L’opinion publique arabe entre logiques étatiques et solidarités transnationales
Mohammed El Oifi
L’une des conséquences des attentas du 11 septembre 2001 est la fin de l’accord implicite, entre l’administration américaine et certains gouvernements arabes alliés, sur la nécessité de tenir les opinions publiques arabes en dehors de la politique et notamment quand il s’agit de la politique étrangère. Désormais, l’idée que les gouvernements arabes représentent leur peuple ne fait plus illusion. En effet, les transformations structurelles qu’a connu les sociétés arabes (alphabétisation, urbanisation etc.) l’épuisement de la légitimité des pouvoirs et l’émergence de médias panarabes relativement indépendants ont accéléré l’autonomisation des opinions publiques. La gestion des opinions publiques arabes hostiles de la part des acteurs étatiques locaux et internationaux notamment les États-Unis est d’autant plus délicate qu’elles ont une double nature : nationale et transnationale. Cette configuration spécifique des opinions publiques, basée sur la vigueur des identifications supranationales et la multi- appartenance doit être prise en compte dans la compréhension du fonctionnement du politique dans la région.
One of the consequences of the terrorist attacks on 11 September 2001 has been the end of the tacit agreement between the US administration and certain allied Arab governments on the need to keep Arab public opinion out of politics, specifically in matters of foreign policy. Arab governments’ claim to represent their people can no longer fool anyone. Indeed, the structural changes Arab societies have undergone (spread of literacy, urbanization etc.), the waning legitimacy of the powers that be and the emergence of relatively independent pan-Arab media have spurred the autonomization of public opinion. The handling of hostile Arab public opinion by home and foreign governments, particularly the US, is complicated by its twofold nature : at once national and transnational. This special configuration of Arab public opinion, involving vigorous supranational identification and multiple allegiances, needs to be taken into account in trying to understand the workings of politics in the region.
• Les structures et les dynamiques conflictuelles des opinions publiques arabes
— Un triple niveau de circulation de l’information
— Opinions publiques nationales vs opinion publique arabe transnationale
• Vers la formation d’un espace public arabe transnational
— Émergence d’un espace médiatique arabe pluraliste et concurrentiel
— L’échec de la sanctuarisation de l’espace informationnel national
• La gestion médiatique de l’opinion publique arabe transnationale
— La barrière saoudienne et le filtre libanais
— La stratégie américaine : la bataille des idées est la continuation de la guerre par d’autres moyens
• Conclusion