Opinion publique transatlantique et politique étrangère : le cas de l’intervention en Irak
Natalie La Balme
Les enquêtes d’opinion comparatives tendent à montrer que les valeurs, mais aussi la perception des dangers et des enjeux en politique étrangère restent sensiblement les mêmes de part et d’autre de l’Atlantique. En revanche, le degré de sévérité à adopter à l’égard des contrevenants différencie nettement Européens et Américains. Aussi la crise irakienne et la rhétorique médiatique qui l’a entourée ont-elles cristallisé, d’une part, les divergences en matière d’usage de la force, d’autre part, les perceptions mutuelles négatives des Américains et des Européens. Et, dans la mesure où l’Alliance transatlantique repose sur une conception commune des priorités en matière de politique étrangère, il devient alors essentiel de suivre les évolutions des opinions européennes et américaines. Car s’il est vain de vouloir trancher définitivement la question de savoir qui, de l’opinion ou des gouvernements, manipule l’autre, il est clair que l’opinion publique devient un facteur-clé du processus décisionnel en matière de politique étrangère, comme l’illustrent les positionnements de Gerhard Schröder, Jacques Chirac et George W. Bush au début de la crise irakienne.
Comparative public opinion polls tend to show that the same values, as well as similar views on the risks and stakes of foreign policy, predominante on either side of the Atlantic. On the other hand, Europeans and Americans clearly differ on how severely to handle potentially threatening countries. Specifically, the Iraq crisis and all the media hubbub around it bared both their diagreement on the use of force and the unfavourable opinions Americans and Europeans have of each other. Inasmuch as the transatlantic alliance hinges on shared perceptions of foreign policy priorities, it is vital to monitor changes in European and US public opinion. For, however vain may prove any attempt to determine who wags whom, public opinion or government, the former is plainly becoming a key factor in the latter’s foreign policy-making process, as illustrated by the stances Gerhard Schröder, Jacques Chirac and George W. Bush took at the outset of the Iraq crisis.
• Les opinions publiques européennes et américaines portent-elles les germes d’un divorce transatlantique ?
— L’opinion publique transatlantique plus unie que divisée
— L’influence accrue de l’opinion publique en période de crise
— Divergences croissantes ?
• Qui dirige qui ?
— Le chancelier Gerhard Schröder : la guerre ou le succès électoral
— Le président Jacques Chirac : une opinion publique gaulliste
— Le président George W. Bush : la victoire de la peur
— Les variables-clé de l’influence de l’opinion publique
• Conclusion