. 382-386 ; la nécrologie de Marcel Faure, « Marcel Fournier », Revue politique et parlementaire, avril 1907, p. 5-10.
[25](1859-1936) : membre de la Ligue de la Patrie française.
[26](1859-1910) : collaborateur, dès sa création, de la Libre parole ; voir les rapports des 26 janvier 1893, 1er janvier 1895, 27 septembre 1898, 24 avril 1902, 21 avril 1904 de son dossier de police (APP, Ba 1061).
[27](1865-1949) : radical militant ; signe le manifeste des intellectuels.
[28](1843-1904) : communard, radical ; Président du Conseil municipal de Paris (1899-1900).
[29](1840-1914) : fondateur du Comité catholique pour la défense du droit et co-rédacteur des statuts de la Ligue des droits de l’Homme ; voir les notices nécrologiques dans la Bibliothèque de l’École des chartes, Paris, École des chartes, t. 75, 1914, p. 442-448 et t. 79, 1918, p. 260-268.
[30]Voir Ch. Charle, Naissance des « intellectuels », op. cit
[31]Voir sur ce point Paul Bosq, Nos chers souverains, Paris, Fasquelle, 1898, p. 69-75.
[32]Dans La Dépêche de Toulouse, il écrit, le 31 octobre 1897, que les preuves de la culpabilité sont irréfutables et, le 16 janvier 1898, trois jours après J’accuse !, affirme que « Le crime de Dreyfus semble de moins en moins douteux » ; dans La Lanterne, il se félicite le 8 juillet 1898 d’avoir toujours été persuadé de la culpabilité de Dreyfus.
[33]On peut considérer que, toute proportion gardée, l’adhésion à la Ligue de la Patrie française est, dans l’ensemble, le fait d’hommes de droite. Y adhèrent notamment, au sein de l’École, Camille Anchier, Ernest Babelon, Anatole de Barthélémy, Henri Duchemin, José-Maria de Hérédia qui la quitte néanmoins rapidement, Antoine Héron de Villefosse, Albert Isnard, Robert de Lasteyrie, Paul Le Brethon, Eugène-Gabriel Ledos, Olivier de Romanet, Henri de Roux, Henri Tournoüer, Henry Travers, Amédée Trudon des Ormes.
[34]Pour exemple, outre, Gabriel Hanotaux, le radical, Camille Pelletan est ainsi d’abord antidreyfusard avant de devenir, sans grand enthousiasme, dreyfusard sur le tard.
[35](1860-1901) : il est l’un des leaders de la Jeunesse royaliste.
[36]Voir Maurice Barrès, Mes cahiers, Paris, Plon, 1931, t. 3, p. 230.
[37]Archives nationales, 401 AP, n° 34684 ; indication donnée par B. Joly, « L’École des Chartes et l’affaire Dreyfus », art. cité, p. 668.
[38]Ibid.
[39]Il est, semble-t-il, apprécié de Jules Ferry lui-même comme tend à le prouver la correspondance de ce dernier avec le Général Billot où il parle du « cher Hanotaux » et la lettre qu’il adresse à sa femme précisant que Hanotaux est un « fin diplomate », Lettres de Jules Ferry, 1846-1893, Paris, 1914, p. 395-396 et 448. Voir notamment la lettre du 1er mai 1886 adressée au Général Billot.
[40]B. Joly, « L’École des chartes et l’affaire Dreyfus », art. cité, p. 627.
[41]Voir sur ce point la correspondance abondante entre les trois hommes dont les références détaillées sont fournies par B. Joly, ibid., p. 627, note 65.
[42]On peut supposer dans ce cas que la concurrence qui existait entre les deux hommes lorsqu’ils étaient encore étudiants – ils sortent respectivement premier et deuxième de l’École –, a pu avoir des répercussions sur leur confrontation pendant l’Affaire.
