2005
Raisons politiques
Parcours de recherche
Françoise Héritier
Muriel Rouyer
Muriel Rouyer est professeur de science politique à l’Université de Nantes et maître de conférence à l’Institut d’études politiques de Paris. Spécialiste des questions institutionnelles européennes, ses recherches portent sur les processus de démocratisation dans l’Union européenne et, notamment, sur le féminisme en France et dans l’Union européenne.
Anthropologue africaniste reconnue pour ses travaux pionniers sur les systèmes d’alliance semi-complexes – notamment l’inceste et les rapports entre les sexes – Françoise Héritier est aujourd’hui professeur honoraire au Collège de France, où elle a occupé la Chaire d’Étude comparée des sociétés africaines de 1982 à 1998. Succédant à Claude Lévi-Strauss, elle a dirigé pendant 18 ans le Laboratoire d’anthropologie sociale au CNRS tout en assurant, depuis 1980, une direction d’étude à l’EHESS. Enfin, c’est une savante engagée dans la cité, sollicitée par les pouvoirs publics pour siéger dans divers organismes consultatifs tels le Conseil national du sida (dont elle fut présidente), le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie ou encore, le Haut Conseil de la population et de la famille.
L’unité apparente d’un destin salué par les honneurs de la République ne doit pas, toutefois, faire « illusion biographique ». Rétrospectivement, la vocation de cette pionnière s’est jouée à la croisée d’opportunités qu’elle sut saisir, à la manière de son maître, Lévi-Strauss, lequel avouait que sa carrière d’anthropologue s’était jouée « un dimanche de 1934 ». Le parcours de recherche de cette jeune historienne géographe qui se destinait à l’agrégation nous met sur les traces de cheminements ouverts à l’événement et qui ne prétendent, en aucun cas, à l’exemplarité. La rencontre et le départ en sont certainement deux mots clés : rencontre avec le maître du structuralisme, qui fut moins un maître à penser qu’un maître ès liberté ; départ et rencontre avec d’autres, lointains et pourtant familiers, sur les terres colonisées de l’Afrique noire où se jouait l’avancée paradoxale d’une science profondément humaine. Là-bas, une jeune femme habituée dès l’enfance, entre deux grands-mères, à égrener les biographies familiales, y déchiffre méthodiquement des structures de parenté incertaines, complétant et contestant ainsi l’héritage du maître. De ces travaux fondateurs naîtront plus tard d’autres inspirations, sur l’inceste du deuxième type ou sur le principe de valence différentielle des sexes, qui signent l’infériorité féminine dans toutes les sociétés, ce contre quoi « l’anthropologue dans la cité » s’insurge. Dans l’épaisseur du temps se dessine donc une éthique de recherche, où cœur et conscience, méthode et raison tissent la trame universelle de la compréhension de l’humain. â—†