[43]« […] la fondation de la Revue historique, rappelle Alain Corbin, ne saurait être considérée isolément : dans l’esprit de Monod, elle ne constitue qu’un des éléments d’un plan d’ensemble auquel se rattache le travail qu’il mène à l’École Pratique des Hautes Études avec ses jeunes élèves, tout comme son souci d’organiser la recherche historique en France et de promouvoir le travail collectif », « La Revue historique. Analyse de contenu », in Charles-Olivier Carbonell et Georges Livet (dirs.), Au berceau des Annales. Le milieu strasbourgeois. L’histoire en France au début du XXe siècle, actes du colloque de Strasbourg, 11-13 octobre 1979, Toulouse, Presses de l’IEP de Toulouse, p. 106.
[44]Charles Bémont a probablement été dreyfusard même si son opinion n’est pas connue de façon certaine. Parmi les collaborateurs de la Revue historique il faut compter Gustave Fagniez, qui pose ici problème puisqu’il est très probablement antidreyfusard et qu’il entrera, après sa rupture avec Monod, à l’Action française.
[45]Voir sur ce point Charles-Olivier Carbonell, « La naissance de la Revue historique, une revue de combat (1876-1885) », Revue historique, avril-juin, 1978, p. 331-351.
[46]M. Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », art. cité, p. 417.
[47]Son rôle est d’autant plus important qu’il est en contact permanent avec la classe politique en raison des liens qui l’unissent avant l’affaire Dreyfus avec Gabriel Hanotaux, puis avec Félix Faure, par le biais de son ami Gibert. Les rapports qu’il entretient par ailleurs avec Ernest Lavisse, quand bien même celui-ci reste à l’écart du débat, lui permettent de peser sur plus hautes sphères de décision. Sur les liens qui unissent Gabriel Monod au ministre des Affaires étrangères, on consultera avec profit Maurice Baumont, Aux sources de l’Affaire, Paris, Les Productions de Paris, 1959, ouvrage dans lequel l’auteur publie une lettre de Monod adressée à Hanotaux en date du 20 février 1898, p. 190.
[48]M. Rebérioux écrit ainsi : « N’insistons pas sur l’Académie française : en signant au début de janvier 1899 le Manifeste de la Ligue de la Patrie française, 22 académiciens, dont Albert Sorel, avaient voulu démarquer nettement cette forteresse du patriotisme conservateur de la Sorbonne conquise par l’esprit germanique. Gaston Paris était assez isolé dans la maison du quai de Conti », « Histoire, historiens et dreyfusisme », art. cité, p. 424.
[49]Le succès de la Ligue de la Patrie française, du fait des personnalités qui constituent son comité, est, rappelle Vincent Duclert, « immédiat et la première conférence, le 19 janvier 1899, attire une foule importante dans laquelle Barrès croit voir la France se convertir à l’antidreyfusisme », L’affaire Dreyfus, Paris, La Découverte, 1994. p. 99-100.
[50]En complément on pourra consulter sur ce point Ch. Charle, « Champ littéraire et champ du pouvoir : les écrivains et l’affaire Dreyfus », Annales ESC, t. 32, 1977, p. 240-264.
[51]Émile Boutmy, cité in G. Noiriel, Les fils maudits, op. cit., p. 40.
[52]Ibid., p. 39.
[53]Ibid.
[54]Ch. Charle, La République des universitaires, 1870-1940, Paris, Seuil, 1994.
[55]Pierre Bourdieu, en collaboration avec Loïc Wacquant, Réponses, Paris, Seuil, 1992, p. 107.
[56]Fernand Bournon signe la première adresse le 17 janvier. Quatre autres chartistes font de même : Louis Brandin et Charles Schmidt (17 janvier), Albert Bléry (le 24) et Georges Bourgin (le 25). Émile Molinier signe la seconde (le 23) aux côtés de Charles Schmidt (le 20), Camille Bloch (le 21) et Georges Bourgin (le 25).
[57]Le procès Zola. Devant la cour d’assises de la Seine (7 février-23 février 1898 : compte rendu sténographique in extenso et documents annexes), Paris, Stock, 1998, t. 1, p. 479.
[58]Ibid., p. 501.
[59]Ch. Charle, Naissance des « intellectuels », op. cit., p. 143.
[60]Le procès Zola, op. cit., p. 507.
[61]Ibid., p. 514. Auguste Molinier s’inscrit dans la même logique lors du procès en révision de Rennes : « je soutiens, affirme-t-il alors, qu’un savant qui ayant entre les mains un recueil de lettres autographes d’Esterhazy et un recueil de lettres signées en même temps que le bordereau anonyme, le savant qui hésiterait à attribuer au commandant Esterhazy la paternité du bordereau serait à jamais disqualifié de tous les cercles érudits », Le procès Dreyfus devant le conseil de guerre de Rennes (7 août — 9 septembre 1899 : compte rendu sténographique in extenso), Paris, Stock, 1900, t. 3, p. 27.
[62]Paul Meyer se fait notamment reprocher par Émile Couard de n’être qu’un « témoin d’occasion ».
[63]Vincent Duclert, « Histoire, historiographie et historiens de l’affaire Dreyfus (1894-1997) », in Michel Leymarie (dir.), La postérité de l’affaire Dreyfus, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 1998, p. 155.
[64]Pierre Bourdieu, Les règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, 1992.
[65]L’Aurore, 26 janvier 1898.
[66]Le procès Zola, op. cit., t. 1, p. 479.
[67]Ibid., t. 2, p. 51-53.
[68]Cité par B. Joly, « L’École des chartes et l’affaire Dreyfus », art. cité, p. 637.
[69]Voir Ferdinand Brunetière, Après le procès, réponse à quelques « intellectuels », Paris, Plon, 1898.
[70]Le procès Zola, op. cit., t. 2, p. 55-56. Arthur Giry, vient renforcer, de façon plus grinçante encore, l’argumentaire développé par Paul Meyer : « Je déclarerai d’abord à MM. Les jurés que je ne suis point un expert en écritures professionnel, que je ne suis pas initié du tout aux mystères de la graphologie. Je suis […] professeur à l’École des chartes et à l’École des hautes études, et par conséquent un de ces experts d’occasion dont parlait hier, je le sais par les journaux, mon honorable confrère, M. Couard. À l’École des chartes, je suis spécialement chargé d’enseigner la diplomatique, c’est-à-dire l’application de la critique aux documents d’archives. L’étude et la comparaison des écritures ont naturellement un rôle important dans cette branche de l’érudition ; nous apprenons à nos élèves à déterminer l’âge, l’attribution des documents, leur provenance, à discerner les documents authentiques, à distinguer les documents falsifiés […]. Sans doute, M. Couard l’a dit, et il a dit parfaitement la vérité, nous nous occupons plus spécialement d’écritures d’une époque assez reculée, mais la méthode est toujours la même ; elle ne varie pas […], je puis même dire que l’étude de l’écriture du Moyen Âge est d’autant plus utile que l’écriture du Moyen Âge est moins individuelle », ibid., p. 90-91.
[71]M. Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », art. cité, p. 413.
[72]Le procès Zola, op. cit., p. 92.
[73]V. Duclert, L’affaire Dreyfus, op. cit., p. 77.
[74]De ce point de vue, nous nuançons l’analyse de Jean-Denis Bredin qui voit dans l’affaire Dreyfus une opposition entre le pouvoir et le savoir (L’Affaire, Paris, Julliard, 1983, p. 63). Selon nous, c’est plus la conception d’un pouvoir fondé sur le secret et la raison d’État que remettent en cause les historiens qui interviennent en faveur de Dreyfus. Le pouvoir républicain, en tant que tel, n’est pas récusé.
[75]V. Duclert, L’affaire Dreyfus, op. cit., p. 76.
[76]Gabriel Monod, « Sorel (Albert) », Revue historique, t. 92, p. 98.
[77]M. Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », art. cité, p. 429.
[78]V. Duclert, « Histoire, historiographie et historiens », art. cité, p. 159.
[79]L’école dite « méthodique » apparaît et se développe pendant la première moitié de la Troisième République. Ses principes sont exposés dans deux textes-programmes, le « manifeste » rédigé par Gabriel Monod en 1876 pour lancer la Revue historique ; L’Introduction aux études historiques de Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos publiée en 1898. Voir sur ce point Guy Bourdé et Hervé Martin, Les écoles historiques, Paris, Seuil, 1983, p. 181-214.
[80]M. Rebérioux (préface), Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, Paris, Kimé, 1992.
[81]V. Duclert, L’affaire Dreyfus, op. cit., p. 79.
[82]Voir sur cette perspective, M.-Cl. Lavabre, D. Damamme, art. cité ; G. Noiriel, Les fils maudits, op. cit.
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[33]
On peut considérer que, toute proportion gardée, l’adhésion...
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[34]
Pour exemple, outre, Gabriel Hanotaux, le radical, Camille ...
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[35]
(1860-1901) : il est l’un des leaders de la Jeunesse royali...
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[36]
Voir Maurice Barrès, Mes cahiers, Paris, Plon, 1931, t. 3, ...
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[37]
Archives nationales, 401 AP, n° 34684 ; indication donnée p...
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[38]
Ibid. Suite de la note...
[39]
Il est, semble-t-il, apprécié de Jules Ferry lui-même comme...
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[40]
B. Joly, « L’École des chartes et l’affaire Dreyfus », art....
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[41]
Voir sur ce point la correspondance abondante entre les tro...
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[42]
On peut supposer dans ce cas que la concurrence qui existai...
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[43]
« […] la fondation de la Revue historique, rappelle Alain C...
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[44]
Charles Bémont a probablement été dreyfusard même si son op...
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[45]
Voir sur ce point Charles-Olivier Carbonell, « La naissance...
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[46]
M. Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », art....
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[47]
Son rôle est d’autant plus important qu’il est en contact p...
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[48]
M. Rebérioux écrit ainsi : « N’insistons pas sur l’Académie...
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[49]
Le succès de la Ligue de la Patrie française, du fait des p...
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[50]
En complément on pourra consulter sur ce point Ch. Charle, ...
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[51]
Émile Boutmy, cité in G. Noiriel, Les fils maudits, op. cit...
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[52]
Ibid., p. 39. Suite de la note...
[53]
Ibid. Suite de la note...
[54]
Ch. Charle, La République des universitaires, 1870-1940, Pa...
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[55]
Pierre Bourdieu, en collaboration avec Loïc Wacquant, Répon...
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[56]
Fernand Bournon signe la première adresse le 17 janvier. Qu...
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[57]
Le procès Zola. Devant la cour d’assises de la Seine (7 fév...
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[58]
Ibid., p. 501. Suite de la note...
[59]
Ch. Charle, Naissance des « intellectuels », op. cit., p. 1...
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[60]
Le procès Zola, op. cit., p. 507. Suite de la note...
[61]
Ibid., p. 514. Auguste Molinier s’inscrit dans la même logi...
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[62]
Paul Meyer se fait notamment reprocher par Émile Couard de ...
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[63]
Vincent Duclert, « Histoire, historiographie et historiens ...
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[64]
Pierre Bourdieu, Les règles de l’art. Genèse et structure d...
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[65]
L’Aurore, 26 janvier 1898. Suite de la note...
[66]
Le procès Zola, op. cit., t. 1, p. 479. Suite de la note...
[67]
Ibid., t. 2, p. 51-53. Suite de la note...
[68]
Cité par B. Joly, « L’École des chartes et l’affaire Dreyfu...
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[69]
Voir Ferdinand Brunetière, Après le procès, réponse à quelq...
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[70]
Le procès Zola, op. cit., t. 2, p. 55-56. Arthur Giry, vien...
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[71]
M. Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », art....
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[72]
Le procès Zola, op. cit., p. 92. Suite de la note...
[73]
V. Duclert, L’affaire Dreyfus, op. cit., p. 77. Suite de la note...
[74]
De ce point de vue, nous nuançons l’analyse de Jean-Denis B...
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[75]
V. Duclert, L’affaire Dreyfus, op. cit., p. 76. Suite de la note...
[76]
Gabriel Monod, « Sorel (Albert) », Revue historique, t. 92,...
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[77]
M. Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », art....
[suite] Suite de la note...
[78]
V. Duclert, « Histoire, historiographie et historiens », ar...
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[79]
L’école dite « méthodique » apparaît et se développe pendan...
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[80]
M. Rebérioux (préface), Charles-Victor Langlois et Charles ...
[suite] Suite de la note...
[81]
V. Duclert, L’affaire Dreyfus, op. cit., p. 79. Suite de la note...
[82]
Voir sur cette perspective, M.-Cl. Lavabre, D. Damamme, art...
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